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Navigations › 2017-2018 Cinquième hiver aux Antilles

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dimanche 13 mai 2018

Petits bobos et fin de saison

Le spleen du marin solitaire ne dure pas longtemps. Il faut lister les petites imperfections ou faiblesses du bateau pour y remédier si possible avant le désarmement. Inutile de reporter tout cela au début de la saison suivante au moment du réarmement qui sera largement occupé.

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Les batteries AGM, pourtant changées l’année dernière, donnent des signes de faiblesse au point de devoir en débrancher deux sur trois. Le fournisseur, consulté par téléphone, promet d’étudier la question mais il faut qu’il puisse les mettre en test dans son atelier au Marin. Cela nous oblige à retourner en Martinique, mais, puisque nous avons encore un peu de temps, allons-y. Un AR de 300 milles, ce n’est pas rien, mais cela vaut le coup et permettra d’en avoir le cœur net.

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Ce sera l’occasion de revoir les amis qui se préparent eux aussi à la fin de leur saison, et de visiter la cathédrale Saint Louis de Fort de France, enfin libérée des travaux qui la masquaient depuis des années.

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Détruite à de multiples reprises par des incendies, des tremblements de terre ou des cyclones, elle a été reconstruite à la fin du 19ème siècle avec une structure en acier sensée mieux résister à long terme. De style néo Roman Byzantin, elle est l’œuvre de l’architecte parisien Henri Pick. Elle fut inaugurée le 2 juillet 1895 en présence des autorités locales,….. et du roi de Dahomey (aujourd’hui le Bénin), alors en exil en Martinique.

A nouveau sérieusement endommagée par les tremblements de terre de 1946 et 1953 puis par le cyclone de 1970, elle a été rénovée et consolidée entre 1975 et 1980 puis entre 2013 et 2017. Elle accueille désormais sans risque les paroissiens et les visiteurs dans toute sa splendeur avec un grand orgue restauré également. Les nombreux vitraux illustrent la vie de Saint Louis.

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La majestueuse Place des Savanes, toute proche, débouche sur le port et le fort Saint Louis qui abrite le commandement de la Marine Nationale aux Antilles.

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On y trouve aussi une statue de Joséphine de Beauharnais première épouse de Napoléon 1er, issue d’une famille aristocratique originaire de Trois Ilets, commune de la baie de Fort de France. 0n peut y visiter le musée installé dans la propriété de sa famille. Sa vie mouvementée et riche a fait récemment l’objet d’une émission historique sur Arte et d’une biographie de Pierre Brenda qui vise à la réhabiliter dans l’esprit des français et de l’Histoire.

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Aux Antilles il y a du boulot, car son image est attachée au rétablissement de l’esclavage au début du premier empire. Elle aurait obtenu cette décision de son mari pour sauver les plantations, en grande difficulté après la révolution française, qui l’avait aboli. Ceci explique probablement que sa statue, érigée sous le second empire, soit décapitée et ensanglantée à la peinture, geste signé d’un autocollant du groupe autoproclamé « BRIGADE ANTI NEGROPHOBIE » collé sur son socle.

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Repartant vers le nord, notre mouillage à Saint Pierre était proche de la cathédrale de cette ancienne préfecture qui porte encore les stigmates de l’éruption meurtrière de la montagne Pelée en 1903. La grosse houle rendit la nuit peu confortable et présageait d’une traversée musclée du canal de la Dominique le lendemain.

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Ce fut effectivement le cas avec une brise établie à 30 nœuds (rafales à 40) sur une mer bien formée et des creux de trois à quatre mètres. Les voiliers croisés sur cette mer magnifique avec un ciel dégagé avaient largement réduit la toile, comme nous.

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Sous le vent de l’île, c’était plus calme, et ce grand yacht suédois de 30 mètres fonçait à plus de 10 nœuds dans les puissantes rafales, sur une mer bien protégée

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A Portsmouth, nous retrouvâmes Grand Pas, arrivé de Marie Galante une heure avant. Encore l'occasion d’un moment convivial et d’un apéro-diner gastronomique entre amis. Merci Raymonde et David. Compte tenu du fort vent annoncé pour les jours à venir, leur intention était de profiter de ce grand mouillage confortable pour visiter cette ile martyrisée par Maria six mois plus tôt.

Quittant la Dominique le lendemain matin, avec le même vent fort et une mer encore grosse, la surprise est venu d’une accalmie progressive au cours de la matinée au point de renvoyer toute la toile en début d’après-midi une fois passé entre les Saintes et Marie Galante.

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Mais deux autres surprises moins agréables nous attendaient dans le grand cul de sac marin. Les énormes accumulations d’algues brunes (ou sargasses) pourrissent le paysage, sentent mauvais et s’accrochent sous le bateau réduisant sensiblement la vitesse. Il faut parfois faire une marche arrière pour s’en débarrasser jusqu’à la traversée du prochain champ. Il n’est même plus question de pêcher à la traine, le leurre étant presque immédiatement pollué et inapte à son rôle. Certes, il y a de pires tragédies, au stade actuel, mais jusqu’où ira celle là ?

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Surgi d’on ne sait où, ce cafard m’a épaté. Je ne lui ai laissé aucune chance, étant outillé depuis longtemps des gaz les plus puissants pour les « neutraliser » en quelques secondes sans disperser la "matière". Mais je pensais m’en être débarrassé, aucun n’étant réapparu depuis longtemps. Un doute m’envahit : et s’il avait embarqué avec les batteries neuves ? Et s’il était né à bord, d’œufs ou de spores résistant aux traitements hyper violents que j’ai infligés à Dartag depuis l’année noire où nous avions été envahis ? Et si c’était une génération spontanée ? Et si un sort m’avait été jeté par un marabout vicieux ? Et si c’était une vengeance d’un ennemi, alors que je croyais ne plus en avoir depuis des décennies ? Pour le moment le mystère est entier, à suivre…..

