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mardi 22 janvier 2013

Impressions d'ensemble d'un primo-croisièriste

Celebrity Cruises est un armateur américain. Le Figaro Croisières est un de ses clients qui réserve des tranches de paquebot sur certaines destinations susceptibles d'intéresser les abonnés du journal Le Figaro. Cette branche du Figaro Loisirs sous-traite l'organisation du voyage à différents opérateurs. En l'occurence il s'agissait de TAAJ, voyagiste parisien spécialisé.

Le Celebrity Infinity est un paquebot de croisière construit en France par les chantiers de l'Atlantique à St Nazaire, mis en service en 2001. Avec sa longueur de 294 mètres son déplacement de 91 000 tonnes, ses 2000 passagers et 1000 membres d'équipages, c'est un grand navire. Mais il reste loin de la dernière génération de ses concurrents accueillant jusqu'à 4400 passagers. Il arbore le pavillon maltais et est immatriculé à La Valette. L'équipage est largement composé de citoyens des pays riverains de l'océan indien. Les officiers sont occidentaux, le "captain" porte un nom grec. La langue officielle à bord est l'anglais, et les messages diffusés aux passagers le sont aussi en espagnol et en français.

Techniquement, ses deux turbines à gaz de 25 000 kilowatts chacune, entrainent des générateurs électriques qui animent les groupes propulseurs électriques orientables autour d'un axe vertical. Combiné avec un puissant propulseur d'étrave, ce dispositif rend le navire indépendant pour toutes les manoeuvres portuaires. Sa vitesse nominale est de 24 noeuds. Mais la vitesse commerciale courante est de 18 à 20 noeuds. Ce système de propulsion, sans machines alternatives et extrêmement souple, ne génère aucune vibration et permet un fonctionnement ultra silencieux aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur en toute circonstance.

Les principaux auxiliaires sont un générateur électrique de 11 000 kilowatts et un dessalinisateur à osmose inverse produisant 1800 tonnes d'eau douce par jour à partir de l'eau de mer. Les soutes à combustible peuvent contenir 2000 mètres cubes de fuel lourd et 3000 mètres cubes de gasoil.

Chaque passager est muni, dès son arrivée, d'une carte magnétique personnelle Celebrity qui sert au règlement de tous les extras à bord (en dollar US) mais aussi au contrôle d'accès lors de chaque débarquement ou rembarquement. Les formalités d'immigration et d'émigration dans chaque pays visité sont entièrement assurées par l'équipage qui conserve les passeports et traite avec les autorités locales. Les contrôles de sûreté des passagers sont analogues à ceux des aéroports avec utilisation des portiques de détection à bord et fouilles au corps si nécessaire.

Une majorité de passagers était anglophone, principalement américains. Sur un total de 300 francophones, Le groupe "Figaro Croisières" regroupait environ 150 personnes . En parallèle à toutes les animations et excursions proposées par Celebrity Cruises, il offre une organisation dédiée pour les visites à terre avec des autocars (trois ou quatre selon les cas) spécifiques et des guides francophones de grande qualité, connaissant parfaitement leur sujet et maitrisant impeccablement le français. Par ailleurs, des conférenciers invités abordaient, généralement en fin d'après-midi ,des sujets centrés sur la croisière en cours: faune et flore ou histoire des pays visités, sciences de la terre, glaciers et volcans, navigation et cartographie, logistique d'un paquebot de croisière,... par exemple.

Notre croisière bénéficiait en plus d'un thème culturel axé sur la littérature française. Le conférencier invité était Daniel Rondeau, écrivain et journaliste, ambassadeur de France à l'UNESCO après avoir été en poste à Malte, et spécialiste des cultures de la Méditerranée. Ses trois conférences, centrées:

- sur son propre parcours d'intellectuel et d'homme d'action, du maoïsme à la diplomatie,

- sur les oeuvres contrastées de Paul Morand et Louis Aragon,

- sur la personalité, la vie et le rayonnement d'Albert Camus,

furent d'une très grande richesse permise par l'excellence du conférencier, sa simplicité et son dynamisme communicatif. Les échanges aussi bien en salle de conférence qu'à table, pour ceux qui ont eu le plaisir de le rencontrer lors de dîners, étaient emprunts de chaleur et de convivialité.

