« Le chœur des Vierges »

Nous vous avions lâchement abandonnés à Saint Barthélémy, promettant de poursuivre notre route vers le nord. Et c’est bien ce que nous avons fait pendant ce joli mois de mai 2017.

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D’abord nous avons fait quelques escales dans la curieuse ile de Saint Martin/Sint Maarten, partagée entre les Français et les Hollandais depuis 1648, et dont l’histoire mériterait un long ouvrage. En tout cas elle illustre la possibilité de coexistence pacifique à long terme entre deux puissances coloniales importantes de l’époque, dès lors qu’elle fait converger leurs intérêts et que les accords passés le sont de bonne foi. Cela n’a pas souvent été le cas notamment avec les anglais ou précédemment avec les espagnols, conduisant à des conquêtes ou reconquêtes plus ou moins sanglantes, dans ces iles paradisiaques de la mer des Caraïbes.

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Les innombrables restaurants gastronomiques de Grand Case et les multiples occasions de shopping « Duty Free » de Marigot valent le détour.

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Mais aussi l’histoire du Fort Louis qui permit à plusieurs reprises de repousser des envahisseurs.

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Bien sûr les belles unités de plaisance profitent de ce port franc pour des escales techniques grâce aux nombreux professionnels installés tant du côté hollandais que du côté français.

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Ils côtoient les bateaux poubelles ou les épaves abandonnées qui pullulent dans le lagon régulièrement balayé par de violents cyclones, et les speed boats de pêche au gros qui font la course à la puissance

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(4 moteurs de 400 cv chacun pour ce modèle, record battu).

Après un moment d’hésitation, dû au régime des alizés en cette saison qui implique une longue remontée au vent au retour, nous avons repris la mer en direction des iles Vierges à une petite centaine de milles à l’ouest.

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Cet archipel fit l’admiration de Christophe Colomb lors de son deuxième voyage en 1493. Il les baptisa en souvenir des « onze mille vierges », compagnes de Saint Ursule, qui furent assassinées par les Huns au 5ème siècle.

Elles n’intéressèrent pas longtemps les espagnols qui lui préféraient l’or du continent sud américain. Elles furent donc rapidement abandonnées et servirent de repère aux corsaires, pirates, flibustiers ou forbans. Ils y trouvèrent des abris parfaits pour leurs navires de course qui jaillissaient sur le passage des galions espagnols chargés de richesses destinées à la couronne d’Espagne.

Les anglais furent les plus présents sur ce « marché » de la flibuste mais les boucaniers hollandais, danois ou français eurent également leur part du magnifique gâteau jusqu’au 19ème siècle. Certains comme Francis Drake, John Hawkins ou Jost Van Dyke y amassèrent des fortunes considérables et furent même anoblis par leur souverain pour leurs juteux et sanglants exploits maritimes (les temps ont-ils changé ?).

Pendant deux siècles, les iles tirèrent aussi leurs ressources de la culture du coton et de la canne à sucre, jusqu’à l’abolition de l’esclavage qui entraîna une récession profonde. A partir de la 2ème moitié du 20ème siècle un nouveau développement, basé sur le tourisme et le nautisme, a permis à une grande partie de la population d’accéder à un niveau de vie qui se rapproche de celui des pays occidentaux. Il faut y ajouter les activités de services liés à ce paradis fiscal très actif qui concentre un nombre impressionnant de banques et sièges de compagnies « off shore ».

Aujourd’hui, les iles occidentales, St Thomas, St John, et St Croix plus au sud, sont territoires des USA (USVI) et les autres sont une colonie britannique autonome (BVI). L’influence américaine est forte sur l’ensemble de l’archipel et l’unique monnaie en circulation est le Dollar US. Et si l’on roule à gauche, les voitures ont pourtant très majoritairement la conduite à gauche, comme à Porto Rico toute proche et beaucoup plus peuplée, où l’on roule à droite. Bégaiement de l’histoire locale ?

Nous sommes sagement restés dans les BVI, Nicole n’ayant pas son visa US, et vous trouverez ci-dessous un florilège des îles que nous avons visitées, découvrant des mouillages, des sites ou des villes parfois magnifiques, souvent étonnants, rarement dépaysants tant la fréquentation de touristes occidentaux aisés uniformise l’habitat, comme les commerces ou les voiliers (surtout des catamarans de location, de plus en plus souvent à moteur) qui fréquentent ces lieux.

