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dimanche 17 août 2014

le charme de la fin ?

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Fin avril, la Marina « Bas du Fort » à Pointe à Pitre change d’ambiance. Durant l’hiver tropical elle est animée par les voiliers de tous les pays qui croisent dans ce paradis des Antilles, profitant d’une météo d’une régularité époustouflante : tous les jours les prévisions se répètent et se réalisent quasiment à l’identiques « vent d’est 15 à 20 nœuds, houle de 1,50 à 2 mètres, visibilité supérieure à 10 milles, nuages épars avec légers grains possibles, températures de l’air variant de 25° la nuit à 28-29° au maximum de la journée et celle de la mer stable à 28° et 30° dans les lagons.

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Puis, progressivement à partir de la mi-avril la température d’élève d’un ou deux degrés, la grains se font un peu plus fréquents et le vent est plus irrégulier.

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La fin de la saison approchant, de nombreux équipages se préparent à repartir vers l’Europe, passant généralement par les Bermudes, éventuellement les USA, et les Açores, ou à désarmer soigneusement leur bateau en vue d’un retour en métropole pendant l’été. Ceux-là reviendront en avion à la fin de la saison cyclonique pour un nouvel hiver dans les Caraïbes.

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Cette animation est aussi l’occasion de saluer ceux qui passent avant leur départ, et de retrouver certains dont nous avons fait connaissance dans les mois précédents au gré des escales.

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Mais c’est aussi le moment de recevoir une dernière visite familiale en profitant des « ponts de mai », favorables cette année entre le 1er et le 10. Evidemment, Dartag étant toujours immobilisé sans mât, il sera transformé en "bathotel" guadeloupéen, permettant d’approfondir nos découvertes de cet archipel magnifique grâce aux moyens de transport terrestres ou maritimes locaux.

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Ainsi nous aurons accueilli tous mes enfants et petits enfants durant cette première saison d’hiver aux Antilles. Avec Maïlys et Christophe, le programme fut aussi varié.

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D’abord les plages de sable blanc bordés de cocotiers

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Puis la recherche de distilleries de rhum accueillantes. Curieusement ce ne fut pas si facile, la plupart étant maintenant soumises à des horaires, des tarifs, des boutiques imposées. Mais nous avons été accueillis à la perfection par celle de Longueteau où le patron lui-même nous a longuement expliqué l’histoire de la propriété, ses spécificités - elle est la seule en Guadeloupe qui maitrise toute la chaine de production des champs de cannes à la commercialisation des produits - et ses processus de fabrication. Bien sûr cela nous a mis l’eau à la bouche et nous avons cassé nos tirelires dans le très fréquenté show-room, voisin des bâtiments industriels.

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Surveillant tous les matins le sommet de la Soufrière, nous avons décidé de tenter notre chance le jour où elle nous est apparue le moins empanachée. Bon, ce n’était pas encore suffisant et nous avons dû renoncer à aller jusqu’au sommet noyé dans le brouillard. Mais nous avons parcouru les petits chemins qui en font le tour, allant jusqu’à la cascade du Galion et nous prélassant délicieusement dans les bassins soufrés et chauds des Bains Jaunes, au retour. En rentrant à bord le soir, les mangues fraiches ramassées sous leur manguier le long de la route, nous ont paru délicieuses, et elles l’étaient.

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Le clou de ce séjour fut la journée passée dans le minuscule archipel de Petite-terre. Ce sont deux ilots inhabités situés au large de la pointe des Châteaux et transformés en réserve naturelle. Après une longue prospection, nous avons choisi d’utiliser un Speed-Boat pour cette balade.

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Cet « engin » surpuissant peut transporter une vingtaine de touristes et la logistique nécessaire pour un repas sous les cocotiers sur la plage accompagné des punch et ti-punch de rigueur. Le pilote, yeux bleus et cheveux longs blonds, était moins avenant que le ne laissait supposer son « look ». Manifestement son métier le « gonfle » (ce qui est étonnant mais compréhensible à la fin d’une longue saison) mais il nous a fait découvrir tout d’abord la puissance brutale de son canot de 450 chevaux, bondissant d’une vague à l’autre dans des volées d’embruns, bien que l’océan soit, ce jour, là plutôt paisible. Certaine familles et surtout quelques enfants étaient terrorisés au début puis se sont calmés. Nous sommes arrivés saoulés de coups et trempés, mais avec nos sacs étanches préservés.

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Sur les indications de notre cornac blond, nous avons alterné la baignade avec masques et tubas, et les promenades à terre au milieu d’une faune surtout réduite à des centaines d’iguanes parfois belliqueux.

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Dans l’eau un faune variée et abondante vaut vraiment l’exploration paisible dans cette eau accueillante, protégée par son lagon et à la température idéale de 30° où l’on peut rester aussi longtemps qu’on veut. Les poissons multicolores, les tortues, les petits requins citron, les langoustes composent un spectacle féérique.

Sur le chemin du retour, notre pilote nous a longuement fait profiter d’un banc de petits dauphins qui passaient par là, avant de remettre « toute la gomme brutale » vers notre port d’embarquement, Saint François. Non, vraiment, cette expérience de Speed-boat n’est pas très séduisante, même si cela valait le coup de la tenter.

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Un autre jour, nous avons découvert le fabuleux jardin botanique de Deshaies. Fondé dans la propriété que Coluche avait achetée sur place, il domine la mer des Caraïbes dans un site magnifique. Les plantes, fleurs, oiseaux de toutes sortes qu’il héberge sont d’une beauté à couper le souffle. Oui la nature tropicale est exceptionnelle de richesse et de couleurs.

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Et sa générosité offre une gastronomie simple et délicieuse quasiment à portée de main.

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Maïlys et Christophe sont repartis tout bronzés, les yeux pleins de bonheur après ce court séjour dans une des plus belles iles du monde sans doute.

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Retour aux petites contraintes du calendrier ensuite, avec les contacts toujours aussi peu encourageants avec l’assureur, pour essayer de faire avancer le dossier de réparation de Dartag. A tel point que le retour en métropole sera motivé aussi par un visite au siège de la compagnie, pour essayer de comprendre cette apathie voire cette indolence pour ne pas dire léthargie, ou peut-être mauvaise volonté.

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Mais avant tout il fallait lancer les commandes, préparer le bateau à recevoir les entreprises qui doivent intervenir et pour qu’il passe en sécurité l’été tropical, puis réserver un billet d’avion pour Toulouse, avec escales à Fort de France et Paris-Orly. Départ programmé fin mai avec la confiance que permettent les contacts locaux noués au fil de ces longs mois d’escale forcée et avec la marina Bas-du Fort dont le personnel et les responsables se montrent tout à fait coopératifs.

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Une fois arrivé à la maison, triés et rangés les 50 kg de bagages emportés, je retrouve Marie-France installée à Hyères depuis quelques jours. Délicieux séjour au soleil de Méditerranée après avoir échappé à l’hiver européen. Les amis sont là et les retrouvailles agréables.

Puis nous gagnons Pornichet pour ce rendez-vous important avec l’assureur. En moins d’une heure le problème est réglé, les fonds débloqués et le contact rétabli. C’est incroyable comme une rencontre bien préparée peut être utile et efficace. Un souci de moins et une trésorerie reconstituée pour la suite de la réparation de Dartag.

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Le tour de France se poursuit avec une belle fête familiale à Rennes, un séjour à Paris qui permet aussi de reconstituer ses ressources culturelles (c’est un peu ce qui manque dans les iles) avec au programme de la musique (le 21 juin, la fête), du théâtre, des musées (nouvelles salles dans l’aile nord Sully du Louvre, magnifiques) et aussi des rencontres familiales exquises.

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Enfin après un bref retour à Toulouse, surtout consacré à l’intendance et la paperasse, en route pour Hyères pour un été pas habituel, sans bateau et sans croisière estivale. C’est bizarre, mais on retrouve très bien la vie terrestre parmi les frères et sœurs, enfants et petits-enfants, neveux et nièces, amis de toujours, dans cette vieille maison familiale dont l’entretien demande aussi quelques contributions de tous.

La prochaine étape sera le retour en Guadeloupe une fois Dartag réparé et prêt pour de nouvelles aventures.

vendredi 25 avril 2014

GUS...GUSTA...GUSTAVIA

L’espoir de renaviguer avant l’été est définitivement perdu. Du coup, il faudra trouver une solution sûre pour laisser le bateau aux Antilles pendant la saison des cyclones. Nous reviendrons à l’automne finaliser les réparations avant de passer un deuxième hiver dans les Caraïbes, puis rentrer en Europe pour l’été 2015. Beaucoup d’autres plaisanciers pratiquent cette formule, certains depuis des années, et cela nous permettra de reprendre notre croisière interrompue brutalement en ce 25 janvier de sinistre mémoire.

Une nouvelle visite pleine de charme s’annonce pour la première quinzaine de mai, et ce sera l’occasion de reprendre la découverte de la Guadeloupe et de son merveilleux archipel avec Maïlys et Christophe.

Mais en attendant...........

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.........j’ai pu profiter d’une opportunité exceptionnelle en ce temps de pénitence. Je viens de rentrer d'une grosse semaine dans l'île de Saint Barthélémy (triste nom pour un admirateur d'Henri IV comme moi) et participer aux "Voiles de St Barth", invité par un club de voile de Pointe à Pitre "Les p'tits filous", tout un programme.

Cet évènement très sportif et un peu mondain rassemble chaque année, pendant la semaine sainte, une soixantaine de voiliers de 24 à 120 pieds (7,5 m à 36 mètres) y compris des multicoques, répartis dans 7 classes, originaires du monde entier, même d’Australie et Nouvelle Zélande. Les plus nombreux venaient des USA (St Barth est presque dans leurs eaux) mais les plus beaux étaient incontestablement les européens, surtout du nord, Suédois, Anglais notamment. Evidemment il y avait aussi de nombreux français qui sont ici chez eux, dont quelques antillais, et quelques italiens.

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J'étais équipier parmi onze hommes et femmes sur un A40, qui ont mené ce joli bateau de course de 12 mètres, sponsorisé par Lipton, équipé de voiles superbes, à la 5ème place sur 10 dans notre classe (première moitié, de justesse). Il faut dire que notre skipper avait réussi à convaincre un régatier de haut niveau d'embarquer pour nous coacher afin de tirer le meilleur parti du matériel. Nous étions partis à trois bateaux, les deux autres servant surtout de dortoirs et de cambuses car il était inenvisageable que tous les équipiers dorment et se nourrissent sur le bateau de course.

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Le rapide convoyage aller, parcouru au portant en 24h, dans de bonnes conditions avait cependant permis de mesurer à quel point un bateau sportif est inadapté au confort d’un équipage en croisière. Une fois arrivés sur place, la préparation du bateau et un premier entrainement ont permis de découvrir le plan d’eau et…..de perdre une annexe qui, mal amarrée, s’est échappée pendant la première nuit.

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Nous n’en avions plus que deux (33% de pertes), pour trois bateaux et 24 personnes, ce qui occasionnait quelques contraintes lorsque chacun voulait aller prendre sa douche à terre, faire un shopping ou… la bringue, pour certains.

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Les régates, parfaitement organisées les mardi, mercredi, vendredi et samedi saints, démarraient à 10h. Un petit compte à rebours simple démontrait qu’il fallait mettre le réveil (souvent inutile compte tenu de l’inconfort) à 7h, pour être prêts à temps. Le mardi soir, en rentrant de la régate du jour, notre annexe, laissée sur notre mouillage, avait elle aussi disparu : 66% de pertes cela commençait à poser un sérieux problème.

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Heureusement un bateau du comité de course l’avait récupérée en mer, son amarre pendant à la verticale, et nous l’avons retrouvée le soir, au port. Entre temps nous avions cherché notre ancre, en plongée et avec succès, par 7 mètres de fond et pu y repasser une autre amarre. Ouf, nous revenions à 33% de pertes, ce qui reste quand même fort, et révélateur d’un petit manque de rigueur !!!!

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Il y a eu une soirée des équipages avec barbecue géant sur la plage le mercredi soir et, après la remise des prix du samedi, un beau feu d’artifice tiré depuis le fort dominant le port, aujourd’hui caserne de gendarmerie.

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Les deux premiers jours de régates ont été courus par temps médium (10-15 nœuds de vent) et les deux derniers dans un alizé fort (20-25 nœuds, rafales à 35). Le troisième jour, un grand voilier américain, Bella Mente, a démâté pendant la procédure de départ, sans faire de blessé heureusement. Certainement une lourde facture pour le propriétaire de ce superbe bateau de trente mètres équipé d’un mât en carbone de plus de 40 mètres et de voiles high-tech dernier cri, abandonnés sur place et irrécupérables.

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Spectacle magnifique sur cette mer bleu-marine, parsemée de moutons blancs levés par les alizés, sous un soleil vertical, immortalisé par des photographes de renom embarqués sur des puissantes vedettes, un autogyre et même un drone volant magnifiquement dans les rafales de l'alizé. Les superbes voiliers géants aux voiles parfaites, avec leurs équipages en uniforme venant des deux côtés de l'Atlantique et du Pacifique, offrent toute une gamme d'émotions devant un tel étalage de luxe, de beauté, d'efficacité, de performances, d'engagement,...etc. A couper le souffle ! Site internet pour en savoir plus ou déguster les photos et vidéos : http://www.lesvoilesdesaintbarth.com/site/

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En plus, cette petite île du bout du monde est splendide, entourée d'îlots, cailloux, récifs, barrières de corail, plages blanches,... et j'en passe.

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Les parcours de régates permettent, malgré les manœuvres incessantes, de les découvrir de la mer, et le jeudi, journée "off", de la terre, avec une voiture de location.

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J'ajouterai que ce confetti de terre française, collectivité territoriale rattachée administrativement à la Guadeloupe, est d'une prospérité incroyable, ayant misé à fond et avec succès, depuis des décennies, sur le tourisme haut de gamme. Tout est beau, propre, et... branché ! Comme quoi il n'y a pas de fatalité à la crise, et une communauté dynamique et organisée, travaillant dur, peut gagner, même en France !

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Les presque neuf mille habitants actuels sont surtout des descendants des colons français et suédois (pendant un siècle après un accord entre louis XVI et Gustav III de Suède, d’où le nom de la capitale Gustavia) qui ont occupé ce territoire pauvre, depuis le dix-septième siècle. L’absence de grandes plantations, n’a pas incité les colons à importer des esclaves, sauf de manière marginale, si bien que la population actuelle est presque entièrement d’origine européenne et blanche.

