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Si on vous demande à quel endroit de la planète il faut être, en février ou mars 2018, je crois connaitre vos réponses :

- pour ceux qui aiment le soleil, la chaleur et la brise qui permet de voyager à la voile, ce serait les Caraïbes

- pour ceux qui aiment le froid, la neige, le blizzard, la montagne, les glissades sans limite, ce serait l’Europe.

Je me sens plutôt dans la première catégorie.

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Bridgetown, capitale de la Barbade, Barbados en langage local, est une ville intéressante.

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Nous avons fini par visiter ses deux musées principaux, celui de Héros nationaux et celui du Parlement. Notez les photos grandeur nature d’Elizabeth II et du prince Philip au fond de la salle du Sénat.

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Nous y avons aussi rencontré l’équipage d’un voilier venant d‘achever sa transat avec quelques galères…..

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…et parcouru les rues animées où les soldes, parfois sexy, ou les « duty free » pullulent.

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On ne peut pas résister à certaines…..

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… ;pendant que d’autres préparent les collections suivantes (mannequin locale plutôt fluette)…

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…..et que les policiers débonnaires veillent au grain.

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Les banlieues de la capitale sont proprettes

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La synagogue et le cimetière juif sont impeccables et discrets

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Quittant la Barbade les cales remplies de poissons achetés au marché local, nous avons mis le cap au sud, vers une île encore inconnue pour nous, très proche de la côte du Venezuela.

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Après 15 heures d’une traversée musclée nous passons difficilement au petit jour, la pointe Est de Tobago avec une grosse mer, un courant contraire d’environ quatre nœuds et un vent faiblissant qui nous a fait douter de pouvoir la passer.

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Et, après un dernier déluge pendant pratiquement une heure…

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….nous entrons dans la baie de Scarborough la capitale de l’île, et son unique port.

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Tobago fait partie d’un état indépendant depuis 1962 : Trinidad et Tobago, ou Trinité et Tobago, en abrégé TT comme l’appelle les habitants eux-mêmes. Cette île de 300 km² et 55 000 habitants est la partie préservée du pays dont l’essentiel de l’activité provient de l’industrie pétrolière, comme son grand voisin continental. Mais à la différence de ce dernier, tiraillé par les tentations autoritaires de Chavez-Maduro, il jouit d’une démocratie stable et d’une économie assez prospère.

Son histoire est complexe, donc simplifions ! Une première reconnaissance par les anglais eut lieu à la fin du 16ème siècle, puis par les troupes lettones du fils du duc de Courlande. Mais ce sont les hollandais qui tentèrent de fonder des colonies à partir de 1621. Les Espagnols les mirent à sac vers 1635, à quoi les hollandais répliquèrent par la mise à sac de San Tomé sur l’Orénoque.

Les tentatives de reconquête de l’ile par les anglais venus de la Barbade (comme nous) ou les hollandais venus de Flessinge, se sont heurtées à la combativité des indiens Caraïbes venus de Saint Vincent. Le duc de Courlande ne perdait pourtant pas de vue cette possession qui lui avait été attribuée par son cousin le roi d’Angleterre au début du 17ème siècle. En 1654 il monta une expédition avec des hollandais et y implanta une nouvelle colonie formée essentiellement de juifs néerlandais fuyant la Nouvelle Hollande, persécutés par les portugais. Ils renomment l’île Nouvelle Courlande et y construisent le port de Jacobus. Parallèlement, une autre colonie de juifs d’origine italienne, menée par des zélandais pris pied dans l’ile vers 1660.

Les courlandais, inférieurs en nombre et moins bien soutenus, finirent par se rallier à la colonie zélandaise jusqu’à l’intervention des anglais de la Barbade qui envahirent l’île en 1672, déportèrent tous les colons et rasèrent les installations. Presque simultanément une frégate française y affirma la souveraineté française.

Après quelques années de batailles navales Franco-anglo-néerlandaises, l’amiral français d’Estrée conquiert Tobago qui est reconnue comme colonie française en 1678 au traité de Nimègue. Mais ce sont les espagnols qui s’y installent avec des moines capucins. Après que trois d’entre eux aient été tués par des amérindiens, ils procèdent en représailles au terrible massacre d’Arena. Progressivement pourtant, ils se retirent de l’île, victimes d’attaques de boucaniers et pillards français ou hollandais.

La souveraineté française est reconnue par le traité d’Utrecht en 1713. Après la révolution française et la chute de l’Empire, l’île est finalement conservée par les anglais après la deuxième abdication de Napoléon 1er. Comme Sainte Lucie et l’île Maurice elle aurait du rester française conformément au traité de Paris de 1814. Bien joué Napoléon et ses « cent jours » !