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En attendant, une petite inspection de la tête du mât après cette saison m’a confirmé que l’ensemble était en bon état, sauf le feu de mouillage qui reste défaillant. J’ai dû acheter d’un feu mobile à fixer sur le portique, qui le remplace provisoirement. Je reprendrai contact avec le fournisseur qui devait m’envoyer un feu neuf à emporter dans mes bagages pour la saison prochaine. Il faudra remonter au mât pour faire l’échange.

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Et vu du sommet, la bateau parait bien petit…. Après le désarmement les voiles seront laissées chez Voiles Plus pour les réparations ou modifications nécessaires après cette saison musclée, en attendant la prochaine.

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Observons quand même la faculté qu’a la nature de remédier aux petits bobos du captain. Les deux ongles écrabouillés il y a trois semaines sont finalement tombés à quelques heures d’intervalle, juste en prenant un bain de mer. Bientôt ils seront remplacés par des neufs….

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Et maintenant Dartag est au piquet, mouillé entre quatre bouées dans le lagon bleu de la marina, le nez tout proche de la mangrove. Il ne reste que des bricoles à démonter ou ranger avant de le quitter pour au moins six ou sept mois. Pourvu qu’il soit sage et courageux pendant tout ce temps !

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Encore un vol transatlantique sans histoire et une course avec un autre avion à 37 000 pieds au lever du soleil sur le golfe de Gascogne, avant de retrouver notre beau pays miné par les grèves d’avions, de taxis, de trains…. Tiens, j’avais oublié tout cela. Il faudra bien faire avec ?

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Retour ensoleillé à Toulouse avec le pommier encore en fleurs…..

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… l’anniversaire de la "grande", rayonnante, magistralement organisé par ses frères et sœurs…

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….avec la douce présence des amis et de la famille parfois venus de loin….

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….et une petite escapade en Camargue…

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…. puis à Hyères où il a fallu réveiller, difficilement, la maison endormie depuis noël…



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….au milieu de ses massifs de fleurs de doigts de sorcières.

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Retour à Toulouse où les iris font un concours de beauté….

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….et les rosiers ne sont pas en reste.

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Les promesses de cerises se précisent….

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….comme celles des poires….

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…..ou celles les pommes, sans parler des figues, mais il faudra encore attendre quelques mois, et ce sont les nouveaux propriétaires de la maison qui en profiteront, car elle est vendue. Le tri, les rangements, le nettoyage commencent et ce n’est pas fini. C’est fou ce qu’on peut accumuler comme foutoir ou archives inutiles en quinze ans !

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Nous nous installerons pendant l’été dans notre nouvelle maison varoise qui nous rapprochera de nos racines hyéroises, de nos amis et des souvenirs remontant sur près de soixante ans. Cela ne nous rajeunit pas !!!!!!!!

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Nous y organiserons une et peut-être même plusieurs pendaisons de crémaillère d’ici à l’été 2019. Vous pouvez commencer à vous préparez activement !

lundi 02 avril 2018

dans l'enfer d'Irma et Maria

Après une première partie de croisière à la découverte des iles oubliées de l’est et du sud de l’arc antillais, nous attendions notre équipier pour la deuxième partie de ce voyage hivernal.

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Il est bien arrivé, un peu palot, alors que le froid, les tempêtes, la neige continuent à éprouver l’Europe, à la grande surprise des théoriciens du réchauffement de la planète.

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Et, après un pèlerinage au fond du lagon bleu pour y retrouver nos amis les iguanes et récupérer quelques noix de cocos, nous sommes entrés rapidement dans le vif du sujet. Deux escales plus tard, aux Saintes et à Deshaies que vous connaissez déjà très bien, c’est devant les formidables énergies des plaques tectoniques que nous nous sommes sentis tout petits.

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Plymouth, capitale de l’ile de Montserrat a été partiellement ensevelie par l’une des trois grosses éruptions de son volcan dans les trente dernières années. Il a fallu évacuer les trois quarts des habitants de l’île et les deux tiers du territoire sont une zone interdite aux civils. Il y a aussi une grande zone d’exclusion en mer en raison des risques toxiques et des mouvements de terrain qui rendent la cartographie marine caduque, en tout cas imprécise.

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On voit cependant un début de colonisation des coulées pyroplastiques par la végétation tropicale qui laisse penser que les ruines de la ville auront été englouties dans quelques décennies. Mais les odeurs d’œuf pourri et d’hydrogène sulfuré sont toujours bien présentes sous le vent du volcan.

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L’ile suivante s’appelle Nevis. Le nom donné à l’origine par Christophe Colomb était nièvès. Les nuages qui dissimulaient son sommet faisaient penser à de la neige ! Sous les tropiques, quand la température varie à longueur d’année entre 23 et 32 degrés ? il avait de l’imagination ce Colomb ! Mais les successeurs de ces navigateurs intrépides sont toujours présents dans les eaux de cette ile, avec des trois mâts sans doute beaucoup plus sûrs et confortables, et des pavillons british.

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Celui-ci n’a que deux mâts, mais le confort et la sécurité y sont sans doute tout aussi parfaits, et il symbolise assez bien le type de visiteur que l’on trouve à Saint Barthélémy. Le cyclone Irma est passé sur ce joyau tropical en septembre 2017 et y a fait des ravages. Six mois après, on ne voit pratiquement plus les traces de cette catastrophe : les quais sont presque tous réparés, les toits remis à leur place et le business a repris comme d’habitude même si certains établissements sont encore en travaux.

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La zone industrielle est reconstruite, avec sa centrale électrique, son usine de dessalement de l’eau de mer, ses dépôts de carburants et de matériaux de construction et on voit dans toute l’ile des équipes munies de grues et engins de travaux publics qui finissent de réparer ou reconstruire ce qui a souffert.

