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jeudi 12 juillet 2012

Les forçats du Monte Tauro

La pauvre

Après Syracuse, passant devant l'épave d'un petit pétrolier récemment échoué, nous remontons vers le nord, et voulant éviter Augusta, de sinistre mémoire, l'escale la plus logique était Taormine où nous sommes arrivés le 6 juillet au soir, après une belle journée de vent portant. Le mouillage dans la baie de Giardini-Naxos promettait un confort correct avant une bascule de vent au nord qui nous ferait alors préférer celui de Taormine à l'autre extrémité, distante d'à peine plus de 2 milles.

Taormine



Nous y sommes allés dès l'aube, après une nuit de plus en plus rouleuse, et les autres voiliers voisins on fait de même. Le vent de nord étant plus fort que prévu et interdisant une approche du détroit de Messine, nous avons décidé, en attendant, de revisiter Taormine dont nous avions tous les deux des souvenirs anciens et émerveillés.

L'Etna fumant

Mais, c'est que c'est très haut dans la montagne, et qu'un dénivelé de 250 m à escalader depuis la plage, sur un chemin malaisé, étroit, hyperpentu, poussiéreux, en plein cagnard, à l'abri du vent, par un bel après-midi torride de juillet, c'est une épreuve que les jeunes lecteurs auront peut-être un peu de mal à comprendre, mais qui est réelle pour des "vieilles" jambes comme les nôtres.

Théâtre de Taormine

Arrivés dans la ville, devenue depuis trente ans un formidable bazar à touristes, nous avions cependant encore assez de forces pour nous offrir le fabuleux théâtre grec vieux de presque 2600 ans dans lequel un spectacle était en préparation pour le soir. Nous entendions les vocalises des chanteurs et chanteuses qui s'échauffaient. De tous côtés la vue est sensationnelle, encore plus que nos souvenirs ne nous le suggéraient. Et ce panorama sur l'Etna fumant, dans le contre-jour de la fin de l'après-midi, nous a récompensé de nos efforts.

Terrasse du Monte Tauro



Parcourant les ruelles avant de redescendre, nous avons fini avec une de ces merveilleuses glaces italiennes sur le toit de l'hôtel du Monte TAURO (prononcez TA-O-RO) avant de retrouver, au bout de nos forces, le zodiac qui nous attendait sur la plage de gros galets et de pierres-ponce noirs.



Soirée au champagne pour triplement fêter la retraite de Marie-France (avec une semaine de retard), notre exploit sportif et ce pélerinage nous rappelant de lointains souvenirs !

Turc Plaisantin



Dimanche matin, comme prévu magnifiquement par la météo, le vent du nord s'est calmé et nous avons pu partir vers Messine. Nous craignons même que le vent nous lâche complètement, et bien non, il a gardé sa direction et s'est maintenu toute la journée à la force idéale, nous permettant de louvoyer tranquilement sur une mer presque plate, entre les grands navires suivant les "rails" de séparation du traffic dans ce passage étroit et très fréquenté. Il a quand même fallu qu'un minable cargo turc (le "ERCAN NAIBOGLU" d'ISTANBUL construit en 1984, 5000 tonnes, longueur 97 mètres, ça ne s'invente pas) nous serre de si près, sans doute pour s'amuser à nous faire une petite frayeur, que nous avons du rembobiner en urgence la ligne de traine pour ne pas qu'il la soulève avec son monstrueux bulbe rouge.

Thonnier traditionnel



A la nuit tombante nous sommes passés devant Messine pour mouiller devant la plage juste au nord, entre deux boites de nuit qui finalement ne nous ont pas vraiment gènés dans notre sommeil. Mais nous devions repartir assez tôt le lendemain pour passer le détroit avec si possible un courant favorable, vers 8h du matin. Miracle le vent était toujours là de la même direction, juste la bonne force, et notre entrée dans la mer Thyrénnienne fut un régal, tout en douceur, rasant les côtes, avec un soleil toujours aussi présent. Celui-là ne nous a vraiment pas fait défaut depuis le jour de notre départ début juin, pas un seul jour sans le voir briller de tous ses feux.

fumées de Vulcano



Le mouillage de Vulcano est très profond. Il faut s'approcher à 100 mètres de la côte pour avoir moins de 50 mètres de fond. Mais la température de l'eau de mer est stupéfiante: 31,6 °. Un peu trop précaire quand même pour y passer la nuit avec une brise de nord est.