En dehors de la déception de ne pas avoir vu le Cap Horn (alors qu'il s'agissait du "clou" de la croisière) l'organisation parfaite de l'ensemble du voyage, le professionalisme de l'équipage, le confort impeccable du paquebot, la qualité de l'intendance et des repas, l'excellence des accompagnants du Figaro Croisières, nous laisseront un souvenir quasi parfait.

Cette croisière à destination de pays "jeunes" à l'histoire récente était plus tournée vers la nature et les merveilles australes que vers l'histoire, la culture et les peuples. Néanmoins, nous retiendrons les résumés suivants extraits des interventions de nos guides:

- les argentins sont des italiens qui parlent espagnols, qui ont inventé le tango et qui se prennent pour des français.

- les uruguayens sont les suisses de l'Amérique du sud, pris en tenaille par la puissance de leurs grands voisins.

- les chiliens sont des allemands parlant espagnol et se prenant pour des anglais.

Tous sont les enfants de l'Europe qui leur a apporté, surtout au dix-neuvième siècle, la quasi totalité de leur population, de leur culture et le catholicisme, avec une nuance pour le Chili où les souches andines sont plus nettement visibles.

jeudi 10 janvier 2013

La Pointe de l'Est

A Punta Del Este il n'y a pas de port pour les grands navires, mais une belle marina pour les yachts et les plaisanciers. De nombreux voiliers et motorboats donnent le ton. Cette station est chic et le luxe y a droit de cité.

marina de Punta Del Este

Du coup, notre paquebot doit rester au large, au mouillage, et notre débarquement se fait à bord des chaloupes mises à l'eau par l'équipage.

au mouillage

Les passagers qui redoutent cette "épreuve" ou qui préfèrent rester à bord, se jettent alors sur la piscine du pont 10, bien séduisante avec le temps parfait qui s'annonce pour la journée: soleil de plomb, brise faible, mer très calme.

Piscine à bord

Nous préférons découvrir la ville avec l'excellente guide francophone qui nous accueille sur le débarcadère, après 40 minutes de traversée tranquille de cette superbe baie naturelle, et montons dans un autocar de luxe parfaitement climatisé et muni d'une borne Wifi ouverte (une première), ce qui nous donne l'occasion d'adresser quelques nouvelles à nos proches restés dans l'hiver français sous la neige, la pluie, le froid et les journées courtes.

un émigré

Petite surprise peu après le départ, en découvrant la maison d'un compatriote, fier de l'être, juste avant d'arriver à la pointe de San Remo...

Grâces de San Remo

....où nous attendent trois grâces quasiment dans le plus simple appareil.

Plages et océan frisquet

Puis nous longeons les superbes plages où l'océan Atlantique, d'une belle couleur bleue, nous change du Rio de la Plata et ses eaux chargées que nous avions depuis Buenos Aires. Quelques surfeurs, mais peu de nageurs, nous rappellent que l'eau est froide, guère plus de 16°.

Pont de Tesoro en double dos d'âne

Quelques kilomètres plus loin nous traversons un petit pont très original en double dos d'âne qui aurait permis, selon son concepteur, d'économiser le béton et les ferrailles tout en donnant à cet ouvrage un caractère très original. Il parait que cette fantaisie est restée unique au monde. Pour les véhicules motorisés cela convient, mais pour les vélos, piétons ou chars à boeufs ces deux montées et descentes doivent être un problème.

Petit coin tranquille

Il conduit, sur l'autre rive, au village de Tesoro, tranquille et modeste au bord de la lagune d'eau douce qui précède l'embouche de ce minuscule fleuve côtier.

Villa de rêve à Punta Del Este

Sur la rive droite, retournant vers Maldonado, nous découvrons une immense pinède qui sert d'écrin à des centaines de villas et domaines tous plus beaux les uns que les autres, parfois dissimulés derrières des haies vives et des fleurs, dont certains appartiennent ou ont appartenu à des célébrités du monde entier (Diego Maradona ou Jacques Médecin, qui y est mort, par exemple). Il y a là aussi un golfe superbe et un aérodrome suffisant pour les jets privés des jet-setters de la planète.

