Notre nuit au mouillage de Favignana nous laissera un excellent souvenir, mais nous n'avons pas musardé au réveil, car le vent s'était levé, comme prévu, le rendant un peu moins calme.

Marsala

Cap donc sur la Sicile avec l'idée de longer la côte jusqu'à un abri acceptable. Passant devant Marsala, nous avons vu une grande ville avec un grand port mais nous sommes dit que ce n'était pas ce que nous cherchions. Plus loin, un espoir est apparu en approchant de Mazara del Vallo. Il y avait de nombreux kites devant une plage abritée de la mer, mais le mouillage étant interdit et le port de Mazara peu accueillant, nous avons décidé de renoncer à chercher plus loin et de mettre plutôt le cap directement sur Pantelleria, distante de 60 milles, profitant de la bonne brise de nord ouest, d'une mer maniable et d'un soleil radieux. La grande chevauchée a recommencé à 8, puis 9 noeuds avec des pointes régulières à plus de 10 noeuds dans des gerbes d'écumes.

traversée rapide mais musclée



Nous espérions dans ces conditions arriver avant la nuit. Et c'est ce qui s'est produit, mais avec un vent de plus en plus fort et une houle de 3 mètres, désordonnée, déferlante, par moment brutale. Après avoir réduit la toile, dans une atmosphère ensoleillée mais une mauvaise visibilité, l'ile nous est finalement apparue alors que nous en étions à seulement 5 milles. Un seul voilier mais de nombreux grands navires croisés pendant cette après-midi, que nous avons surtout vus sur l'écran radar, car il fallait qu'ils soient tout près pour les apercevoir. Un grand groupe de dauphins nous a rejoint une heure avant d'arriver, en sautant hors de l'eau bien éclairés par le soleil: magnifique!

clin d'oeil final



Dans les deux bassins du port, mal protégés avec cette forte mer, aucun accueil, quelques voiliers amarrés à des quais hostiles et de petites embarcations de pêche ou de location. Finalement après avoir tourné pendant une demie heure nous avons choisi un emplacement clandestin près du chantier et nous sommes couchés rapidement, lessivés par cette journée.

fort devenu église



Mercredi matin au réveil, le sommet de cet ancien volcan était complètement empanaché, donnant un aspect lugubre à la ville. N'ayant pas de menace de pluie, il nous a semblé intelligent de nous lancer dans une grande lessive car le bac à linge sale se remplissait rapidement et les affaires salées par la traversée de la veille criaient misère. Miracle, il y avait une prise de courant utilisable sur le quai et un robinet d'eau disponible. Aussitôt branchés et la machine à laver en place, nous avons fait deux lessives étendues dans le grément.

tiers monde ?



Le soleil revenu en début d'après-midi, pendant que le linge séchait, nous sommes partis avec le zodiac pour nous rapprocher du centre ville et la visiter. Quelle déception ! Urbanisme inexistant, constructions délabrées, patrimoine arabo-bizantin à peine mis en valeur, saleté générale, dépotoirs à tous les coins de rue, commerces sans âme et pour la plupart fermés, mobylettes pétaradantes,,.... nous avons eu l'impression de débarquer dans un pays du tiers monde. Pas du tout envie de rester ici.

styles mélangés



Retour à bord pour se doucher, refaire le plein d'eau et partir dans un mouillage du sud de l'ile. Mais, bon sang, l'eau était coupée, accentuant l'impression déplorable et surprenante de cette ile européenne, de surcroit dans la zone euro....Cela permet de comprendre encore mieux la valeur de l'eau qui s'imposera à tous dans peu de temps.

nabab dans sa crique



Inutile d'attendre que l'eau revienne, d'ailleurs quand ? Alors on a fait le tour de l'ile par le nord longeant des énormes coulées de basalte refroidies depuis des millénaires et couvertes de cultures en terrasse. Cet ancien volcan a donc permis à sa population de vivre et aussi de bâtir de superbes villas sur cette côte hostile à l'exception de quelques criques avec accès à la mer. Arrivés à notre mouillage à la tombée de la nuit, nous avons profité du calme avant de nous endormir rapidement, prévoyant un départ à l'aube vers Lampédusa.

enfin



Branle bas de combat à 6h après une fin de nuit marquée par un roulis désagréable au mouillage. Si nous voulions arriver avant la nuit à Lampédusa, il ne fallait pas trainer, d'autant plus que la météo ne prévoyait pas beaucoup de vent. Résultat, 12 heures de moteur et 2 heures de voile pendant lesquelles nous avons croisé plusieurs tortues . Et peu avant l'arrivée, une belle touche sur la ligne de traine et beaucoup de précautions nous ont permis de remonter à bord une bonite toute frétillante: enfin notre persévérance a été récompensée, et nous avons vaincu nos démons !