Lipari au réveil

Du coup, nous sommes repartis pour Lipari, où les fonds sont tout aussi surprenants, 20m à moins de 50 mètres de la route dans la partie nord de la baie. Deux autres plaisanciers y étaient, et après une petite reconnaissance et courses de frais dans cette belle petite ville, notre nuit a été parfaite,....jusqu'à 5h du matin lorsque le pétrolier qui ravitaille l'ile en carburant a pris son poste à 30 mètres de notre position. Le bruit de ses ancres, hélices, pompes, meuleuses, disqueuses et turbines diverses et variées nous a fortement dissuadés de rester à bord. Nous n'entendions même plus notre groupe électrogène lorsque nous avons fait une lessive avant de retourner à terre faire nos visites habituelles pendant qu'elle séchait.

cloitre normand



La cathédrale de Lipari jouxte un merveilleux petit cloitre normand du 11ème siècle remanié au 12ème du temps des souverains Roger et son fils Roger II. Mais il y a des fouilles terrestres et sous-marines très riches sur les sites antiques de Lipari et les autres iles éoliennes qui ont permis la constitution de collections très intéressantes dans le musée archéologique voisin. On y trouve des poteries de plus de 5000 ans des vases et amphores phéniciennes, grecques et romaines et naturellement toutes sortes d'objets métalliques de l'âge du bronze à l'âge de fer, bijoux, statuettes, figurines, armes, ustensiles de cuisine, etc. Les premiers archélogues sous-marins de ces trouvailles, dans les années soixante, étaient des moniteurs de plongée du Club Méditerranée local. Surprenant !

L'enfer à Lipari



Retournant à bord dans l'enfer bruyant de l'appontement pétrolier, nous n'avons pas mis plus de cinq minutes à ranger le linge sec et appareiller à destination de Panaréa l'ile la plus proche. Notre crique calme nous a permis des bains de longue durée dans une eau à 32,2°, record battu ! Puis une visite du village tout blanc et très coquet de cette ile prisée par les touristes à l'abri du besoin. Les prix dans les commerces locaux sont à couper le souffle: exemple une petite robe légère soldée à 50%, 585 euros. Cela surprend mais ne coûte rien si on n'en a pas un besoin impératif !

Panaréa en fleur



Notre périple dans les volcans a été conclu, au départ de Panaréa, par une approche sublime de Stromboli, en pleine activité comme tous les jours depuis des milliers d'années. Pour essayer d'entendre le grondement de la terre, nous avons arrêté le moteur, pas vent nul. Et Marie-France s'est même offert le luxe d'un bain de mer, en sa présence, sur des fonds de presque 2000 mètres, dans le grand bleu. Chapeau l'artiste !

éruption du Stromboli

bain devant le volcan



Prochaine étape la baie de Naples. Après on pourra mourrir, le plus tard possible quand même !

vendredi 06 juillet 2012

De Malte à Syracuse

Nous avions adopté le mode de navigation des paquebots de croisière, navigant de nuit et profitant des escales, visites et excursions le jour. Inutile de vous dire que, dans ces conditions, nous avons été rapidement sur les genoux et que nous revenons maintenant à un rythme plus classique pour un petit voilier en équipage réduit.



Nous avions quitté Linosa après un petit diner de poissons et coquillages dans une gargotte donnant directement sur le port, vers 22h, avec une petite brise prometteuse. Hélas elle n'a pas tenu et nous avons rallié l'archipel maltais aux trois quart avec notre fidèle Volvo qui nous a amenés à GOZO en fin de matinée ce dimanche 1er juillet. Un mouillage délicieux nous y attendait, peu fréquenté, à deux pas du port de Mgarr.

repos des chevaux à Mgarr



Après une petite sieste réparatrice nous avons mis le zodiac à l'eau pour débarquer dans cette terre inconnue quoique très fréquentée. Il faut savoir que Malte est un état européen, membre de la zone euro. De plus c'est celui qui a la densité de population la plus forte: environ 1250 habitants par km².

l'Archipel depuis la citadelle de Gozo



Gozo est recouverte de villes, chacune ayant de nombreuses églises dont on voit les dômes flèches et clochers partour à la ronde où qu'on se trouve. Tiens, on roule à gauche ici ! petite habitude à prendre en tant que piéton et avec les vélos on se prendra même pour des anglais. Le petit port de Mgarr, le seul de l'ile, est équipé pour recevoir trois car-ferries simultanément et le traffic est intense. Il y en toujours au moins un en partance ou à l'arrivée. Mais il y a aussi les nombreux pécheurs et plaisanciers qui se partagent le reste du port. Les touristes semblent peu nombreux et sont noyés dans la masse.

