Passer le détroit de Gibraltar « les colonnes d’Hercule, dans l’antiquité », est comme une épreuve initiatique chargée de légendes et de mythes.

Après une descente rapide depuis Hyères, une escale de 6 jours à La Linea et Gibraltar fut fort instructive et utile pour préparer la « sortie ». Petits bricolages et réapprovisionnements faits, nous avons repris la mer le jeudi 5 au matin, après avoir salué les nouveaux amis, Jean et Maggy de Genève puis Marc et Bénédicte d’Amiens, rencontrés dans cette marina agréable.

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Une petite brise d’est nous a permis de nous frayer un chemin dans la baie au milieu des tankers mouillés parfois par deux ou trois à couple. Apparemment les gros se font biberonner par les petits qui vont ensuite livrer les précieux liquides dans des ports inaccessibles aux gros. Il doit bien y avoir là aussi quelques petits trafics en tout genre autour des activités parfois sulfureuses liées à l’or noir.

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Dès la sortie de la baie le vent est pratiquement tombé, mais nous sommes arrivés à Tarifa, à la pointe sud de la péninsule ibérique, considérée pourtant comme le spot le plus venté d’Europe pour les planchistes, portés par un courant de marée significatif, comme sur un tapis roulant : vitesse indiquée 1 nœud, vitesse lue sur le GPS 3,5 à 4 nœuds ! Profitons-en tant que ce n’est pas l’inverse !

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Une fois en Atlantique, une très légère brise de Sud-ouest nous a permis de passer tant bien que mal avant la nuit devant la cap Trafalgar de sinistre mémoire pour nous français. Finalement l’idée d’une escale à Cadix s’est imposée et c’est vers 4h du matin, par cette nuit noire de nouvelle lune, que nous sommes entrés dans cette grande baie peu profonde. Premier contact avec les marées qui ont ici une amplitude de trois mètres. Nous avons mouillé à environ deux milles à l’est de la ville en attendant le jour.

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En fin de matinée nous sommes entrés dans la marina America à basse mer. Surprise, sur le ponton, nous attendait Pierre Bourgeois, un bruxellois avec qui j’avais correspondu par email à plusieurs reprises au moment où il envisageait d’acheter un bateau. Il m’avait demandé mes impressions sur le Bavaria 42 qu’il avait en vue, après avoir lu mes articles dans les forums de voileux. Finalement il l’avait acheté, et après quelques saisons en manche et mer du nord, jusqu’à la Baltique, il était en escale ici avec deux de ses enfants, avant de partir le lendemain pour Madère. Quelle coïncidence ! Nous avons pris un excellent petit blanc à son bord pour pratiquer ce que les voileux savent peut-être le mieux faire ; « tchatcher » et faire mieux connaissance ! Très agréable et nous nous reverrons.

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Mais avant, une longue ballade à vélo m’a permis de découvrir cette grande ville chargée d’histoire. Dès l’antiquité, la péninsule sur laquelle elle a été fondée, était habitée par des pêcheurs et commerçants. Sa grande époque fut celle de la découverte des Amériques et tous les grands navigateurs y sont passés ou y ont vécu, à commencer par Christophe Colomb.

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La citadelle est entièrement entourée de remparts aujourd’hui transformés en jardins publics magnifiques, plantés d’arbres et de végétaux souvent exotiques. Chaque bosquet est dédié à un personnage célèbre de la navigation, de la découverte des Amériques ou des états hispaniques du nouveau monde. Des statues en bronze de toutes ces personnalités ornent les allées ou carrefours de ces jardins. Les grands forts de défense de la cité sont accessibles au public et jalonnent le pourtour de la ville, séparés par de superbes plages de sable rose dont certaines sont équipées d’établissements balnéaires d’inspiration « belle époque ».

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La cathédrale de Cadix est un monument colossal décoré d’une coupole en tuiles vernissées.

