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La république du Cap Vert est un état indépendant depuis 1973. Après quelques soubresauts post colonisation portugaise, il a su trouver un équilibre et sa démocratie est maintenant bien établie. Elle serait presque une vitrine pour l’Afrique de l’ouest qui n’en compte pas tant. Il y a environ 400 000 capverdiens dans l’archipel qui comprend dix îles habitées réparties sur 400 kilomètres d’est en ouest et environ 300 du nord au sud. La diaspora de plus d’un million de personnes est principalement présente au Portugal et les autres pays d’Europe, ainsi qu’aux USA. Elle contribue beaucoup à l’économie de l’archipel qui est également largement aidé par l’Europe et aussi par les états membres qui interviennent souvent dans une île filleule. Ainsi la France et l’Italie s’occupent particulièrement de Sao Nicolao, l’Allemagne de Sao Vicente et Fogo, le Luxembourg de Santa Antao, etc…. Nous n’avons visité que les îles au vent, celles du nord.

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Le port de Palmeira, seul endroit où mouiller en sécurité dans l’ile de Sal, nous a offert plein de services utiles. Nous avons pu y faire une grande lessive, remplir nos formalités d’entrée et d’immigration provisoire dans le pays, vérifier que le billet d’avion de Marie-France était bien valide, conclure un contrat d’accès à Internet par le réseau 3G local, retrouver plusieurs bateaux amis qui y faisaient escale en même temps que nous, acheter quelques complément d’approvisionnement nécessaires, etc…

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Le plus agréable fut de nous offrir du poisson frais à son débarquement par les pêcheurs locaux, qui nous l’ont préparé et vidé. Il n’y avait plus qu’à découper cette superbe bonite pour en faire deux repas succulents au barbecue.

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Pour nous déplacer jusqu’à la capitale, Espargos, la formule du taxi collectif est la bonne. Nous nous sommes donc retrouvés dans un Toyota Hiace équipé de 14 sièges pour nos formalités, achats divers, et découverte de la ville et des étendues désertiques de cette petite île dont le développement économique est principalement dû à l’aéroport international créé au milieu de siècle dernier par les italiens et mis aux normes mondiales récemment avec des aides européennes. Il permet la montée en gamme du tourisme autour des grandes plages localisées surtout au sud de l’île. Cette activité a pris opportunément le relais de la production de sel (ayant donné son nom à l’île) quasiment abandonnée aujourd’hui.

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Cette croissance est fragile, mais entraine un accroissement de la population locale assez dynamique. Elle compte maintenant environ 15000 habitants. L’habitat est modeste et contrasté, mais les routes sont parfaites et les services publics semblent corrects : eau, électricité, téléphone, bus, écoles, santé fonctionnent, avec un bémol pour le ramassage des ordures car il y a quelques dépôts sauvages. Les Cap-Verdiens sont majoritairement noirs ou métis et leurs qualités d’accueil sont évidentes. Beaucoup ont de bonnes notions de français (l’Afrique francophone est tout près) et d’anglais. La communication est donc facile et agréable. Quand aux fonctionnaires de police et d’immigration, c’est presqu’un plaisir de leur rendre visite tellement ils semblent être au service des visiteurs.

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Après trois jours de repos et de rencontres locales ou avec les autres voileux qui arrivent ou partent au gré de leurs envies et de la météo, nous récupérons nos papiers à la police et appareillons en fin d’après midi pour explorer le sud de l’île avant de mettre le cap sur la suivante, Sao Nicolau. Belle traversée de nuit au vent de travers sous un beau clair de lune et arrivée le lendemain matin au lever du jour pour mouiller devant le port de Tarrafal, où se trouvent déjà une dizaine de voiliers. Lors de chaque débarquement en annexe, nous trouvons des « jeunes gardiens » qui, pour quelques pièces, nous garantissent de la retrouver, parfois un peu sableuse, mais intacte.

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Cette île montagneuse et plus peuplée que Sal est aussi plus humide. L’agriculture et la pêche sont les activités dominantes, car il n’y a pratiquement pas de touristes. Le spectacle de pêcheurs encerclant un banc de poissons pour l’embarquer dans leur petit canot nous donne une leçon de patience.