Citadelle de luxe



En cherchant à atteindre le grand fort qui domine la ville, nous avons découvert une opération immobilière absolument incroyable. L'ensemble de cette forteresse remontant au 16ème siècle et couvrant au moins dix hectares a été restauré et aménagé en logement très luxueux de un ou deux niveaux, construits sur une immense dalle qui abrite parkings et commodités diverses de cet ensemble immobilier. Entre les immeubles, on trouve des espaces de circulations piétoniers, des aires de jeux, des espaces verts plantés d'espèces tropicales, des bassins et piscines d'un luxe inouï, et surtout du calme et une vue à couper le souffle sur les autres iles de l'archipel. Un véritable rève ! De plus, de l'extérieur, on n'imagine pas ce qu'il y a dedans, c'est pratiquement invisible, en dehors des remparts de cette citadelle, comme si nous étions encore au temps des mousquets et des boulets de canons.

Le lundi, nous voulions gagner La Valette, capitale de cet état liliputien, ce que nous avons fait avec une escale pour déjeuner et nous baigner dans la baie Saint Paul, ou l'un de nos voisins, un suisse bâlois, se reposait sous le taud de son magnifique First 27.7, au point que nous nous sommes demandés si Frédéric ne nous avait pas précédé dans cette crique.



arrivée à La Valette

L'arrivée à La Valette est majestueuse et nous avons rapidement trouvé une place dans la marina du Royal Malta Yacht Club. Il a fallu un peu déchanter quand nous nous sommes rendu compte que les tarifs avaient triplés depuis 2009, et encore, sans eau, sans électricité, sans Wifi. Si on ajoute tout cela, c'est le quadruple ; effet de la crise, attractivité de l'escale, nouvelle politique locale calquée sur celles des autres états méditerranéens ? De toute façon, nous voulions visiter cette ville et c'était le plus pratique pour débarquer nos petits vélos.

a l'abri du besoin



Ce que nous avons fait immédiatement, pour découvrir la cité des chevaliers de St Jean, arrivés à Malte en 1530 après leurs déroutes successives consécutives aux croisades, sous la pressions des ottomans. L'histoire de Malte ne commence pas avec eux, mais elle s'est accélérée considérablement à cette époque et le grand siège de 1565 terminé par une défense héroïque et victorieuse contre les 30 000 turcs, mercenaires arabes et esclaves de Soliman le Magnifique marque la véritable histoire moderne de Malte. Bien qu'envahie par Napoléon en 1798, elle a toujours résisté à ses envahisseurs pour mieux les digérer comme ce fut le cas avec les anglais au 19ème siècle. Aujourd'hui ce creuset de toutes les cultures et civilisations méditerranéenes donne l'impression d'un état prospère et apaisé bien séduisant.

les ports sud



Nous avons consacré le lendemain matin à la cathédrale St Jean, magnifique exemple d'église de style baroque contenant des oeuvres d'art exceptionnelles dont le fameux "La décollation de St Jean Baptiste" du Caravage qui a vécu quelques années à Malte, mais a dû s'enfuir après une de ses frasques coutumières qui avait failli coûter la vie à un chevallier de l'Ordre. Puis, après une petite scéance de shopping dans cette forte chaleur humide, et avoir un peu cherché le super-marché de nos rêves, nous avons trouvé le ravitaillement qui commençait à nous manquer. Nos vêtements bien rincés de cette méchante suée et le plein de fuel refait, nous avons repris le large avec plaisir mais en se disant que nous reviendrions à Malte pour y découvrir plus longtemps les trésors de cette culture authentique et très riche.

cathédrale baroque



En cette fin d'après-midi la brise nous incitait à mettre le cap sur la Sicile avec l'idée d'y arriver dans la nuit. Il nous a fallu utiliser le vent de cale, Eole nous faisant encore défaut, mais le mouillage à 4h du matin au nord du cap Passero, protégé par un ilot portant une ancienne pècherie désaffectée, était très calme et fréquenté par deux autres voiliers.

