Cela fait du bien de retrouver le soleil, la chaleur, l’eau de mer à une température baignable sans appréhension. Le mouillage de la Paya Francesa à Graciosa rassemble tout cela, plus les rencontres avec d’autres voileux arrivés ici sur un chemin tortueux qui les conduira comme nous aux Antilles pour l’hiver.

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Une douzaine de bateaux se sont installés progressivement ici dont la moitié de français. Les autres sont plus nordiques : anglais, hollandais, allemands, suisses, danois, suédois, notamment. Nous sommes vraiment encore en Europe, même si un canadien et un américain y ont fait un petit passage.

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Le petit village niché autour de son port de pêche, à un mille au nord, surprend par sa blancheur et sa rusticité. Toutes les maisons basses donnent sur des voies sablonneuses et il y a peu de véhicules, uniquement des 4x4 japonais ou des Land Rover hors d’âge. On pense un peu à l’Afrique qui d’ailleurs n’est pas si loin, le sud marocain est à 150 kilomètres à vol d’oiseau.

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Et pourtant, il y a des petits commerces bien achalandés en fruits et légumes, pain, charcuterie et même laitages. Les trois ou quatre restaurants installés autour du port, offrent à la clientèle du jour des repas essentiellement de coquillages, poissons et autres fruits de mer, et des bateaux de promenade amènent de Lanzarote toute proche, des touristes venus pour les plages, la plongée et le balades dans les sables caillouteux de l’île portant quelques cônes volcaniques.

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Après quelques jours d’acclimatation à ce petit paradis, l’escalade du sommet le plus proche de notre plage était devenu une obsession, au point d’y aller une fin d’après-midi, muni de tout l’équipement « désert Â» nécessaire : chaussures, lunettes de soleil, casquette, boisson et nourriture, appareil photo,… Cette ascension de 174 mètres n’est pas une performance physique, elle est facile en suivant des petits chemins plus ou moins bien tracés au milieu des pierres et des ravines jusqu’au sommet de cratère dont on peut faire le tour complet.

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De rares espèces végétales commencent à coloniser ces espaces minéraux malgré la faiblesse des précipitations. Mais on voit nettement les effets du ruissellement qui se produit lors des quelques orages annuels. De retour par la plage après deux heures de marche, en ayant croisé seulement un jeune couple, le bain de mer fut un délice.

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Une rotation du vent au sud-ouest provoquée par une grosse dépression circulant au nord de Madère, incita tous les bateaux à reprendre leur route vers Lanzarote ce mardi 24 septembre en doublant par la Punta Fariones au nord de l’île. Quelques heures de mer tranquille en essayant (vainement) de pêcher, et nous nous retrouvâmes, juste après la bascule du vent parfaitement prévue, presque tous dans la marina de Porto Naos récemment équipée dans le port commercial d’Arrecife, capitale de l’île. Sur la quarantaine de voiliers présents, la moitié encore sont français, dont une dizaine déjà rencontrés.

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Cette ville basse et blanche n'a pas réellement d'histoire ancienne et son charme vient essentiellement des bassins intérieurs dans lesquels la marée entre et qui abritent des barques de pêche et, au bord de jolies promenades, quelques bistrots ou commerces traditionnels.

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Le temps mitigé et le vent de sud assez fort, vont nous inciter à rester dans cet excellent abri et en profiter pour découvrir cette ville qui regroupe un tiers de 185 000 habitants de l’ile et de nouer de nouveaux contacts avec les équipages des autres voiliers, que nous rencontrerons encore dans les mois à venir lors des autres escales.

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L’un d’eux arrivant de Rabat avait pêché la veille un espadon d’au moins 25 kilos. Déjà complètement rassasié de ce merveilleux poisson, il en a offert à tous ceux qui en voulaient, Je ne fus évidemment pas le dernier à accepter. Du coup les barbecues et planchas ont repris du service dans toute la marina et le fumet délicieux des tranches grillées de ce roi des mers fut encore une occasion de festoyer.

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Les locations de voitures permettent aussi de découvrir l’intérieur de l’île d’origine volcanique. Les dernières manifestations remontent aux 18ème et 19ème siècles. De 1730 à 1736, une énorme éruption recouvrit tout le sud ouest de l’île, accroissant sa surface de 200 km², détruisant des centaines de fermes et forçant à l’exil la moitié de la population. Un siècle plus tard, en 1824, une autre éruption, moins abondante, stérilisa encore une bonne partie du territoire recouvrant partiellement les laves à peine refroidies de la précédente.

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Aujourd’hui ces paysages lunaires sont intégrés dans le Parc Nacional de Timanfaya, impressionnant par ses couleurs, ses reliefs tourmentés, ses fronts ou tunnels de laves et les manifestations volcaniques encore très présentes sous forme de rejets de gaz brûlants. A l’entrée de ce parc, un bâtiment d’information des visiteurs, sorte de musée des volcans, est construit au milieu d’un champ de lave noire chaotique. On peut notamment y voir deux films fort intéressants, avec son en quatre langues (dont le français) sur l’histoire de l’île et le processus de colonisation de des champs de lave par la vie, animale et végétale.

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Dans un environnement aussi sec que Lanzarote, près de deux siècles après la dernière éruption, le paysage reste très minéral. Ce processus est beaucoup plus lent que sur les volcans très arrosés comme ceux des iles tropicales humides, où le couvert végétal est total en quelques dizaine d’années, comme le Piton de la Fournaise à La Réunion.

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Au milieu du parc est installé un discret mais important établissement d’accueil du public qui emprunte les bus permettant de parcourir la partie la plus spectaculaire. Les bouches de chaleur naturelles permettent de griller les viandes servies dans le restaurant, ou de voir les effets des températures très élevées qui y règnent : un fagot de branchages y prend feu en quelques secondes et un seau d’eau jeté dedans remonte presque immédiatement sous forme d’un geyser dans un bruit d‘entrailles de la terre.

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Une fois la dépression passée, le vent revient à sa direction habituelle et il est possible de reprendre la route du sud de l’île pour découvrir en particulier les plages et mouillages abritées de la pointe Papagayo. Evidemment les aménagements touristiques y sont nombreux, et les ensembles immobiliers bien visibles, mais restent assez respectueux de l’urbanisme et des couleurs de Lanzarote, le blanc et le noir y dominent. L’île est surnommée la perle noire.

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Cette relative préservation serait une spécificité ici, voulue par les édiles locaux, à l’instigation d’un artiste contemporain nommé Cesar Manrique, mort en 1992, qui a consacré sa vie à défendre le cadre de vie de son île et à conseiller les responsables de son développement dans le sens du respect de sa culture. Une Fondation et un Musée International d'Art Contemporain portent son nom et il restera dans l’histoire de son île comme un précurseur de la défense de l’environnement au sens large du terme.



Nous aurons l’occasion de nous faire une idée sur les autres îles prochainement.