Ils sont sept à bord et deux nageurs avec masques et tubas qui guident ceux qui positionnent le filet puis le resserrent petit à petit. Un jeune est chargé d’écoper en permanence pour vider le canot qui se remplit à chaque mouvement brusque des fileyeurs. Au bout de trois heures d’efforts, ils remontent dans le canot une centaine de kilos de poissons genre bogues ou sarengs, qu’ils vont aussitôt livrer sur le quai du port tout proche.

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En fait ce poisson est vendu immédiatement, vivant, à un navire qui attendait à proximité. Ce thonier est équipé de viviers remplis en permanence d’eau brassée par de puissantes pompes. Les petits poissons vivants vont servir d’appâts pour la pèche au thon à la ligne. Les prises viennent remplacer les appâts dans les viviers et sont donc ramenés vivantes quand il n’y a plus d’appât. Selon leur taille, les thons sont ensuite commercialisés ou reversés dans des fermes marines d’engraissement, le temps d’atteindre la bonne taille.

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Il faut arriver au bon moment au marché pour acheter un beau morceau de ce roi des mers, ou prendre rendez-vous avec un intermédiaire qui vous permettra, s’il est suffisamment convainquant avec les pêcheurs, d’avoir un beau filet de quelques kilos de thon rouge fraîchement découpé. Un véritable délice, cuit au barbecue, avec quelques petits légumes soigneusement assaisonnés. Nous en avons eu pour quatre jours, et cela se conserve très bien au frigo, d’abord cru, puis cuit.

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Grâce à un aluguero charmant et francophone, recruté après de longues (plus que difficiles) négociations devant un supermercado, nous avons aussi fait une magnifique visite de l’île profonde. Si l’on peut dire, car cela se passe au milieu des montagnes incroyables de plus de 1000 mètres d’altitude. Bandes de nigauds, nous étions partis avec 6 autres plaisanciers sans habits vraiment adaptés et nous avons dû nous protéger du froid avec les coussins glissés sous nos teeshirts et en enfilant nos sacs à dos. Dans ce pickup Toyota Hilux, alignés en long sur les bancs en bois du plateau, nous avions fière allure et les gens nous acclamaient lors de la traversée des villages. En fait ils répondaient aux petits bonjours que nous leur adressions ou l’inverse. Accueil délicieux de ces villageois souvent très démunis mais souriants. Une autre surprise est venue des milliers d’araignées grassouillettes dont les toiles barrent le paysage. Elles expliquent peut-être pourquoi nous n’avons pas encore vu un seul moustique.

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Enfin, après quelques jours pour attendre une météo idéale (mais elle l’est presque toujours), nous avons repris notre route cette fois vers L’île Sao Vicente et sa capitale mythique Mindelo. Partis au petit matin, notre traversée dans un alizé musclé nous a permis de rattraper ceux qui étaient partis avant nous, et d’arriver en début d’après-midi dans cette magnifique baie, sous voilure réduite, avec 25 à 30 nœuds de vent, et de déjeuner au mouillage. Des dizaines de voiliers sont déjà là, et les participants de l’ARC sont sagement alignés dans la célèbre marina.

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Sagement est un bien grand mot, car le ressac remue tout ces beaux bateaux et leurs pontons d’une manière impressionnante. Le bruit des marres qui se tendent, des défenses qui couinent, des taquets qui grincent ou explosent sous l’effort, nous dissuadent d’aller nous y amarrer. Le confort et même la sécurité sont bien meilleurs à l’ancre.

Après quelques repérages et formalités d’entrée, nous avons eu recours à un aluguero sélectionné sur la place des alugueros, avec un magnifique Toyota Hilux 2,4D et son plateau de 8 places, pour une visite de l’ile. Marché conclu pour 4000 escudos (un peu moins de 40 €) et rendez-vous à 13h à la gare maritime, car nous voulions acheter nos billets sur le ferry boat qui nous emmènera dans l’ile voisine le lendemain.