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L’achat d’une propriété par David Rockefeller en 1957, marque un tournant dans l’économie de l’île avec le développement du tourisme haut de gamme. Depuis, les propriétés de luxe occupent une bonne partie de l’île dans de somptueux aménagements immobiliers. La sécurité comme la propreté sont des arguments qui attirent de plus en plus de jet setters et de familles fortunées à s’y installer. Les prix sont à la hauteur de cette population nouvelle, tant dans l’immobilier que pour le ravitaillement courant, même si certaines particularités fiscales mettent quelques produits comme les alcools fort, à un prix très bas.

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Chaque supérette possède une cave à vins français abondante et luxueuse, car les américains en raffolent. Toutes les grandes marques mondiales du luxe (joaillerie, horlogerie, mode, cosmétique, maroquinerie, …) y ont pignon sur rue et la capitale Gustavia fait penser à un petit mélange concentré de St Tropez, Cannes, Porto Cervo ou Capri par exemple. Vraiment stupéfiant ! Les nombreuses et luxueuses plaquettes et revues, éditées localement sur papier glacé, présentent tous les aspects et évènements de ce petit paradis de milliardaires. A côté d’elles, un magazine chic comme le Figaro Madame ferait presque figure de gazette de bidonville.

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Cette expérience fût vraiment intéressante et si c'était à refaire je la referai. Mais, la prochaine fois, pas dans les mêmes conditions d'hébergement très spartiates, pour ne pas dire « tiers-mondistes », à bord de ce petit bateau sans eau (sauf des bouteilles d'eau minérales), sans gazinière opérationnelle ni allumettes, et presque sans électricité (heureusement que j'avais pris ma lampe frontale), dans une promiscuité et une saleté indescriptible (le fuel, répandu sur les rares planchers et dans la cale, ça glisse, grave !), au milieu des sacs poubelles crevés, des conserves non identifiées, des bouteilles et canettes vides, des aussières ou écoutes trempées salées sentant le gas-oil et emmêlées, ou des sacs à voiles énormes occupant le peu d'espace libre...etc.

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Et en plus nous étions au mouillage (la place à quai est inabordable et de toute façon agitée par un fort ressac), dans une rade mal abritée donc très rouleuse, sans annexe suffisante, avec les drisses qui claquent en permanence et au milieu d'une bande de jeunes hyper sympas et drôles, mais adorant la musique reggae, les pétards, l'alcool et les cigarettes, même à l'intérieur….Imaginez les trésors de patience et de tolérance qu'il m'a fallu déployer pour survivre à peu près dignement !

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Le convoyage retour vers Pointe à Pitre, contre un fort alizé, et longuement sous une pluie battante, à 25° certes, mais la nuit il finit quand même par faire froid lorsqu'on est trempé jusqu'à l'os sur un bateau sans capote, ni bimini, ni pilote automatique, ni panneaux de ponts étanches, sous les embruns à 27° qui paraissent bien chauds, fut une vraie épreuve. Je n'avais plus un vêtement sec et heureusement mon sac étanche m’a permis de préserver les quelques appareils hi-tech que j'avais emportés. J'avoue admirer la femme du skipper, une charmante australienne d'origine chinoise enceinte de 6 mois et accaparée par leur fille de deux ans (bilingue débutante et adorable) d'avoir fait ce parcours, ballottée à l'intérieur par une mer dure, à nourrir, changer et distraire son bout de chou, sans aération, sans lumière, sans eau, sans main courante pour se tenir, s'allongeant sur des matelas et des serviettes humides, et tout cela en préparant des repas.... sans broncher ; chapeau bas madame !

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En arrivant, reprenant ma vie douillette à bord de Dartag, j'en ai dégusté le confort avec un plaisir mal dissimulé et j’ai pu me reposer de cette semaine stimulante, me raser, et soigner mes coups de soleil sur le nez et mes lèvres gercées par le sel. Après les grosses lessives indispensables, j'ai renoué avec le rythme des ti'punch chez les uns ou chez les autres amarrés au ponton d'accueil de la marina Bas du Fort, avec la perspective de regagner la France prochainement pour quelques semaines.

Bref une pénitence pas si épouvantable que l'on pourrait le croire. A bientôt.....sans doute.

vendredi 07 mars 2014

«Mercredi des cendres »

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Hier, c’était mardi gras, après trois jours (dont deux fériés) de carnaval dans Pointe à Pitre et un mois de préparation de cette gigantesque fête dans toute la Guadeloupe. Et Alice a repris l’avion vers la métropole après une belle quinzaine à bord de Dartag dont elle est revenue toute bronzée et les yeux pleins des couleurs de l’hiver tropical.

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Nous avions eu auparavant, après Françoise qui a vécu le désastre, la visite de Benjamin pour quinze jours également. Hélas pour tous les deux, il n’ y pas eu de navigation à la voile, et pour cause, mais des sorties en Zodiac autour de Pointe-à-Pitre. Ainsi les plages des environs n’ont plus de secret pour nous.

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Mais nous avons aussi, enfin, mis au point un mode opératoire satisfaisant pour déguster des noix de coco fraîches : il suffit d'aller là où elle tombent naturellement (ces endroits ne manquent pas) et d'affronter le regard méfiant des iguanes qui les surveillent avant de les ramasser en vitesse. Ensuite, en quelques coups de machette bien afutée, on enlève leur enveloppe de fibres avant de les fendre pour boire le délicieux jus et déguster la chair blanche et fraîche qu'elles contiennent. Un régal !

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Nous avons aussi visité le grand cul-de-sac marin, espace protégé par la barrière de corail au nord de l’île, allant jusqu’à l’ilet Christophe après avoir emprunté la rivière salée qui sépare les deux moitiés de l’île. La mangrove est omniprésente mais sans grand intérêt en dehors du milieu et de son écosystème, et de la vérification que nous pouvions nous déplacer à pied, difficilement, dans ce réseau inextricable de racines, finalement très résistantes, qui héberge une multitude d’insectes ou de moustiques parfois invisibles mais redoutablement agressifs, même en plein jour. Nous n’osons penser ce que ce serait la nuit car s’y ajouteraient alors les cris de coyotes et les mouvements sinistres des monstres marins genre anacondas, crocodiles ou crabes géants qui y trouvent refuge.

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Le petit cul-de-sac marin, au sud de Pointe-à-Pitre (=PàP) est moins protégé car la barrière de corail est discontinue, donc la houle de l’atlantique n’est pas complètement amortie par les récifs. Comme le vent y est aussi plus fort, ce fut une sortie arrosée (non pas de rhum, mais d’embruns salés abondants) à slalomer entre les patates de corail appelées ici « cayes » formant un labyrinthe assez inextricable, avant d’arriver à Petit-bourg. Ce port de pêche traditionnel est réservé aux petites embarcations mais devient petit à petit aussi une banlieue résidentielle de PàP. Malheureusement il n’y a pas de plage. Nous n’avons donc pas débarqué et sommes rentrés le soir bien contents de pouvoir nous doucher abondamment et de rincer nos affaires, salées à cœur.



Il y eu aussi des excursions permises grâce aux voitures de location (parfois difficiles à trouver) :

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- Un pique-nique barbecue aux ilets à Carret et de Carénage à partir de Sainte Rose au nord de Basse-Terre. Paysage de rêve de cocotiers sur plage blanche, idéal pour nous baigner, déguster la cuisine grillée, plonger sur la barrière de corail et contempler les oiseaux dans une ambiance « Club Med ».

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- Une visite des villages oubliés du nord de Grande terre, Morne-à-l’eau et son cimetière à damiers en noir et blanc mondialement connu, Port Louis et ses pélicans plongeurs, ainsi que son église moderne aux magnifiques vitraux naïfs, Anse-Bertrand et ses grandes plages où la houle de l’alizé brise magnifiquement devant les terrasses des bistrots de cuisine créole.

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Nous y avons fait une marche jusqu’à la pointe de la Grande Vigie, extrêmement sauvage, puis pris un bain dans le lagon de la porte d’Enfer où la mer monte et descend régulièrement de 20 à 30 centimètres toutes les 3 minutes en charriant des milliers de petits poissons tués par la violence de vagues qui se fracassent à l’entrée (très étonnant et un peu triste).

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- Un retour sur le nord de Basse-terre, passant par la route de la traversée, un repas créole à Bouillante, et une nouvelle visite dans la charmante ville de Deshaies. Son spectaculaire cimetière en pente dominant la baie, est un repaire de crabes de terre qui y creusent d’énormes terriers dans le sol ameubli des tombes, et se livrent des combats titanesques pour la consommation des reliefs locaux. Hallucinant !

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N’oublions pas les traversées à 30 noeuds en Catamaran NGV vers Marie-Galante. Cette île plutôt plate et paisible est dotée de plages magnifiques protégées par une barrière corallienne le long de sa côte sud. Mais surtout , la tradition agricole, essentiellement tournée vers la canne à sucre, y est intacte.

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Nous y étions en pleine saison de récolte et les tombereaux de cannes coupées sont acheminées sur toutes les routes vers les trois distilleries en activité et l’unique et grande sucrerie industrielle, hélas non visitable. Mais il fallait bien réassortir la cambuse de Dartag, quasiment asséchée par la tradition des ti’punch à bord ou chez nos nombreux amis voileux en escale sur les pontons voisins.

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La culture du rhum imprègne complètement Marie-Galante. Les anciennes « habitations » souvent en ruines sont des lieux de souvenirs et d’histoire.

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L’une d’entre elles, l’habitation Murat, a été réhabilitée et transformée en musée local de la culture traditionnelle et de la société marie-galantaise entre les 17ème et 19ème siècles. Bien sûr le rôle et les souffrances des esclaves y sont évoqués, mais pas d’une manière obsessionnelle comme ils peuvent l’être en Guadeloupe. Ce sont des éléments de l’Histoire comportant des faits, des luttes et des conquêtes, mais sans jugements de valeur « a posteriori », sans volonté de revanche ou de repentance, laissant le visiteur se faire sa propre représentation.

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A Pointe-à-Pitre, par contre, la paix ne semble pas faite. De très nombreux monuments ou plaques commémoratives rappellent le courage, l’héroïsme et le sacrifice des héros des luttes éternelles contre la colonisation, l’esclavage et les « occupants », un peu comme si les guadeloupéens du 21ème siècle vivaient encore dans la société du 18ème siècle. Aucun d’entre eux n’en a souffert personnellement, pas plus que leurs parents, grands parents ou arrière grands parents, et pourtant le traumatisme est toujours là, les blessures ne sont pas cicatrisées, inhibant les projets et anesthésiant l’avenir. Parmi les groupes défilant pendant le carnaval, plusieurs rassemblaient de jeunes hommes curieusement affublés de sinistres masques de singes et maniant bruyamment des grands fouets rappelant sans doute ceux des gardes chiourmes du passé.



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Toutefois, le souvenir de la grande grève de l’hiver 2009 orchestrée par le LKP et son leader Elie Domota autour de la « profitacion », et qui a ruiné durablement bien des espoirs de développement, a laissé des traces dans les esprits. Il est clair que la voie qu’il préconisait à l’époque, d’une indépendance pure et simple, est carrément rejetée par la très grande majorité de la population, qui voit parfaitement ses effets sur les îles voisines comme la Dominique, où la misère et la pauvreté ne sont vraiment pas vaincues et où les trafics en tous genres permettent à quelques uns de tirer les marrons du feu dans un ambiance Reggae.

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Il est clair aussi que les deux départements français des Antilles sont des mastodontes économiques et démographiques par rapport aux îles voisines des Caraïbes. Reste à inventer un modèle de développement qui leur permette un jour d’atteindre une prospérité moins artificielle que celle donnée par la perfusion de la métropole, en harmonie avec leur région naturelle au centre de l’arc antillais. Elles disposent d’atouts fantastiques, par leur climat, leurs richesses naturelles, leur éducation, la démocratie d’un vrai état de droit, et les potentialités d’échange avec toute une grande région économique en forte croissance entre le Brésil, le Mexique et l’Amérique du nord.

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Venons en maintenant à l’état de notre pauvre Dartag blessé. Les devis des réparations et des frais associés ont été soumis à l’expert désigné par l’assurance qui a fait une visite complète à bord et a reçu tout le dossier préparé à son intention. Il doit maintenant terminer son rapport, en principe sous quelques jours, et adresser ses conclusions à la compagnie.

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Celle-ci devrait nous faire une proposition d’indemnisation forfaitaire en retenant des coefficients de vétusté variables en fonction des matériels concernés. Si le forfait est acceptable, il ne restera plus qu’à passer les commandes d’approvisionnement des matériels et des travaux. La fabrication d’un mât neuf et de tous ses accessoires (gréement dormant) nécessite entre 10 et 12 semaines à l’usine Selden de Vendée. L’acheminement par cargo demandera 2 semaines. La réception, par le gréeur de PàP, le montage, le câblage et le remâtage encore 2 semaines. Ensuite seulement, le voilier pourra prendre les mesures, au centimètre près, nécessaires à la fabrication des nouvelles voiles qui viennent aussi de France avec un délai de 4 à 5 semaines. Pendant ce temps, la réparation du pont et la reconstitution du gréement courant (tous les cordages nécessaires à la manœuvre des voiles) pourront être réalisés.

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Au total 20 semaines, si aucun grain de sable ne se glisse dans ce laborieux processus, après accord avec la compagnie d’assurance, obtenu espérons avant la fin mars. Cela nous amène fin août. Si l’accord avec la compagnie nécessite plus de temps, si une contre expertise était nécessaire, si les congés d’été venaient allonger ce minimum, Dartag sera peut-être prêt à renaviguer, après le carénage indispensable, juste à temps pour reprendre la croisière en novembre 2014. Il peut y avoir de bonnes surprises, mais nous ne voyons pas trop d’où elles pourraient venir.

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Entre temps, la question est de savoir comment Dartag pourra être mis en sécurité aux Antilles pendant la saison des cyclones et si la présence d’Alain à bord est indispensable pendant ces longs mois d’attente. Dans le cas contraire, il se pourrait qu’il vienne passer tout ou partie du printemps ou de l’été en métropole. Comme prévu initialement Marie-France rentrera à Paris le 17 mars, mais, vous le voyez, la suite du programme reste à écrire.

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Il reste encore bien des questions en suspens avant de reprendre le cours des billets de navigation, mais nous gardons un moral d’acier, grâce à vous tous. Et il faut dire aussi que Point-à-Pitre n’est pas le pire endroit de la planète pour vivre une telle expérience et une telle pénitence !

jeudi 30 janvier 2014

Catastrophe

Nous ne sommes pas arrivés à Antigua comme prévu. Dartag a démâté à environ 12 milles de l'arrivée, par un très beau temps, brise de 20-25 nœuds et mer du vent (creux de 2 à 3 m). Le ridoir du bas hauban tribord a cédé avec un bruit d'explosion et le mât s'est immédiatement effondré sur bâbord.

