Au pays du Merengue

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La marina de Casa de Campo, quelques milles à l’est de La Romana, donne l’impression de se trouver dans un endroit chic de la Costa del Sol andalouse. C’est un ensemble résidentiel haut de gamme construit depuis une quinzaine d’année autour d’une marina petite mais luxueuse où l’on ne se déplace qu’en voiturette de golf électrique, et où les magasins sont impeccables.

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Simplement c’est plutôt moins animé, mais le personnel parle correctement l’anglais, est disponible et coopératif, les bureaux sont coquets bien climatisés, confortables. La Wifi, sans être très performante est acceptable, le billet n° 36 y est passé sans trop de difficultés. On peut se procurer la monnaie locale (le pesos en abrégé RD$) dans des distributeurs de billets qui fonctionnent. Un US$ vaut environ 46 RD$, soit à peu près 50 RD$ pour un €. Pour la conversion c’est assez facile on multiple le prix affiché par deux et on divise par 100.

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A proximité se trouve un caprice de milliardaire datant de 1976. Un ancien magnat du pétrole a fait construire à Altos de Chavon, à 4 km, une réplique d’un village médiéval italien respectant le style les matériaux et les couleurs de la toscane du 16ème siècle. Inattendu et plutôt réussi ! Il y a même un théâtre antique dans lequel Ricky Martin, la gloire Portoricaine, avait donné un concert la veille. Cela avait dû avoir un grand succès (même à 65 US$ la place) si j’en juge par le nombre de bouteilles, canettes et détritus divers laissés dans les gradins et allées par les spectateurs, qu’une armée de balayeurs étaient en train de nettoyer.

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Le contact avec les fonctionnaires de la douane, de l’immigration et les militaires de l’Armada (les garde côtes, dépendant de la marine nationale) sont plus difficile car aucun ne comprend l’anglais ni le français. Mais on peut se débrouiller, avec parfois des petits quiproquos. Lorsque j’ai quitté cette marina à destination de Boca Chica, je voulais faire une escale dans l’île de Catalina. Mais ce n’est pas si simple, le « despacho », formulaire équivalent à la clearance autorisant la sortie du port, ne peut porter qu’une destination et il vaut mieux la respecter sous peine d’être suspecté de trafic et conduit au poste, bateau confisqué. Pas très agréable comme perspective !

Après des tentatives d’explications confuses, j’ai donc dû me contenter d’un despacho pour Catalina (à 7 milles), avec l’obligation d’en demander un autre pour Boca Chica (35 milles plus loin), au « commandante de l’Armada » de l’île.

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Comme toute cette côte sud, l’île est un plateau calcaire horizontal, de quelques mètres d’altitude, entourée de fond sablonneux de 10 à 20 mètres sur un ou deux milles avant les grands fonds. Une seule petite crique exposée au NW me permettait d’espérer un abri correct. Raté, la grosse houle, de SE cette fois, faisait le tour de la pointe et rentrait dans la crique en brisant violemment sur la plage, rendant le mouillage extrêmement rouleur. Mais je ne pouvais pas repartir sans avoir obtenu le fameux despacho.

Impossible de débarquer sur la plage dans ces rouleaux, ni d’amarrer le zodiac au ponton local hérissé de vieux boulons rouillés très dangereux dans ces conditions de ressac. Le lendemain matin j’ai du mouiller le zodiac loin du ponton puis y porter une amarre pour débarquer.

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Quelques rares personnes vaquaient à leurs occupations sur cette magnifique plage équipée de paillotes, de buvettes et de chaises longues en quantité inouïe. J’en ai compté des milliers, toutes vides. A croire que les investissements réalisés dans cette réserve on été un peu surdimensionnés au moins pour un lundi matin, mais en pleine saison touristique, quand même, cela surprend. L’île n’est pas raccordée au réseau électrique et quelques panneaux solaires avec des batteries permettent d’allumer quelques ampoules la nuit ou de faire marcher une T.S.F. ou un tourne disque. Certaines buvettes sont alimentées par un groupe électrogène bruyant et il y a plusieurs petits commerces exposant notamment des peintures aux couleurs vives plutôt attrayantes.

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Ayant trouvé le « commandante » dans sa baraque en bois, je lui ai montré mon « despacho » et demandé de m’en faire un autre pour Boca Chica. Il n’avait pas les formulaires adéquats, et après une longue conversation téléphonique avec sa hiérarchie, en a rédigé un à la main sur une page blanche de son cahier qu’il a découpée en léchant soigneusement le pli pour me la remettre. J'ignorais cette technique !