Cour intérieure du musée Ralli

C'est dans ce quartier que ce trouve le merveilleux petit musée RALLI, fondés par deux mécènes dont le choix est de garder la gratuité de l'entrée et de n'accepter aucun don. Ils privilégient les artistes d'Amérique du sud ou hispanisant.

Muse de Walter Gravito

De nombreuses scultures, surtout en l'extérieur, et peintures ou oeuvres graphiques de grandes dimension, dans les galeries, y sont exposées.

Dali - le Minotaure

Une importante série de bronzes de Salvador Dali est particulièrement mis à l'honneur dans le péristyle, malheureusement protégée par des plaques d'altuglas qui ne permettent pas d'en profiter pleinement.

Maison de Carlos Paez Vilaro

Nous avons eu droit aussi à une visite très originale avec le musée del pueblo à l'autre extrémité de la baie de Maldonado. Sur un pointe rocheuse le peintre graphiste et décorateur Carlos Paes Vilaro a construit et agrandi au fil des ans (et il en a accumulé pas mal) une maison, partiellement transformée en musée, et un hôtel qui puise quelque inspiration dans celle de Dali, dont il était proche, à Port Lligat. L'ensemble est accroché à une falaise et domine la baie suivante, superbe.

Papillon du maitre

Des oeuvres et sérigraphies du maître y sont exposées à la vente avec ou sans dédicace, ainsi que celles de ses enfants.

Une des stations les plus chic du monde

En fin de cette chaude journée, l'appareillage majestueux du Celebrity Infinity au milieu des innombrables plaisanciers locaux nous a offert une vue magnifique sur cette station balnéaire qui fait l'orgueil du Pays et lui assure 75% de ses recettes touristiques. On pourrait également signaler qu'elle a déjà accueilli des sommets ou évènements mondiaux au même titre que Davos, Miami, Rangoon ou Charm El Cheik avec qui elle se compare volontiers.

Comme aux îles de Lérins

Et le mouillage des iles Gorriti juste devant la ville fait un peu penser à celui des îles de Lérins devant Cannes les jours d'affluence, sans toutefois s'élever au même niveau de charme et sans le même poids de l'histoire, mais cela se discute !

mercredi 09 janvier 2013

Montevideo - Grandeur et décadence

A l'approche de la capitale de l'Uruguay, on croit voir une ville dont les bâtiments imposants traduisent la grandeur. Mais en entrant dans le port, l'impression change, d'abord à la vue d'un cimetière de bateaux de pêche à moitié coulés dans la vase des hauts fonds.

flotte désarmée à l'abandon

Ensuite le dragage du chenal n'est peut-être pas tout à fait suffisant, au point de faire racler le fond par les puissantes hélices du Celebrity Infinity.

ça racle le fond

On passe alors devant la flotte militaire du pays rassemblée à Montevideo, et arborant fièrement la bannière nationale d'azur et de soleil.

pavillon de l'Uruguay

Puis on prend rapidement conscience d'une des richesse du pays qui vient de ses exportations de céréales, en découvrant un vraquier japonnais embarquant ses 100 000 tonnes de blé et de maïs.

vraquier japonais

Ancienne colonie espagnole, un peu abandonnée car ne possédant ni or ni argent, elle gagne son indépendance grâce à José Gervasio Artigas entre 1811 et 1828 malgré les tentatives des anglais et des portuguais de s'y imposer, puis une guerre entre Argentine et Brésil qui tentaient de la conquérir.

fondateur du pays

Suit alors une longue période d'affrontements internes, révolutions et guerres civiles plus ou moins larvées (Giuseppe Garibaldi s'y illustra dès 1843) , qui n'empêchent pas l'émergence d'une économie fondée sur l'agriculture et l'élevage des bovins et ovins, développée par des pionniers à la gloire de qui sont élevés de nombreux monuments et sculptures dans les grands parcs de la ville.

