Solitaire

Eh oui, après des fêtes en famille, c’est maintenant le retour aux vieux démons de la mer. Marie-France, très sollicitée et désireuse de faire avancer ses projets terriens, a préféré rester à Paris cet hiver et c’est avec un petit coup de blues que j’ai repris l’avion pour Pointe à Pitre sans elle.

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Après un mois d’immobilité au ponton de la marina, Dartag, resté tout propre à l’intérieur, était déjà partiellement colonisé par la faune et la flore marine à l’extérieur. Et les deux ou trois bricoles qui figuraient sur la liste « à faire » se sont révélées plus nombreuses que prévu.

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Et puis, comme mes bagages étaient chargés à mort de matériel indispensable, et que le colis d’électronique dernier cri imposé par la nouvelle réglementation de la plaisance (la fameuse Division 240) était enfin arrivé, il y avait du pain sur la planche !

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Nouvelle VHF-ASN fixe, nouvelle balise EPIRB de détresse, nouveau sac à spi, nouvelles extension latérales pour le bimini, nouveaux vide-poches souples de rangement,….. tout cela est bel et bon et il s’y ajoute le grippage de l’inverseur du Suzuki, le remplacement d’une latte douteuse et finalement cassée, l’ouverture des passages nécessaires aux bouchons et aux avirons dans la protection de l’annexe, le montage de la vidange de l’eau de condensation du frigo, bref la routine du plaisancier qui cherche, sans jamais y arriver, à en finir avec les aménagements et améliorations de son bateau !

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Ah, j’oubliais ! Il faut refaire les pleins de la cambuse, solides, liquides, condiments, shampoing, pharmacie, détergents,…. etc. Cinq aller et retour avec la charrette de la capitainerie pleine, histoire de ne manquer de rien, mais mes listes sont-elles bien au point et à jour ? Il ne devrait y avoir que le frais à réapprovisionner lors des escales futures. Mais comment peut-on mettre tout cela dans un petit bateau ? Il y a aussi la lessive, histoire de partir avec du linge propre.

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Finalement avec quatre jours de retard sur ce qui était prévu, et un week-end à Marie-Galante pour nettoyer la carène en étrennant le nouveau narguilé « home made », il était temps de prendre congé de tous ces professionnels et amis sans qui rien ne serait possible. Les apéros et repas d’au revoir ont duré deux jours et donné lieu à quelques effusions bien agréables : « comme tu as de la chance de partir » « on serait bien venu avec toi » « pense à nous et envoie nous des nouvelles et des photos »,…trop délicieux.

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Du coup, ce n’est qu’en fin d’après-midi du mercredi 20 que j’ai largué les amarres, aidé par le marinero de la capitainerie pour un appareillage en solitaire, à destination de Saint Kitz avec la délicieuse perspective d’une nuit en mer par beau temps et lune presque pleine.

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La brise d’Est de 15 à 20 nœuds s’est renforcée à 25-30 nœuds dans le canal des Saintes que j’ai embouqué à la tombée de la nuit, bien décidé à poursuivre vers l’ouest suffisamment longtemps pour ne pas me planter dans les calmes du côté sous le vent de l’île. Et 10 milles ne furent pas de trop. Au petit matin, nous passions Montserrat d’assez loin aussi. Quelques grains et manœuvres de réductions de voilure plus tard, le ciel s’est dégagé et, après Nevis, où nous avions mouillé une courte nuit il y a deux ans, c’est sous un chaud soleil que Dartag fit son entrée dans la baie de Basse-Terre, capitale de St Kitz, presque bouchée par trois énormes paquebots de croisière. 138 milles parcourus en 22h sans une goutte de mazout, c’est plutôt sympa.

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Par contre, pour l’accueil des voiliers, c’est la misère. Une petite marina est occupée par des promène-couillons et quelques pêcheurs, et le mouillage à l’ouest est très rouleur, vraiment dissuasif. Celui de l’est, théoriquement plus abrité, héberge le terminal pétrolier et n’est pas très accueillant. Deux vedettes d’autorités officielles s’approchent et me donnent des ordres contradictoires. Finalement, alors que j’allais reprendre la mer, ils tombent d’accord sur un endroit où je ne gênerai personne. Bon, ça roule un peu, c’est moche, mais c’est acceptable.

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Décidé à faire les formalités de douane et d’immigration, je saute dans le zodiac et file à la marina où sont les bureaux de ces organismes. Hélas, il n’y a aucun moyen de débarquer en laissant l’annexe en sécurité et, en plus, avec tous ces aléas, les bureaux sont fermés (à 15h). Tant pis, j’abandonne et je partirai avant l’aube demain matin.

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Evidemment j’ai un petit regret de ne pas visiter St Kitz qui d’après mes guides a son charme et une histoire, mais ce sera peut-être pour une autre fois. Et puis tout seul, c’est moins attrayant !

En fait de lever matinal, il le fût ! En appareillant à 3h 40, la pleine lune était bien présente, et cela m’a rendu service pour éviter les multiples chalutiers, coffres et bouées que j’avais repérés la veille.

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Belle traversée au grand largue sous le soleil longeant les volcans qui parsèment la route vers St Martin.

Saint Eustache, aussi nommée Statia, est une petite île hollandaise dépendant administrativement, comme Saba un peu plus loin, de Sint-Marteen. Au 18ème siècle elle fut surnommée le « rocher d’or ». Après les luttes entre les marines anglaise, hollandaise et française pour en prendre le contrôle au 17ème siècle, elle fût colonisée en 1713, après le traité d’Utrecht, par des juifs hollandais (des bataves, pas des fans du bouffi) qui en firent un des ports francs les plus actifs des Antilles, surfant ensuite sur la guerre d’indépendance des USA pour développer leurs affaires.

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La prospérité de ses 8000 habitants atteignit alors des sommets. Mais ils accueillirent à Orangestad le 16 novembre 1776 le premier navire de la nouvelle flotte de guerre américaine avec beaucoup d’honneurs. C’était trop pour les anglais qui, cinq ans après, envoyèrent une flotte commandée par l’amiral Rodney qui détruisit et pilla totalement l’île, ne laissant que 1500 habitants vivants (sacrés anglais !).

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Elle ne s’en remit pas et aujourd’hui ses 3000 habitants vivotent d’agriculture et de tourisme. Ils ont quand même réussi à s’imposer comme un des plus importants dépôts pétroliers des petites Antilles (sacrés hollandais !), dont les cuves sont construites même au sommet des collines. Le mouillage et le trafic des navires pétroliers en est une manifestation bien visible.

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Passant par l’ouest de St Martin pour rejoindre au nord la partie française, la grosse houle m’a un peu surpris par son l’ampleur et ses déferlements chaotiques sur les bancs de sable de cette côte basse. Il fallait passer bien au large. Mais après un dernier louvoyage de trois milles, l’entrée dans la baie du Marigot est sublime et ce grand mouillage très bien fréquenté est abrité. A moi la sieste !

La suite ce sera les Iles Vierges,…… mais chut, le paradis annoncé tiendra-t-il ses promesses ?

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