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Le fameux hôtel Eden Roc, construit sur un gros caillou au milieu de la baie de St Jean, qui avait été pratiquement rasé, a même trouvé un slogan affiché sur les palissades qui protègent le chantier : « stronger than Irma ». Il sera rouvert l’hiver prochain agrandi et amélioré !

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Le clocher de l’église, qui était tombé, a été réparé et les cloches sonnent le carillon comme avant. Celui de l’autre église était tombé lui aussi, mais, beaucoup plus gros et lourd, il demande des réparations plus importantes et surtout une sécurisation maximum pour prévenir une autre catastrophe à l’avenir.

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Dans le fond du port de Gustavia il reste quand même quelques traces du désastre et une partie du quai est encore impraticable. Cela donne une idée de la violence des éléments. Et pourtant de vulgaires cabanes en planches situées à proximité semblent avoir résisté aux assauts furieux d’Irma. Il semble également qu’un projet de réhabilitation plus complète de ce quartier traditionnel de Gustavia soit à l’étude.

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Pour nos visites, Frédéric avait loué une superbe Mini Cabriolet avec laquelle nous avons joué aux kékés, histoire de prendre temporairement la couleur locale.

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Nous avions un peu hésité avec une Ford Mustang GT, mais elle aurait été moins pratique dans certains endroits de l’ile, et la version cabriolet n’était plus disponible (quels blaireaux !).



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Evidemment une visite à Johnny était aussi au programme. Jolie tombe recouverte sous les souvenirs et les hommages de fans. Certains sont très émouvants, d’autres magnifiques, certains ont été préparés longtemps à l’avance, c’est sûr. Avez-vous remarqué la Harley Davidson en fleurs qui est derrière la croix ? L’ensemble est pourtant discret et plutôt de bon goût dans ce cadre idyllique au bord de l’océan tout proche. Curieusement aucune inscription ne semble venir de la famille ou plutôt des familles ! Et le cimetière est vraiment joli. Ca donne presque envie de s’y installer, le plus tard possible quand même.

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Les plages de sable blanc désertes ….

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…sont toutes proches des rues rassemblant toutes les marques prestigieuses du monde.....

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…ou le summum du raffinement nautique….

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…..jouxte les criques et plages plus ou moins sauvages.

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Ce paradis attire toujours les visiteurs et investisseurs par ses sites, sa beauté, son luxe. Tout cela rassemblé sur un territoire à peine plus grand que l’’ile de Porquerolles ! Une merveille, et si le mouillage de Gustavia est souvent agité, il y a celui du colombier, parfait et désert.

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C’est une toute autre ambiance qui nous attendait en arrivant à St Martin. On commence par longer une ancienne carrière sur la côte Est de l’île. Elle a été utilisée pour y déverser les milliers de tonnes de gravas, charpentes, poutrelles en tous genres, tôles ondulées ou pas, véhicules, bidons, citernes, détritus divers qui jonchaient les routes et villes après Irma. Et la noria de camions poubelles continue à en déverser dans ce grand site abandonné et sinistre.

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Le front de mer de la capitale, Marigot, est une litanie d’immeubles décapités, de bateaux démâtés, de plages couvertes d’épaves. La Marina extérieure, celle de Fort Louis, est à moitié détruite, remplie de bateaux coulés et de pontons désarticulés. Une horreur !

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Et si on rentre dans le lagon, c’est pire. Un spectacle apocalyptique nous y attendait sans distinction entre le côté français et le côté hollandais. L’ouragan n’a pas trié entre les victimes.

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Les bateaux ont été parfois projetés à l‘intérieur des terres avant d’être pillés, des chalutiers ou cargos de plusieurs centaines de tonnes, drossés contre les piles de ponts, les digues…. Curieusement l’épave d’un remorqueur coulé au milieu du lagon par un précédent cyclone et déjà passablement rouillé, presque à l’état de dentelle, n’a pas été entièrement démantelée. Il n’y a que la mauvaise herbe qui résiste !

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Certains quais ont été détruits comme par des explosions ou des bombes

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Les bateaux sont parfois empilés les uns sur les autres…..

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…ou regroupés dans des tas monstrueux

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Des fantômes, renfloués après un long séjour d’immersion, tournent autour de leur ancre

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Il y a aussi de grands et luxueux motor-yachts abandonnés, coulés alors qu’ils auraient évidemment pu s’échapper avant l’horreur.

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Un autrefois magnifique ketch Amel Super Maramu presque coupé en deux, sur la coque duquel on a collé des emplâtres, a été remis à flot couvert de coquillages et végétaux marins.

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Que va-t-il devenir, et les autres ?

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Un catamaran d’environ 20 tonnes est retourné comme un crêpe…

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A grand Case, les couleurs envoutantes de cette baie paradisiaque…..

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…deviennent un cauchemar lorsqu’on y regarde de plus près.

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A l’anse Marcel, le grand hôtel qui occupait tout le fond de la baie est en ruines.

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Les logements ont perdu leur toit et leurs charpentes.

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Certaines poutres ont été arrachées de leurs scellements et enlevés comme des fétus de paille.

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La petite marina de Longvilliers, considérée comme l’un des meilleurs « trous à cyclone » des Antilles, n’est plus qu’un cimetière de bateaux et pontons mélangés.

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Autrefois ce furent de grands et luxueux voiliers….

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… presque tous démâtés et renfloués après avoir coulé dans le port

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Et le petit centre commercial est abandonné, en piteux état. Evidemment la saison touristique est perdue et on se demande si les suivantes ne sont pas également compromises. Et pourtant les services publics et la plupart des commerces fonctionnent et sont normalement approvisionnés.

