Il y a un rocher et une côte basse, plate, sablonneuse.

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Le rocher, c’est Gibraltar, possession de la couronne Britannique depuis 1704 confirmée par le traité d’Utrecht en 1715, l’année de la mort de Louis XIV, et constamment réclamé par l’Espagne depuis. Entre parenthèses, on pourrait se demander pourquoi cette dernière entretient deux enclaves en territoire marocain, Ceuta et Melilla moins connues mais beaucoup plus peuplées que Gibraltar, et si une tension existe aussi de ce l’autre côté du détroit à ce propos.

De toute façon la « décolonisation » de ces territoires, fruits de l’histoire, n’est pas pour demain, leurs habitants n’ayant aucune intention de s’incliner devant les pressions diplomatiques, à plus fortes raisons militaires, heureusement aujourd’hui moins d’actualité.

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En effet les 30 000 habitants du « Rocher » bénéficient de tous les avantages de la démocratie britanniques plus certains, liés par exemple à l’absence de taxes, faisant de cette presqu’ile un univers propre, prospère, chic et calme ou les affaires vont bon train. Au point que l’espace commence à manquer et que les immeubles sont vraiment très serrés autour des activités portuaires, militaires et touristiques ou de services bancaires et financiers. Les prix de l’immobilier sont pharamineux et ne semblent pas près de baisser.

La frontière est jalousement gardée par des cohortes de fonctionnaires débonnaires mais on sent bien que le moindre doute peut entrainer des fouilles ou formalités pesantes. Me présentant avec une casquette Kiwi, je suis passé après une question « nothing to declare ? » à laquelle j’ai répondu « no, sir » et gratifié immédiatement d’un bien accueillant « welcome sir ».

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Aussitôt après la frontière, s’étant un immense glacis formé par l’aérodrome civil et militaire que l’on traverse sans problème en voiture, à pied, ou en vélo comme moi. Des pancartes vous demandent simplement de ne pas vous attarder afin de ne pas retarder le trafic (une vingtaine de mouvements par jour) des avions s’il s’en présente un. Plutôt rigolo et inattendu.

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Ensuite, malgré la circulation à droite, l’impression d’être dans une grande ville anglaise serrée autour de son château fort, est d’autant plus forte que la moitié des balcons et bow-windows sont ornées avec des pavillons de l’Union Jack ou de Gibraltar, souvent les deux.

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La fête du Rocher donne lieu, chaque année le 10 septembre, à des manifestations de ferveur britannique très importantes. En plus, le fort vent d’est déclenche un nuage qui empanache le rocher et met la ville partiellement à l’ombre. Les British Pubs ou éventuellement Irish Pubs sont nombreux, les bus sont rouges et à impériale, les vieilles anglaises aux cheveux blancs se promènent au bras de leurs hommes ayant l’allure d’anciens officiers de l’armée des Indes. Mais il y a aussi une population jeune essentiellement blanche plus ou moins méditerranéenne et de belles voitures ou motos typiquement britanniques (Bentley, Rover, Royal Enfield, Norton, etc), ou plus marquées par la mondialisation.

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Il y a de très beaux magasins de tout, y compris Marx and Spencer dans les rues piétonnes. Et tout y est royal, y compris la poste de sa Majesté E||R.

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Les marinas semblent être spécialisées par type de bateaux : voiliers, motor-yachts, pêche-promenade, compétition, et parfois il y a des mélanges.

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Une grande partie de la partie sud du port est occupée par la Royal Navy, et aussi des entrepôts ou usines beaucoup moins sémillants. Mais il faut de tout pour faire ce petit monde qui cultive l’autarcie. Compte tenu de la température ambiante, je n’ai pas eu le courage de monter jusqu’à la grande mosquée située presque à l’extrémité sud du rocher, à plus de cent mètres d’altitude. Son immense minaret est parfaitement visible de tout l’horizon lorsqu’on approche par la mer. Juste à côté il y a le phare du détroit et une église, beaucoup plus modestes.

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La côte basse, plate, sablonneuse, c’est La Linea, ville espagnole et andalouse, s’étendant juste de l’autre côté de la frontière. Franchement, elle n’est pas belle ni propre. Ses rues poussiéreuses sont bordées d’immeubles bas, disparates, défraichis, sans âme et de quantités de poubelles.

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Le centre historique fait des efforts pour mettre en valeur les petits commerces et artisans de proximité, notamment autour de l’église de l’immaculée conception, mais cela reste modeste.

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La plage « du levante », exposée à l’est comme son nom l’indique, est immense et surveillée. Le vent étant fort et la mer fraîche, il y avait des kite surfs mais peu de baigneurs. On y trouve les ruines du fort « Santa Barbara » remontant à la période sarrasine, mais ce n’est plus qu’un amas de pierres partiellement recouvert de sable, et il faut savoir que cela a été un fort.

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Après un passage par la « Plaza de Toros » où les arènes, énormes, sont en réfection, on retraverse des faubourgs miteux pour rejoindre la baie d’Algésiras à l’ouest de la ville.

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L’environnement y est essentiellement industriel, en raison de l’importance du port commercial situé dans la baie. De hautes cheminées et des pylônes électriques barrent le paysage. Il ya quand même une belle plage longue, abritée, beaucoup plus fréquentée. On y trouve également des centres commerciaux dont un « Carrefour », très grand, propre et bien achalandé ou la sécurité est assurée par de nombreux vigiles armés de grandes matraques dernier cri. On se demande s’il y a un couvre feu ici. Non je plaisante, mais à moitié seulement. J’y complèterai mon ravitaillement avant de partir car il est facilement accessible en 10 à 15 minutes de vélo.

Ce petit séjour dans la marina récente de La Linea restera un bon souvenir, en raison de sa sécurité et de son confort, sans parler du prix tout à fait raisonnable. On y trouve également quelques ressources techniques en cas de besoin. C’est aussi l’occasion d’y rencontrer d’autres plaisanciers en escale, anglais, italiens, suisses ou français qui attendent, comme moi, une fenêtre météo favorable pour reprendre leur route. J’espère le faire, une fois soignés les petit bobos de Dartag (c'est presque fini), mercredi ou jeudi, direction Madère, à plus de 600 milles soit 4 à 5 jours de mer en principe. Ma première vraie expérience du grand large..... A suivre.......