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J'ai espéré un moment sauver la bôme ou le hale-bas, mais cela m'a fait perdre du temps sans y parvenir et comme les voiles étaient partiellement roulées toutes les deux, il était impossible de les récupérer.

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J'ai donc du couper, la mort dans l'âme, tout ce qui retenait le gréement au bateau avant qu'il n'y ait trop de dégâts dus au mouvements du bateau blessé dans la houle. Il y en a quand même, tous les balcons et filières bâbord sont tordus ou arrachés, deux panneaux solaires HS, le rail de fargue a souffert en deux endroits et le portique a été sérieusement endommagé. Nous avons de plus trouvé quelques litres d'eau de mer dans un coffre de la cabine avant à bâbord.

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Une fois libérés, après une bonne heure et demie d'efforts, nous avons remis en route au moteur pour retourner en Guadeloupe où nous pensons que les réparations seront plus faciles. Hélas, avec le nôtre, les projets de navigation aux Antilles des équipages qui devaient nous rejoindre cet hiver s'éloignent.

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Pour nous c'est dur, mais personne n'a été blessé et matériellement il faudra faire beaucoup de papier pour l'assurance, les experts, les chantiers gréeurs et voileries, et attendre les pièces pour réparer. Je ne serai pas étonné que cela dure de nombreuses semaines.

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Maigre consolation, peu avant notre arrivée à Deshaies un grand troupeau de dauphins est venu longuement s'ébattre autour de nous, comme pour nous consoler. Et une demie heure après, en entrant dans le mouillage, une bouée de pêcheur est venu se prendre dans l'hélice, m'obligeant à plonger pour la dégager. Que d'émotions !

vendredi 24 janvier 2014

Les îles du plaisir

Après l’excellente période des fêtes en famille en Martinique, notre programme prévoyait de gagner la Guadeloupe où arrivait l’équipage suivant, composé de Marie-France et son amie Françoise.

Pour cette étape de plus de cent milles, la dernière en solitaire avant longtemps, j’ai choisi de passer à l’est, côté Atlantique, plutôt qu’à l’ouest, ce qui aurait impliqué de manœuvrer sans doute beaucoup sous le vent des îles, et de veiller d’avantage, le trafic étant plus important à l’abri de la houle du large.

Après un louvoyage musclé de quatre heures contre un alizé puissant, j’ai pu laisser un peu porter dans une mer rendue parfois grosse par les hauts fonds de cette côte corallienne. Cela marchait très fort, mais au prix d’un arrosage quasi permanent dans les déferlantes, qui, a trois ou quatre reprises, ont complètement recouvert le pont et le cockpit. Impressionnant, surtout de nuit.

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Arrivé à proximité de Marie-Galante en milieu de nuit, j’ai finalement décidé d’y faire escale, et je suis rentré dans le port de Grand Bourg en suivant le chenal parfaitement balisé, au milieu des patates de corail. Rien n’est prévu pour la plaisance, mais le mouillage dans l’avant port avec deux autres voiliers déjà sur place, ne posait pas de problème.

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Au réveil, et après les formalités d’entrée au bureau de douane local, la visite de ce village de 6000 âmes, capitale de l’île, un peu endormi avec ses pécheurs et ses petits commerces traditionnels, avait un côté exotique après le sud de la Martinique si urbanisé. Nous y reviendrons.

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En fin de matinée, appareillage pour Pointe à Pitre et une courte traversée de 20 milles, menée tambour battant jusqu’à l’ilet du Gosier, où le mouillage peu profond est d’un beau bleu turquoise de lagon et pour cause, c’est est un.

A l’arrivée à Pointe à Pitre, le lendemain, nous mouillons à proximité de la marina après avoir fait quelques repérages, en prévision de l’accueil des équipières de choc qui arrivent le dimanche 12.

Un programme d’enfer commence alors, avec la voiture de location. Pas une minute à bailler aux corneilles, mais plutôt une planification méthodique des endroits les plus intéressants à visiter, et il y a fort à faire.

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Un jour pour faire un tour de Basse Terre (la moitié montagneuse de l’île) en commençant par les lagons du nord autour de Sainte Rose, à la découverte du royaume des pélicans et des petits mouillages de rêve au milieu des coraux et de ilets entourés de plages blanches.

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Puis les grandes plages à cocotiers séparées par des montagnes couvertes d’une forêt tropicale magnifique, et l’approche de l’activité volcanique avec la centrale géothermique de Bouillante.

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Enfin un retour sur l’histoire de la Guadeloupe avec ses maisons du café, du cacao, du coco, et sa préfecture au pied de la Soufrière (volcan paisible mais encore actif), ainsi que le sud de l’île d’où l’on voit, tout près, le mythique archipel des Saintes.

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Soulés de beauté et de découvertes, nous rentrons à bord bien après le coucher de soleil, prêts à repartir le lendemain à l’aube pour découvrir cette fois la montagne, ses forêts équatoriales, ses rivières, ses cascades, les maisons et sentiers forestiers moussus du parc national.

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Enfin une belle balade autour de Grande Terre qui est un vaste plateau calcaire peu élevé, bordé de falaises et de plages blanches entourées de récifs coralliens, où sont nichés des petits ports de pêche et des stations balnéaires ou touristiques comme Gosier, Ste Anne, St François, Le Moule, etc..

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Mentionnons particulièrement la superbe Pointe des Châteaux qui s’avance loin en mer vers La Désirade, petite ile un peu oubliée de l’est, et aussi l’active ville de Morne à l’Eau, centre de la culture sucrière et siège d’un extraordinaire cimetière aux damiers noirs et blancs mondialement connu. Nous avons eu la chance d’y voir une procession traditionnelle et de rencontrer une délicieuse vieille dame qui nous a expliqué, avec un peu d’exaltation, son histoire.

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Ainsi nourris de culture guadeloupéenne, nous avons alors repris la mer pour découvrir l’île du rhum, Marie Galante, dont l’histoire se confond avec celle de ses plantations et rhumeries, les meilleures des Antilles.

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A partir du mouillage de Saint- Louis, et en compagnie d’un autre plaisancier devenu ami, nous avons fait le parcours d’initiation passant par Labat, Bielle et Bellevue, avec une préoccupation essentielle, garnir la cambuse de nos bateaux des productions locales les plus variées et les plus goûteuses. Il n’aurait pas fallu craquer une allumette pendant la soirée suivante à bord !

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Après cela, nous étions « mûrs » pour encore plus d’exotisme et d’aventure, au point de naviguer vers la terre étrangère la plus proche, la Dominique, où nous avons passé deux grandes journées, d’abord à Portsmouth, puis en louant un petit 4x4 Suzuki bien utile dans certaines parties du parcours autour de la moitié nord.

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Et là, nous avons vécu une série de chocs. Choc culturel dans cette ile indépendante depuis 1977, après avoir été colonie française puis anglaise, choc économique avec la pauvreté, voire par endroit la misère, qui côtoie la prospérité parfois « louche » de quelques uns, choc émotionnel avec la beauté des paysages de mer, de forêt et de montagne, choc spirituel avec la ferveur de la population majoritairement catholique mais aussi anglicane, choc sociétal avec la dignité et la gentillesse de la population, choc musical avec l’omniprésence du reggae et de l’inspiration jamaïcaine, et j’en passe…

Quelques exemples :

- Les « boatboys » qui viennent proposer leurs services à flot aux yachts au mouillage, organisent chaque dimanche soir sur la plage, à l’abri d’un grand auvent, un barbecue géant pour les équipages qui le désirent, moyennant une modeste contribution. C’est une fête bon enfant au cours de laquelle on déguste des poulets et poissons grillés, arrosés de punch, et qui se termine en dansant dans le sable, entraînés par un disc jockey ambianceur excellent, et tous se laissent gagner par l’envie de bouger…

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- la messe dominicale rassemble les paroissiens habillés de leurs plus beaux habits et chapeaux dans de grandes églises sans murs. Elle est animée par des musiciens et un clergé dynamique au point de paraître parfois à nos yeux, vieux de vingt siècles de civilisation judéo-chrétienne, comme un peu exaltés voire possédés…..

- on peut rencontrer dans les villages de montagne des habitants parlant français et tout contents de le faire.

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- Le guide francophone qui nous a fait découvrir l’Indian River nous a aussi raconté comment son pays s’était « pacifié » dans les dernières années, sous l’influence de fortes personnalités locales qui ont réussi à entraîner la majorité dans la voie du développement équilibré plutôt que dans celle de mafieux, et comment les autorités luttaient, beaucoup par l’éducation, contre les déviances des mœurs ou de la drogue qui restent des problèmes sérieux.

En reprenant la mer, vers Les Saintes, nous avons pensé que cette île méritait une autre visite, cette fois dans sa partie sud, la plus volcanique où la nature est paraît-il encore plus belle. Qu’est-ce que cela doit être !

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Cette traversée au soleil, baignée par un alizé modéré, accompagné de nombreux autres voiliers nous a ramenés dans ces îles françaises réputées pour leur charme. Nous avons presque été déçus !

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Certes le mouillage que nous avions choisi était calme, certes la nature est superbe, certes cet archipel d’une dizaine d’îles est varié et plutôt protégé, mais Terre de Haut est une véritable usine à touristes, très fréquentée où les commerces sont essentiellement de bouffe et de fringues. Nous nous serions presque crus à Porquerolles en plein pois d’août. Pas vraiment la peine de venir jusque là pour ça !

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Cela ne nous a pas empêchés de lier encore de nouvelles connaissances avec d’autres plaisanciers, pleins de charme ou d’originalité, parfois les deux et même plus. Au risque de me répéter, je dirai que c’est là aussi un des grands plaisirs de cette croisière au long cours.

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Repartant vers le nord, par la Guadeloupe, nous avons fait deux escales sur la côte sous le vent, dans la réserve Cousteau, près de l’ilet Pigeon, pour déjeuner, puis à l’anse Deshaies très confortable et pleine de ressources, avant de nous diriger vers Antigua et Barbuda, nos prochaines découvertes, également chargées d’histoire, qui feront l’objet du billet suivant qui portera le n°18.

dimanche 05 janvier 2014

Martinique mon amour

Panser les petits bobos après cette traversée un peu dure ? pas de problème, il y a tout dans cette grande marina du Marin, mais pas forcément comme on le croit.

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Les maîtres-voiliers sont plusieurs et offrent des services complets, allant jusqu’à venir à bord au mouillage pour amener et ranger la voile malade dans son sac et la transporter jusqu’à l’atelier. Et bien sûr la rapporter à bord une fois réparée. Question délais, c’est plus aléatoire car nous sommes en période de haute saison.

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En l’occurrence j’ai bénéficié de l’aide de deux équipiers occasionnels pour mettre le génois dans son sac et le transporter à la voilerie qui me proposait de le réparer en trois jours. Ainsi elle serait prête avant l’arrivée de la famille pour noël. Pari tenu, avec une bande anti UV toute neuve parfaitement posée et de haute qualité. Super !

La carte marine électronique des Antilles qui ne marchait pas, c’était plus ennuyeux, car elle mettait en rideau l’ensemble du système de navigation. Éconduit bêtement par le concessionnaire Accastillage Diffusion local, j’ai trouvé facilement un spécialiste (Diginav) qui a simplement mis à jour le logiciel pour régler le problème en moins de deux jours et avec le sourire en plus : 20 ans d’expérience des systèmes informatiques embarqués cela rend service. Bravo !

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Les autres bricoles, dont un gros carénage en plongée devant le Club Med, pour éliminer les milliers de polypes d’un centimètre de long accrochés à la coque, étaient à ma portée avec les moyens du bord, et furent réglés en quelques jours. Sans rogner sur le temps nécessaires aux apéros et mondanités marines entre plaisanciers heureux d’avoir traversé l’Atlantique. Cela s’arrose principalement au ti’punch ! Génial !

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Et, dès le 18 décembre, je n’avais plus qu’à me consacrer entièrement à l’accueil de la famille métropolitaine qui m’avait fait l’immense plaisir de monter un grand rassemblement de noël dans une belle maison louée au Diamant. L’agence avait même approvisionné les ingrédients de base indispensables aux premiers pas à la Martinique, féculents et fruits locaux, café, et surtout rhum vieux, rhum agricole et sirop de canne sans quoi rien n’est possible ici.

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Du coup, pour être plus proche, j’ai choisi de déplacer Dartag de quelques milles, dans le mouillage le plus proche de la maison, au marigot du Diamant. Certes, ce n’est pas le plus confortable du coin car il est plutôt rouleur, mais on voyait le bateau depuis la maison et le débarquement en annexe sur la plage était possible sans réel problème, pas trop de marée, pas de gros brisants qui les auraient rendus sportifs. Bref, quasiment l’idéal.

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La fringale de découverte de cette île s’est exprimée grâce aux voitures de location et chaque repas, chaque soirée, était une fête dans laquelle chacun donnait toute la mesure de son talent. Les grands, mais aussi les petits, tellement dynamiques, qui ne laissaient pas passer une occasion de plonger dans la piscine ou de faire une excursion dans la mangrove avec les kayaks.

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Pour la soirée de noël, les indispensables foie gras et champagne apportés spécialement de métropole ou débarqués de Dartag côtoyaient les préparations locales, sauf la langouste introuvable le 24, et pour cause, un temps exécrable sévissait depuis quelques jours et pendant la soirée, tempête, pluie diluviennes, éclairs sur tout l’horizon ont duré plusieurs heures. Mais il faisait si doux que nous sommes restés en tenue d’été sur la grande terrasse bien abritée. Evidemment l’ouverture des cadeaux fut un grand moment et a donné l’occasion aux petits de faire eux même la distribution avant de se plonger dans les leurs, si passionnants.

Parmi les visites marquantes dans l’île, il y eu :

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- les jardins de Balata, fruit de trente ans de travail et de patience d’un passionné qui en a fait une merveille d’harmonie et de diversité botanique. En prime les oiseaux, en particulier les colibris par centaines, en liberté, offrent un spectacle féérique.

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- La ville martyr de Saint-Pierre détruite par l’explosion de la montagne Pelée en 1902 et toujours à l’agonie au milieu de ses ruines calcinées. C’est très triste, alors que le site est magnifique et mériterait une renaissance.

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- Les plages du Sud, des anses d’Arlet, à la baie des Salines, par les savanes des pétrifications, et bien sûr celle du Diamant ou trône l’impressionnant rocher du même nom, occupé quelques années par une garnison anglaise qui y avait installé des canons. Ils sont fous ces anglais !

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- La presqu’ile de la Caravelle, dont les baies et plages coralliennes sont magnifiques et où nous avons trouvé de superbes et délicieuses langoustes locales vivantes dégustées le soir même.

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- La cascade des gendarmes, pleine de légendes, dans une végétation si haute et si luxuriante qu’elle en serait presque équatoriale.