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En repartant de ce champ de bataille, l’île déserte de Tintamarre nous a offert un moment de calme et de réconciliation avec la nature. Elle porte un dôle de nom, mais pourquoi pas ?

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Nous sommes repassés à St Barth dans l’anse du Colombier…

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…très fréquentée en ce dimanche des rameaux…

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…puis encore à Gustavia, dont on ne se lasse pas….

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…. avant de nous élancer vers St Kitts bien accompagnés.

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L’investissement luxueux de Christophe Harbour souffre de la proximité d’Antigua. Il est vide….

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…mais offre un merveilleux troquet au bord de l’eau nommé « Salt Plage Bar »

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Frédéric a pris de jolies couleurs….

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…..et l’épave de Ballast Bay n’a plus de secrets pour nous.

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Nous avons profité d’un vent favorable pour faire petit crochet par Antigua, et ainsi couper la grande étape…

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…qui nous a ramenés en Guadeloupe par la pointe des châteaux avec une forte mer.

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Le lagon de St François est toujours aussi calme, mais envahi de sargasses qui empestent et font ressembler la mer, d’habitude si belle, à de l’eau de vaisselle ou même du purin. Un vrai fléau !

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Mais cela n’empêche pas les avions de l’aéroclub local de le survoler dans le soleil couchant.

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Là aussi il y a aussi des victimes, mais de Maria cette fois.

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Ayant pris la direction de Marie Galante nous avons finalement mouillé dans le port de Grand bourg pour quelques courses. Remarquez comme la queue au DAB est disciplinée dans ce charmant village.

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C'est à la plage de la sucrerie, magnifique, que la baignade était la plus tentante.

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Puis de Saint Louis, où nous avions rejoint Grand Pas, la visibilité permettait de voir parfaitement les Saintes.

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Après le coucher du soleil, sous la pleine lune, le bûcher de la veillée Pascale avait attiré une foule de villageois en grande tenue de cérémonie….

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…qui partagèrent avec recueillement la lumière de la résurrection…

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…avant d’entrer dans l’église en procession.

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De retour à Pointe à Pitre, nous nous sommes offert un diner gastronomique dont le plat principal était un boudin « DARTAG ». C’est un boudin antillais bien épicé, cuit avec des patates rissolées dans de la graisse de canard. Nous l’avons appelé « boudin à la mode Belle Chaurienne ».

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Un dernier sourire avant de prendre l’avion…

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… laissant le captain contempler, avec un peu de spleen, le contraste entre les navires plus ou moins polluants qui fréquentent la baie de Pointe à Pitre à la tombée du jour…sous le regard menaçant du réchauffement climatique, qu’il ne faudrait quand même pas oublier…

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En conclusion, je voudrais partager avec vous une découverte faite cette année lors d’un passage en Martinique. Il s’agit du couteau « chien ». Uniquement fabriqué en France, à Thiers, depuis plus d’un siècle, presque uniquement pour le marché des DOM, il a des qualités exceptionnelles.

- il est fait d’un acier inoxydable de haute qualité et extrêmement tranchant.

- Le nickel utilisé dans la métallurgie des lames provient de Nouvelle Calédonie.

- l'affûtage est symétrique si bien qu’il ne dévie nullement, lorsque qu’on coupe un fruit, par exemple

- son bout rond lui permet d’être un excellent couteau à tartiner.

- sa sobriété n’a d’égale que sa simplicité et sa légèreté.

- d’accord, il coûte un peu plus cher que les couteaux chinois qui ne coupent pas et sont incapables de trancher finement le saucisson, mais quand on aime on ne compte pas.

- Il est archi confidentiel, mais le sera moins demain pour les lecteurs de ce billet.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, il y a de nombreux sites Internet consacrés à cet objet sans prétention qui est en train de devenir « culte ».

A bientôt pour la fin de cette cinquième croisière d'hiver et le désarmement de Dartag jusqu'à l'hiver prochain.

mardi 13 mars 2018

Escales jouissives

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La période de temps plus calme se prolongeant, nous avons repris la mer en direction de Saint Vincent. Et ce n’est pas sans une certaine fierté que Dartag a rattrapé un Super Maramu 2000 américain(16 mètres) pourtant bien mené par son équipage, parti une demie heure avant nous !

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Le vent devenant plus maniable et la mer se calmant en approchant de l’ile, nous avons tenté une nouvelle réparation du génois. Il faisait un peu moins pitié après, mais il va devoir subir une intervention lourde à la prochaine occasion.

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Quelques heures plus tard, approchant des deux pitons à Saint Lucie, un grand groupe de dauphins est venu nous régaler, se régalant eux-mêmes des poissons volants qui pullulent dans les eaux des petites Antilles cette année.

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Cette ile attire de nombreuses croisières, notamment de superbes grands voiliers qui sont ici dans leur jardin depuis des siècles.

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Plus modernes, les paquebots géants, capables de transporter 5 ou 6 000 passagers fréquentent aussi son port principal Castries. Ils sont plus polluants, et leurs fumées soufrées, bien visibles ici, sont indignes de l’image qu’ils cherchent à véhiculer.

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La brise devenant plus hésitante, et tournant même à l’ouest (très rare en période d’alizé) nous avons décidé de nos arrêter à Rodney Bay en fin de journée. Malheureusement une longue houle de nord pénétrait dans le mouillage d’habitude si accueillant, le rendant presque inconfortable.

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Le lendemain, il n’y avait pratiquement plus de vent et il nous a fallu plus de huit heures pour rejoindre la Martinique quand trois heures suffisent normalement en cette saison. Et les sargasses revenues en force cette année, offrent par moment un spectacle désolant sur cette mer d’huile.

