Bruits et couleurs

La découverte de ce pays un peu moins grand que l’Irlande, deux fois plus peuplé, mais au PIB par habitant dix fois inférieur, nous a réservé bien des surprises. Comme elle, il partage une ile, Hispaniola, avec un voisin, Haïti, entretenant avec celui-ci des rapports tendus et parfois conflictuels.

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Le cabotage à la voile le long des côtes n’étant pas aisé compte tenu des formalités à remplir à chaque escale, des déclarations à fournir, du peu d’abris sûrs et de la distance entre eux, nous avons opté pour les visites terrestres en bus ou avec une voiture de location, laissant DARTAG sur bouée dans le merveilleux lagon de Boca Chica, devant la marina Zarpar qui nous a offert tous les services utiles pendant cette longue escale.

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Notre première « expédition » nous a conduits vers la grande baie de Samana sur la côte nord, en traversant la Cordillera Oriental et sa superbe forêt humide, puis une grande plaine consacrée aux rizières d’un vert magnifique en cette saison. On arrive ensuite à Las Terrenas fréquenté par de nombreux français en vacances, avec son superbe feston de plages blanches sous les cocotiers abritant des guinguettes bien séduisantes pour le déjeuner.

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Plus loin, la ville de Samana est la base de départ des excursions vers les îlots de ce site grandiose entouré de montagnes, dans laquelle, dit-on, les baleines viennent se reproduire. On trouve de nombreux bateaux d’excursion attendant les clients « baleines » dans ce port naturel, par ailleurs un peu décevant.

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La capitale, Santo Dominguo est la plus ancienne ville du nouveau monde (sans doute avec San Juan à Porto Rico), et était, du temps de la colonisation espagnole, le centre du pouvoir et de toutes les décisions pour l’ensemble des colonies de la couronne madrilène, s’étendant de la Terre de feu à la Californie, pendant quatre siècles. Cuba et Porto Rico furent les dernières provinces espagnoles d’outre mer, jusqu’à la chute des derniers restes de l’empire après la guerre perdue contre les Etats-Unis en 1898. Au 19ème siècle, la création de Haïti et l’émancipation, vis-à-vis de ce voisin belliqueux, de La république dominicaine, proclamée en 1844, provoquèrent plusieurs guerres, impliquant aussi la France de Napoléon. Les traces de la présence française sont surtout présentes à Haïti où la population parle un créole français intelligible pour nous.

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Au 20ème siècle, son histoire fût surtout marquée par la terrible dictature de Trujillo pendant plus de 30 ans. Après son assassinat en 1961, des troubles on secoué le pays pendant plusieurs années, entrainant en 1965 une intervention des Etats-Unis qui craignaient une contagion à la cubaine. Depuis, la démocratie semble s’être stabilisée et l’économie progresse, s’équilibrant plutôt harmonieusement entre l’agriculture, l’industrie et les services, de plus en plus vers le tourisme, mais beaucoup de caractéristiques restent celles d’un pays pauvre.

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La population de plus de dix millions d’habitants, est formée très majoritairement de métis, issus des différentes et nombreuses vagues d’immigration venues du monde entier après la période de la colonisation et de l’esclavage, y compris des asiatiques et des juifs. La langue est l’espagnol, et très peu comprennent l’anglais, a fortiori le français. Environ 5 000 français sont établis sur place, et les touristes français sont nombreux. Parmi les voiliers rencontrés, un gros tiers est aussi français. La plupart sont en route vers Cuba ou l’Amérique centrale.

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La « Zona Colonial » de Santo Domingo regroupe un ensemble de bâtiments magnifiques, pour la plupart parfaitement entretenus, palais, fortifications et églises, qui montrent la prospérité de la ville dès le 16ème siècle. Ils sont aujourd’hui souvent utilisés comme musées ou sièges d’organisations gouvernementales ou diplomatiques comme la splendide Ambassade de France. Nous y sommes allés deux fois en bus et il aurait fallu au moins un troisième jour pour voir l’essentiel.