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- Les villes de la côte est (Ste Marie, Trinité, Robert, François, Vauclin), et le fameux béquéland où se sont installées, dans de magnifiques villas, les familles des planteurs et industriels depuis toujours, à l’abri d’une barrière de corail qui favorise les sports de glisse dans le lagon.

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- mentionnons les courageux qui se sont lancés dans un trek vers le sommet de la montagne Pelée, malheureusement par mauvais temps (ils n’avaient pas le choix). Ils sont rentrées trempés jusqu’à l’os et pleins de modestie devant la difficulté de cette marche qui n’est vraiment pas à la portée de tous comme le prétendent certain guide touristiques un peu irresponsables.

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- Et n’oublions pas les petits restaurant typiques sur les plages ou à la montagne qui permettent de déguster les produits locaux, ignames, patates douces, arbres à pains, goyave, mangues, cocos, fruits de mer, boissons variées essentiellement à base de rhum, etc… liste non exhaustive.

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- La gentillesse et le sourire des Martiniquais toujours accueillants, efficaces, disponibles, avec une mention particulière pour Mamie Hermine et ses innombrables produits artisanaux vendus au marché du Diamant.

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Les retours en métropole se sont échelonnés sur quelques jours et le dernier à reprendre l’avion, Denis, installé à bord de Dartag une fois la maison libérée a pu participer à une escapade dans l’île anglaise voisine de Sainte Lucie, où nous avons retrouvé l’équipage de Fradeloma.

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L’occasion d’une belle visite guidée du sud, autour des fameux « deux pitons » et des sources sulfureuses de la Souffrière, au départ de Marigot Bay, puis d’un parc botanique très riche, avant un réveillon gastronomique anticipé d’un jour, cuisiné par le grand chef Etienne qui dispose d’un congélateur à bord de son bateau (quel luxe !).

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A noter que les orages de la nuit de noël ont été catastrophiques dans cette île où des ponts ont été emportés, des bâtiments inondés par des coulées de boues, des routes coupées et des plages déplacées par les milliers de tonnes de matériaux dégringolant de la montagne sous l’effet des rivières en furie. Tous les bulldozers et grues disponibles étaient au travail pour rétablir la situation en ce début de saison touristique.

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Le 31 au soir, nous étions à Rodney Bay, marina de luxe au nord de l’île et destination finale de l'ARC, où les feux d’artifice tirés par la marina et par le club med local présent sur la baie se faisaient concurrence. Pas mal, ma foi, quoique un peu conventionnel !

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Et le premier jour de l’année, une navigation musclée de quelques heures contre un alizé vigoureux nous a ramenés au Marin.

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Une belle balade le long des grandes plages à cocotiers était la dernière étape de Denis sous les tropiques avant de reprendre son avion vers Paris, me laissant avec un petit coup de blues. Je rejoindrai la Guadeloupe où arrive Marie-France dans quelques jours. Une autre phase de cette croisière commencera alors, sans doute tout aussi agréable et peut-être même plus.

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A suivre……… encore merci pour votre fidélité, et surtout "Vœux à volonté" en ce début d'année 2014.

vendredi 13 décembre 2013

Tordre le cou à la légende

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Dès maintenant, je peux dire que cette traversée de 17 jours et demi n'a pas été celle que j'attendais après avoir lu et entendu les récits de ceux qui l'avaient faite. Et même l’équipage de Fradeloma, qui en est à sa cinquième, et l'a faite en même temps que moi, dit qu'elle a été très perturbée.

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- Quatre jours de calmes presque plat (avec houle résiduelle) qui obligent à rentrer les voiles pour ne pas qu'elles battent dans les haubans,

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- trois jours de vents d'ouest par moment assez fort (souvent 30 nœuds) obligeant à faire du près, voilure très réduite, et à virer de bord plusieurs fois par jour pour optimiser le chemin parcouru,

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- le reste du temps, des vent d'est à nord est de 10 à 35 nœuds donnant l'impression d'être toujours sur la fausse panne et entraînant de nombreuses manœuvres d'empannages et de réduction ou augmentation de voilure,

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- beaucoup de temps gris avec des grains de pluie et de vent, etc...

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On était loin des deux semaines de farniente au soleil des alizés, mais plutôt proche des brises instables, parfois imprévisibles de la manche ou de la méditerranée hors belle saison. En plus, les fichiers météo n'étaient pas souvent proches de la réalité.

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Côté mer, la plupart du temps il y avait une houle de fond de 2 à 3 mètres de NE, avec en plus, la moitié du temps, une houle de SE, donc croisée, avec formation de vagues pyramidales de 4 à 5 mètres, non déferlantes. Les derniers jours, le vent étant plus fort, 25 à 35 nœuds d'ENE, la houle est devenue plus grosse, mais plutôt longue, donc pas dangereuse et assez belle, avec de petites déferlantes.

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Ce qui change par rapport à la méditerranée, c'est la distance et le temps. L'utilisation du moteur pour avancer dans les calmes est absurde, car il ne peut être question de le faire quatre jours de suite.

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Je me suis dit plusieurs fois que si la redondance voile-moteur avait un sens en Méditerranée, elle n’en n’a aucun en Atlantique. En cas de pépin sur le gréement, drisses cassées, démâtage, déchirure de voile par exemple, il n'y a pas d'autre alternative que de se faire un gréement de fortune (et il faut avoir une autonomie en eau et en vivres très supérieure aux besoins de la traversée) ou d'appeler au secours, sachant qu’alors on ne maîtrise plus rien, les organismes de sauvetage en mer prennent la main à votre corps défendant.

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C'est peut-être ce qui est arrivé sur Yeoh, l'abandon du bateau peut-être encore capable de naviguer, parce qu'ils avaient dérouté un grand navire dans un moment de découragement après une énième galère épuisante. J'aimerai bien le savoir.

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Je retiendrai quand même trois ou quatre jours de temps idéal, brise raisonnable, portante, chaud soleil ou nuit étoilée et mer maniable, que nous avons eus. Côté nuit, le cycle de la lune n'était pas le bon puisque la nouvelle lune s'est produite au milieu de la traversée. Donc les nuits étaient majoritairement noires.

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Et en dehors d'un voilier dépassé deux jours après le départ, et Fradeloma deux jours avant l'arrivée, nous n'avons vu aucun autre navire. Cela aussi ça change de la Méditerranée.

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L’île de La Barbade en elle-même n’offre pas un grand intérêt. Je m’en serais voulu de ne pas la voir de près, car je n’y retournerai probablement pas. Mais s’arrêter devant une grande plage, même blanche, à proximité d’un port industriel, en voyant passer de tous côtés des jets-skis surpuissants, ce n’est pas suffisant pour justifier des heures de démarches administratives et de formalités d’immigrations dans des bureaux qu’il faut préalablement identifier puis rejoindre en marchant sur des chemins malaisés et poussiéreux sous un soleil de plomb.

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Je suis donc passé devant en profitant de l’abri qu’elle offre de la houle, et en admirant de loin les belles villas très « british » qui occupent sa côte sous le vent.

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Mais il y a eu aussi ces couchers ou levers de soleil magnifiques, le départ grandiose sous les montagnes de Sao Vivente, cette arrivée dans la baie de Sainte Anne où l’on découvre, une fois le jour levé, le paradis.

Enfin, lorsque l'entretien du bateau et du marin, la navigation, les manœuvres, la pêche (hélas totalement stérile cette fois), la contemplation, la cuisine, la météo, les communications avec la terre, le repos, etc... laissent un peu de temps, il y a de grands moments de plaisirs dans la musique (surtout baroque) ou la lecture (une merveilleuse biographie très fouillée de Denis Diderot par Jacques Attali).

Quoiqu'il en soit, j'ai quand même décidé de tordre le cou à la légende de la traversée de l'Atlantique facile par les alizés de NE.

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Alors que j'avais mis toutes les chances de mon côté, avec un départ du Cap Vert à la meilleure saison, les brises erratiques, les tempêtes orageuses, le vent debout pendant trois jours, m'ont fait penser que ce n'est pas la peine de se préparer pendant plusieurs années et de faire des milliers de milles pour trouver une météo Méditerranéenne.

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Bref, la sentence sera affichée sur la porte de l'église ND de la reconversion des marins, et exécutée publiquement par moi-même sur la place de la Daurade à Toulouse. A bon entendeur salut.

J'ajoute maintenant une décision capitale dont le murissement a pris quelques jours supplémentaires : je vais faire fouetter la mer qui n'a pas été aussi gentille que je l'espérais !

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N’oublions quand même pas La Martinique qui est maintenant à portée de main, si belle, si attachante, si vivante avec ses musiques et ses ti’punch, ti’toques, ti’loulous, ti'ponton, etc,… Le village du Marin, entièrement tourné vers la plaisance et les plaisanciers, est plein de ressources de tous ordres.

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Et cela permet de panser les petits bobos du bateau avec le concours de tous les professionnels locaux, afin qu’il soit impeccable avant l’arrivée de tous les membres de la famille avec qui les fêtes de fin d’année auront un vrai parfum de nouveauté et d’exotisme, en cette année de grâce 2013.

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Et nous attendons de pied ferme les autres voileux encore en mer avec une pensée toute particulière pour N et C.

A suivre………et encore merci pour votre fidélité.

vendredi 22 novembre 2013

Aluguer et alugueros

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La république du Cap Vert est un état indépendant depuis 1973. Après quelques soubresauts post colonisation portugaise, il a su trouver un équilibre et sa démocratie est maintenant bien établie. Elle serait presque une vitrine pour l’Afrique de l’ouest qui n’en compte pas tant. Il y a environ 400 000 capverdiens dans l’archipel qui comprend dix îles habitées réparties sur 400 kilomètres d’est en ouest et environ 300 du nord au sud. La diaspora de plus d’un million de personnes est principalement présente au Portugal et les autres pays d’Europe, ainsi qu’aux USA. Elle contribue beaucoup à l’économie de l’archipel qui est également largement aidé par l’Europe et aussi par les états membres qui interviennent souvent dans une île filleule. Ainsi la France et l’Italie s’occupent particulièrement de Sao Nicolao, l’Allemagne de Sao Vicente et Fogo, le Luxembourg de Santa Antao, etc…. Nous n’avons visité que les îles au vent, celles du nord.

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Le port de Palmeira, seul endroit où mouiller en sécurité dans l’ile de Sal, nous a offert plein de services utiles. Nous avons pu y faire une grande lessive, remplir nos formalités d’entrée et d’immigration provisoire dans le pays, vérifier que le billet d’avion de Marie-France était bien valide, conclure un contrat d’accès à Internet par le réseau 3G local, retrouver plusieurs bateaux amis qui y faisaient escale en même temps que nous, acheter quelques complément d’approvisionnement nécessaires, etc…

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Le plus agréable fut de nous offrir du poisson frais à son débarquement par les pêcheurs locaux, qui nous l’ont préparé et vidé. Il n’y avait plus qu’à découper cette superbe bonite pour en faire deux repas succulents au barbecue.

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Pour nous déplacer jusqu’à la capitale, Espargos, la formule du taxi collectif est la bonne. Nous nous sommes donc retrouvés dans un Toyota Hiace équipé de 14 sièges pour nos formalités, achats divers, et découverte de la ville et des étendues désertiques de cette petite île dont le développement économique est principalement dû à l’aéroport international créé au milieu de siècle dernier par les italiens et mis aux normes mondiales récemment avec des aides européennes. Il permet la montée en gamme du tourisme autour des grandes plages localisées surtout au sud de l’île. Cette activité a pris opportunément le relais de la production de sel (ayant donné son nom à l’île) quasiment abandonnée aujourd’hui.

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Cette croissance est fragile, mais entraine un accroissement de la population locale assez dynamique. Elle compte maintenant environ 15000 habitants. L’habitat est modeste et contrasté, mais les routes sont parfaites et les services publics semblent corrects : eau, électricité, téléphone, bus, écoles, santé fonctionnent, avec un bémol pour le ramassage des ordures car il y a quelques dépôts sauvages. Les Cap-Verdiens sont majoritairement noirs ou métis et leurs qualités d’accueil sont évidentes. Beaucoup ont de bonnes notions de français (l’Afrique francophone est tout près) et d’anglais. La communication est donc facile et agréable. Quand aux fonctionnaires de police et d’immigration, c’est presqu’un plaisir de leur rendre visite tellement ils semblent être au service des visiteurs.

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Après trois jours de repos et de rencontres locales ou avec les autres voileux qui arrivent ou partent au gré de leurs envies et de la météo, nous récupérons nos papiers à la police et appareillons en fin d’après midi pour explorer le sud de l’île avant de mettre le cap sur la suivante, Sao Nicolau. Belle traversée de nuit au vent de travers sous un beau clair de lune et arrivée le lendemain matin au lever du jour pour mouiller devant le port de Tarrafal, où se trouvent déjà une dizaine de voiliers. Lors de chaque débarquement en annexe, nous trouvons des « jeunes gardiens » qui, pour quelques pièces, nous garantissent de la retrouver, parfois un peu sableuse, mais intacte.

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Cette île montagneuse et plus peuplée que Sal est aussi plus humide. L’agriculture et la pêche sont les activités dominantes, car il n’y a pratiquement pas de touristes. Le spectacle de pêcheurs encerclant un banc de poissons pour l’embarquer dans leur petit canot nous donne une leçon de patience.

Ils sont sept à bord et deux nageurs avec masques et tubas qui guident ceux qui positionnent le filet puis le resserrent petit à petit. Un jeune est chargé d’écoper en permanence pour vider le canot qui se remplit à chaque mouvement brusque des fileyeurs. Au bout de trois heures d’efforts, ils remontent dans le canot une centaine de kilos de poissons genre bogues ou sarengs, qu’ils vont aussitôt livrer sur le quai du port tout proche.

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En fait ce poisson est vendu immédiatement, vivant, à un navire qui attendait à proximité. Ce thonier est équipé de viviers remplis en permanence d’eau brassée par de puissantes pompes. Les petits poissons vivants vont servir d’appâts pour la pèche au thon à la ligne. Les prises viennent remplacer les appâts dans les viviers et sont donc ramenés vivantes quand il n’y a plus d’appât. Selon leur taille, les thons sont ensuite commercialisés ou reversés dans des fermes marines d’engraissement, le temps d’atteindre la bonne taille.

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Il faut arriver au bon moment au marché pour acheter un beau morceau de ce roi des mers, ou prendre rendez-vous avec un intermédiaire qui vous permettra, s’il est suffisamment convainquant avec les pêcheurs, d’avoir un beau filet de quelques kilos de thon rouge fraîchement découpé. Un véritable délice, cuit au barbecue, avec quelques petits légumes soigneusement assaisonnés. Nous en avons eu pour quatre jours, et cela se conserve très bien au frigo, d’abord cru, puis cuit.