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Le retour à la marina en longeant quelques quais du port moderne, montre encore à quel point cette ville est tournée vers la mer et ouverte vers le grand large. Mais, me direz vous, et la belle de Cadix ? Et bien je l’ai vue, elle aussi a sa statue tournée vers le large. Elle scrute l’horizon et, tenant son vêtement défait de la main gauche, expose tous ses avantages aux promeneurs sur la jetée protégeant le port.

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Pierre Bourgeois sur SOTIS est parti pour Madère le samedi matin, et je ne pensais pas le suivre immédiatement, ayant en tête une météo médiocre. Mais après récupération des dernières prévisions, son choix était le bon et je l’ai suivi une heure après.

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Au cours de la première journée de petite brise de sud-ouest, et une nuit peu encourageante où il a fallu utiliser le vent de cale pendant quelques heures, la mer s’est formée progressivement en approchant du Portugal.

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Après avoir viré de bord en fin de matinée de dimanche, lorsque le vent est arrivé du nord, il s’est renforcé nettement pour s’établir à 25 à 30 nœuds sur une mer magnifique couverte de moutons blancs couronnant les crêtes d’une longue houle, haute de deux à trois mètres.

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Dans ces conditions, la chevauchée fantastique de la Walkyrie était à l’ordre du jour, par moment sous un ciel bas. Avec 179 milles parcourus dans les premières vingt quatre heures d’alizé portugais, puis 193,9 dans les suivantes (plus de 8 nœuds de moyenne !), le palmarès de Dartag s’est enrichi d’un nouveau record qui devrait être difficile à battre. Evidemment, à bord, les déplacements nécessitaient quelques précautions pour éviter les coups ou les chutes et tout ce qui n’était pas parfaitement calé a rapidement trouvé une position d’équilibre naturel, heureusement sans casse. Pour la cuisine, c’était réduit au strict minimum. La consommation de plats tout préparés s’imposait d’elle-même.

Petite déception, les transferts de données par le téléphone satellite Iridium, n’ont pas été possibles. Seul le téléphone a fonctionné mais les emails et les fichiers météo se sont heurtés à une anomalie inexpliquée « no carrier ». Il faudra que je consulte un bon praticien pour lever cette difficulté qui ne s’était pas produite lors de mes essais à Hyères, si je ne trouve pas moi-même la solution.

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La régularité du vent et de la mer, la surveillance radar d’un océan quasiment vide sur cette route, et la précision du gyropilote électrique nous ont laissé pas mal de temps pour dormir ou lire, et profiter du spectacle. Le soleil et le vent nous fournissent suffisamment d’électricité pour tous les besoins du bord d’autant plus que la température s’est bien rafraichie, sollicitant ainsi beaucoup moins les frigos. Mais l’hydro-générateur, stocké au repos sur la plage arrière, a été happé pendant la deuxième nuit par une vague coquine et est tombé à l’eau, se mettant à produire lui aussi, plus ou moins emmêlé dans sa longe. Le récupérer sans arrêter le bateau n’a pas été simple, mais, bien calé, avec une bonne paire de gants en kevlar, ce fut possible, en force, en profitant d’une occasion où il décroche dans une survitesse.

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Au matin de la troisième nuit, surprise, le déjeuner était sur le pont. A défaut de pêcher à ces vitesses, Dartag ramasse tout ce qui se présente : trois chipirons, deux à bâbord et un à tribord, n’attendaient plus que d’être nettoyés et frits. Une aubaine, car c’était succulent. Par contre le temps et les averses ont mis les panneaux solaires au chômage. Vive les autres sources d’énergie et heureusement, le vent, quoique moins fort, était toujours là.

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Dans l’après-midi le temps s’est complètement dégagé, permettant de bien profiter de cette fin de première (pour moi) grande traversée et la vision de Porto Santo, notre but, se détachant sur l’horizon avait quelque chose de magique. Elle était de nouveau complètement couverte en arrivant et c’est sous une averse pas vraiment méchante que nous avons mouillé juste avant le coucher du soleil dans ce petit port qui dessert cette ile du nord de l’archipel de Madère.

La suite sera consacrée à la visite de cet archipel portugais qui vit à l’heure GMT +1 soit une heure de moins qu’en France.