Syracuse depuis la baie



Dès que le vent est revenu, nous sommes repartis pour Syracuse, escale mythique s'il en est, depuis Archimède. Nous y sommes arrivés avant la nuit avec un vent de sud de plus en plus fort, atteingant 25 à 28 noeuds au moment de mouiller dans la grande baie. Ce n'était pas très confortable, mais le vent est tombé comme prévu dans la soirée et nous avons très bien dormi.

théâtre de 2500 ans tout neuf



Au saut du lit, nous voulions visiter cette cité antique de plus de 2500 ans d'histoire. Bon sang, mais c'est qu'on roule à droite ici ! encore un switch à basculer dans nos têtes. Nous avons commencé par les sites grecs et romains, théâtre (complètement reconstruit pour les spectacles de l'été), arènes, amphitéâtre, gouffre et oreille de Dionisos. Il faisait déjà très chaud, nous obligeant à un arrêt dans chaque toilette pour imprégner nos casquettes et les remettre dégoulinantes mais bien fraîches. Lorsque nous sommes revenus déjeuner à bord, le retour en zodiac a été très arrosé. La brise était revenue au moins aussi forte que la veille et levant, sur ce grand plan d'eau, un clapot musclé que nous faisions gerber par dessus nous, sous l'effet du puissant moteur Suzuki de notre annexe navigant plein gaz à la limite de résistance de ses passagers bien tabassés.

Palais de la place du Dôme



L'après midi, nous avons préféré changer de mouillage et nous mettre à l'abri à l'est de la ville pour retourner à terre sans être trempés. Cela nous a permis de faire un tour assez complet d'Ortygie. Cette ile, ne porte plus que quelques traces de l'antiquité, notamment les restes d'un temple d'Apollon, mais surtout de nombreux palais, monuments et églises de la Renaissance au 18 ème siècle, au moins ceux qui ont résisté aux deux grands tremblements de terre, le dernier en 1693. La cathédrale et le palais épiscopal sont au coeur d'un quartier complètement restauré absolument magnifique. Et nous n'avons pas résisté au plaisir de voir la fontaine d'Arétuse et ses papyrus, habitée par des canards albinos.

Cathédrale et Mairie



Bien sûr, nous avons laissé de côté de nombreuses richesses et deux musées qui méritent certainement une visite. A l'intention de ceux qui projetteraient de passer par Syracuse, il faut signaler que l'office du tourisme diffuse un petit guide en français très bien fait que l'on peut se procurer sur place au 31 via Roma. Il propose un véritable circuit commenté pour une journée bien remplie.

hotel renaissance



Demain nous repartons vers le nord, direction le détroit de Messine avant les iles Lipari et la mer Thyrhénienne. Nous sommes sur le chemin du retour, déjà, et pensons toujours bien à vous, qui nous faites part de vos remarques, commentaires ou souvenirs que vous inspirent cette petite chronique.

samedi 30 juin 2012

Calmes Pélagies

Notre nuit au mouillage de Favignana nous laissera un excellent souvenir, mais nous n'avons pas musardé au réveil, car le vent s'était levé, comme prévu, le rendant un peu moins calme.

Marsala

Cap donc sur la Sicile avec l'idée de longer la côte jusqu'à un abri acceptable. Passant devant Marsala, nous avons vu une grande ville avec un grand port mais nous sommes dit que ce n'était pas ce que nous cherchions. Plus loin, un espoir est apparu en approchant de Mazara del Vallo. Il y avait de nombreux kites devant une plage abritée de la mer, mais le mouillage étant interdit et le port de Mazara peu accueillant, nous avons décidé de renoncer à chercher plus loin et de mettre plutôt le cap directement sur Pantelleria, distante de 60 milles, profitant de la bonne brise de nord ouest, d'une mer maniable et d'un soleil radieux. La grande chevauchée a recommencé à 8, puis 9 noeuds avec des pointes régulières à plus de 10 noeuds dans des gerbes d'écumes.