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Avançant par moment au moteur, le bruit a sans doute attiré un autre groupe de grands dauphins qui jouent dans l’étrave, se tournant parfois sur le côté pour s’assurer qu’on les observe et montrant alors leur ventre blanc. De vrais cabotins !

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Ce spectacle est vraiment magnifique et donne envie de nager avec eux !

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L’entrée au Marin avec une minuscule brise d’ouest permet d’aller jusqu’au mouillage à la voile.

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Au lever du jour, il régnait un calme absolument parfait tout à fait inconnu ici en hiver.

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Et une visite bien sympathique de Caroline et Jean-Philippe permet de renouer avec les ressources gastronomiques du plus grand port de plaisance des Antilles.

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Certains se font même servir des fontaines de bière, des citoyens belges à n’en pas douter, qui apprécient la bière locale de marque « Lorraine », principale concurrente de la « Carib ».

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Après quelques jours de « profitation » dans cette escale, où nous avions également retrouvés Fred et Yukié, tout heureux de goûter cette ambiance française, ou les petits travaux à bord et le ravitaillement sont faciles et presque bon marché, le vent est revenu de l’est, puissant, normal. Nous avons donc rejoint la baie de Fort de France où nous attendaient Françoise et Michel, toujours sur la piste du bateau de leurs rêves, le leur étant vendu (suite au prochain numéro).

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Mais, il s’agissait aussi d’essayer de retrouver Patrick et Suzanne qui devaient embarquer sur le Club Med 2 pour leur première croisière version grand luxe.

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Et malgré les aléas, cela a marché, juste à temps. Un bon moment qui ne restera pas unique puisque leur programme recroisera le notre quelques jours plus tard.

En attendant ils partaient vers le sud et nous vers le nord, longeant les côtes de la Dominique cruellement éprouvées par le cyclone Maria en septembre dernier.

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Les toits de nombreuses maisons sont encore bâchés,

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Les villages de vacances sont abandonnés toits arrachés,

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Et il y a des épaves pitoyables partout.

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Mais le mouillage de Portsmouth, au nord, est toujours grand, beau et confortable,….

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… fréquenté aussi par de jolis voiliers typiquement nord américains.

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Arrivant aux Saintes le lendemain, nous y avons retrouvé Grand Pas et bien sûr pas loupé l’occasion de passer encore un bon moment ensembles et d’échanger quelques tuyaux avec de si fidèles vieux amis !

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Mais aussi Patrick et Suzanne, revenus vers le Nord sur Club Med 2, en pleine forme.

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Bien sûr nous avons fait un petit circuit de découverte de Terre de Haut, ici au Fort Napoléon.

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Et pris un repas typiquement local dans un charmant petit bistrot « les pieds dans l’eau » juste à côté du marché aux poissons (il y avait de la langouste, du boudin antillais et des accras !)

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Puis nous avons refait le monde à bord de Dartag avec un plaisir mal dissimulé

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Avant qu’ils ne regagnent leur bord au crépuscule, pour la suite de leur croisière de rêve.

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Quittant les Saintes en slalomant entre les grands voiliers (sauf Club Med 2 déjà reparti) nous avons rejoint Pointe à Pitre par un temps magnifique. Vous savez, le genre de journée qui réconcilie avec l’existence !

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Une escale technique pour remettre à niveau certains équipements, en particulier l’annexe, et débarquer les voiles, le temps de les réparer.

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Evidemment on ne fait pas d’omette sans casser des œufs.

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Et l’accueil à bord de Dartag, d’Emilie et Greg, venus de métropole pour un petit break hivernal fut aussi un régal. Et ils reviendront bientôt, dès que mon équipier favori sera arrivé. Mais, chut, c’est une surprise !

Point de recette de cuisine « maison », mais encore une petite chronique littéraire. Après avoir lu l’année dernière « le problème Spinozza » roman magnifique de Ygal Yalom, j’étais impatient de lire le dernier ouvrage de Frédéric Lenoir « le miracle Spinozza » cadeau de mes enfants à noël.

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Petite déception, mais il faut dire que la comparaison est difficile. Ce spécialiste des religions, ancien directeur du « monde des religions » et fondateur de plusieurs organismes sur le « vivre ensemble » ou le « bien-être animal », manque de souffle. Certes, son ouvrage est très documenté et intéressant à ce titre sur la vie et l’œuvre de ce philosophe juif hollandais du 17ème siècle, exclu de sa communauté, consacrant ses forces à promouvoir la liberté et la joie au nom de la réflexion rationnelle. On pourrait presque dire que ses combats contre l’obscurantisme et les religions dogmatiques ont été les précurseurs de ceux des « lumières » un siècle plus tard. Mais l’écriture de Frédéric Lenoir n’est pas à la hauteur de ses interventions orales ou audiovisuelles et sa tendance à se comparer personnellement à Spinozza est assez gênante. L’ensemble reste cependant utile, mais je me suis un peu forcé à poursuivre la lecture.

A suivre vers le nord encore,.....

vendredi 02 mars 2018

Pendant ce temps, la neige

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Si on vous demande à quel endroit de la planète il faut être, en février ou mars 2018, je crois connaitre vos réponses :

- pour ceux qui aiment le soleil, la chaleur et la brise qui permet de voyager à la voile, ce serait les Caraïbes

- pour ceux qui aiment le froid, la neige, le blizzard, la montagne, les glissades sans limite, ce serait l’Europe.

Je me sens plutôt dans la première catégorie.

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Bridgetown, capitale de la Barbade, Barbados en langage local, est une ville intéressante.

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Nous avons fini par visiter ses deux musées principaux, celui de Héros nationaux et celui du Parlement. Notez les photos grandeur nature d’Elizabeth II et du prince Philip au fond de la salle du Sénat.

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Nous y avons aussi rencontré l’équipage d’un voilier venant d‘achever sa transat avec quelques galères…..