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Grâce à un aluguero charmant et francophone, recruté après de longues (plus que difficiles) négociations devant un supermercado, nous avons aussi fait une magnifique visite de l’île profonde. Si l’on peut dire, car cela se passe au milieu des montagnes incroyables de plus de 1000 mètres d’altitude. Bandes de nigauds, nous étions partis avec 6 autres plaisanciers sans habits vraiment adaptés et nous avons dû nous protéger du froid avec les coussins glissés sous nos teeshirts et en enfilant nos sacs à dos. Dans ce pickup Toyota Hilux, alignés en long sur les bancs en bois du plateau, nous avions fière allure et les gens nous acclamaient lors de la traversée des villages. En fait ils répondaient aux petits bonjours que nous leur adressions ou l’inverse. Accueil délicieux de ces villageois souvent très démunis mais souriants. Une autre surprise est venue des milliers d’araignées grassouillettes dont les toiles barrent le paysage. Elles expliquent peut-être pourquoi nous n’avons pas encore vu un seul moustique.

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Enfin, après quelques jours pour attendre une météo idéale (mais elle l’est presque toujours), nous avons repris notre route cette fois vers L’île Sao Vicente et sa capitale mythique Mindelo. Partis au petit matin, notre traversée dans un alizé musclé nous a permis de rattraper ceux qui étaient partis avant nous, et d’arriver en début d’après-midi dans cette magnifique baie, sous voilure réduite, avec 25 à 30 nœuds de vent, et de déjeuner au mouillage. Des dizaines de voiliers sont déjà là, et les participants de l’ARC sont sagement alignés dans la célèbre marina.

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Sagement est un bien grand mot, car le ressac remue tout ces beaux bateaux et leurs pontons d’une manière impressionnante. Le bruit des marres qui se tendent, des défenses qui couinent, des taquets qui grincent ou explosent sous l’effort, nous dissuadent d’aller nous y amarrer. Le confort et même la sécurité sont bien meilleurs à l’ancre.

Après quelques repérages et formalités d’entrée, nous avons eu recours à un aluguero sélectionné sur la place des alugueros, avec un magnifique Toyota Hilux 2,4D et son plateau de 8 places, pour une visite de l’ile. Marché conclu pour 4000 escudos (un peu moins de 40 €) et rendez-vous à 13h à la gare maritime, car nous voulions acheter nos billets sur le ferry boat qui nous emmènera dans l’ile voisine le lendemain.

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A l’heure dite, point d’aluguer encore moins d’aluguero. Un autre se présente et propose ses services. En fait, nous avons fini par comprendre que le premier avait dû trouver une meilleure course et nous a envoyé un copain sous traitant au noir. Renégociation et finalement départ avec ¾ d’heure de retard dans un vieux Toyota quasi clandestin et pourri. Jeu dans la direction d’un quart de tour de volant, pédale de frein au plancher avant que cela freine, énormes fumées bleue et noire à la moindre côte, batterie tellement faible qu’il a fini par ne plus pouvoir démarrer après avoir calé dans une côte. Mais nous n’avions plus le choix, il a fallu le pousser pour qu’il puisse redémarrer en descente et ensuite il ne coupait plus le moteur lorsque nous demandions un arrêt.

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Mais nous avons quand même fait un tour quasi complet de l’île, beaucoup moins spectaculaire et variée que la précédente mais bien pourvue en plages et criques quasiment désertes.

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Nous avons été impressionnés par la quantité de gens qui marchent seuls ou en famille, partout, parfois très loin de toute habitation ou commerce, en portant des colis sur la tête, dans un paysage souvent aride.

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Au retour, nous nous sommes refaits de nos émotions avec une bon grogue (mélange de rhum local et de mélasse) à la marina, en promettant que le lendemain, pour la découverte de Santa Antao, nous ne nous laisserions pas refiler n’importe quel aluguer ! Foi de mousquetaires ! (La rime est involontaire mais je n’en réjouis d’autant plus !).

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Pari réussi, Fernando est francophone, charmant et son Toyota en parfait état. Heureusement car le parcours était exigeant. Montée initiale en terrain désertique sur une route pavée très spectaculaire, arrivée dans le brouillard à 1300 m d’altitude dans une forêt primaire magnifique. Puis slalom sur une route de crêtes, toujours pavée, cernée par des précipices de plus de 1000 m de dénivelée avec des paysages à couper le souffle, avant de redescendre sur la côte nord de l’île dont les villages sont vraiment austères.

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Mais ce n’est rien à côté des villages de montagnes peuplées de paysans qui travaillent très dur pour entretenir des terrasses parfois minuscules surplombant des gouffres inimaginables avec des petites rivières au fond des trous.

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Les cultures de bananes, papayes, maïs, canne à sucre, mangues, arbres à pain, etc… sont luxuriantes et on comprend pourquoi cette grande île peu peuplée est le garde manger de l’archipel. Il y a aussi un élevage extensif de volailles, chèvres et bovins que l’on croise presque à chaque virage et des bucherons, parfois féminins, qui exploitent la forêt avec leurs scies et leur camionnettes hors d’âge.

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Après un déjeuner dans un petit resto dominant un mini port de pêche incroyable, dont l’entrée est balayée par la houle, nous avons repris la balade toujours aussi spectaculaire avant de rentrer prendre le ferry boat pour Mindelo par une route côtière toute neuve.

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Pendant la soirée au bar de la marina, un ponche Napoleo (mélange de rhum ambré et de mel de canne qui ressemble au grogue) nous a encore remis d’aplomb (vous ne me croyez pas ?).

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Le lendemain, repos, courses, visites de courtoisie chez les uns et les autres avec de nouveaux arrivés et finalement apéro devant un bon punch brun local (sans citron vert mais avec glaçons). Pardon, mais c’était la dernière soirée de Marie-France au Cap Vert qui s’est terminée dans des embrassades chaleureuses.

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D’autant plus que la plupart des équipages présents devraient appareiller dans les deux jours à venir pour les Antilles, avec en perspective deux semaines de quarts, de veilles et de manœuvres harassantes sans la moindre rémunération, sans communication à terre et dans des conditions de confort précaires (peut-être faudra-t-il bloquer, nous aussi, les routes de l’île de France pour obtenir une amélioration de notre sort, ne le prenez pas mal, je rigole). Cela devait donc s’arroser dignement, mais on comprend mieux quand on les vit, les mœurs des marins de la marine à voile d’autrefois.

A suivre.....

dimanche 10 novembre 2013

Vers le Cap Vert

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Après une semaine de vents forts, mais refroidis par un puissant et long orage dimanche dernier, nous avons préféré attendre que Dartag soit parfaitement rincé avant d’appareiller. Certains sont partis quand même, et d’autres ont, comme nous, encore attendu 24 heures avant de se désintoxiquer du confort, de l’électricité et de l’eau douce non contingentés dans la marina de La Gomera.

Cela nous a permis de retrouver David et Raymonde arrivés la veille de La Palma sur Aragorn avec leur amie Zara, et de les accompagner, sous la pluie, dans leur découverte initiale de la ville. Au passage, de faire aussi quelques emplettes dans les commerces locaux plutôt attractifs.

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Lundi matin, branle-bas de combat au lever du jour, pour remettre le bateau en condition « mer » et, après les embrassades traditionnelles, un départ sous un soleil radieux et…. un calme plat qui nous a permis de longer la côte au moteur.

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Quelques « puristes » dans des mouillages grandioses avaient dû y passer un dimanche pluvieux et venteux, moins séduisant que cette belle matinée.

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Au loin, le Teide, enneigé par l’orage de la veille, domine. Plus loin un énorme hôtel-jardin entouré de son golf occupe toute une falaise.

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Trois heures plus tard, la brise attendue de nord nous permettait d’arrêter la machine pour cingler délicieusement vers le port principal d’el Hierro, l’Escata, en découvrant petit à petit la silhouette de cette dernière Canarie, la plus petite et la plus isolée, la plus préservée aussi, si l’on en croit les guides.

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Arrivant sur place en fin d’après-midi, nous sommes saisis par l’ambiance noire des lieux. Plage noire, rochers noirs, petit port noir, très peu de bâtiments (en plus vraiment laids) le long de la côte, aucune animation ni commerce apparent. De la marina décrite par « le petit futé », point, uniquement un espace entièrement occupé par des bateaux locaux sur bouée et un seul voilier amarré le long d’un quai pour cargo au droit de l’unique échelle permettant d’y grimper à marée basse.

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Renonçant alors à cette escale, et profitant du vent bien établi, nous avons repris la mer cap au sud avant le coucher du soleil en nous organisant pour une traversée d’au moins cinq jours. Repas, quarts, réglages du radar, etc, nous perdons rapidement El Hierro de vue avec un petit regret, celui de n’avoir pas tenté cette visite présentée comme très belle. Peut-être avions-nous aussi été trop gâtés par le confort et la richesse de nos précédentes escales aux Canaries, et n’étions-nous pas encore complètement « retournés à la vie sauvage » qui nous aurait permis d’en profiter au mieux. Attention, voileux en herbe que nous sommes, à ne pas sombrer dans le gâtisme et les gâteries qui conduisent à oublier l’aspect « voyage et découverte » de cette belle croisière !

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Bref, nous voilà en mer, avec une belle brise de nord-est sur une mer à peine houleuse. Le génois tangonné et la GV entièrement déployée, nous accélérons chaque jour, à mesure que le vent se renforce. Nos essais de pêche ne donnent malheureusement rien, mais à sept ou huit nœuds de moyenne, est-ce étonnant ?

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Le troisième jour, il faut réduire la toile et la houle de deux à trois mètres rend les déplacements à bord moins confortables. Il faut se tenir, mais Marie-France confectionne pour chaque repas des salades variées et personnalisées toujours différentes à base de légumes crus, agrémentés de champignons, poivrons, oignons rouges, les protéines étant constituées de charcuteries diverses et variées. Un régal, sans oublier nos petits verres de « chinchon dulce », rosado, bananum, etc… La belle vie !

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Le quatrième jour, le vent atteint régulièrement les trente nœuds voire plus et la houle plutôt trois à quatre mètres avec quelques déferlantes. Une seule osera entrer légèrement dans le cockpit par la jupe arrière, projetant quelques éclaboussures (quel toupet !) jusque sur la table extérieure où Alain était en train de faire une requête météo par satellite avec l’ordinateur, hélas, encore une fois sans succès. Râlant !

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Cela ne nous empêchait pas de ramasser sur le pont tous les matins les poissons volants qui s’y étaient échoués la nuit au cours de leurs vols non contrôlés en tentant de nous échapper. Et nous profitions le jour, entre nos lectures studieuses ou divertissantes, du vol magnifique des pétrels, mini albatros à dos noir et ventre blanc qui passent entre les vagues sans un mouvement d’aile.

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Malheureusement l’un d’entre eux a confondu notre leurre avec une proie comestible pour lui et, après l’avoir décroché de l’hameçon, nous avons pu le reposer sur le pont, le temps qu’il se remette de son stress avant de reprendre son vol. Ayant changé d’appât, pour éviter que cela ne se reproduise, nous avons pris une minuscule dorade. Décidément la pêche n’est pas notre force principale.

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Mais, en faisant un calcul rapide, il était clair qu’à ce rythme, nous arriverions à destination en pleine nuit. Bien que possible, surtout si on connaît les lieux, qu’il y a une pleine lune et qu’on a des documents nautiques irréprochables, pourquoi pas ? Mais ce n’était pas forcément le cas, et les mises en garde de nos guides sur la fiabilité des feux et de la cartographie des îles du Cap Vert ne nous y incitaient pas trop.

Nous avons donc « rogné les ailes » de Dartag en roulant entièrement la grand voile et en ne gardant qu’un petit bout de génois pour régler notre vitesse sur cinq nœuds ce qui nous permettait d’arriver au lever du jour le samedi 9 novembre. Le bruit à bord a immédiatement beaucoup diminué et les mouvements sont devenus moins brutaux, mais comme la mer était de plus en plus forte, le confort n’y a pas gagné autant que nous l’espérions.

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Et, comme prévu, au lever du soleil ce samedi, l’île est apparue avec ses sommets en cône, et ses plaines sèches. Trois autres voiliers avaient sans doute fait le même calcul que nous, et sont arrivés dans notre foulée à Puerto Palmeira, principal port de l’île de Sal, presque saturé (majoritairement par des voiliers français et suisses) la plus orientale de l’archipel du Cap Vert, par 16° 45’ de latitude N et 22° 58 de longitude ouest. L’heure locale est GMT-1. Nous sommes donc désormais en retard de 2 heures par rapport à l’heure française.

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Espérant trouver rapidement une connexion Internet, nous vous enverrons ce billet dès que possible, mais l’utilisation de nos téléphones mobiles ne sera qu’exceptionnel compte tenu des coûts locaux annoncés par notre opérateur français. Le téléphone Satellite est légèrement moins cher, c’est dire ! Nous pouvons toutefois recevoir vos appels pour « seulement » trois fois plus que lorsque nous étions en Europe.

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Le week-end, les bureaux officiels sont fermés, ce n’est donc que lundi que nous pourrons nous lancer dans les démarches d’immigration temporaire et devront peut-être faire preuve d’une certaine patience, avant de découvrir cette île ou le tourisme serait en plein développement. A suivre………

samedi 02 novembre 2013

Du vent à Gogo !

Nous savions que nous aurions du vent pour aller à La Gomera. Heureusement car la précédente étape avait été marquée par la pétole.

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En fait, de 20-25 nœuds au départ, il n’a pas cessé de se renforcer et en passant au nord de l’île c’était plutôt 30-35 nœuds avec une mer assez forte et nous faisions régulièrement des pointes à plus de 10 nœuds, voire 11 nœuds, en approchant de San Sebastian. Subitement, alors que nous venions d’empanner, Dartag est parti dans une espèce de survitesse tranquille, porté par un vague sans doute plus favorable que les autres accompagnée d’une bonne rafale que nous n’avons d’ailleurs pas vraiment sentie.

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Alain était à la barre, ce qui est relativement rare, et a vu sur chaque bord une grande gerbe d’eau et d’écume se développer pendant quelques secondes au point de l’inciter à jeter un coup d’œil sur le speedomètre. Vitesse maxi constatée à cet instant 14,2 nœuds, sans effort, sans bruit autre que le sillage, sans vibrations, tranquille. Incroyable ! Record de Dartag battu, peinard, les doigts de pied en éventail. Ce bateau nous surprend par son aisance et sa puissance !

Bon, revenons aux choses sérieuses, après cette arrivée dans la belle marina de San Sebastian de La Gomera, quasiment en même temps que trois autres voiliers et un NGV.