pauvres épaves



Nous avons atteint, juste avant le coucher du soleil (à 20h28 à cette latitude), une crique présentée comme accueillante par notre guide. Elle l'était en effet, mais surtout pour les chalans et remorqueurs chargés de faire disparaitre les dizaines d'embarcations tunisiennes abandonnées par les passeurs et leurs clandestins migrant vers l'Europe. En plus, au fond de la crique, la centrale électrique diesel de l'ile tournait à plein régime et nous sommes à deux pas de l'aéroport au traffic heureusement modeste.

port naturel de Lampédusa



Cela ne nous a pas empêché de dormir, mais dès l'aube nous sommes repartis pour le port principal et la ville de Lampédusa. Bonne surpise, elle est accueillante, plutôt colorée, pleine de commerces ouverts . Toute la partie centrale de la ville située sur la hauteur est soigneusement réhabilitée avec des rues piètonnes joliment pavées de marbre avec une vue superbe sur le mouillage naturel tranformé en port actif. Des centaines de petits bateaux de pêche ou de promenade en font un endroit plutôt attrayant. Les 6000 habitants profitent peut-être intelligemment de la notoriété de leur ile, "accueillant" chaque année plusieurs dizaines de milliers de migrants "sans papier" et défrayant les chroniques européennes. Si l'on en juge par le nombre impressionnant des restaurants, buvettes, gelatérias,... l'activité touristique est florissante et tous se préparent à l'ouverture imminente de la saison.

éponges locales

L'éponge naturelle, spécialité de Lampédusa, y est à l'honneur. Le roi d'Espagne Charles II concéda le titre de Prince de Lampédusa à la famille Tomasi en 1630 puis les anglais tentèrent de la racheter ce que fit finalement lui-même Charles II. Les descendants de la famille Tomasi ont été les inspirateurs du roman, écrit par Guiseppe Tomasi de Lampédusa, puis du Film "Le Guépard" tourné essentiellement dans l'ile.

mouillage noir



Après cette visite et quelques emplettes, nous somme repartis pour l"ile voisine de Linosa (25 milles quand même) qui est beaucoup plus petite, avec ses 400 habitants permanents, et d'origine volcanique. Son histoire semble plus ancienne que celle de Lampédusa puisque son peuplement permanent remonte au 16ème siècle et que les romains y avaient construit des citernes pour stocker l'eau de pluie, plutôt rare en cette région. L'arrivée est impressionnante dans un cirque de basalte et de cendres noirs intercalés de couches sédimentaires ocre sur plus de 100 mètres d'épaisseur dominant une plage noire (de chez Noir), réputée pour être l'un des dernier site de nidification des tortues en Méditerranée. Sur le petit quai, un restaurant est ouvert qui nous envoie immédiatement un émissaire pour nous inciter à y venir. Mais nous préférons rester à bord ce soir dans ce mouillage féérique sous la lune revenue.

Ce samedi matin commence par un bain de mer avant le petit déjeuner dans l'eau à 27,2°. Un régal, mais il n'y a pas de photo ! Puis nous sommes partis à la recherche d'un mouillage mieux desservi par Internet, en pensant à vous tous qui attendez," la langue pendante", la suite de nos prodigieuses aventures.

fleurs de Linosa



Des cactus, des lauriers roses et bougainvilliers(ou bougainvillées) en pleine floraison, des mimosas en fleurs (bizarre en cette période ?), des figuiers, des petites maisons cubiques de toutes les couleurs, superbement entretenues, une belle escalade jusqu'au sommet (presque) de l'ancien "vulcano", et un recueillement dans la belle petite église du village décorée de vitraux modernes, voilà notre programme linosien. A peine redescendu de ce paradis, nous avons fait un plongeon primal devant les éboulis de cendres et de pierres ponce du sud de l'ile, avant de nous régaler d'un repas à base de bonite grillée au barbecue : chienne de vie ! Cette ile du bout du monde perdue au milieu de nulle part avec un seul autre voilier visiteur, un maltais, nous laissera un souvenir inoubliable.

vue du Vulcano



Ce soir nous partirons probablement pour Malte avec une traversée de nuit en perspective sans beaucoup de vent, mais notre programme d'enfer nous incite à ne pas trop musarder, sinon nous serions bein resté encore un peu avec ce beau temps calme.



Au revoir les iles Pélaqiques !