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A l’heure dite, point d’aluguer encore moins d’aluguero. Un autre se présente et propose ses services. En fait, nous avons fini par comprendre que le premier avait dû trouver une meilleure course et nous a envoyé un copain sous traitant au noir. Renégociation et finalement départ avec ¾ d’heure de retard dans un vieux Toyota quasi clandestin et pourri. Jeu dans la direction d’un quart de tour de volant, pédale de frein au plancher avant que cela freine, énormes fumées bleue et noire à la moindre côte, batterie tellement faible qu’il a fini par ne plus pouvoir démarrer après avoir calé dans une côte. Mais nous n’avions plus le choix, il a fallu le pousser pour qu’il puisse redémarrer en descente et ensuite il ne coupait plus le moteur lorsque nous demandions un arrêt.

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Mais nous avons quand même fait un tour quasi complet de l’île, beaucoup moins spectaculaire et variée que la précédente mais bien pourvue en plages et criques quasiment désertes.

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Nous avons été impressionnés par la quantité de gens qui marchent seuls ou en famille, partout, parfois très loin de toute habitation ou commerce, en portant des colis sur la tête, dans un paysage souvent aride.

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Au retour, nous nous sommes refaits de nos émotions avec une bon grogue (mélange de rhum local et de mélasse) à la marina, en promettant que le lendemain, pour la découverte de Santa Antao, nous ne nous laisserions pas refiler n’importe quel aluguer ! Foi de mousquetaires ! (La rime est involontaire mais je n’en réjouis d’autant plus !).

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Pari réussi, Fernando est francophone, charmant et son Toyota en parfait état. Heureusement car le parcours était exigeant. Montée initiale en terrain désertique sur une route pavée très spectaculaire, arrivée dans le brouillard à 1300 m d’altitude dans une forêt primaire magnifique. Puis slalom sur une route de crêtes, toujours pavée, cernée par des précipices de plus de 1000 m de dénivelée avec des paysages à couper le souffle, avant de redescendre sur la côte nord de l’île dont les villages sont vraiment austères.

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Mais ce n’est rien à côté des villages de montagnes peuplées de paysans qui travaillent très dur pour entretenir des terrasses parfois minuscules surplombant des gouffres inimaginables avec des petites rivières au fond des trous.

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Les cultures de bananes, papayes, maïs, canne à sucre, mangues, arbres à pain, etc… sont luxuriantes et on comprend pourquoi cette grande île peu peuplée est le garde manger de l’archipel. Il y a aussi un élevage extensif de volailles, chèvres et bovins que l’on croise presque à chaque virage et des bucherons, parfois féminins, qui exploitent la forêt avec leurs scies et leur camionnettes hors d’âge.

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Après un déjeuner dans un petit resto dominant un mini port de pêche incroyable, dont l’entrée est balayée par la houle, nous avons repris la balade toujours aussi spectaculaire avant de rentrer prendre le ferry boat pour Mindelo par une route côtière toute neuve.

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Pendant la soirée au bar de la marina, un ponche Napoleo (mélange de rhum ambré et de mel de canne qui ressemble au grogue) nous a encore remis d’aplomb (vous ne me croyez pas ?).

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Le lendemain, repos, courses, visites de courtoisie chez les uns et les autres avec de nouveaux arrivés et finalement apéro devant un bon punch brun local (sans citron vert mais avec glaçons). Pardon, mais c’était la dernière soirée de Marie-France au Cap Vert qui s’est terminée dans des embrassades chaleureuses.

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D’autant plus que la plupart des équipages présents devraient appareiller dans les deux jours à venir pour les Antilles, avec en perspective deux semaines de quarts, de veilles et de manœuvres harassantes sans la moindre rémunération, sans communication à terre et dans des conditions de confort précaires (peut-être faudra-t-il bloquer, nous aussi, les routes de l’île de France pour obtenir une amélioration de notre sort, ne le prenez pas mal, je rigole). Cela devait donc s’arroser dignement, mais on comprend mieux quand on les vit, les mœurs des marins de la marine à voile d’autrefois.

A suivre.....