La langue parlée dans le pays est un anglais créolisé avec un fort accent le rendant difficile à comprendre. Le français y a laissé quelques traces, mais le néerlandais a disparu. La population est très majoritairement noire issue des anciens esclaves des plantations de canne à sucre dans l’ile voisine de Trinité. Après l’abolition de ‘esclavage, ces exploitations on périclité et ont été partiellement remplacées par la culture du cacao, des épices ou des noix de cocos.

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Mais la prospérité relative actuelle du pays vient de la production de pétrole et de ses dérivés avec son cortège de pollution qui n’émeut personne (bien visible ici) et de dégradation de l’environnement. Le tourisme est pratiquement inexistant à l’exception de l’extrémité ouest de Tobago qui accueille quelques établissements desservis par un aéroport au trafic anémique, et une ou deux navettes quotidiennes par voie maritime vers la capitale Port of Spain.

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Les quatre voiliers (un américain aux voiles déchirées, deux français dont Dartag, et un espagnol fatigué) présents dans cet avant port crasseux et dont les infrastructures sont délabrées, ne présagent rien de bon sur la capacité de cette île à attirer les visiteurs. Et j’ajoute que les formalités d’entrée, douanes, immigration et autorité portuaire, éloignées les unes des autres et disposant de moyens défaillants, sont dissuasives même si elles ne sont pas onéreuses. Un € vaut 8,3 TT$. La couverture Internet par des spots Wifi gratuits et libres est correcte avec un débit assez faible.

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Cependant, les gardes cotes, équipés de matériel dernier cri, sont vigilants pour réduire les risques d’immigration clandestine venant du continent tout proche, et dissuader les attaques de pirates vénézuéliens qui n’ont pas laissé que de bons souvenirs à la population et aux plaisanciers. La délinquance locale serait surtout liée au trafic de drogue et ne donne, pas plus qu’ailleurs, de sentiment d’insécurité.

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Après deux jours sur place, l’envie de reprendre la mer est bien présente. Mais la visite d’autres mouillages à l’extrémité ouest de l’île n’est pas possible sans repasser aux formalités à Scarborough. C’est inenvisageable car il faudrait remonter contre le vent et le courant équatorial après avoir visité Stone Bay. Tant pis, ce sera pour une autre occasion s’il s’en présente une !

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L’idée initiale de rejoindre Grenade s’est rapidement estompée à mesure que le vent s’établissait à l‘est pour 15 à 20 nœuds. C’est l’idéal pour remonter l’arc antillais sur un maximum de distance vers la Martinique. Alors profitons en !

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D’autant plus que le génois blessé, et sommairement réparé avec de l’adhésif, semblait tenir et résister aux grains peu nombreux et modérés que nous avons rencontrés.

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Et c’est en pleine nuit, brillamment éclairée par une lune presque pleine, et avec l’aide du radar et du GPS de secours (le principal ayant fait un caprice), que nous avons évité les ilots et récifs précédant Béquia avant de mouiller à Port Elizabeth, heureux de cette belle traversée avec enfin une brise régulière et modérée.

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Ce mouillage, un des plus beau des Grenadines, est très accueillant, et on s’y sent bien. Il parait moins fréquenté que les années précédentes et de nombreux voiliers français y sont en escale. Mais les centaines qui ont été écrabouillés par Irma et Maria manquent à l’appel.

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Je ne m’étends pas, vous avez déjà lu les autres billets sur cette ile bénie des dieux. Après des formalités rapides et faciles nous y resterons un peu en attendant un vent idéal pour poursuivre.

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Enfin, voici quelques impressions laissées par le dernier ouvrage posthume de Jean d’Ormesson, « Et moi, je vis toujours ».

Raconté à la première personne du singulier et au féminin, il s’agit d’un balayage très vaste de la vie et des idées, parcourant notre planète, l’univers et l’histoire, procédant à des chronologies comparées de différentes civilisations, pointant les similitudes et les divergences entre elles. Bien sûr, l’auteur y fait preuve d’une érudition à son image et montre un énorme travail documentaire. Il ne résiste pas au plaisir de faire l’éloge de la civilisation française, dont apogée, selon lui, se situe à la fin du 17ème siècle et au début du 18ème. Et il contemple les arts et les sciences avec un émerveillement d’enfant surdoué. Cet homme n’a jamais dû être blasé de quoi que ce soit. En le lisant, on croit l’entendre et le voir dans les émissions de radio ou de télévision où il excellait.