à la gloire des pionniers

La première moitié du XXème siècle est marquée par l'avènement d'une vraie démocratie, et d'une grande prospérité sous le modèle d'un état providence original à l'époque. De grands et luxueux bâtiments institutionnels sont construits pendant cette période.

maison des parlements

La puissance de l'Uruguay est alors symbolisée alors par le commandement des forces navales construit sur le port de Montevideo.

Amirauté

Et sur la place de l'indépendance, au centre de la ville historique, s'élève l'élégant Palazzio Salvo, longtemps plus haut bâtiment d'Amérique du sud.

place de l'indépendance

Combinée avec une législation fiscale incitative pour les investisseurs internationaux, cette politique conduit à la réputation acquise par l'Uruguay de "Suisse de l’Amérique latine". En temps que "pays neutre" pendant la deuxième guerre mondiale, cette prospérité s'accroît encore, et l'épisode de la bataille navale du Rio de la Plata qui verra la destruction du cuirassé allemand Amiral Graf Spee, dont certaines pièces ont été conservées sur place, contribuera également à la notoriété de Montevideo.

relique du Graff Spee

Dans les années cinquante, la perte de marchés agricoles entraîne une grave crise économique et des violences, puis une dictature militaire de plus de dix ans. Après le retour de la démocratie et l'adhésion au MERCOSUR, très libéral, la croissance ne dure que quelques années, avant que la récession ne regagne du terrain. Cette décadence est illustrée par les nombreux immeubles abandonnés dans le centre ville.

grandeur et décadence

Le pays semble pourtant vouloir développer une activité de tourisme haut de gamme plutôt concentrée à Punta del Este qui fera l'objet de notre prochain billet, mais aussi à Montevideo, où un luxueux hôtel Sofitel et un casino viennent de s'installer après avoir entièrement réhabilité un établissement des années trente situé sur la plage au sud de la ville.

futur Sofitel

Mais il ne faudrait pas oublier que nous sommes en Amérique latine et que le football y est une passion. Malgré ses maigres 3,5 millions d'habitants, le pays obtient des résultats remarquables dans ce sport, notamment en coupe du monde où il brille souvent et qu'il a remportée à deux reprises (comme l'Argentine, plus que la France ou l'Espagne). Les allégories peintes sur le stade de Montevideo en témoignent.

le roi football

jeudi 03 janvier 2013

A la voile ou pas ?

Le cap Horn est une destination mythique pour les voileux, et nous en faisons partie. Cela fini par nous trotter dans la tête jusqu'au moment où la décision de passer à l'acte est suffisamment mûre.

Evidemment, le faire avec Dartag eut été une aventure sensationnelle. Mais il ne faut pas se voiler la face, ce n'était pas à sa portée sans une longue et coûteuse préparation et à nos âges cela commence à urger. L'occasion suivante a fait le larron:

Croisière terre de feu

En plus, nous n'avions jamais fait de croisière sur un paquebot et c'était aussi une expérience à tenter. En cassant un peu notre tirelire nous pouvions profiter d'une grand périple dans plusieurs pays d'Amérique Latine que nous ne connaissions pas, couplé à des excursions à terre et des conférences scientifiques ou littéraires à bord, ce qui n'était pas pour nous déplaire.

Celebrity Infinity

Alors en route, sur un grand navire, construit de plus en France aux Chantiers de l'Atlantique en 2000, et donc parfaitement éprouvé. Cette compagnie Américaine a fait immatriculer le Celebrity Infinity à La Valette (Malte) et cela aussi a une valeur symbolique pour nous.

Avec ses presque 300 mètres de long, 100 000 tonnes et 2000 passagers, ce n'est pas encore un monstre comme les derniers COSTA ou MSC mais la probabilité d'avoir une tempête qui l'empêche de nous emmener jusqu'au bout du monde nous parait faible, surtout au meilleur de l'été austral. Mais s'il doit y en voir une, eh bien pourquoi pas, cela sera instructif et sans doute spectaculaire.

De plus, la probabilité de croiser là-bas quelque concurrent du Vendée Globe regagnant l'Atlantique ne fait que nous exciter davantage.

A bientôt pour les billets suivants sur ce voyage d'une vie.