Finalement il n'aura pas fallu trop attendre avant de voir le ciel nous tomber sur la tête. Depuis la nuit de samedi à dimanche, le temps est à l'orage. Non, pas entre nous, au contraire ! tout va bien. Mais du côté du ciel. Tout ce que vous ne vouliez plus nous est arrivé dessus et nous naviguons entre les averses, profitant des accalmies pour nos promenades et nos visites.



Dimanche matin nous avions un peu la gueule de bois après le bruit des vagues nous arrivant dessus par l'arrière dans le port de Prévéza. Deux orages successifs nous ont bien rincé le pont et envoyé des rafales modérées mais suffisantes pour massacrer la nuit. Comme nous avions prévu de rester jusqu'à lundi pour finir nos prospections de téléphonie mobile et de laverie, interrompues par le week-end, nous sommes restés, mais il aurait été plus confortable de partir dans une crique au mouillage. Deux cafés frappés, servis à la taverna la plus proche, à cinq mètres du bateau, ont bien remis les choses en place.



Hélas, nos prospections se sont soldées par des échecs sur toute la ligne. Une laverie pas fiable et trop lente, et une bureaucratie décourageante pour obtenir une carte SIM locale. Pour avoir un abonnement téléphonique grec, il faut donner un numéro fiscal. Pour avoir un numéro fiscal, il faut justifier d'un domicile en Grèce. En apparence c'est impossible, mais les combines possibles devaient tout arranger. Hélas cela n'a pas été le cas, car les aller et retour dans les bureaux administratifs qui pouvaient prétendument délivrer les documents, au-delà de la barrière de la langue, n'étaient pas toujours d'accord entre eux, et de plus chacun faisait apparaître, à chaque étape, une démarche indispensable supplémentaire, assortie d'un droit à payer, d'un transit-log (ou équivalent), d'une navette à faire aux bureau des contributions, et que sais-je encore, bref un casse-tête dont on ne voyait pas le bout. Après dix kilomètres (heureusement que nous avions les petits vélos) et pas mal de queues derrières des guichets où les formulaires sont rédigés en "étranger", illisible pour nous, et où les fonctionnaires ne sont pas forcément coopératifs, nous avons préféré renoncer dans l'immédiat. On reprendra le projet peut-être un peu plus tard. D'autres ont réussi, alors pourquoi pas nous ?



Donc, ce lundi, pas fâchés, nous avons quitté le quai de Prévéza où nous étions dans le bruit et l'agitation depuis trois jours, pour aller déjeuner tranquillement au mouillage juste derrière le port, avant de décider de notre prochaine destination.

pluie drue



Comme les orages menaçaient toujours, nous avons finalement opté pour une croisière intérieure sur le gigantesque plan d'eau (plus 20 milles de long sur 8 de large) qui s'ouvre à l'est de Prévéza. Après à peine deux heures de voile en slalomant entre les îlots, les caps et les fermes marines, nous avons mouillé, sous une pluie diluvienne, dans une grande crique parfaitement abritée où étaient déjà, largement espacés, six autres voiliers. Dans un décors extraordinaire de végétation luxuriante, descendant jusqu'au niveau de l'eau, nous avons profité d'un calme absolument parfait et d'un abri total, bien appréciables en cette période de temps perturbé par les rafales d'orage. Seules les cris d'oiseaux sauvages ou de quelques chèvres étaient perceptibles dans le lointain. Nous nous sentions vraiment au bout du monde, et, avec un peu d'imagination, au milieu d'une mangrove protectrice. Comme il faisait un peu plus frais, et que les moustiques se sont rapidement manifestés, nous avons complètement fermé le bateau, sauf une aération, et avons été parfaitement à l'abri dans notre petit cocon.

dartag dans la mangrove

La nuit fut bien réparatrice, et le matin plus encourageant pour la météo. Nous avons fait le tour de notre crique avec l'annexe et découvert une flore extraordinaire. Certains petit rochers émergeant à peine de la surface portaient des plantes terrestres se développant sans terre, à cinq centimètres de la mer ! Incroyable.

Puis nous avons eu envie d'aller voir la petite ville de Vonitsa toute proche. En arrivant sur place une nouvelle grosse averse menaçait, mais cela ne nous a pas empêché de faire un petit tour de reconnaissance y compris dans la citadelle byzanto-vénitienne, encore une, qui domine la ville et d'où la vue est magnifique. Mais il nous a fallu regagner Dartag en urgence, sans pouvoir éviter d'y arriver légèrement trempés. Heureusement, l'après-midi, le ciel s'est bien dégagé et nous a permis une promenade à pied bien agréable le long d'une plage pas toujours attirante, jusqu'à un petit îlot relié au continent par un long pont à arches en pierres blanches. Une inévitable petite chapelle, branche et rouge, y trône dans un bois de résineux et d'eucalyptus, et l'ensemble est aménagé avec un chemin de douanier dont nous avons fait le tour complet. Délicieux.

de la citadelle de vonitsa



Une accalmie dans les grains nous a permis de passer la soirée dans une taverna, sur le quai tout proche, où nous avons fait un repas de fromages et de produits de la mer grillés à la grecque, absolument parfaits, et, ce qui ne gâte rien, pour un prix vraiment ridicule: 20 euros, tout compris, à deux, avec le petit vin Retsina. A la table voisine sont venus s'installer deux français avec qui nous avons un peu lié conversation, et comme par hasard, il ont à peu près le même programme que nous et viennent de Port Camargue.



Malheureusement, la nuit a été de nouveau perturbée par de multiples intempéries parfois très violentes, mais sans risque pour nous au mouillage devant le port. Cependant ce mercredi matin, nous n'avions pas tout à fait la forme olympique qui sied normalement à de jeunes retraités en vacances de rêve. Naturellement, un petit manque de concentration subséquent, juste après la séance de rasoir, au moment de le ranger dans son équipet, l'a fait sauter des mains d'Alain et, après divers rebonds sur les parois de la salle d'eau, avec dispersion de différentes pièces détachées un peu partout, le corps principal a fini sa course dans la cuvette des WC laissée ouverte et pleine d'eau de mer. La loi de l'emmerdement maximum s'est vérifiée une fois de plus. En voici un énoncé classique, pour ceux qui ne la connaisse pas encore: "si un évènement malheureux a une chance sur deux d'être évité, il en a 95% de se produire". Il ne restait plus qu'à rassembler et rincer tous les morceaux du rasoir, les sécher soigneusement, remonter le tout et attendre le verdict de l'interrupteur après basculement sur la position marche. Bilan miraculeux : non seulement il remarche, mais son fonctionnement est plus silencieux qu'avant. C'est pas beau tout ça ?



Le point bas de la dépression orageuse étant passé vers 6h ce mercredi matin, non pensions aller vers une amélioration. Pour le moment il n'en est rien, et nous assistons régulièrement aux déferlements des averses rageuses qui ramènent la visibilité à 50 mètres et obligent les voitures à allumer leur phares en plein jour. Mais nous gardons espoir pour l'après-midi ou demain. Nous sortirons alors de la mer intérieure de Prévéza, pour regagner les grands espaces, l'eau de mer transparente et les plages de sable blanc.