Fiskardo est la seule localité de Céphalonie qui n'ait pas été détruite pas le tremblement de terre de 1953. Elle a gardé ses façades vénitiennes des 17 et 18 émes siècles. En prime, le port est tout petit et était quasiment plein quand nous sommes arrivés après une courte traversée à la voile depuis Sivota. Mais Marie a eu l'intuition de ce qu'il fallait faire pour ne pas ressortir tout penauds et devoir aller mouiller ailleurs. En s'approchant du fond du port, un marin lui a fait de grands signes en lui tendant une amarre et a sauté dans son annexe pour nous aider à nous installer. Quel chance, il fallait simplement dire que nous ne resterions pas plus d'une journée et le meilleur emplacement était pour nous ! Ainsi nous avons pu profiter de cette escale animée et charmante, avec en prime une connexion internet gratuite grâce à la Wifi de la taverna située à deux mètres de notre étrave ! Plus veinard tu meurs ! Et de plus,.........il y avait une bouche à billets toute proche, bien utile car nous étions tous les deux à sec depuis Sivota, et tous les commerçants n'acceptent pas les cartes bancaires. Le bonheur !

Fiskardo



Evidemment, le jeudi, il fallait partir. Pour profiter du vent de NW, nous avons décidé d'aller plutôt contourner Ithaque, toute proche, avant de retourner plus tard à Céphalonie. Notre première visite fût pour le petit port de Frikes, quasiment vide en fin de matinée, où les anciens moulins à vent donnent un cachet écolo au village, même s'ils n'ont plus leurs attributs habituels. Rapidement, les flottilles de voiliers de location, cornaquées par un bateau leader arborant une gigantesque oriflamme de reconnaissance (ralliez-vous à mon panache fluo) sont arrivées, et nous avons senti une légère pression psychologique sur nos épaules de plaisanciers indépendants, visant à nous faire changer de crémerie. Cela tombait finalement assez bien, car nous voulions aller jusqu'à Kioni pour passer la nuit.

Frikes



Une étape de 2,4 milles nous attendait donc, que nous avons couverte en 35 minutes chrono, porte à porte, avec seulement le génois déroulé, comme de nombreux plaisanciers ici: facilité, vents soutenus, étapes courtes,......bref nous nous adaptons petit à petit aux pratiques locales. Kioni était déjà envahi par les voiliers de location alignés comme à la parade et nous avons préféré nous tenir un peu à l'écart, mouillant à proximité d'un voilier australien. Il y a dans les iles Ioniennes de nombreux plaisanciers venant de contrées lointaines, sans doute en partie en raison de l'émigration très forte vers les pays du nouveau monde qu'elles ont connues. Mais ces émigrants gardent des liens très forts avec leur pays d'origine et y reviennent par tous les moyens dont ils disposent, en particulier la voile, car ce sont évidemment des marins depuis des générations.

Kioni



Mais notre but principal à Ithaque était la capitale, Vathy, nichée au fond de son golfe magnifique. Nous n'avons pas été déçus. L'entrée dans ce grand golfe entouré de montagnes impressionnantes est vraiment grandiose. Le vent dominant y souffle en rafales, et aller jusqu'au fond à la voile suppose une certaine patience entre les rafales, et un peu de concentration lorsqu'elles arrivent pour en profiter au mieux sans se faire trop coucher sur l'eau. Mais lorsque l'on mouille dans l'eau cristalline devant la plage déserte d'Aetos, on se pince pour s'assurer qu'on ne rêve pas. Une première excursion pédestre jusqu'au col tout proche (altitude 100 m), à la recherche d'un site possible du palais d'Ulysse, et pour découvrir le canal d'Ithaque (et au-delà Céphalonie), nous a un peu déçu, car ce col est majoritairement occupé par une énorme décharge d'ordures qui nous a permis de comprendre pourquoi il y avait tant de mouettes à cet endroit. Bon, admettons que nos sources ne sont pas irréprochables. Mais au retour, notre bain de mer fut divin.



Instruits par l'expérience, nous voulions entrer à Vathi avant que toutes les places ne soient prises. C'est après être passés devant la baie Dexia, où Ulysse fût déposé endormi par les Phéaciens, mettant ainsi un point final à son voyage, que nous embouquâmes le golfe de Vathi, long d'environ un mille et large de la moitié. Diable, il est orienté exactement dans l'axe des vents dominants qui y soufflent généreusement (20 à 25 nœuds en moyenne), créant un clapot important réfléchi par tous les quais de la ville. La seule possibilité d'avoir un minimum de confort est de s'installer juste à l'entrée à gauche où nous avons repéré quelques voiliers au mouillage. Miracle, en approchant, il y avait même deux postes à quai libres. Après une manœuvre un peu acrobatique, et avec l'aide des autres plaisanciers déjà amarrés, nous avons pu nous installer dans l'une d'entre elle, juste à côté d'un splendide voilier hollandais tout neuf. Evidemment c'est un peu loin de la ville, mais, avec nos petits vélos, cela devient une formalité.



Quelques repérages dans le centre ville et le nombre des sites remarquables existants dans l'ile, nous ont donné l'idée de faire le lendemain une visite motorisée plus complète que notre première excursion pédestre plutôt ratée. Nous avons donc retenu un petit scooter pour le lendemain samedi avant de retourner à bord pour une belle soirée, après l'apaisement nocturne du vent diurne, et d'admirer la ville éclairée sous la lune bientôt pleine.



sud Itaque

Cette balade à deux sur un Piaggio 50 cm3 modèle Typhoon pour les connaisseurs, nous inquiétait un peu compte tenu du caractère extrêmement montagneux de l'ile. En fait, c'est une véritable petite bombe, capable d'avaler sans faiblir avec deux adultes les montées les plus raides, munie de freins d'une puissance, d'une endurance et d'une progressivité épatante. Nous avons ainsi parcouru l'ile du nord au sud et du haut en bas, grimpant jusqu'au monastère de Katharon en cours de restauration à 570 m d'altitude, et risquant des petits chemins caillouteux pour aller jusqu'à celui de Taxiarchon à peine moins haut, mais beaucoup plus modeste. Bien sûr nous avons visité le musée archéologique privé de Stavros rassemblant de nombreuses pièces trouvées essentiellement à Pilicata et dans la grotte de Polis Bay. L'emblème d'Ulysse, le coq, présent sur plusieurs peintures, bronzes et poteries y rappelle de manière quasi irréfutable qu'il s'agit bien de l'histoire d'un homme qui vécu à Ithaque aux environ de 1200 Av JC, n'en déplaise aux détracteurs de la légende ou aux scientifiques qui pencheraient plutôt pour Lefkas. Mais tout ceci est une autre histoire !

Et comme partout dans ces iles, la puissance de la nature laisse des traces bien visibles sous la forme de bâtiments "earthquakesruined" comme l'indiquent certaines inscriptions. Evidemment les paysages extraordinaires, de création du monde, de ces montagnes couvertes de forêts d'une densité impressionnante, les animaux en liberté, les à pics vertigineux, la vitalité des habitants qui font vivre une agriculture et un élevage toniques, la beauté de la mer et des autres iles visibles à proximité, ont rendu cette promenade enchanteresse. Et cela nous a donné d'autres idées pour nos visites futures.