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…et parcouru les rues animées où les soldes, parfois sexy, ou les « duty free » pullulent.

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On ne peut pas résister à certaines…..

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… ;pendant que d’autres préparent les collections suivantes (mannequin locale plutôt fluette)…

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…..et que les policiers débonnaires veillent au grain.

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Les banlieues de la capitale sont proprettes

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La synagogue et le cimetière juif sont impeccables et discrets

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Quittant la Barbade les cales remplies de poissons achetés au marché local, nous avons mis le cap au sud, vers une île encore inconnue pour nous, très proche de la côte du Venezuela.

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Après 15 heures d’une traversée musclée nous passons difficilement au petit jour, la pointe Est de Tobago avec une grosse mer, un courant contraire d’environ quatre nœuds et un vent faiblissant qui nous a fait douter de pouvoir la passer.

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Et, après un dernier déluge pendant pratiquement une heure…

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….nous entrons dans la baie de Scarborough la capitale de l’île, et son unique port.

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Tobago fait partie d’un état indépendant depuis 1962 : Trinidad et Tobago, ou Trinité et Tobago, en abrégé TT comme l’appelle les habitants eux-mêmes. Cette île de 300 km² et 55 000 habitants est la partie préservée du pays dont l’essentiel de l’activité provient de l’industrie pétrolière, comme son grand voisin continental. Mais à la différence de ce dernier, tiraillé par les tentations autoritaires de Chavez-Maduro, il jouit d’une démocratie stable et d’une économie assez prospère.

Son histoire est complexe, donc simplifions ! Une première reconnaissance par les anglais eut lieu à la fin du 16ème siècle, puis par les troupes lettones du fils du duc de Courlande. Mais ce sont les hollandais qui tentèrent de fonder des colonies à partir de 1621. Les Espagnols les mirent à sac vers 1635, à quoi les hollandais répliquèrent par la mise à sac de San Tomé sur l’Orénoque.

Les tentatives de reconquête de l’ile par les anglais venus de la Barbade (comme nous) ou les hollandais venus de Flessinge, se sont heurtées à la combativité des indiens Caraïbes venus de Saint Vincent. Le duc de Courlande ne perdait pourtant pas de vue cette possession qui lui avait été attribuée par son cousin le roi d’Angleterre au début du 17ème siècle. En 1654 il monta une expédition avec des hollandais et y implanta une nouvelle colonie formée essentiellement de juifs néerlandais fuyant la Nouvelle Hollande, persécutés par les portugais. Ils renomment l’île Nouvelle Courlande et y construisent le port de Jacobus. Parallèlement, une autre colonie de juifs d’origine italienne, menée par des zélandais pris pied dans l’ile vers 1660.

Les courlandais, inférieurs en nombre et moins bien soutenus, finirent par se rallier à la colonie zélandaise jusqu’à l’intervention des anglais de la Barbade qui envahirent l’île en 1672, déportèrent tous les colons et rasèrent les installations. Presque simultanément une frégate française y affirma la souveraineté française.

Après quelques années de batailles navales Franco-anglo-néerlandaises, l’amiral français d’Estrée conquiert Tobago qui est reconnue comme colonie française en 1678 au traité de Nimègue. Mais ce sont les espagnols qui s’y installent avec des moines capucins. Après que trois d’entre eux aient été tués par des amérindiens, ils procèdent en représailles au terrible massacre d’Arena. Progressivement pourtant, ils se retirent de l’île, victimes d’attaques de boucaniers et pillards français ou hollandais.

La souveraineté française est reconnue par le traité d’Utrecht en 1713. Après la révolution française et la chute de l’Empire, l’île est finalement conservée par les anglais après la deuxième abdication de Napoléon 1er. Comme Sainte Lucie et l’île Maurice elle aurait du rester française conformément au traité de Paris de 1814. Bien joué Napoléon et ses « cent jours » !

La langue parlée dans le pays est un anglais créolisé avec un fort accent le rendant difficile à comprendre. Le français y a laissé quelques traces, mais le néerlandais a disparu. La population est très majoritairement noire issue des anciens esclaves des plantations de canne à sucre dans l’ile voisine de Trinité. Après l’abolition de ‘esclavage, ces exploitations on périclité et ont été partiellement remplacées par la culture du cacao, des épices ou des noix de cocos.

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Mais la prospérité relative actuelle du pays vient de la production de pétrole et de ses dérivés avec son cortège de pollution qui n’émeut personne (bien visible ici) et de dégradation de l’environnement. Le tourisme est pratiquement inexistant à l’exception de l’extrémité ouest de Tobago qui accueille quelques établissements desservis par un aéroport au trafic anémique, et une ou deux navettes quotidiennes par voie maritime vers la capitale Port of Spain.

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Les quatre voiliers (un américain aux voiles déchirées, deux français dont Dartag, et un espagnol fatigué) présents dans cet avant port crasseux et dont les infrastructures sont délabrées, ne présagent rien de bon sur la capacité de cette île à attirer les visiteurs. Et j’ajoute que les formalités d’entrée, douanes, immigration et autorité portuaire, éloignées les unes des autres et disposant de moyens défaillants, sont dissuasives même si elles ne sont pas onéreuses. Un € vaut 8,3 TT$. La couverture Internet par des spots Wifi gratuits et libres est correcte avec un débit assez faible.

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Cependant, les gardes cotes, équipés de matériel dernier cri, sont vigilants pour réduire les risques d’immigration clandestine venant du continent tout proche, et dissuader les attaques de pirates vénézuéliens qui n’ont pas laissé que de bons souvenirs à la population et aux plaisanciers. La délinquance locale serait surtout liée au trafic de drogue et ne donne, pas plus qu’ailleurs, de sentiment d’insécurité.