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L’île est aussi un volcan jeune mais aucune activité tellurique récente n’a été enregistrée. Sa forme lui a donné son surnom d’île ronde et elle culmine à 1487 mètres. Sur une surface de 369 km², elle abrite environ 27 000 habitants mais cette population a diminué de moitié en cinquante ans. De nombreux habitants ont émigré depuis un siècle vers les pays d’Amérique latine, et les liens avec Cuba et le Vénézuéla sont les plus forts. Le bar restaurant « CUBA LIBRE » qui trône sur la place principale en est une illustration.

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La conquête espagnole fut difficile, nécessitant trois grandes expéditions en trente ans, et en 1487 une dernière révolte sanglante mit un terme à la résistance des guanches. La Capitale est San Sebastian, fondée au quinzième siècle autour de sa baie qui est maintenant son port principal. Cette petite ville blanche possède tous les services d’une agglomération plus importante qu’elle n’est, en particulier les commerces variés et attrayants, des bars et restaurants qui offrent une cuisine typique des gomeros, à base de fromage de chèvre, d’huile de palme et de farine.

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Sur la hauteur, un magnifique hotel Parador accueille ses clients surtout allemands et nordiques dans un superbe parc botanique entourant une merveilleuse piscine à débordement dominant le port. Les palmiers datiers croulent sous les fruits et il suffit de se baisser pour ramasser ces délicieux fruits dans le gazon.

Evidemment, nous n’avons pas résisté à l’envie de visiter cette île en voiture. Cette fois nous avions une Nissan Micra plutôt récente (20 000 km). Mais elle était loin de valoir la Hyundai que nous avons eue à La Palma.

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Elle nous a quand même permis de faire une visite merveilleuse en une grande journée. Commençant par la montée sur le versant aride, nous avons rapidement atteint le Parc Nacional de Garajonay, hélas par moment dans les nuages générés par un fort vent du nord. Mais que ces forêts sont belles !

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En dehors des chemins parfaitement entretenus, on a l’impression d’un espace vierge de toute occupation humaine, dominé par une végétation sauvage, vivante, diversifiée, allant des feuillus de toutes espèces aux résineux, plein de fougères et de mousse, bruissant des ruisseaux qu’on peut traverser sur de petits ponts de bois, moussus eux aussi. Le couvert végétal est tellement dense que la lumière manque par endroit pour faire des photos.

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Le balisage des chemins est rassurant et on n’a pas la crainte de se perdre en les parcourant à pied, tombant parfois sur une chapelle microscopique dédiée à une légende locale. Les murets de pierre moussus soutiennent les esplanades qui les entourent où nous avons eu la surprise de trouver un arbre aménagé en fontaine d’eau pure potable. Les promeneurs sont rares dans ce paradis et ce sont souvent des randonneurs bien équipés dont on se dit qu’ils sont en route pour plusieurs jours.

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Reprenant la voiture, nous avons rejoint le Valle Gran Rey qui descend jusqu’à la côte occidentale de l’île. Il s’agit d’une fantastique vallée issue de l’ancien cratère dans laquelle la route décrit des méandres magnifiques en passant par des point de vue sublimes. L’un de ces « miradores » est dû à Cesar Manrique, décidément omniprésent dans l’urbanisme et la mise en valeur touristique des Canaries. Un restaurant panoramique a été construit quasiment sous la route, et domine d’environ 700 mètres les vergers et bananeraies qui descendent jusqu’à la mer. Impressionnant !

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Après la fraîcheur des sommets, nous nous sommes plongés à nouveau dans la chaleur des bords de mer de la station balnéaire Valle Gran Rey, qui comporte aussi au pied de ses énormes falaises de basalte, deux plages et un petit port rustique. Quelques voiliers y étaient au mouillage, plutôt confortable en apparence, malgré la forte mer et la brise soufflant en puissantes rafales qui faisait voler l’écume à quelques centaines de mètres.

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En rentrant par la côte nord, et cherchant notre chemin entre les voies privées ou les routes d’exploitation agricoles, nous nous sommes perdus à plusieurs reprises malgré notre GPS, mais découvrant à chaque fois des paysages vertigineux, notamment près de la ville d’Agulo située dans un repli d’une énorme coulée de basalte et dominant une plage impressionnante. Autrefois une sorte de warf permettait de charger sur les bateaux la production agricole de la région. Mais on se demande, au vu des rouleaux de la grande houle qui brisaient sur la côte, comment c’était possible.

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A notre retour, Dartag nous attendait sagement à sa place dans une marina bondée en raison de la forte brise qui a régné en mer toute la semaine. Mais une amélioration étant prévue ce week-end, nous allons pouvoir partir visiter la dernière île de l’archipel, El Hierro, qui est la plus petite et la plus australe . Nous n’y resterons probablement qu’une journée avant de cingler vers le Cap Vert, sans avoir encore vraiment décidé quel sera notre point d’arrivée, Sal à l’est ou Sao Vicente à l’ouest. Cela dépendra des vents rencontrés sur le parcours qui durera au minimum 5 jours, pour 800 milles marins. Pendant cette traversée, nous n’aurons plus de contact avec la terre sauf par téléphone satellite si nécessaire. Nous enverrons quand même autant que possible notre position deux fois par jours grâce à notre balise Spot. A l’arrivée nous serons au sud du tropique du Cancer vers le dix-septième parallèle nord, à peu près celui de la Martinique. Cela sent les tropiques !

samedi 26 octobre 2013

Et la route du sel alors !

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Vue de loin, elle semble petite, mais on sent bien qu’elle recèle des reliefs importants. La Palma est l’île la plus occidentale des Canaries et aussi la plus récente. Elle n’a émergé qu’il y a moins de deux millions d’années quand ses voisines datent de 7 à 20 millions d’années. Après Ténérife elle est la plus haute des Canaries à plus de 2400 mètres et comme sa surface est réduite à 730 km² (moins d’un dixième de la Corse), cela accentue encore l’impression de haute montagne

Elle est aussi la plus proche du chemin des perturbations de l’Atlantique nord, ce qui lui donne le privilège de recevoir un peu plus de pluie et d’humidité que les autres Canaries.

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A notre arrivée, après un peu plus de 100 milles pendant lesquels il a fallu aider Eole avec un peu de gasoil, car la brise est restée désespérément faible, nous avons découvert une petite marina ultra moderne et bien équipée au fond du port de commerce de Santa Cruz (celle de La Palma, après celle de Tenerife que nous avions quittée la veille). La ville est toute proche et regroupe un quart des 87 000 habitants de l’île.

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Dans ses rues étroites et piétonnes on trouve de nombreux bâtiments des 17 et 18èmes siècles, pour la plupart parfaitement entretenus et dont beaucoup possèdent de superbes balcons, des galeries intérieures et parfois de magnifiques charpentes, en bois sculpté. Les églises, et édifices municipaux abritent des expositions d’artistes locaux, dont bien sûr César Manrique dont nous avons déjà parlé à propos de Lanzarote.

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Nos amis David et Raymonde étaient arrivés peu avant nous sur Aragorn, et comme les petites places du centre ville regorgent de restaurants accueillants nous en avons profité avec eux, en dégustant une cuisine locale simple, arrosée des vins de l’île sans prétention mais sympathiques.

Pour découvrir le centre de l’île, le moyen le plus pratique était de louer une voiture et nous avons jeté notre dévolu sur une petite Hyundaï, à 5 portes quand même. Et nous sommes partis à quatre dedans, sur les routes extrêmement escarpées des flancs du principal volcan, dont le cratère forme l’essentiel du parc national de la Caldera de Taburiente.

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Après une petite inquiétude sur la capacité de cette mini voiture à pleine charge sur un terrain aussi accidenté, il nous a fallu nous rendre à l’évidence. Ses performances sont surprenantes. Ses montées en régime rageuses, ses freins irréprochables, son rayon de braquage ultra court et son petit gabarit avaient raison des embûches du parcours y compris des épingles à cheveux incroyablement serrées et des très fortes déclivités à monter ou à descendre.

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Presque à chaque virage on a envie de s’arrêter pour profiter des points de vue à couper le souffle. Les passages dans de magnifiques forêts qui montent jusqu’à 2000 mètres sont magnifiques, et lorsqu’on débouche au dessus d’une couche de nuages sur des à-pics vertigineux, avec une perspective sur le Teide (Tenerife) à près de 200 km, on ne peut que rester bouche bée.

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Mais nous n’avions encore rien vu, car les bords de la caldera sont exceptionnels. Les chemins qui en font le tour, parfaitement aménagés et balisés, en dominant les pentes quasiment verticales du cratère, couvertes par endroit de magnifiques forêts, ou totalement minérales, avec des couleurs incroyables allant du noir absolu au jaune vif, offrent un spectacle fantastique, mal rendu par les photos.

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On se prendrait presque pour les corbeaux ou les choucas qui planent dans ces espaces, en passant parfois, dans un sifflement de planeur, à moins d’un mètre des visiteurs, comme pour les narguer, à moins qu’ils ne soient apprivoisés et en attendent quelque pitance ?

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Arrivant au point culminant, Roque de los Muchachos, on change d’univers. Ce sommet est investi par de nombreuses installations scientifiques d’observations du ciel ou d’auscultation de l’univers. On y trouve des télescopes et capteurs de rayonnement parmi les plus raffinés de la planète, ainsi que les hébergements de tous ces chercheurs et techniciens.

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Cela n’empêche pas les chemins de randonnées qui y convergent d’être fréquentés par des sportifs manifestement venus spécialement de toute l’Europe pour cela.

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La descente par la formidable forêt d’Hoya Grande nous a donné l’occasion d’une halte déjeuner dans une auberge canarienne à 1300 mètres d’altitude où nous avons enfin pu gouter aux préparations culinaires à base de GOFIO et autres spécialités canariennes typiques, dont le vin issu des vignes curieusement cultivées à même le sol jusqu’à 1500 mètres.

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Plus bas, rejoignant le débouché du cratère dans la mer, les milliers de terrasses spécialisées dans la culture de la banane longent la route sur des kilomètres avant d’arriver à Tazacorte où nous avons fait une petite pause en visitant la deuxième marina de La Palma, elle aussi moderne et sans doute encore plus confortable que celle de Santa-Cruz.

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Elle est d’ailleurs plus fréquentée et nous y avons retrouvé Daniel un autre plaisancier français déjà rencontré régulièrement depuis Madère. Nous sommes rentrés de nuit en passant par les deux autres villes importantes de l’île, Los Llanos et El Paso, avant d’emprunter le tunnel qui traverse la Cumbre Nueva et de regagner Santa Cruz.

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Le lendemain, jeudi, nous avons finalement décidé de garder la Hyundaï pour visiter le sud de l’île et les volcans récents qui l’ont modelée depuis le 17ème siècle et notamment lors de la dernière grosse éruption en 1971 (la plus récente des Canaries). Le San Antonio était entièrement dans le brouillard, et nous avons visité le centre d’information construit récemment, avant d’en faire le tour, sans voir grand-chose, dans un fort vent d’ouest, sur un chemin sécurisé par des piquets et des cordages. Très honnêtement, ce circuit facturé 5 euros par personne, le seul de payant de l’île, est presque sans intérêt.

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Heureusement, le volcan Teneguia, tout proche et moins haut, était dégagé et nous en avons profité pour faire le tour à pied en une heure et demie de marche, et parfois un peu d’escalade, où Marie-France a tenu bon en résistant à son vertige chronique. Chapeau l’artiste ! Elle a même pu enrichir plusieurs totems dont celui du sommet. Il faut dire que le spectacle en valait la chandelle, dans ces chaos de roches, entre les basaltes, pierres-ponce, sable, souffre, et les bouches de chaleur encore actives, qui dominent la mer toute proche où se sont arrêtées trois des principales coulées de la dernière éruption.

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Elles avaient recouvert les salines construites en 1967 à l’extrémité sud de l’île et endommagé le phare. Un nouveau a été construit, et les salines, dégagées et soigneusement réaménagées, sont maintenant ouvertes à la visite. L’exploitation actuelle est à vocation plus scientifique qu’industrielle, mais nous avons pu emprunter la route du sel qui les parcourt et prélever quelques cristaux purs pour notre repas du soir. Excellents !

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Ragaillardis par ces belles visites, nous voulions aussi voir le nord qui recèle d’autres particularités intéressantes. Bien sûr, il y a de charmants petits villages perchés dans des vallées sur des pentes incroyables, débouchant sur des plages noires, mais les piscines naturelles de La Fajana sont étonnantes.

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Des cuvettes issues de coulées de lave anciennes forment des bassins dans lesquels l’eau de mer est retenue à différents niveaux en fonction de la marée. Des aménagements minimes, forages, murets, rambardes, permettent d’en faire un ensemble de bassins alimentés par les marées et la houle tout à fait adaptés aux baignades et jeux d’eau. L’accès est ouvert à tous et deux établissements hôteliers construits à proximité permettent des séjours balnéo, thalasso, thérapo et je ne sais quoi encore, certainement bien attrayants.

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Cette région du nord est aussi la plus dense en bananiers que nous ayons vue jusque là. La moindre parcelle de terrain est exploitée ou aménagée en terrasses et la route est parfois presque obstruée par les immenses feuilles de bananiers ou les régimes de bananes dont les fleurs de 50 à 80 cm de haut touchent presque terre. Chaque bananier est étayé selon trois ou quatre axes afin de ne pas s’écrouler sous le poids de ses fruits qui sont souvent eux-mêmes étayés. Un travail de titans, sans parler de l’irrigation nécessaire, dont on voit les tuyaux partout. On trouve parfois par terre un petit régime qu’il suffit de ramasser. C’est bon !

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On se demande quels sont les débouchés d’une telle production, nous qui ne voyons jamais des bananes des Canaries sur les étals de nos hyper marchés français. Il paraitrait que la fameuse PAC serait un facteur important de développement de la culture européenne de la banane, mais peut-être que les plantations des îles françaises des Antilles en profitent aussi et ce sont plutôt celles là que nous voyons.

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Enfin, encouragés par notre guide, nous avons cherché la pépite de La Palma et nous l’avons trouvée à Puerto Espindola, à la tombée de la nuit alors que nous étions sur le chemin du retour. Le Ron Aldea fabriqué par la même famille depuis presque un siècle provient de la canne à sucre locale, préparée et distillée dans un alambique local, mis en bouteille sur place et distribuée uniquement à des initiés dont nous faisons maintenant partie. Ce rhum doux, vendu à 8 ans, 10 ans et 15 ans d’âge est une merveille et nous avons succombé à son charme en rentrant à Santa Cruz, partageant l’ambiance cosy du carré d’Aragorn avec nos amis, autour de cigares, également locaux, absolument exquis. Malheureusement nous n’avons pas profité de ces derniers, n’étant pas fumeurs, même dans de telles circonstances, mais c’est presque dommage ! Chienne de vie.