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Cette ville énorme où toutes les routes du pays se rejoignent est le siège d’embouteillages monstres et d’une pollution atmosphérique d’autant plus « à couper au couteau » que l’alizé est faible. Elle a sans doute contribué à déclencher chez votre serviteur, une forme de grippe allergique accompagnée de quintes de toux phénoménales, comme je n’en avais pas subies depuis un demi-siècle au moins. Mais tout est rentré dans l’ordre au bout de quelques jours.

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Nous avons aussi consacré une journée à San Cristobal et ses environs, avec notamment des grottes contenant des peintures rupestres des Taïnos, les premiers habitants de l’île, éliminés sans honte, malgré les voix qui s’étaient élevées contre ce génocide, par les conquistadors, en particulier le sinistre Nicolas Ovando, peu de temps après la conquête. La ville elle-même, fief du dictateur Trujillo, est dominée par le palais tout en béton qu’il y fit construire, d’où il pouvait « contempler son peuple ». Il est aujourd’hui le siège de l’école nationale pénitentiaire et expose des photos parfois atroces de cette période.

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Au sud-ouest du pays une curiosité issue du comblement, à la suite d’un formidable glissement de terrain, d’un espace entre deux iles originellement séparées, abrite le lac Enriquillo, d’eau très salée, dont le niveau se situe à environ 40 m sous celui de l’océan voisin. Après le terrible tremblement de terre de Port au Prince en 2010, un mouvement géologique aurait détourné des nappes souterraines, et la niveau du lac monte régulièrement, malgré l’évaporation intense dans cette vallée torride et sèche. Des cocoteraies et plantations voisines immergées, il ne reste que des squelettes sinistres. L’ile qui subsiste en son centre abrite des crocodiles d’Amérique.

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Rentrant de ce voyage lointain et un peu éprouvant au « Far Sud-Ouest », nous nous sommes arrêtés dans un hôtel de la station balnéaire Las Salinas. La nuit y était féérique et en découvrant le panorama sur la baie, siège de la principale base navale du pays, et la petite marina de l’hôtel le lendemain matin, nous n’avons pas regretté notre choix. Les maisons de cet ancien village de pêcheurs sont parfois très coquettes, souvent restaurées par leur propriétaire venant de la capitale, pour ses week-end en famille.

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Cette presqu’il est principalement occupée par des marais salants en exploitation, et les installations en bois font un peu penser à celles de la presqu’ile de Giens du temps de leur splendeur. Les sauniers utilisent des petits trains pour collecter le sel autour des bassins, et le stocker dans de grands tas (mal) protégés des intempéries par une charpente sommaire.

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Mais nous voulions aussi découvrir la vallée de Cibao, principale plaine agricole du pays, au Nord-Ouest, où se trouve la deuxième ville de Rép Dom, Santiago. Cette région produit l’essentiel du riz, de la canne à sucre, mais aussi du café, du cacao et surtout du tabac, fierté des dominicains qui concurrence avec succès les cigares cubains.

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Nous avions jeté notre dévolu sur Zemis Cigars, une petite fabrique tenue par un français, Sylvain Bishoff, dont notre guide faisait une description attrayante. Un email envoyé la veille a reçu une réponse immédiate, positive et accueillante. En arrivant sur place, après un petit coup de fil, il nous envoyé un employé à moto pour nous guider jusqu’à son hacienda impossible à trouver autrement.

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Cet homme jeune, marié à une ravissante dominicaine et père d’une charmante fillette d’environ 10 ans nous a littéralement stupéfaits. Outre son activité de fabrications de cigares et des boites qui vont avec, il pratique de nombreuses passions, et nous a fait visiter son jardin botanique peuplé d’une incroyable variété d’espèces tropicales, tout en nous faisant partager (parfois de manière un peu envahissante) sa culture littéraire, philosophique, anthropologique, historique,… citant des auteurs très connus ou beaucoup plus confidentiels, français et étrangers. Une incroyable plongée dans un monde absolument inattendu pour nous, ou transparaissait parfois des opinions personnelles tranchées que nous ne partagions pas forcément, mais toujours étayées par des citations incontestables.

Après voir procédé à quelques emplettes et dégusté quelques fruits du jardin, nous sommes repartis avec des cadeaux et la promesse de répondre à toutes nos questions et sollicitations éventuelles sur le pays et les sujets évoqués lors de notre visite. Cette visite passionnante a éclipsé le reste du programme que nous avions envisagé pour de la journée, si bien que nous avons survolé rapidement la ville de Santiago en rentrant, pour ne pas arriver de nuit à la marina, mais nous ne regrettons rien (jamais d’ailleurs).

