Epices, écoliers et pilotis

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C’est à Saint Georges, capitale de l’île et de l’Etat de Grenade que nous avons fait notre entrée.

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Un peu plus de 100 000 habitants le peuplent, presque tous descendants des esclaves africains importés par les planteurs dès le 17ème siècle.

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Les anglais, les premiers, avaient tenté de s’y installer, mais y avaient renoncé en raison de la farouche résistance des habitants d’alors, les indiens Caraïbes et leur congénères Arawaks, présents depuis le 13ème siècle, et venus d’Amérique du sud selon le musée national.

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En 1650 une puissante expédition française, commanditée par le cardinal de Richelieu, se présente et achète aux Arawaks le droit de s’y installer, à la barbe des anglais. Mais les Arawaks, prenant conscience de leur erreur, renient leur accord et se rebellent. Ils ne peuvent pas résister aux troupes françaises, mieux armées, et les survivants sont acculés à l’extrémité nord de l’île.

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Plutôt que de se rendre, il préfèrent sauter dans la mer depuis la falaise, donnant à ce lieu le nom de « Sauteurs » encore utilisé aujourd’hui pour la baie et la ville qui y est implantée. Un monument y immortalise leur mémoire.

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Plus d’un siècle plus tard, les calamiteux traités de Paris en 1762 puis de Versailles en 1783 attribueront l’île à la couronne britannique. Les traces de la présence française y sont aujourd’hui peu visibles. La langue est l’anglais, la monnaie le $ East Caraïbe (1 € = 3 $EC) et la culture rasta bien présente.

Elle obtiendra son indépendance en 1974, restant membre du Commonwealth. Le premier ministre d’alors devient progressivement autoritaire, jusqu’à être renversé par un coup d’état animé par un leader charismatique, Maurice Bishop.

Ce dernier, sans organiser d’élections, met en place un gouvernement socialiste révolutionnaire de plus en plus inspiré par le régime de Fidel Castro à Cuba. Ses voisins s’en inquiètent, d’autant plus que les dissensions internes entraînent un coup de force du clan pro-soviétique qui arrête et fait exécuter Maurice Bishop le 19 octobre 1983, l’armée prenant le pouvoir.

C’en est trop pour les USA, et le président Reagan mobilise une coalition, composée à 95% de US Marines, qui occupe l’île en quelques jours, neutralisant la petite armée grenadienne et chassant les militaires cubains et russes.

Des élections, organisées en 1984, sort un nouveau gouvernement qui, peu à peu, tente d’instaurer une démocratie et un Etat de droit. Mais des troubles persistent pendant une décennie nuisant gravement à l’économie du pays.

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Depuis le début des années 2000, la paix revenue favorise le développement, notamment touristique, mais le cyclone majeur Yvan (dit « le terrible ») détruit, le 7 septembre 2004, 90% des constructions, plantations et bateaux de l’île, et entraîne un exode massif de la population, malgré les aides internationales dont celles de l’Europe.

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Dix ans après, la reconstruction, l’éducation (40% de moins de 16 ans) et le travail de la population ont permis de relancer l’économie, mais les traces du cyclone sont encore bien visibles, en mer et à terre, même au centre de la capitale.

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Nous avons profité d’un taxi collectif pour faire un grand tour guidé et commenté de l’île, avec un autre couple de plaisanciers, Fred et Christiane, puis d’une merveilleuse balade en bus sur la côte au vent, jusqu’à la deuxième ville de l’île, Grenville, très dépaysante.

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L’agriculture représente un quart du PIB, et l’île est redevenue un grand producteur mondial de noix de muscade. Par contre la canne à sucre et le rhum sont désormais anecdotiques. Les épices sont présentes à tous les coins de rues et dans des marchés spécialisés. Enfin la culture du cacao et la fabrication du chocolat sont organisées en une coopérative unique qui commercialise directement des produits haut de gamme dans le monde entier.

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Le climat tropical humide et le sol fertile dont jouit cette île donnent l’impression que tout y pousse facilement, même le fameux EggTree. La forêt quasi vierge est générale dès que l’on quitte la côte. Mais curieusement, la production de légumes et de fruits ne semble pas très performante. Il est assez difficile de trouver des bananes dessert, quant aux tomates ou aux carottes, elles sont hors de prix ! Et, alors que les arbres à pains, les papayes ou les manguiers sont visibles partout, impossible d’en trouver les fruits à la vente ! Nous n’avons pas dû assez chercher.

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Les pêcheurs locaux ont des embarcations en bois de petite taille souvent construites « à la maison » et équipées d’un moteur hors-bord japonais de puissance raisonnable (50 80 chevaux). Mais ces barques légères sont extrêmement efficaces dans l’univers qui est le leur, grosse mer et vent soutenu, et les pécheurs, intrépides. On trouve ainsi des poissons et des crustacés partout, sur le trottoir, dans des échoppes, dans des marchés spécialisés, mais personne ne vient les proposer à bord comme dans les îles précédentes, et il faut faire attention de ne pas se prendre dans un filet (ce qui nous est arrivé) lorsque l’on rentre dans une crique de rêve !

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Le tourisme est essentiellement fondé sur les escales des paquebots de croisière et les sports nautiques, plongée, kite-surf, sur des plages de rêve, et surtout la plaisance et la location de voiliers habitables, profitant de côtes très favorables à la croisière.

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La côte sud, extrêmement découpée, offre des dizaines de mouillages, abris et marinas dans un univers tropical chaud et venté pendant une saison d’hiver qui dure au moins six mois. Les chantiers et entreprises spécialisées offrent tous les services nécessaires aux navigateurs d’Amérique du Nord et d’Europe, très nombreux dans ce paradis du sud des petites Antilles.

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Une particularité nous a frappés dans la construction des habitations : elles sont souvent bâties sur des pilotis parfois très hauts, que le terrain soit en pente ou plat. Parfois seul le dernier étage est habitable, les niveaux inférieurs n’étant que des carcasses de béton vides. Ils ne seront équipés qu’en fonction des besoins de loger la famille, plus tard, et en attendant servent de séchoir à linge, d’entrepôt ou de protection contre l’humidité, les cafards ou les bêtes sauvages (?)

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A noter également, une proportion très importante, dans les plus beaux sites, de villas magnifiques entourées de jardins merveilleux. Quelques unes sont la propriété de riches étrangers, mais aussi de grenadiens prospères, ou émigrés qui préparent leur retour au pays, fortune faite.

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Enfin, on ne peut pas circuler dans une ville ou un village sans voir des dizaines d’écoliers en uniformes très propres. L’éducation est presque entièrement assurée par des écoles confessionnelles agréées par le gouvernement, dans un système sans doute analogue à celui de nos écoles privées sous contrat, qui manifestement obtiennent d’excellents résultats.

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Et maintenant nous commençons notre retour vers le nord, repassant tout l’archipel des petites Antilles jusqu’en Guadeloupe où nous arriverons d’ici deux semaines environ, pépères !

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