La pauvre

Après Syracuse, passant devant l'épave d'un petit pétrolier récemment échoué, nous remontons vers le nord, et voulant éviter Augusta, de sinistre mémoire, l'escale la plus logique était Taormine où nous sommes arrivés le 6 juillet au soir, après une belle journée de vent portant. Le mouillage dans la baie de Giardini-Naxos promettait un confort correct avant une bascule de vent au nord qui nous ferait alors préférer celui de Taormine à l'autre extrémité, distante d'à peine plus de 2 milles.

Taormine



Nous y sommes allés dès l'aube, après une nuit de plus en plus rouleuse, et les autres voiliers voisins on fait de même. Le vent de nord étant plus fort que prévu et interdisant une approche du détroit de Messine, nous avons décidé, en attendant, de revisiter Taormine dont nous avions tous les deux des souvenirs anciens et émerveillés.

L'Etna fumant

Mais, c'est que c'est très haut dans la montagne, et qu'un dénivelé de 250 m à escalader depuis la plage, sur un chemin malaisé, étroit, hyperpentu, poussiéreux, en plein cagnard, à l'abri du vent, par un bel après-midi torride de juillet, c'est une épreuve que les jeunes lecteurs auront peut-être un peu de mal à comprendre, mais qui est réelle pour des "vieilles" jambes comme les nôtres.

Théâtre de Taormine

Arrivés dans la ville, devenue depuis trente ans un formidable bazar à touristes, nous avions cependant encore assez de forces pour nous offrir le fabuleux théâtre grec vieux de presque 2600 ans dans lequel un spectacle était en préparation pour le soir. Nous entendions les vocalises des chanteurs et chanteuses qui s'échauffaient. De tous côtés la vue est sensationnelle, encore plus que nos souvenirs ne nous le suggéraient. Et ce panorama sur l'Etna fumant, dans le contre-jour de la fin de l'après-midi, nous a récompensé de nos efforts.

Terrasse du Monte Tauro



Parcourant les ruelles avant de redescendre, nous avons fini avec une de ces merveilleuses glaces italiennes sur le toit de l'hôtel du Monte TAURO (prononcez TA-O-RO) avant de retrouver, au bout de nos forces, le zodiac qui nous attendait sur la plage de gros galets et de pierres-ponce noirs.



Soirée au champagne pour triplement fêter la retraite de Marie-France (avec une semaine de retard), notre exploit sportif et ce pélerinage nous rappelant de lointains souvenirs !

Turc Plaisantin



Dimanche matin, comme prévu magnifiquement par la météo, le vent du nord s'est calmé et nous avons pu partir vers Messine. Nous craignons même que le vent nous lâche complètement, et bien non, il a gardé sa direction et s'est maintenu toute la journée à la force idéale, nous permettant de louvoyer tranquilement sur une mer presque plate, entre les grands navires suivant les "rails" de séparation du traffic dans ce passage étroit et très fréquenté. Il a quand même fallu qu'un minable cargo turc (le "ERCAN NAIBOGLU" d'ISTANBUL construit en 1984, 5000 tonnes, longueur 97 mètres, ça ne s'invente pas) nous serre de si près, sans doute pour s'amuser à nous faire une petite frayeur, que nous avons du rembobiner en urgence la ligne de traine pour ne pas qu'il la soulève avec son monstrueux bulbe rouge.

Thonnier traditionnel



A la nuit tombante nous sommes passés devant Messine pour mouiller devant la plage juste au nord, entre deux boites de nuit qui finalement ne nous ont pas vraiment gènés dans notre sommeil. Mais nous devions repartir assez tôt le lendemain pour passer le détroit avec si possible un courant favorable, vers 8h du matin. Miracle le vent était toujours là de la même direction, juste la bonne force, et notre entrée dans la mer Thyrénnienne fut un régal, tout en douceur, rasant les côtes, avec un soleil toujours aussi présent. Celui-là ne nous a vraiment pas fait défaut depuis le jour de notre départ début juin, pas un seul jour sans le voir briller de tous ses feux.

fumées de Vulcano



Le mouillage de Vulcano est très profond. Il faut s'approcher à 100 mètres de la côte pour avoir moins de 50 mètres de fond. Mais la température de l'eau de mer est stupéfiante: 31,6 °. Un peu trop précaire quand même pour y passer la nuit avec une brise de nord est.

Lipari au réveil

Du coup, nous sommes repartis pour Lipari, où les fonds sont tout aussi surprenants, 20m à moins de 50 mètres de la route dans la partie nord de la baie. Deux autres plaisanciers y étaient, et après une petite reconnaissance et courses de frais dans cette belle petite ville, notre nuit a été parfaite,....jusqu'à 5h du matin lorsque le pétrolier qui ravitaille l'ile en carburant a pris son poste à 30 mètres de notre position. Le bruit de ses ancres, hélices, pompes, meuleuses, disqueuses et turbines diverses et variées nous a fortement dissuadés de rester à bord. Nous n'entendions même plus notre groupe électrogène lorsque nous avons fait une lessive avant de retourner à terre faire nos visites habituelles pendant qu'elle séchait.

cloitre normand



La cathédrale de Lipari jouxte un merveilleux petit cloitre normand du 11ème siècle remanié au 12ème du temps des souverains Roger et son fils Roger II. Mais il y a des fouilles terrestres et sous-marines très riches sur les sites antiques de Lipari et les autres iles éoliennes qui ont permis la constitution de collections très intéressantes dans le musée archéologique voisin. On y trouve des poteries de plus de 5000 ans des vases et amphores phéniciennes, grecques et romaines et naturellement toutes sortes d'objets métalliques de l'âge du bronze à l'âge de fer, bijoux, statuettes, figurines, armes, ustensiles de cuisine, etc. Les premiers archélogues sous-marins de ces trouvailles, dans les années soixante, étaient des moniteurs de plongée du Club Méditerranée local. Surprenant !

L'enfer à Lipari



Retournant à bord dans l'enfer bruyant de l'appontement pétrolier, nous n'avons pas mis plus de cinq minutes à ranger le linge sec et appareiller à destination de Panaréa l'ile la plus proche. Notre crique calme nous a permis des bains de longue durée dans une eau à 32,2°, record battu ! Puis une visite du village tout blanc et très coquet de cette ile prisée par les touristes à l'abri du besoin. Les prix dans les commerces locaux sont à couper le souffle: exemple une petite robe légère soldée à 50%, 585 euros. Cela surprend mais ne coûte rien si on n'en a pas un besoin impératif !

Panaréa en fleur



Notre périple dans les volcans a été conclu, au départ de Panaréa, par une approche sublime de Stromboli, en pleine activité comme tous les jours depuis des milliers d'années. Pour essayer d'entendre le grondement de la terre, nous avons arrêté le moteur, pas vent nul. Et Marie-France s'est même offert le luxe d'un bain de mer, en sa présence, sur des fonds de presque 2000 mètres, dans le grand bleu. Chapeau l'artiste !

éruption du Stromboli

bain devant le volcan



Prochaine étape la baie de Naples. Après on pourra mourrir, le plus tard possible quand même !