traversée rapide mais musclée



Nous espérions dans ces conditions arriver avant la nuit. Et c'est ce qui s'est produit, mais avec un vent de plus en plus fort et une houle de 3 mètres, désordonnée, déferlante, par moment brutale. Après avoir réduit la toile, dans une atmosphère ensoleillée mais une mauvaise visibilité, l'ile nous est finalement apparue alors que nous en étions à seulement 5 milles. Un seul voilier mais de nombreux grands navires croisés pendant cette après-midi, que nous avons surtout vus sur l'écran radar, car il fallait qu'ils soient tout près pour les apercevoir. Un grand groupe de dauphins nous a rejoint une heure avant d'arriver, en sautant hors de l'eau bien éclairés par le soleil: magnifique!

clin d'oeil final



Dans les deux bassins du port, mal protégés avec cette forte mer, aucun accueil, quelques voiliers amarrés à des quais hostiles et de petites embarcations de pêche ou de location. Finalement après avoir tourné pendant une demie heure nous avons choisi un emplacement clandestin près du chantier et nous sommes couchés rapidement, lessivés par cette journée.

fort devenu église



Mercredi matin au réveil, le sommet de cet ancien volcan était complètement empanaché, donnant un aspect lugubre à la ville. N'ayant pas de menace de pluie, il nous a semblé intelligent de nous lancer dans une grande lessive car le bac à linge sale se remplissait rapidement et les affaires salées par la traversée de la veille criaient misère. Miracle, il y avait une prise de courant utilisable sur le quai et un robinet d'eau disponible. Aussitôt branchés et la machine à laver en place, nous avons fait deux lessives étendues dans le grément.

tiers monde ?



Le soleil revenu en début d'après-midi, pendant que le linge séchait, nous sommes partis avec le zodiac pour nous rapprocher du centre ville et la visiter. Quelle déception ! Urbanisme inexistant, constructions délabrées, patrimoine arabo-bizantin à peine mis en valeur, saleté générale, dépotoirs à tous les coins de rue, commerces sans âme et pour la plupart fermés, mobylettes pétaradantes,,.... nous avons eu l'impression de débarquer dans un pays du tiers monde. Pas du tout envie de rester ici.

styles mélangés



Retour à bord pour se doucher, refaire le plein d'eau et partir dans un mouillage du sud de l'ile. Mais, bon sang, l'eau était coupée, accentuant l'impression déplorable et surprenante de cette ile européenne, de surcroit dans la zone euro....Cela permet de comprendre encore mieux la valeur de l'eau qui s'imposera à tous dans peu de temps.

nabab dans sa crique



Inutile d'attendre que l'eau revienne, d'ailleurs quand ? Alors on a fait le tour de l'ile par le nord longeant des énormes coulées de basalte refroidies depuis des millénaires et couvertes de cultures en terrasse. Cet ancien volcan a donc permis à sa population de vivre et aussi de bâtir de superbes villas sur cette côte hostile à l'exception de quelques criques avec accès à la mer. Arrivés à notre mouillage à la tombée de la nuit, nous avons profité du calme avant de nous endormir rapidement, prévoyant un départ à l'aube vers Lampédusa.

enfin



Branle bas de combat à 6h après une fin de nuit marquée par un roulis désagréable au mouillage. Si nous voulions arriver avant la nuit à Lampédusa, il ne fallait pas trainer, d'autant plus que la météo ne prévoyait pas beaucoup de vent. Résultat, 12 heures de moteur et 2 heures de voile pendant lesquelles nous avons croisé plusieurs tortues . Et peu avant l'arrivée, une belle touche sur la ligne de traine et beaucoup de précautions nous ont permis de remonter à bord une bonite toute frétillante: enfin notre persévérance a été récompensée, et nous avons vaincu nos démons !

pauvres épaves



Nous avons atteint, juste avant le coucher du soleil (à 20h28 à cette latitude), une crique présentée comme accueillante par notre guide. Elle l'était en effet, mais surtout pour les chalans et remorqueurs chargés de faire disparaitre les dizaines d'embarcations tunisiennes abandonnées par les passeurs et leurs clandestins migrant vers l'Europe. En plus, au fond de la crique, la centrale électrique diesel de l'ile tournait à plein régime et nous sommes à deux pas de l'aéroport au traffic heureusement modeste.

