Lundi 7 mars 2016 : météo américaine pour la mer des Caraïbes = RAS. Pour les trois jours à venir vent de Nord-Est force 5 à 6 avec une houle de nord diminuant de 12 à 8 pieds en allant vers le sud.

Je m’embarque donc sans arrière-pensée, Dartag en a vu d’autres, et à une allure portante, ce sera une traversée rapide et même peut-être confortable.

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Départ au lever du soleil après avoir confectionné la veille un repas copieux pour deux jours à consommer au fur et à mesure avec une arrivée envisagée dans la matinée du 10 mars, après deux nuits en mer.

Rapidement la brise s’est renforcée dans la journée du 8 pour atteindre la force 7, temporairement 8, et la mer grossit avec quelques déferlantes. La voilure devient peau de chagrin au fur et à mesure que je la réduis pour supporter les puissantes rafales. Par précaution je ferme le panneau de descente.

Heureusement le radar surveille très bien l’horizon si bien que je peux me reposer autant que nécessaire, car les mouvements du bateau sont brutaux et imprévisibles. Et boum, en regagnant ma couchette dans la nuit, je me heurte violemment la tête sur le guidon du mini vélo. Plus de peur que de mal, mais j’ai une belle bosse au dessus de la tempe droite.

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Deuxième journée de plus en plus musclée, et surtout le vent refuse en passant à l’ENE, si bien que maintenant les vagues montent de plus en plus souvent à bord. Tout est rincé à l’extérieur et quelques fuites se manifestent, par la manche à air du carré d’abord, avec quelques gouttes qui arrosent la table, puis dans la cabine AR babord par le hublot de coque dont le joint est fatigué (je le savais, en ayant déjà remplacé quatre sur six) occasionnant de l’humidité sur les matelas.

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Contrairement à ce que je pensais, il y a du trafic dans cette région du monde, et les grands navires sont nombreux allant dans toutes les directions. L’un d’eux voulait sûrement voir qui était ce voilier singlé (sans jeu de mot) de naviguer dans une mer pareille, alors que rien ne l’y oblige. Et il me passe à 200 mètres sur l’avant, tranquille, marchant à peine plus vite que Dartag, et accélérant au dernier moment alors que j’allais manœuvrer pour sortir de sa ligne de mire. Je suis ainsi souvent réveillé par l’alarme. Et reboum, en sortant précipitamment de la cabine suite à l’une d’entre elles, je me cogne le tibia droit sur une marche de l’escalier et m’arrache quelques centimètres de belle peau bronzée ! La barbe !

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Au petit matin de la deuxième nuit après une nouvelle quinte de toux d’enfer - sans doute la dépollution, après celle due à la pollution à Santo Domingo - j’approche de Bonnaire avec de fréquents ajustements de cap, car les courants à proximité de la côte du Vénézuéla me font dévier de ma route. Les creux atteignent maintenant 3 à 4 mètres voire plus et de temps en temps provoquent des embardées fumantes. A plusieurs reprises le pont à tribord est submergé et les hublots supérieurs ouvrants (mais soigneusement fermés) du carré sont dans l’eau. Quelques goutes passent quand même par là à chaque fois, et je m’efforce de limiter les conséquences en utilisant une serviette et des torchons.

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Finalement, la remontée au près dans la baie de Bonnaire, dont la carte ressemble à un boomerang, est un beau final, sur une mer assagie mais avec encore du vent en rafales jusqu’à 40 nœuds. De nombreux voiliers sont sur rade, amarrés à des bouées, car le mouillage est interdit partout dans cette île, dont l’identité est la pureté de ses eaux et ses fonds marins.

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Après un peu de repos et un bon repas, je me lance dans les formalités de douanes et d’immigration, avec un peu de fatalisme. Bonne surprise elles sont simples et peu onéreuses, et l’accueil à la marina qui gère les bouées est très professionnel. Ca fait du bien de retrouver un pays développé où les gens savent ce qu’ils ont à faire sans donner l’impression d’attendre un backchich !

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La ville de kralendijk (prononcer Craoulennedique) est plutôt coquette, avec ses jolies maisons, ses commerces de luxe et sa zone commerciale moderne. On pourrait se croire en Hollande (le pays, pas le soufflé !), d’autant plus que les gens parlent un dialecte local, le papiamento, mélange d’anglais, d’espagnol et surtout de néerlandais assez rigolo à entendre, car à comprendre c’est une autre paire de manche. Heureusement ils parlent tous anglais et ça rassure presque.

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Bon, je crois que je vais rester quelques jours ici, le temps de régler les petits problèmes d’étanchéité, de faire quelques matelotages et de visiter l’île, avant de partir vers Curaçao à 25 milles à l’ouest, puis peut-être de revenir ou de m’élancer à nouveau vers le nord, mais de préférence par un temps plus maniable !