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Après deux jours sur place, l’envie de reprendre la mer est bien présente. Mais la visite d’autres mouillages à l’extrémité ouest de l’île n’est pas possible sans repasser aux formalités à Scarborough. C’est inenvisageable car il faudrait remonter contre le vent et le courant équatorial après avoir visité Stone Bay. Tant pis, ce sera pour une autre occasion s’il s’en présente une !

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L’idée initiale de rejoindre Grenade s’est rapidement estompée à mesure que le vent s’établissait à l‘est pour 15 à 20 nœuds. C’est l’idéal pour remonter l’arc antillais sur un maximum de distance vers la Martinique. Alors profitons en !

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D’autant plus que le génois blessé, et sommairement réparé avec de l’adhésif, semblait tenir et résister aux grains peu nombreux et modérés que nous avons rencontrés.

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Et c’est en pleine nuit, brillamment éclairée par une lune presque pleine, et avec l’aide du radar et du GPS de secours (le principal ayant fait un caprice), que nous avons évité les ilots et récifs précédant Béquia avant de mouiller à Port Elizabeth, heureux de cette belle traversée avec enfin une brise régulière et modérée.

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Ce mouillage, un des plus beau des Grenadines, est très accueillant, et on s’y sent bien. Il parait moins fréquenté que les années précédentes et de nombreux voiliers français y sont en escale. Mais les centaines qui ont été écrabouillés par Irma et Maria manquent à l’appel.

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Je ne m’étends pas, vous avez déjà lu les autres billets sur cette ile bénie des dieux. Après des formalités rapides et faciles nous y resterons un peu en attendant un vent idéal pour poursuivre.

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Enfin, voici quelques impressions laissées par le dernier ouvrage posthume de Jean d’Ormesson, « Et moi, je vis toujours ».

Raconté à la première personne du singulier et au féminin, il s’agit d’un balayage très vaste de la vie et des idées, parcourant notre planète, l’univers et l’histoire, procédant à des chronologies comparées de différentes civilisations, pointant les similitudes et les divergences entre elles. Bien sûr, l’auteur y fait preuve d’une érudition à son image et montre un énorme travail documentaire. Il ne résiste pas au plaisir de faire l’éloge de la civilisation française, dont apogée, selon lui, se situe à la fin du 17ème siècle et au début du 18ème. Et il contemple les arts et les sciences avec un émerveillement d’enfant surdoué. Cet homme n’a jamais dû être blasé de quoi que ce soit. En le lisant, on croit l’entendre et le voir dans les émissions de radio ou de télévision où il excellait.

lundi 19 février 2018

A nous l'alizé

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Après les cyclones Irma et Maria qui ont ravagé les Antilles en septembre et fait de nombreuses victimes et d’immenses dégâts matériels entre la Dominique et Haïti, nous pouvons nous estimer vraiment heureux de retrouver Dartag intact après une course au soleil à 11 000 d’altitude.

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Evidemment, sept mois immobile dans le lagon de Pointe à Pitre ont des conséquences sur l’état de le carène, colonisée par une épaisseur respectable de coquillages et mollusques marins. Il faut retrousser ses manches pour une grosse révision, nettoyage et peinture.

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En prenant son temps et en mettant à contribution les concours disponibles pour les gros travaux, il nous faudra deux semaines à terre, alternant le dur labeur et les échanges avec les voisins du chantier condamnés aussi aux « travaux forcés ».

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Et c’est avec un grand plaisir que nous avons pu reprendre une vie de marin dans un bateau propre, révisé et prêt pour de nouvelles aventures.

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La première étape fut pour Marie-Galante, l’île du rhum et de la Baleine rouge, avec un mouillage à Saint Louis, toujours aussi agréable. Après quelques ti’punch avec Michel et Françoise qui nous y ont devancés, un bon repos et quelques bains nous préparent à la cavalcade prévue ensuite. Une météo musclée nous attendait pour rejoindre la Martinique et retrouver d’autres amis navigateurs en escale technique au Marin, avec eux aussi des tas de petites améliorations en cours pour leurs navigations futures.

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Parfois, la mer rappelle que les approximations ou la médiocrité ne pardonnent pas souvent. Ce beau voilier presque neuf a coulé dans le port en moins d’une demi heure, après la rupture du vérin de remontée de la quille, sous les yeux de la vedette de la SNSM, impuissante. L’équipage était parti pour deux heures à terre et en rentrant, il n’avait plus de bateau !

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Il a pu le renflouer et le mettre à terre le lendemain, mais le rêve s’est écroulé et le contentieux avec le chantier va consommer pas mal d’énergie qu’il aurait sans doute préféré mettre ailleurs.

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C’est l’occasion aussi de profiter, entre les averses et les rafales d’un alizé fort et humide, du carnaval local en cette période de mardi gras. Un concours de beautés, de sonorités, de joie et parfois d’un léger érotisme festif. Ce défilé des groupes locaux ou étrangers, accompagné de musique à base de percussion vraiment percutantes et très sonores, laisse rêveur des spectateurs attentifs (quelques images d’archives). Et tous les commerces et administrations ferment pendant cette période, sinon à quoi bon être dans les caraïbes….. Il faudra attendre le lendemain de la St Valentin pour recommencer à « vaquer à nos occupations normales ».

Et puis, un jour, la météo annonçant une amélioration, le désir de voir d’autres iles reprend des couleurs si j’ose dire. La Barbade, négligée en arrivant de la traversée océanique en 2013, restait une destination lointaine à visiter, si l’occasion se présentait.

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Après une nuit de mer encore assez forte, sur un seul bord avec un alizé de NE soutenu et des grains se calmant en fin de nuit, nous découvrons cette ile plutôt plate par sa pointe nord.

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Hélas, il nous faut passer dans la fumée et les rejets inquiétants d’une grosse usine installée en bord de mer.

