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Quitter Funchal après une si belle découverte et un accueil si chaleureux est presque dommage. Mais il valait mieux ne pas trop tarder car la météo pour la fin de la semaine prévoyait un déplacement de l’anticyclone des Açores vers le sud et donc l’évanouissement du vent. Muni de mes précieuses autorisations d’accès aux îles réserves naturelles du sud de l’archipel, j’ai donc appareillé ce mercredi, une heure après le voilier jaune d’un couple de suédois avec qui nous faisons route commune depuis Porto Santo. Bien que modeste, un Météor 9 mètres d’au moins trente ans, leur voilier est équipé pour la grande croisière avec radar, régulateur d’allure, superbe annexe semi rigide en alu, etc…

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Alors qu’il semble mettre le cap directement vers les Canaries, je serre un peu plus le vent, rapidement assez musclé, en visant les îles Desertas situées à environ 25 milles dans le sud-est de Funchal. C’est un ensemble de trois îles allongées selon un axe nord-sud séparées par deux passes étroites. Bien qu’assez grandes, elles sont désertes et en approchant on comprend pourquoi. Ce sont des barrières rocheuses de 3 à 400 mètres d’altitude, complètement hostiles, bordées de falaises quasiment verticales sur tout leur pourtour, et plutôt arides.

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Un seul endroit permet un mouillage et un débarquement éventuel si la houle n’est pas trop forte. C’est là qu’est installé le modeste bâtiment des deux gardiens du parc naturel qui contrôlent les visiteurs. Le peu d’attrait de cette escale et l’excellente direction du vent me conduisent à y renoncer, et à emprunter la passe sud, large d’un mille et profonde de 14 mètres. C’est peu, et la grande houle de l’Atlantique peut y briser méchamment lorsqu’elle est forte. Ce n’est pas le cas et nous passons facilement dans un environnement minéral assez impressionnant.

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De l’autre côté, le vent et la mer sont idéaux. Force 4-5 de NE, longue houle modérée et soleil. Nous mettons le cap sur les îles Selvagem, à environ 150 milles, espérant y arriver de jour, le lendemain, pour mouiller dans l’unique crique accessible sur Selvagem Grande. Comme sa petite sœur, Selvagem Pequena, située dix milles plus loin, ces îles sont entourées d’îlots, de récifs et haut-fonds non balisés, et plus ou moins bien cartographiés. Il convient donc d’être très prudents.

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Après une traversée exquise, bien que la houle se soit un peu amplifiée pendant la nuit, nous arrivons dans la matinée et faisons le tour par l’ouest en gardant une bonne distance. Les brisants sont impressionnants et une approche du mouillage par le sud, à vitesse réduite, s’impose. L’espace dans ce mouillage du bout du monde est réduit et nous espérons que le ressac ne sera pas trop inconfortable pour y passer la nuit après avoir rendu visite aux gardiens.

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Catastrophe, un autre voilier, un très beau vieux gréement en bois, pavillon hollandais, y est déjà (décidément le « soufflé » nous poursuit). En plus, le mouillage, très exigu, est parcouru en tous sens par le ressac. Les risques d’y rester sont grands car il faudrait mouiller plus loin dans des fonds de 15 mètres pleins de blocs de rocher avec une forte probabilité d’y coincer l’ancre, et peut-être de devoir l’abandonner.

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Nous renonçons donc, après avoir fait deux fois le tour de la question, et mettons le cap sur Graciosa, l’île la plus proche de l’Afrique, à l’extrémité nord est de l’archipel des Canaries. Elle est située à 140 milles, et avec le vent que nous avons, nous devrions y être en début de matinée le lendemain vendredi. (Petit à petit je tombe dans l’univers des traversées chronométrées avec des horaires types en comptant sur la fiabilité de la météo et la régularité des vents de cette partie de l’Atlantique, un peu comme si je naviguais sur un grand bateau à moteur).

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Perdu ! Pour ne pas arriver avant le lever du soleil, il a fallu réduire la toile et la vitesse, tellement cela marchait vite. Mais cette entrée dans la baie des français, "playa francesa", au lever du soleil et au coucher de pleine lune, fut une quasi extase. Cinq voiliers y étaient déjà, dont trois français, au pied d’un petit volcan, dans un calme matinal exquis, seulement troublé par le bruit continu des brisants sur les pointes rocheuses qui protègent ce mouillage de rêve. On devine un peu plus loin les toits des maisons blanches du petit village de Caleta del Sebo, qui fait face, à moins d’un demi mille, aux impressionnantes falaises volcaniques de Lanzarote le grande île voisine.

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Cette première escale aux Canaries, se prolongera un peu, d’abord pour profiter de ce site, ensuite pour permettre les formalités d’entrée dans l’archipel au bureau des autorités de Caleta qui n’est ouvert qu’en semaine.

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C’est aussi l’occasion de faire un brin de toilette à Dartag, un peu de mousse verte est apparue sous la carène, et au captain, dont la dernière douche remonte à Funchal. La température de la mer s’est un peu réchauffée à 22 ° permettant des bains confortables.

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En plus, la visite du village, très exotique, tout blanc, sablonneux, et animé, m’a permis de constater la présence de deux supérettes et plusieurs restaurants, il n’y a donc aucune urgence à chercher mieux. Cela permet aussi de faire connaissance des voisins de mouillage, dont plusieurs déjà rencontrés, et qui ont probablement presque tous le même programme de navigation pour les mois à venir. Un petit groupe de plaisanciers vagabonds se créée sur la route des alizés. Encore un plaisir de cette croisière. Cela commence avec le couple qui navigue depuis la Méditerranée sur un First de 8 mètres. Des experts en météo et informatique dont j’ai beaucoup appris, de vrais voileux trentenaires, d’un enthousiasme communicatif. Un régal de les rencontrer. Les autres français naviguent sur des bateaux souvent en aluminium, matériaux de prédilection des voileux français, dont les équipements sont quasiment les mêmes que ceux de Dartag. Amusant comme les analyses et l’expérience de chacun conduisent à peu près aux mêmes résultats.

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Nous allons commencer notre cabotage entre toutes ces îles, prévu pour presque les deux mois à venir, en grande partie avec Marie-France qui arrivera bientôt, et le prochain billet sera consacré aux premières visitées. A bientôt