Manger le dragon

La dernière visite à Saint Martin, en novembre, était pour le côté hollandais et avait permis de repartir avec un mât neuf et des voiles provisoires, certes, mais à la voile.

Cette fois, nous avons fait le tour de l’île par l’est et le nord pour rejoindre le côté français dont la capitale s’appelle Marigot.

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La courte traversée depuis Saint Barthélémy, bien ventée, nous a conduits au mouillage de Orient Bay, baie peu profonde et protégée par une barrière de corail. L’éolienne a tourné fort toute la nuit nous mettant à l’abri d’une panne de courant, mais la protection de la forte houle d’Est est médiocre et le lendemain matin nous avons rejoint l’anse Marcel au nord de l’île.

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Un immense complexe hôtelier occupe toute l’anse et les clients prennent le soleil sur la plage régulièrement balayée par les rouleaux. Les plus fortes vagues se glissent malicieusement sous les transats et emportent gaillardement les menus objets qui sont mis en dessous à l’abri du soleil.

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Au fond de cette anse un petit chenal étroit conduit à une marina moderne appelée Port Lonvilliers construite dans un véritable « trou à cyclone » parfaitement naturel et si bien protégé que le cyclone Gonzalo n’y a fait aucun dégât, et les iguanes y sont énormes !

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Quelques milles plus loin, la baie de Grand Case, deuxième agglomération de l’île est une grande plage bordée de restaurants. Ils subissent aussi les assauts de la houle qui, par moment, pénètre puissamment entre les piliers des terrasses. Le débarquement en annexe est quasiment impossible dans ces conditions sur la plage, mais deux appontements partiellement ruinés offrent une solution acceptable, à condition de s’assurer que le dinghy ne puisse pas être entraîné par le ressac sous les dangereuses poutrelles tordues et rouillées.

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Une promenade dans la ville laisse une impression mitigée tant les habitations et commerces sont inégaux, allant du bidonville au propre, sans plus. Curieusement certains commerçants ne comprennent pas le français dans cette partie française de l’île ou l’influence américaine est impressionnante, et le dollar est roi. On pourrait se croire dans un état du sud des USA.

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Mais le motif principal de notre visite était de récupérer les voiles neuves de Dartag : 69 kg avec leurs lattes. Comme prévu elles nous furent livrées à bord dans la marina Fort Louis où nous avons fait une escale rapide depuis notre mouillage de la baie de Marigot. Il est fréquenté par de nombreux voiliers, mais assez grand et bien protégé de la houle.

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Les ressources de cette ville française sont très complètes pour l’avitaillement avec deux hyper marchés et nombreux petits commerces (super pour le réveillon !), et aussi pour l’entretien du bateau. Et j’accorde une mention particulière à la station de carburant située dans le canal d’accès au lagon où le prix affiché est imbattable tant pour l’essence que pour le mazout (0,94 €/l). Nous avons refait les pleins de tout juste avant de repartir. Hélas, lors d’une de nos équipées à terre, le zodiac amarré le long d’un quai a été crevé par les hameçons de gamins qui péchaient à proximité. Il fallait emporter le gonfleur à chaque sortie pour lui redonner de la pression autant que nécessaire.

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Notre projet initial était de poursuivre ver les îles Vierges Britanniques, 80 milles plus loin au nord ouest. Mais la météo annonçait une longue période de vent d’est fort, et nous avions peu de temps car nous voulions être de retour en Guadeloupe et à Marie-Galante avant le 10 janvier. De plus, en l’absence de visa, nous ne pouvions pas visiter les îles Vierges Américaines qui sont aussi très belles. Ce projet est reporté à l’année prochaine. Foutus rendez-vous, toujours aussi incompatible avec la croisière à la voile !

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Nous nous sommes donc lancés dans une remontée au vent vers la Guadeloupe, avec un premier arrêt au passage à Saint Barth. L’arrivée de nuit après une étape fatigante, au près dans la brise, a demandé beaucoup de concentration, et de temps, dans ce grand mouillage profond, rouleur et super encombré en pleine saison avec de nombreux bateaux sans feux.

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Repartant au lever du soleil, avec un vent d’est force 7 à 8, sous voilure bien réduite pour cette traversée de 120 milles au bon plein, dans une mer forte, il nous a fallu 18 heures. Mais le passage en force dans la houle de 3 à 4 mètres avec des grains de pluie et de vent au-delà de 40 nœuds, a été éprouvant pour nous et pour Dartag qui n’avait encore pas connu cela. Outre les manœuvres fréquentes de réductions et de renvois de voilure, nous avions des entrées d’eau à l’avant et par le panneau de la descente, sous l’effet de déferlantes qui recouvraient régulièrement tout le pont dans un bruit assourdissant.

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Au mouillage de Deshaies, nos draps et matelas étaient trempés ainsi que quelques placards et équipets. Nous avons dû sortir tout sur le pont pour profiter du rinçage par les abondantes averses qui ont continué pendant la nuit, suivies du soleil et de l’alizé encore musclé pendant la matinée. Le soir tout était propre et sec, et nous avons pu reprendre nos couchettes. Mais, il restait à trouver les fuites pour les traiter. La suite vers Les Saintes puis Marie-Galante fût plus facile, mais nous avons quand même pris la précaution de reculer les matelas de la cabine avant pour éviter de les mouiller, si... ?

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Suivirent trois jours délicieux avec nos amis, alternant gastronomie à la Baleine Rouge, visites et promenades sur les chemins de cette île charmante, et soirées à refaire le monde. Evidemment les odieux attentats de Paris nous ont tous bouleversés. Nous aussi, bien que très loin, « nou sé charlie ».

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Une semaine à Pointe à Pitre a été nécessaire pour traiter toute la liste « à faire ». Et nous sommes repartis vers le sud, avec des approvisionnements complets, une annexe réparée, l’étanchéité de la cloison avant refaite, et surtout les voiles neuves hissées et essayées avec le concours de Philippe, concessionnaire Elvstroëm à la Marina Bas du Fort. La qualité des relations que nous avons eues avec lui pendant toutes les étapes de la remise en état de Dartag nous a permis de surmonter cette épreuve matérielle sereinement. Il est devenu un ami et nous nous reverrons régulièrement. Avec tous ceux que nous avons rencontrés jusqu’à maintenant au cours de cette croisière atlantique, il forme un réseau précieux.

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Ces nouvelles voiles très « classieuses » ont commencé à faire leurs preuves pour une nouvelle étape vers les Saintes où nous avons visité Terre de Bas, l’île oubliée de l’ouest de ce petit archipel, pleine de charme et plus authentique que Terre de Haut.

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Et lors de l’étape suivante vers la Dominique elles ont démontré leur efficacité dans des brises variant de 5 à 22 nœuds. Les belles voiles perdues il y a presque un an après le démâtage et surtout les médiocres voiles d’origine qui avaient repris temporairement du service, peuvent désormais reposer en paix, et Dartag est, cette fois, remis à neuf.

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Oui, nous avons mangé notre dragon ! D’autant plus qu’une visite au mouillage nous a apporté une vraie surprise. L’équipage de « Cosy Too », un très bel Océanis 50, est venu nous voir en nous disant qu’il connaissait Dartag depuis qu’il l’avait filmé le jour du démâtage. Ils nous ont offert les photos et vidéos faites ce jour là lorsque nous leur avons rendu leur visite, et étaient bien contents de savoir que nous avions pu reprendre notre voyage. Nous nous sommes découvert d’autres points communs amusants.

Nos prochaines escales seront pour la Martinique puis les Grenadines. On en bave d’avance !

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