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Nous nous amarrons juste après, dans la superbe marina St Charles, malheureusement ballotés par un fort ressac, pour y accomplir les formalités d’entrée. Les bureaux de la douane, de l’immigration et de la santé sont vides et, après quelques palabres, nous finissons par repartir vers Bridgetown, la capitale. L’officier de port, pense que nous devrions y faire ces démarches dans de meilleures conditions. Surprenant accueil !

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Découverte par des portugais longtemps après les multiples voyages de Christophe Colomb, elle n’a finalement été colonisée par les anglais qu’à partir de 1627. Aucune population antérieure n’y subsistait, alors que certains vestiges précolombiens y ont été retrouvés. Elle a échappé aux rivalités coloniales franco-anglaises ou hollandaises et sa culture est aujourd’hui barbadienne, et très « british » dans ses comportements et ses traditions : tea time, cottages fleuris, uniformes des officiels,…. Elle est indépendante depuis 1966 au sein du Commonwealth.

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Le musée national des héros et le musée du parlement accueillent les visiteurs sauf le dimanche et le mardi. On essaiera quand même !

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La population est formée à 95% des descendants d’esclaves noirs ayant cultivé la canne à sucre avec succès pendant plus de deux siècles et d’une infime minorité de blancs issus des forçats anglais ou irlandais déportés sur cette terre d’exil. Il n’y a pas de classe dominante d’origine coloniale. Les clivages de la société sont essentiellement fondés sur le rang social ou la fortune et indépendants de la couleur de peau.

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La population est très croyante, pratiquant les multiples cultes d’obédience réformée ou l’église anglicane domine. Le dimanche, les églises sont pleines, et la musique et les chants y tiennent une grande place.

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L’économie actuelle est basée sur la canne à sucre et ses dérivés, les cultures vivrières, notamment des légumes, la pêche ou les barbadiens excellent, et les services.

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L’industrie, installée sur la côte ouest, est surtout consacrée aux transformations de la canne à sucre et des produits de la mer, ainsi qu’à la production de ciment ou d’électricité.

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Le tourisme attire les paquebots de croisière en grand nombre grâce à la réputation de sécurité de ce pays, avec une énorme zone « duty free » libre d’accès. Les activités bancaires « offshore » sont également très présentes. Des liaisons aériennes directes existent avec l’Amérique du Nord et l’Europe.

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Les 260 000 habitants de cette ile de 431 km² (une des plus forte densité au monde) ont un niveau de vie parmi les plus élevé des anciennes colonies britanniques et la monnaie est je dollar Barbadien qui vaut la moitié du US$ ou 0,40 €.

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Les prix sont plutôt chers, sauf pour les produits high tech, et les nombreux hôtels accueillent des touristes aisés qui souhaitent profiter de son climat sain, doux et ensoleillé, de ses plages magnifiques, de son histoire et de son patrimoine préservé qui l’ont fait surnommer « la riviera des Caraïbes ».

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Les sports les plus pratiqués sont le cricket (tiens comme c’est bizarre !), la pêche au gros, la plongée et la voile sous toutes ses formes.

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Quelques jours au mouillage rouleur de Carlisle Bay permettent de visiter la ville en débarquant par le port des pêcheurs et le superbe marché aux poissons, ou par celui du careenage. On y rencontre aussi quelques voileux qui viennent d’achever leur transatlantique en venant des Canaries ou du Cap Vert avec leurs lots de fatigues ou parfois d’avaries. Mais cette escale, autrefois un must à la fin d’une traversée par l’autoroute des alizés, est aujourd’hui beaucoup moins fréquentée par les tourdumondistes qui lui préfèrent la Martinique, la Guadeloupe, Antigua ou Ste Lucie, mieux équipées pour accueillir une plaisance de plus en plus équipée en matériels sophistiqués nécessitant une maintenance professionnelle de haut niveau.

Oui, cette partie de notre belle planète est souvent considéré comme un paradis, mais n’oublions pas les premières pages de ce billet qui montrent qu’elle peut aussi être un enfer !

Enfin, terminons par une recette de cuisine élaborée patiemment depuis des années de croisières. Il s’agit de la « brandade Dartag » qui a atteint cette année un assez haut niveau, tant sur le plan du goût, que de la texture, de la conservation et de son aptitude à nourrir un marin dans toutes les conditions de mer ou de mouillage.

- préparer une purée mousseline pour quatre personnes

- émincer six fines tranches de jambon cuit (quatre si elles sont épaisses)

- hacher menu un oignon rose cru

- ajouter 100 gr d’emmenthal râpé

- mélanger le tout en réchauffant à feu très doux

- ajouter quatre noix de beurre, ou de margarine oméga 3, ou deux cuillers à soupe d’huile d’olive, et deux cuillers à soupe de moutarde forte

- saler et poivrer à volonté (pour moi c’est très peu)

On obtient cinq repas pour adulte ou quatre pour affamés (éventuellement trois) ou six repas pour petit mangeur, soit trois jours de navigation continue en solitaire. Il suffit de réchauffer la dose voulue avant de la déguster accompagnée d’une boisson adaptée gazeuse on plate. Garder au froid ce qui n’est pas immédiatement consommé.

Remarques : - si on remplace le jambon par de la morue on obtient logiquement une « brandade de morue » mais c’est plus banal. - en supprimant le jambon et l’oignon, cela reste simplement un aligot, pas mauvais non plus, mais pour moi il faudrait mettre plus de fromage râpé. La moutarde alors est facultative. - on peut également ajouter deux œufs entiers. Le problème est alors de gélifier l’ensemble qui, sinon, reste trop liquide. Le goût est épatant.

La prochaine étape nous conduira encore plus au sud, si Eole le veut bien. Nous viserons Tobago.... A suivre.