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The Baths

Dsc00745_Broken_Jerusalem.jpg Broken Jérusalem

Dsc00739_tristes_restes.jpg Attention prudence !

Dsc00755_Treillis_Bay.jpg Treillis Bay

Dsc00768_Guana_Island.jpg Gwana Island

Dsc00785_White_Bay.jpg Coucher de soleil sur White Bay

Dsc00801_Brewers_Bay.jpg Brewers Bay

Dsc00812_Cane_Garden_Bay.jpg Cane Garden Bay

Dsc00827_Sandy_Spit.jpg Sandy Spit

Dsc00844_Jost_Van_Dyke.jpg Jost Van Dyke

Dsc00857_Great_Harbour.jpg Great Harbour

Dsc00862_Foxy_s_Night.jpg Foxy’s Nights

Dsc00864_Soper_s_Hole.jpg Soper’s Hole

Dsc00880_Norman_Island.jpg Norman Island (restaurant bar flottant)

Dsc00889_The_Bight.jpg The Bight, C’est pour l’air conditionné qu’il faut tous ces panneaux !

Dsc00898_Road_Town.jpg Cimetière de Road Town

Dsc00901_Road_Harbour.jpg Road Harbour

DSC00905_Le_Sphinx_de_Salt_Island.JPG Le Sphinx (naturel) de Salt Island

Dsc00937_Salt_Island.jpg Salt Island

Dsc00954_Gorda_Sound.jpg Gorda Sound

Dsc00976_Gorda_Sound.jpg Gorda Sound

Dsc00987_Leverick_qay.jpg Leverick Bay

Dsc00988_Pussers.jpg Un petit tour chez Pusser’s

Dsc00998_Necker_Island.jpg Branson’s House sur Necker Island

Après dix jours très agréables ponctués par un impressionnant épisode pluvio-orageux pendant lequel nous étions bien abrités à Gorda Sound, repassant devant le domaine de Richard Branson (toutes ses entreprises s'appellent VIRGIN), nous avons remis le cap sur St Martin où nous sommes arrivés au terme de 24h d’un louvoyage tranquille contre un alizé moyen parfaitement prévu par la météo.

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Le temps de faire quelques fructueuses séances de shopping (ci-dessus, Nicole au sortir du Pavillon d’Asie; relookée par Leva Sonn) et petits bricolages à bord, nous avons refait une nouvelle et courte escale à St Barthélémy, sur la route d’Antigua que nous avions envie de redécouvrir après des visites trop brèves ces dernières années.

Cette fois nous avons privilégié la côte ouest, commençant par St John, port principal et capitale de cet état indépendant à la culture « so british ».

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Elle accueille des paquebots de croisière gigantesques déversant quotidiennement des milliers de touristes.



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Le centre ville est transformé en centre commercial « duty free » plutôt bas de gamme. N’ayant pas pu y faire les formalités d’immigration obligatoires, nous y avons fait un tour en « clandestins » avant de repartir vers Jolly Harbour quelques milles plus au sud où l’administration locale a fait merveille en imposant seulement 4 passages successifs aux différents guichets, le tout pour un record bureaucratique d’une heure et demie !

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Jolly Harbour est une opération immobilière autour d’une grande marina sans âme qui donne l’impression d’être un peu en perte de vitesse.

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Certains immeubles, sans doute autrefois prestigieux, sont à l’abandon, mais les ressources administratives, techniques et commerciales de cet ensemble rendent l’escale pratique.

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Arrivés le lendemain à Falmouth Harbour, peu fréquenté en cette fin de saison, nous avons profité de ce grand mouillage sûr pour visiter l’ile avec une voiture de location et sortir de l’ambiance « yachting chic » du AYC (Antigua Yacht Club).

Les villages de l’intérieur et de la côte nord offrent un visage tout autre, par moment à la limite de la misère dans laquelle vit une partie importante de la population, notamment autour de Nord Sound, comme à Parham, première implantation coloniale britannique. Aujourd’hui c’est une zone militaire et industrielle consacrée à la centrale électrique et à l’usine de dessalement d’eau de mer.

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Autour de l’aéroport international, et de l’université américaine, l’opulence et la propreté reviennent.

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Nous avons déjeuné dans d’un joli restaurant nommé SottoVento, fréquenté essentiellement par des italiens, centre d’un aménagement touristique plutôt élégant.