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Sur l’ambiance de ce pays, nous retiendrons la gentillesse des habitants et leur sourire. Il n’est pas toujours facile de communiquer lorsque l’on ne maitrise pas l’espagnol, mais rien ne paraît devoir entraver leur disponibilité et leur capacité à trouver des solutions ou à s’adapter. Certes les contrastes entre pauvres et riches sont saisissants et la misère est largement visible ainsi que les carences de certains services publics comme le ramassage des ordures. Mais le caractère très métissé de la société parait contribuer à une société apaisée où la fierté nationale est évidente. Le port d’arme à feu est autorisé mais très rare, et le machisme légendaire des latinos est très discret.

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Il faudrait quand même citer la culture musicale et l’ambiance sonore très élevée dans la journée et la soirée. Les plages, voitures et bateaux diffusent des musiques genre disco, ou rap à un tel volume qu’on se demande comment même ils peuvent se parler. Un bateau qui passe à cent mètres vous fait résonner les poumons quand ce n’est pas vibrer les portes ou les panneaux à bord de Dartag. Les jets-ski, hors-bords ou puissantes vedettes passent à vingt ou trente nœuds entre les bateaux au mouillage ou à cinq mètres d’un ponton, dans un vrombissement invraisemblable et en agitant le plan d’eau sans aucune vergogne . Et lorsqu’arrive la fin de la soirée, vers 22h tout cela se calme, l’impression de douceur tropicale reprend le dessus, et il est temps d’en sourire.

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La gastronomie locale est surtout constituée autour de poisson et fruits de mer, poulet, porc, cuisinés en sauce à la Créole et accompagnés de riz, manioc et pommes de terres en gratins, purée ou frites. Le lambi ou le poulet en sauce avec du riz sont les plats dominicains typiques. Les légumes et fruits sont disponibles partout et très variés mais il n’est pas recommandé de les consommer crus.

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Du côté des boissons, en dehors du rhum, il y a la bière, avec ou sans alcool, et les sodas aromatisés parfois un peu chimiques. L’eau du robinet n’est pas potable. Les vins locaux courants sont très déroutants pour nous, aromatisés et doux, pour ne pas dire sucrés. Nos expériences en ce domaine n’ont pas eu de suite.

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Enfin, à l’intention de ceux qui envisagent de louer une voiture, il faut noter que les ralentisseurs, dos d’âne, ou gendarmes couchés de différentes caractéristiques sont très fréquents, très peu signalés et vraiment redoutables. Même les 4x4 les passent moins vite qu’un piéton. La circulation est quasiment anarchique. Les changements de file sans avertissement et queues de poissons sont normaux et très fréquents, associés à des coups de klaxons conquérants ou vengeurs. On croise fréquemment à contre-sens sur autoroute des voitures, camions, bus et de très nombreux deux roues. la vitesse est limitée à 80 km/h en général mais bien rares sont ceux qui roulent à moins de 120. Les piétons traversent les chaussées n’importe où, n’importe quand, et de nombreux véhicules ne sont pas éclairés et souvent en piteux état. Heureusement les chauffeurs semblent très adroits et vigilants. Dans ces conditions, la conduite de nuit est hyper risquée. Nous l’avons évitée, conscients du fait qu’un accident même uniquement matériel serait une catastrophe. Quant à avoir un accident corporel, au-delà de l’horreur induite, c’est inenvisageable.

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Quant aux bus, il y en a beaucoup, souvent bondés et très bon marché, mais la logique des lignes est très difficile à comprendre. On finit toujours pas arriver à destination, mais pas forcément sans changement ni à des horaires prévisibles.

Ce séjour en Rép Dom aura été une belle escale qui prendra fin en principe vers le 7 ou 8 mars, avant, en principe, une escapade vers les iles hollandaises du Sud, les fameuses ABC, Aruba, Bonnaire Curaçao, proches des côtes du Vénézuéla, lui-même hélas infréquentable depuis quelques années.

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