port naturel de Lampédusa



Cela ne nous a pas empêché de dormir, mais dès l'aube nous sommes repartis pour le port principal et la ville de Lampédusa. Bonne surpise, elle est accueillante, plutôt colorée, pleine de commerces ouverts . Toute la partie centrale de la ville située sur la hauteur est soigneusement réhabilitée avec des rues piètonnes joliment pavées de marbre avec une vue superbe sur le mouillage naturel tranformé en port actif. Des centaines de petits bateaux de pêche ou de promenade en font un endroit plutôt attrayant. Les 6000 habitants profitent peut-être intelligemment de la notoriété de leur ile, "accueillant" chaque année plusieurs dizaines de milliers de migrants "sans papier" et défrayant les chroniques européennes. Si l'on en juge par le nombre impressionnant des restaurants, buvettes, gelatérias,... l'activité touristique est florissante et tous se préparent à l'ouverture imminente de la saison.

éponges locales

L'éponge naturelle, spécialité de Lampédusa, y est à l'honneur. Le roi d'Espagne Charles II concéda le titre de Prince de Lampédusa à la famille Tomasi en 1630 puis les anglais tentèrent de la racheter ce que fit finalement lui-même Charles II. Les descendants de la famille Tomasi ont été les inspirateurs du roman, écrit par Guiseppe Tomasi de Lampédusa, puis du Film "Le Guépard" tourné essentiellement dans l'ile.

mouillage noir



Après cette visite et quelques emplettes, nous somme repartis pour l"ile voisine de Linosa (25 milles quand même) qui est beaucoup plus petite, avec ses 400 habitants permanents, et d'origine volcanique. Son histoire semble plus ancienne que celle de Lampédusa puisque son peuplement permanent remonte au 16ème siècle et que les romains y avaient construit des citernes pour stocker l'eau de pluie, plutôt rare en cette région. L'arrivée est impressionnante dans un cirque de basalte et de cendres noirs intercalés de couches sédimentaires ocre sur plus de 100 mètres d'épaisseur dominant une plage noire (de chez Noir), réputée pour être l'un des dernier site de nidification des tortues en Méditerranée. Sur le petit quai, un restaurant est ouvert qui nous envoie immédiatement un émissaire pour nous inciter à y venir. Mais nous préférons rester à bord ce soir dans ce mouillage féérique sous la lune revenue.

Ce samedi matin commence par un bain de mer avant le petit déjeuner dans l'eau à 27,2°. Un régal, mais il n'y a pas de photo ! Puis nous sommes partis à la recherche d'un mouillage mieux desservi par Internet, en pensant à vous tous qui attendez," la langue pendante", la suite de nos prodigieuses aventures.

fleurs de Linosa



Des cactus, des lauriers roses et bougainvilliers(ou bougainvillées) en pleine floraison, des mimosas en fleurs (bizarre en cette période ?), des figuiers, des petites maisons cubiques de toutes les couleurs, superbement entretenues, une belle escalade jusqu'au sommet (presque) de l'ancien "vulcano", et un recueillement dans la belle petite église du village décorée de vitraux modernes, voilà notre programme linosien. A peine redescendu de ce paradis, nous avons fait un plongeon primal devant les éboulis de cendres et de pierres ponce du sud de l'ile, avant de nous régaler d'un repas à base de bonite grillée au barbecue : chienne de vie ! Cette ile du bout du monde perdue au milieu de nulle part avec un seul autre voilier visiteur, un maltais, nous laissera un souvenir inoubliable.

vue du Vulcano



Ce soir nous partirons probablement pour Malte avec une traversée de nuit en perspective sans beaucoup de vent, mais notre programme d'enfer nous incite à ne pas trop musarder, sinon nous serions bein resté encore un peu avec ce beau temps calme.



Au revoir les iles Pélaqiques !

lundi 25 juin 2012

Ouf, ça repart !

Nous n'avons pas déchiré nos vêtements, et pourtant le 21 nous n'avions toujours aucune nouvelle des pièces attendues pour la réparation. Elles sont arrivées le 22, et en rodant sur le chantier comme chaque jour, Alain a compris qu'il y avait du nouveau car il était question de sortir le bateau de l'eau dans la journée.