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Mais en regagnant St John par le nord, l’impression que nous ont laissée les lagunes, les plages et les bidonvilles autour du fort St James, quasiment en ruines, est oppressante. L’omniprésence dans l’ile des domaines clos et gardés par des vigiles nous confirme dans l’idée que le contraste dans le niveau de vie des différents quartiers ou villages n’est pas un facteur de sérénité.

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La présence d’épaves sur les plages et d’ordures un peu partout, tempère l’impression de luxe, de calme et de volupté que voudraient laisser aux visiteurs les nombreux documents promotionnels et brochures destinées aux croisiéristes d’un jour, ou touristes d’une semaine.

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Notre visite s’est achevée à English Harbour, où le fameux Admiral’s Inn et son annexe le Boom récemment construit dans l’ancienne poudrerie de Nelson Dockyard, sont très accueillants.

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Les jolies restaurations des Shirleys Heights, cantonnements et forteresses du 17ème siècle,

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et les chemins aménagés sur la falaise à l’ouest de fort Berkeley offrent, à l’heure de la traditionnelle BBQ Party du dimanche soir (un must pour tous les toutous des hôtels alentour) des points de vue superbes sur la côte sud de l’ile.

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Certains investisseurs, vraiment à l’abri du besoin, y font construire de gigantesques résidences d’un luxe inouï avec vue imprenable sur la mer des Caraïbes.

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La météo étant favorable, notre dernière étape au large pour cette année nous a ramenés en Guadeloupe, sur un seul bord de près bien agréable vers la pointe des Châteaux toute embrumée de poussière de sable du Sahara. Nous espérions pouvoir faire un arrêt à la Désirade mais la houle encore trop forte ne permettait pas d’y envisager une escale confortable. Ce sera avec une navette que nous y effectueront un circuit découverte à partir de Saint François.

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Cette ile tant désirée est un petit monde de 24 km2 et 1500 habitants fiers de leur domaine mais qui se sentent un peu oubliés par la voisine, dont ils dépendent, et par la métropole où nombre d’entre eux vont tenter leur chance. Ils sont remplacés localement par des « métros » qui apprécient son charme au point de s’y faire construire ou d’y acheter des résidences.

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C’est un grand et étroit plateau calcaire de plus de 200 m d’altitude, couvert de forêt et de maquis, mais où l’eau douce manque, au point qu’un aqueduc sous marin a dû être enfoui depuis la pointe de châteaux. Par contre, ses éoliennes produisent plus que nécessaire et une interconnexion, sous marine elle aussi, permet d’envoyer en Guadeloupe une partie de la production lorsque le vent est fort et de recevoir ce qui manque lorsque le vent est faible.

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Les paysages sont splendides et, de la Pointe Est portant le phare le plus à l’est des petites Antilles, il n’est pas exceptionnel de voir les baleines pendant leurs migrations et la naissance de leurs petits, principalement entre février et avril.

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Les plages du sud, protégées par un petit lagon, sont très attrayantes, comme celle au bord de laquelle nous avons dégusté d’exquises langoustes locales.

Cette croisière s’achève et, après une dernière parenthèse au festival de Marie Galante « Terre de blues », il nous restera à désarmer Dartag pour le laisser en sécurité jusqu’à l’hiver prochain.

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Le voyage dans ces iles des Caraïbes nous a entrainés à la lecture de plusieurs guides et livres dont l’un mérite une mention particulière. Ce sont les chroniques de voyages d’un religieux à la charnière des 17ème et 18ème siècle en des lieux que nous avons bien souvent reconnus. A cette l’époque la loi du plus fort s’imposait, la religion était quasiment totalitaire, l’esclavage était à son apogée, les épidémies et la mort frappaient partout et n’importe quand, la piraterie ne faisait pas de prisonniers, la navigation, à voile bien sûr, n’était pas aussi sécurisée qu’aujourd’hui. Ce prêtre aventurier nous entraine, avec son écriture agréable et réaliste, dans un monde qui pourrait bousculer nos visions d’aujourd’hui. Ses descriptions des peuples et de leur mode de vie, de la faune et de la flore, de ses combats navals ou à terre, de ses méthodes de chasse ou recettes culinaires sont passionnantes. Mais à chacun son propre jugement, s’il peut se le permettre.