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Nous devrions partir avec le retour de l’alizé du Nord est vers La Gomera et Hierro très prochainement, et c’est là bas que nous préparerons notre traversée vers les iles du Cap Vert prévue début novembre.

dimanche 20 octobre 2013

Routes de la banane et de la patate !

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Las Palmas est une énorme ville de presque 400 000 habitants, capitale de l’île de Gran Canaria qui en compte près de un million. Elle est aussi le siège de la région autonome des trois iles de l’est des Canaries, Santa Cruz de Tenerife étant celle des quatre iles de l’ouest.

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Le port de Las Palmas est le plus actif de tout l’archipel et sa marina immense occupe une place de choix en plein centre ville.

A cette époque de l’année elle est quasiment réservée aux résidents et aux participants de l’ARC (Atlantic Rally for Cruisers) sorte de course chic organisée pour les voiliers désireux de traverser l’Atlantique en profitant d’une organisation et d’une assistance sans faille. Ils convergent de toute l’Europe et de la Méditerranée pendant l’automne et le départ est donné de Las Palmas au début de novembre pour une traversée directe vers Sainte Lucie aux Antilles.

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Heureusement le mouillage, juste à côté de la marina est très accueillant et Dartag y trouve facilement sa place parmi de nombreux plaisanciers en croisière dont de nombreux français. Le débarquement en annexe ne pose aucun problème, un quai étant prévu pour cela ce qui facilite l’usage du vélo pliant, bien utile pour les visites ou les courses.

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La ville, fondée en 1478 par le conquistador Juan Rejon, s’est développée le long de la mer, face à l’est pour ses activités portuaires et au nord le long de l’immense plage de sable de Las Canteras, très touristique, gagnant progressivement vers la presqu’ile de la Isleta. L’urbanisme est très contrasté entre les quartiers de grands immeubles collectifs type années 60, et le centre résidentiel de Santa Catalina et surtout de Ciudad jardin, ou le luxe le calme et la volupté dominent. La ville escalade aussi progressivement les montagnes environnantes avec des ensembles immobiliers formés de Bâtiments souvent cubiques blancs.

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Dans cette capitale, les quartiers traditionnels on pratiquement disparu à l’exception d’un petit village de pêcheurs préservé autour du Castillo de San Cristobal au sud.

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Le long des grandes avenues des bâtiments des 18ème et 19ème siècles abritent des hôtels, des musées et même un cabinet littéraire très élégant. On trouve dans les grandes rues commerçantes, des magasins de luxe et des grands magasins tout à fait comparables au Printemps ou aux Galeries Lafayette. A la périphérie, les enseignes comme Carrefour, IKEA, LIDL ou Décatlhon donnent l’impression de se trouver dans une grande ville européenne, ce qui est d’ailleurs le cas.

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Après quelques jours de visites et d’apéros avec d’autres plaisanciers français au mouillage, certains attendant des équipiers ou leur conjoint devant arriver à l’aéroport, le départ pour Tenerife n’attendait plus qu’une météo favorable.

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Le départ de cette traversée de 50 milles fût un peu laborieux, avec une forte houle de nord et un vent perturbé par les reliefs de l’île. Mais au bout de deux heures, nous étions au large avec une bonne brise de nord et un soleil resplendissant, comme tous les jours. Trois autres voiliers sur la même route nous donnaient l’occasion d’une nouvelle régate informelle, gagnée facilement contre deux d’entre eux mais perdue contre le dernier, un X442 très affuté qui est arrivé à Santa Cruz une heure avant nous.

Parfait accueil dans cette petite marina qui avait bien reçu notre email de réservation et a envoyé une embarcation à notre rencontre pour nous guider vers notre poste à quai. Très vite nous avons retrouvé quelques uns de voiliers déjà rencontrés dans des escales précédentes.

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Calme parfait, localisation en centre ville, Wifi d’excellente qualité. Il ne restait plus qu’attendre l’arrivée de Marie-France prévue le samedi 12 à l’aéroport Los Rodeos en provenance de Madrid. Juste le temps de procéder à quelques repérages et de louer une voiture qui permettrait d’aller la chercher et de parcourir cette île présentée par les guides comme magnifique.

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Honnêtement, ce qualificatif est en-dessous de la réalité. Les paysages, les routes qui permettent de les découvrir, la variété de la végétation, la beauté des cultures en terrasses, les villes anciennes et leur histoire,…. sont tout simplement enthousiasmants. Et encore nous avons fait l’impasse sur les plages du sud, les plus belles des Canaries, dit-on, mais colonisées principalement par les touristes de l’Europe du nord, avides des trois S et de tout ce que cela implique d’urbanisme, de bruit ou d’attractions à la mode.

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Nous avons commencé par la partie nord de l’ile, toute proche, en privilégiant l’ex capitale, San Cristobal de La Laguna, vieille ville universitaire très active et animée dont les bâtiments depuis le 17ème siècle retracent l’histoire. Bien sûr, dans cette culture très catholique, ceux du clergé local sont les plus nombreux et les plus remarquables. Puis une excursion jusqu’à Taganana nous a fait découvrir les magnifiques paysages escarpés et entièrement couverts de forêts depuis la ligne de crête de cette péninsule, parsemée de « miradores » permettant de voir à 360 degrés sur des à-pics hallucinants pour ne pas dire hallucinogènes.

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Notre première grande sortie, nous a entrainé jusqu’au sommet du Teide, plus haut sommet de toute l’Espagne (3718 mètres). Les différentes éruptions ou cataclysmes des cinq ou dix derniers millénaires ont sculpté des paysages à couper le souffle. Laves pâteuses, visqueuses, liquides, cendres, sables, explosions diverses, gigantesques glissements de terrains donnent des reliefs apocalyptiques plus ou moins colonisés par la végétation.

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De très belles forêts naturelles (beaucoup de pins locaux) occupent les versants nord et sud, mais la caldera, (à peu près plate à 2200 mètres d’altitude) est une sorte d’enfer minéral immense dans lequel on roule pendant des dizaines de kilomètres en ne sachant pas ou tourner les yeux tellement c’est impressionnant et beau de toute part.

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Le cône volcanique proprement dit, se dresse, majestueux, laissant voir sur ces flancs les multiples bouches à feux ayant laissé échapper d’énormes coulées de différentes couleurs, la dernière très noire en 1798.

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Le téléférique qui permet d’accéder au sommet part de 2300 mètres et abouti à 3555 mètres. Arrivés là haut, trois itinéraires permettent d’accéder à différents points de vue d’où l’on aperçoit toute l’île et aussi les autres Canaries dans un rayon de deux cents kilomètres. Hélas pour monter au sommet, il faut demander préalablement une autorisation spéciale au ministère de l’environnement, et le planning de la semaine était déjà saturé. Consolation, d’après ceux qui connaissent, cela n’a rien d’extraordinaire, mais nous avons été un peu déçus, d’autant plus que les gardes qui nous ont arrêtés à l’entrée l’ont fait d’une manière peu « canarienne », plutôt hautaine et bureaucratique, ce qui nous a surpris.

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En redescendant de là-haut, par l’ouest de l’île, toujours au milieu de gigantesques coulées de lave anciennes et de forêts de résineux, nous avons découvert d’où venaient les bananes des Canaries. A perte de vue des enclos soigneusement protégés regorgent de cette gigantesque plante verte où les régimes, parfois énormes et encore tout verts, seront bientôt dans nos assiettes. Une vraie route de la banane.

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Après une journée de repos consacré aux petites tâches ménagères, nous avons repris la route, longeant toute la côte sud-est de l’île par une route oscillant entre 400 et 600 mètres d’altitude, desservant plusieurs villes historiques au milieu des cultures en terrasse de pommes de terres à perte de vue et jusqu’à 1500 mètres d’altitude.

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Une vraie route de la patate, nous inspirant beaucoup de respect : oui, les canariens travaillent dur, car l’irrigation nécessaire à cette culture implique le captage et la distribution du peu d’eau disponible grâce à de multiples petits canaux à flanc de montagne qu’il faut évidemment construire et entretenir depuis des générations.

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Nous somme ensuite remontés dans la caldera, la parcourant partiellement en sens inverse, et jouissant encore de ses chaos rocheux et volcaniques sous d’autres angles de vue et avec un autre éclairage.

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Nous avons terminé cette deuxième grande sortie par la visite de La Otorava et Puerto de la Cruz. Ces deux villes, quasiment contigües, construites à flanc de montagne sont différentes.

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La première, dont le centre historique comporte de nombreux bâtiments du 18ème siècle et plusieurs belles églises, est tournée vers l’artisanat et le gofio. Cet aliment traditionnel des Canaries est une farine de blé et de maïs qui peut servir de base à toutes sortes de préparations culinaires, principalement des pâtisseries ou des barres énergétiques, associée avec du miel et de la cannelle. Cet aliment populaire ne serait plus « à la mode » pour les canariens modernes, et la flamme est entretenue par un passionné qui cherche à le faire connaître notamment grâce aux touristes. Nous avons craqué : c’est bon !

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La deuxième est un ancien port de commerce (supplanté au 20ème siècle par Santa Cruz) et de pêche traditionnel, devenu depuis les années 50 une immense station balnéaire, équipée de grands hôtels et de résidences de luxe colonisant progressivement un urbanisme collectif parfois désuet. La ville est protégée par une impressionnante digue en béton et blocs brise-lame (peut-être à l’épreuve des tsunamis) Et le petit port accueille, en plus des petits bateaux de pêche, un grand club de voile sportive qui doit faire la joie des estivants toute l’année, car ici c’est l’été en permanence.

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Après les grandes iles et les grandes villes, nous allons maintenant consacrer les prochaines semaines aux trois dernières îles de l’archipel, celles de l’ouest, puis nous entreprendrons une nouvelle traversée, la plus importante depuis le début de cette croisière. Elle nous conduira vers l’archipel du Cap Vert, pour encore plus de découvertes et de rencontres dans ce pays indépendant depuis 1973 qui rappelle, à ceux qui le connaisse, l’Afrique de l’ouest, avec la gentillesse de la culture portugaise. Marie-France reprendra l’avion pour Paris depuis Mindelo le 23 novembre (sniff !)

samedi 05 octobre 2013

Il a plu à Fuerteventura !.

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On ne quitte pas une ile aussi attachante que Lanzarote sans une dernière nuit au mouillage à l’extrémité sud de l’île, la plus touristique. La pointe de Papagayo offre une belle plage peu fréquentée dans un beau décor volcanique.

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A peine plus loin vers l’ouest, un autre mouillage est possible à proximité de la marina Rubicon, que nous allons franchir (notez la référence à César) pour une nuit encore. De là une balade en zodiac nous amène jusqu’à la Playa Blanca, beaucoup plus fréquentée. On dirait que les ensembles immobiliers créés ici rassemblent l’essentiel des visiteurs de l’île.

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Le petit port, utilisé par les embarcations locales, et le ferry qui fait la navette avec Fuerteventura juste en face, rassemble quelques ressources commerciales autour de restaurants qui bordent la mer et le port.

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La marina Rubicon elle-même est un ensemble chic de beaux immeubles, essentiellement construits par des promoteurs allemands, et de nombreux voiliers, certains très grands, très beaux, portant les pavillons habituels des endroits luxueux, beaucoup de britanniques et d’allemands, mais aussi quelques espagnols et français. Le super marché local est très bien achalandé en produits pour tous les consommateurs européens aisés, y compris des vins ou champagnes français et des laitages Danone.

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Mais, en ce mardi 1er octobre, nous allons changer d’île et partons vers la côte est de Fuerteventura avec une brise régulière d’est. Cette île bordée, d’immenses plages de sable, est plus grande mais nettement moins peuplée que Lanzarote, seulement 50 000 habitants dont la moitié dans la « capitale », Rosario. Nous y arrivons dans l’après-midi, malgré les conseils peu motivants du guide Imray, mais il est parfois en retard sur les événements.

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En l’occurrence, pas vraiment, peu de choses ont changé depuis sa rédaction et le port étant entièrement encombré d’embarcations locales et de corps-mort, nous mouillons à l’extérieur devant le club nautique, avant de débarquer en laissant l’annexe sur un ponton neuf et vide comme s’il n’était pas en service, ou que les plaisanciers, découragés par le même guide que le mien, boycottent cet destination.

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En fait, il s’agit d’une jolie petite ville dont les embellissements traduisent une volonté des responsables de la mettre en valeur. Les abords de la mer, avec le rappel de la présence des baleines dans la culture locale, et les rues piétonnes plantées d’arbres tropicaux, rassemblant de jolis commerces sont agréables. Et le grand centre commercial est digne d’une « capitale » locale avec des prix très compétitifs.

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Il n'y a pas qu'eux d'ailleurs, l'immobilier est vraiment à prix canon ! 160 m², trois chambres, deux salles de bains, une piscine privée pour moins de 100 000 euros on croit rêver !

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Tôt le lendemain, une brise de sud nous incite à lever l’ancre. Bon, ce n’est pas la direction idéale, mais depuis le temps que nous n’avons pas louvoyé, ce sera l’occasion.

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Nous longeons donc cette côte désertique passant devant l’immense aéroport désert, puis devant un petit port développé par des opérateurs allemands au milieu d’un ensemble de résidences de tourisme entourant un grand golf verdoyant.

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Plutôt étonnant dans ce paysage minéral, mais après tout pourquoi pas ? Il y a quand même là dedans quelque chose d’un peu choquant.

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Progressivement le vent se renforce atteignant la force 5 à 6, toujours dans le pif. C’est donc sous voilure réduite et copieusement rincé que nous passons le très noir et sec cap Lantayia, avant de passer devant un petit village de touristes, tout blanc.

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Puis très vite nous arrivons devant Gran Tarajal, qui possède une belle plage assez abritée devant laquelle nous mouillons pour la nuit avec six autres voiliers. Pour la première fois depuis longtemps, nous n’en connaissons aucun, et ils sont tous de nationalité différente, mais il y a déjà un français que nous retrouverons par la suite.

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Il y a aussi un port protégé par une haute jetée où les gardes-côtes veillent, car nous sommes au point le plus proche de l’Afrique et c’est de préférence dans ces parages qu’arrivent le plus souvent les boat-people d’immigrants clandestins. La tragédie qui vient de se produire en Méditerranée nous rappelle que ces pauvres gens n’hésitent pas à mettre en jeu leur existence pour en espérer une meilleure.

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Lors de la visite de la ville le lendemain, nous sommes admiratifs devant le nombre et la qualité des peintures décorant de nombreuses façades d’immeubles. Les artistes ont signé leurs œuvres et cela nous rappelle que samedi prochain est le jour de l’ouverture de la nouvelle exposition de Denis à Paris. Nous lui souhaitons un beau vernissage.