Retournant à bord, il a été intercepté par un équipage français rencontré la veille qui cherchait désespérement son chat. En effet celui-ci s'était fait les griffes la veille sur les merveilleux coussins en cuir d'un autre bateau. Bien que ses propriétaires aient promis de payer la facture de réfection de tous les coussins, ils craignaient le pire. De fil en aiguille, discutant de ce sérieux problème et du sort peut-être sinistre du matou avec tous les plaisanciers du ponton, il s'aperçu un peu penaud que Dartag était parti, en remorque vers la grue, sans lui. Il n'avait plus qu'à y retourner à pied, laissant l'équipage du chantier seul à bord avec Marie-France un peu étonnée!

le problème apparait

sous la grue

le coupable

c'est réparé

Le levage du bateau et la réparation étaient terminés en deux heures. Mais il fallu en attendre quatre autres pour que le quai de remise à l'eau soit libre et ce n'est qu'à 18h30 que Dartag retrouvait son élément, guéri de tous ses maux, et nous épuisés par la chaleur écrasante de cet après-midi caniculaire à galoper dans tous les sens du terre-plein à la cale moteur pour rincer la transmission, refaire le plein d'huile, chercher les outils spécifiques de l'hélice, ranger le tout en fin d'opération. Et il nous fallait ensuite refaire un plein de courses pour partir dès le lendemain matin afin de se libérer de cette quarantaine imposée et stérile. "M'ferez huit jours qu'y disaient", et bien nous les avons faits et nous ne tenions plus dans les starting blocs dès l'ouverture de la porte.



Samedi matin toujours aucune nouvelle de l'expert maritime ajaccien que nous avait annnoncé l'assurance, bien que nous lui ayons envoyé plusieurs emails et SMS pour le tenir au courant en temps réel de l'avancement des travaux. Tant pis on part sans l'avoir vu, à midi.

arrivée en douceur



La brise d'abord molassonne s'est levée vers 14h d'une direction idéale pour entamer la troisième grande traversée (160 milles) de cette croisière, cette fois directement vers le Sicile, brûlant l'étape que nous avions envisagée à Villasimius. Elle a tenu jusqu'à 2h du matin sous une voute étoilée absolument extraordinaire de clarté après le coucher du mince premier croissant de lune. On voyait même le reflet dans la mer de la voie lactée, ce qui est très rare. Mais il a fallu ensuite se rendre à l'évidence et mettre au boulot les galériens du bord (40 chevaux vapeur dissimulés dans un bloc compact de couleur verte portant la marque Volvo, à fond de cale dans des conditions de chaleur épouvantable, mais ils ne se plaignent pas). Ils ont bossé sans forcer pendant 9h, nous faisant avancer de presque 50 milles, abreuvés de seulement 25 litres de fuel, avant que le vent ne revienne et nous avons fini cette étape par un bain de mer à 27° à l'ombre du chateau de l'île de Marettimo. C'était le premier de l'année, et du coup, nous l'avons arrosé avec un Ti-punch d'enfer.

Marettimo 687 m



Ce matin, après avoir bien récupéré, le réveil a été un peu brutal, entourés de barcasses en tout genre déchargeant leur flot de touristes dégoulinants d'huile de bronzage et hurlant les consignes dans des haut-parleurs. Vite on s'en va, mais, sans vent, on ne va pas loin. Une heure après on se dit que le mieux, pour attendre qu'il vienne, est de visiter le port et le village de l'ile tout proches. Et on débarque avec notre petit Zodiac sur l'un des quai désert de la mini marina locale. Avant même d'avoir atteint le bout du quai, deux blancs becs nous font savoir en étranger sans même se lever de leurs sièges crasseux, que les annexes ne sont pas les bienvenues à cet endroit, même pour dix minutes. On rembarque donc un peu déçus et surtout débectés par cet accueil ridicule. On mangera donc à bord avant de repartir une fois le vent venu.

Favignana vue de Preveto



C'est près de l'ile de Favignana toute proche de la Sicile (entre Trapani et Marsala), que nous passerons la nuit prochaine dans un très beau mouillage abrité du vent et de la mer en compagnie de quelques autres voiliers, dont plusieurs français, et de milliers de mouettes de l'ilot voisin.



Demain nous repartirons vers Marsala ou peut-être plus loin, en attendant une occasion favorable pour rejoindre les iles pélagiques.