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Ouf, me voilà de nouveau en règle, mais avant de rembarquer, j’ai parcouru les petits chemins balisés qui conduisent jusqu’à la « punta Perez ». Bel aménagement du ministère de l’environnement avec panneaux explicatifs et photos de la flore et de la faune locale, un peu luxueux à mon goût pour un site en fait assez quelconque, mais dont les rares habitants doivent être très fiers. Au moment où j’appareillais est arrivée une première pirogue à moteur transportant quelques touristes. Ils auront de la place pour se reposer et se baigner !

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La brise de SE mollissante ne m‘a pas permis d’arriver à Boca Chica sans une heure de moteur à la fin, après être passé devant un impressionnant souffleur crachant sa gerbe blanche toute les dix secondes. Il y en a d’autres sur cette côte calcaire bâtie de grands immeubles et exposée à la houle.

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Boca Chica, ou plutôt Andrès, est le grand port commercial de la Rép Dom, hérissé de portiques. Et derrière un îlot couvert de mangrove, La Piedra, protégée par une barrière de corail, se trouve un grand club nautique, la petite marina Zarpar et son mouillage hyper protégé. Accueilli par une barque dont les occupants me faisaient des signes et baragouinant quelques mots en français je les ai suivi, jusqu’à me planter doucement dans un banc de sable ! Zut. J’ai pu me dégager seul au moteur, et ils m’ont guidé jusqu’à une bouée libre puis m’ont aidé pour passer mon amarre.

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Le lendemain, nouvelles formalités, plutôt relax, et réservation de la bouée pour une semaine, histoire de découvrir le coin, de faire quelques courses et un peu d’entretien sur le bateau. Hélas la WiFi de la marina est vraiment très faible. Il faut au moins deux heures de patience et plusieurs déconnexions pour réaliser une transaction simple comme envoyer un email avec une pièce jointe. Quant à lire le journal ou télécharger des documents, il faut probablement oublier !

Conseillé par des employés de la marina, j’ai craqué pour une carte SIM datas de 3 Go fournie par le meilleur opérateur local, CLARO, vantant sa 4G et son réseau étendu. Catastrophe, elle ne vaut pas tripette, à peine mieux que la WiFi de la marina dans les bons moments. On fera avec !

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Reste à découvrir les ressources du commerce local. Et bien on se demande où se ravitaillent les habitants des deux villes voisines, Andres la populaire polluée et aux odeurs fortes, et Boca Chica la touristique plus proprette. Finalement après trois jours de recherches j’ai trouvé une supérette « Olé » très propre et bien achalandée. Mais elle est à plus de deux kilomètres. Il parait qu’il y a un hyper de la même enseigne sur la route de l’aéroport à environ 4 kilomètres. En vélo pas de problème, c’est tout plat, mais j’ai déjà crevé deux fois et mon stock de rustines s’épuise. Il va sûrement me falloir louer une voiture avant de repartir car ma cambuse commence à crier famine. Il y a aussi quelques vendeurs de fruits et légumes sur des charrettes à certains carrefours.

En attendant, j’ai fait la connaissance de quelques équipages français en route pour Cuba qui font les mêmes constatations que moi, et nous allons probablement nous organiser pour les courses et visiter le pays à partir de la marina, car la liberté de naviguer à la voile est très encadrée, et les étapes à prévoir sont longues dans ce grand pays.

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Un dernier mot sur la « merengue ». Ce serait LA musique et LA culture locale. Plus qu’une musique, car il y a aussi la danse. Mais elle est très difficile à caractériser et tout ce qu’on entend autour de soi à terre ou au mouillage serait, à mon avis plus proche du disco et ils sont fous de décibels. Souvent le passage d’une voiture ou d’un bateau à proximité vous secoue au point que vous entendez les basses par les poumons. Impressionnant ! En plus nous sommes en pleine campagne électorale pour les présidentielles 2016, et les camions-sono des candidats débitent aussi leurs discours et leur musique avec un volume tout à fait inimaginable. Comment les frêles constructions urbaines résistent-elles à de tels passages de « murs du son » tous les quarts d’heure ? En tout cas les électeurs semblent passionnés et ce samedi, tout un quartier d’Andrès était bouclé autour d’un grand podium que préparait le comité de soutien d’un candidat au milieu de nombreux supporters habillés de tee-shirts noir et brandissant des drapeaux noirs (quand même un peu sinistres) dans une ambiance bon enfant et vraiment très bruyante.

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