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Nous reprenons notre route en visant cette fois le sud de l’île, et la brise, redevenue plus maniable, nous fait d’abord passer devant des paysages d’une sauvagerie inouïe. Ces coulées de lave refroidies depuis des millénaires ont gardé un aspect hostile et on imagine les forces et les énergies en jeu lors de la constitution de cette île.

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Puis arrive l’isthme de Jandia. Un ensemble de dunes rattachant la péninsule à la terre principale. Mais pas de la mini-dune, de la méga-dune, hautes de plus de 150 mètres sur une distance de plusieurs kilomètres. On pense au Sahara si proche.

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A leurs pieds les plages désertes, ou parfois équipées, vont jusqu’au cap de Morro Jable sur lequel est bâti un grand phare comme nous en avons en Bretagne.

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Autour de lui, les équipements résidentiels sont très nombreux et les plages noires de monde, au milieu des paillotes multicolores. Un paradis pour la bronzette. On entend même de la mer les sonos qui diffusent du « disco » à plein tube. Dissuasif !

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Pourtant, le port de Morro Jable, situé juste après le cap, dans lequel nous entrons, parait mort. Quelques voiliers occupent misérablement des deux pontons défraichis sans eau ni électricité qui occupent sa partie ouest. Il y a un quai pour les ferries et un chantier, quelques pêcheurs, point à la ligne (mais eux, ils pêchent au filet). Quand même, après Dartag, trois ou quatre autres voiliers sont arrivés et le dernier a même du se mettre à couple d’un autre car il n’y avait plus de place.

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Les deux suivants ont mouillé dans le port, mais l’un d’eux s’est fait surprendre par la marée et le matin suivant il était couché, échoué sur son flanc droit.

Un mini chalutier s’était aussi amarré là avec deux microscopiques baleinières et, dès la nuit tombée, ils ont commencé à préparer leur travail de la nuit, utilisant un groupe électrogène de chantier bien sonore sur le ponton et en buvant copieusement, avec chants, plaisanteries d’hommes, etc…. jusqu’à un heure avancée de la nuit. Puis ils sont partis en mer, pour revenir vers 5 h du matin et décharger bruyamment leur pêche. La nuit fût courte, d’autant plus que l’un des voiliers, peut-être un peu excédé par le bruit, a décidé de partir à l’aube, obligeant celui qui s’était amarré contre lui à manœuvrer également.

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De passage au bureau du port, dans la matinée, je rencontrais ce dernier (il était aussi au mouillage de Gran Tarajal), un français de Vannes, déjà « tourdumondiste » il y a vingt ans sur son petit côtre de 30 pieds en acier, équipé à l’ancienne. Il en est à son troisième grand voyage et repassera le canal de Panama pour parcourir le Pacifique en solitaire. A raison d’une demi-heure de formalités chacun, nous avons un peu fait connaissance et il viendra prendre l’apéro à bord avant de partir en début d’après-midi, alors que passaient des nuages qui nous ont donné deux courtes averses. Alors là, ici, quelle surprise !

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Puis, sortant de ce port peu attrayant, nous sommes allés au mouillage à l’abri de la péninsule de Jandia, nous pré positionnant pour partir le lendemain en direction de Gran Canaria. Nous y sommes arrivés ce samedi en milieu d’après-midi, sans forcer, en ayant ridiculisé un voilier espagnol (un Sun Kiss 47 bien plus grand que Dartag) qui a passé le phare et le dangereux récif de Jandia en même temps que nous, et est arrivé une demi-heure après. Cette traversée de 50 milles, effectuée à bonne allure dans un Alizé de rêve, augure bien des futures.

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Le prochain billet sera consacré aux deux grandes îles de l’archipel car Tenerife sera l’escale suivante, pour accueillir Marie-France, qui vient me retrouver le 12 et passer un bon mois au soleil.

lundi 30 septembre 2013

Au Pays de Vulcain

Cela fait du bien de retrouver le soleil, la chaleur, l’eau de mer à une température baignable sans appréhension. Le mouillage de la Paya Francesa à Graciosa rassemble tout cela, plus les rencontres avec d’autres voileux arrivés ici sur un chemin tortueux qui les conduira comme nous aux Antilles pour l’hiver.

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Une douzaine de bateaux se sont installés progressivement ici dont la moitié de français. Les autres sont plus nordiques : anglais, hollandais, allemands, suisses, danois, suédois, notamment. Nous sommes vraiment encore en Europe, même si un canadien et un américain y ont fait un petit passage.

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Le petit village niché autour de son port de pêche, à un mille au nord, surprend par sa blancheur et sa rusticité. Toutes les maisons basses donnent sur des voies sablonneuses et il y a peu de véhicules, uniquement des 4x4 japonais ou des Land Rover hors d’âge. On pense un peu à l’Afrique qui d’ailleurs n’est pas si loin, le sud marocain est à 150 kilomètres à vol d’oiseau.

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Et pourtant, il y a des petits commerces bien achalandés en fruits et légumes, pain, charcuterie et même laitages. Les trois ou quatre restaurants installés autour du port, offrent à la clientèle du jour des repas essentiellement de coquillages, poissons et autres fruits de mer, et des bateaux de promenade amènent de Lanzarote toute proche, des touristes venus pour les plages, la plongée et le balades dans les sables caillouteux de l’île portant quelques cônes volcaniques.

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Après quelques jours d’acclimatation à ce petit paradis, l’escalade du sommet le plus proche de notre plage était devenu une obsession, au point d’y aller une fin d’après-midi, muni de tout l’équipement « désert » nécessaire : chaussures, lunettes de soleil, casquette, boisson et nourriture, appareil photo,… Cette ascension de 174 mètres n’est pas une performance physique, elle est facile en suivant des petits chemins plus ou moins bien tracés au milieu des pierres et des ravines jusqu’au sommet de cratère dont on peut faire le tour complet.

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De rares espèces végétales commencent à coloniser ces espaces minéraux malgré la faiblesse des précipitations. Mais on voit nettement les effets du ruissellement qui se produit lors des quelques orages annuels. De retour par la plage après deux heures de marche, en ayant croisé seulement un jeune couple, le bain de mer fut un délice.

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Une rotation du vent au sud-ouest provoquée par une grosse dépression circulant au nord de Madère, incita tous les bateaux à reprendre leur route vers Lanzarote ce mardi 24 septembre en doublant par la Punta Fariones au nord de l’île. Quelques heures de mer tranquille en essayant (vainement) de pêcher, et nous nous retrouvâmes, juste après la bascule du vent parfaitement prévue, presque tous dans la marina de Porto Naos récemment équipée dans le port commercial d’Arrecife, capitale de l’île. Sur la quarantaine de voiliers présents, la moitié encore sont français, dont une dizaine déjà rencontrés.

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Cette ville basse et blanche n'a pas réellement d'histoire ancienne et son charme vient essentiellement des bassins intérieurs dans lesquels la marée entre et qui abritent des barques de pêche et, au bord de jolies promenades, quelques bistrots ou commerces traditionnels.

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Le temps mitigé et le vent de sud assez fort, vont nous inciter à rester dans cet excellent abri et en profiter pour découvrir cette ville qui regroupe un tiers de 185 000 habitants de l’ile et de nouer de nouveaux contacts avec les équipages des autres voiliers, que nous rencontrerons encore dans les mois à venir lors des autres escales.

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L’un d’eux arrivant de Rabat avait pêché la veille un espadon d’au moins 25 kilos. Déjà complètement rassasié de ce merveilleux poisson, il en a offert à tous ceux qui en voulaient, Je ne fus évidemment pas le dernier à accepter. Du coup les barbecues et planchas ont repris du service dans toute la marina et le fumet délicieux des tranches grillées de ce roi des mers fut encore une occasion de festoyer.

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Les locations de voitures permettent aussi de découvrir l’intérieur de l’île d’origine volcanique. Les dernières manifestations remontent aux 18ème et 19ème siècles. De 1730 à 1736, une énorme éruption recouvrit tout le sud ouest de l’île, accroissant sa surface de 200 km², détruisant des centaines de fermes et forçant à l’exil la moitié de la population. Un siècle plus tard, en 1824, une autre éruption, moins abondante, stérilisa encore une bonne partie du territoire recouvrant partiellement les laves à peine refroidies de la précédente.

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Aujourd’hui ces paysages lunaires sont intégrés dans le Parc Nacional de Timanfaya, impressionnant par ses couleurs, ses reliefs tourmentés, ses fronts ou tunnels de laves et les manifestations volcaniques encore très présentes sous forme de rejets de gaz brûlants. A l’entrée de ce parc, un bâtiment d’information des visiteurs, sorte de musée des volcans, est construit au milieu d’un champ de lave noire chaotique. On peut notamment y voir deux films fort intéressants, avec son en quatre langues (dont le français) sur l’histoire de l’île et le processus de colonisation de des champs de lave par la vie, animale et végétale.

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Dans un environnement aussi sec que Lanzarote, près de deux siècles après la dernière éruption, le paysage reste très minéral. Ce processus est beaucoup plus lent que sur les volcans très arrosés comme ceux des iles tropicales humides, où le couvert végétal est total en quelques dizaine d’années, comme le Piton de la Fournaise à La Réunion.

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Au milieu du parc est installé un discret mais important établissement d’accueil du public qui emprunte les bus permettant de parcourir la partie la plus spectaculaire. Les bouches de chaleur naturelles permettent de griller les viandes servies dans le restaurant, ou de voir les effets des températures très élevées qui y règnent : un fagot de branchages y prend feu en quelques secondes et un seau d’eau jeté dedans remonte presque immédiatement sous forme d’un geyser dans un bruit d‘entrailles de la terre.

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Une fois la dépression passée, le vent revient à sa direction habituelle et il est possible de reprendre la route du sud de l’île pour découvrir en particulier les plages et mouillages abritées de la pointe Papagayo. Evidemment les aménagements touristiques y sont nombreux, et les ensembles immobiliers bien visibles, mais restent assez respectueux de l’urbanisme et des couleurs de Lanzarote, le blanc et le noir y dominent. L’île est surnommée la perle noire.

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Cette relative préservation serait une spécificité ici, voulue par les édiles locaux, à l’instigation d’un artiste contemporain nommé Cesar Manrique, mort en 1992, qui a consacré sa vie à défendre le cadre de vie de son île et à conseiller les responsables de son développement dans le sens du respect de sa culture. Une Fondation et un Musée International d'Art Contemporain portent son nom et il restera dans l’histoire de son île comme un précurseur de la défense de l’environnement au sens large du terme.



Nous aurons l’occasion de nous faire une idée sur les autres îles prochainement.

dimanche 22 septembre 2013

desertas, desertatis

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Quitter Funchal après une si belle découverte et un accueil si chaleureux est presque dommage. Mais il valait mieux ne pas trop tarder car la météo pour la fin de la semaine prévoyait un déplacement de l’anticyclone des Açores vers le sud et donc l’évanouissement du vent. Muni de mes précieuses autorisations d’accès aux îles réserves naturelles du sud de l’archipel, j’ai donc appareillé ce mercredi, une heure après le voilier jaune d’un couple de suédois avec qui nous faisons route commune depuis Porto Santo. Bien que modeste, un Météor 9 mètres d’au moins trente ans, leur voilier est équipé pour la grande croisière avec radar, régulateur d’allure, superbe annexe semi rigide en alu, etc…

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Alors qu’il semble mettre le cap directement vers les Canaries, je serre un peu plus le vent, rapidement assez musclé, en visant les îles Desertas situées à environ 25 milles dans le sud-est de Funchal. C’est un ensemble de trois îles allongées selon un axe nord-sud séparées par deux passes étroites. Bien qu’assez grandes, elles sont désertes et en approchant on comprend pourquoi. Ce sont des barrières rocheuses de 3 à 400 mètres d’altitude, complètement hostiles, bordées de falaises quasiment verticales sur tout leur pourtour, et plutôt arides.

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Un seul endroit permet un mouillage et un débarquement éventuel si la houle n’est pas trop forte. C’est là qu’est installé le modeste bâtiment des deux gardiens du parc naturel qui contrôlent les visiteurs. Le peu d’attrait de cette escale et l’excellente direction du vent me conduisent à y renoncer, et à emprunter la passe sud, large d’un mille et profonde de 14 mètres. C’est peu, et la grande houle de l’Atlantique peut y briser méchamment lorsqu’elle est forte. Ce n’est pas le cas et nous passons facilement dans un environnement minéral assez impressionnant.

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De l’autre côté, le vent et la mer sont idéaux. Force 4-5 de NE, longue houle modérée et soleil. Nous mettons le cap sur les îles Selvagem, à environ 150 milles, espérant y arriver de jour, le lendemain, pour mouiller dans l’unique crique accessible sur Selvagem Grande. Comme sa petite sœur, Selvagem Pequena, située dix milles plus loin, ces îles sont entourées d’îlots, de récifs et haut-fonds non balisés, et plus ou moins bien cartographiés. Il convient donc d’être très prudents.

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Après une traversée exquise, bien que la houle se soit un peu amplifiée pendant la nuit, nous arrivons dans la matinée et faisons le tour par l’ouest en gardant une bonne distance. Les brisants sont impressionnants et une approche du mouillage par le sud, à vitesse réduite, s’impose. L’espace dans ce mouillage du bout du monde est réduit et nous espérons que le ressac ne sera pas trop inconfortable pour y passer la nuit après avoir rendu visite aux gardiens.

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Catastrophe, un autre voilier, un très beau vieux gréement en bois, pavillon hollandais, y est déjà (décidément le « soufflé » nous poursuit). En plus, le mouillage, très exigu, est parcouru en tous sens par le ressac. Les risques d’y rester sont grands car il faudrait mouiller plus loin dans des fonds de 15 mètres pleins de blocs de rocher avec une forte probabilité d’y coincer l’ancre, et peut-être de devoir l’abandonner.

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Nous renonçons donc, après avoir fait deux fois le tour de la question, et mettons le cap sur Graciosa, l’île la plus proche de l’Afrique, à l’extrémité nord est de l’archipel des Canaries. Elle est située à 140 milles, et avec le vent que nous avons, nous devrions y être en début de matinée le lendemain vendredi. (Petit à petit je tombe dans l’univers des traversées chronométrées avec des horaires types en comptant sur la fiabilité de la météo et la régularité des vents de cette partie de l’Atlantique, un peu comme si je naviguais sur un grand bateau à moteur).

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Perdu ! Pour ne pas arriver avant le lever du soleil, il a fallu réduire la toile et la vitesse, tellement cela marchait vite. Mais cette entrée dans la baie des français, "playa francesa", au lever du soleil et au coucher de pleine lune, fut une quasi extase. Cinq voiliers y étaient déjà, dont trois français, au pied d’un petit volcan, dans un calme matinal exquis, seulement troublé par le bruit continu des brisants sur les pointes rocheuses qui protègent ce mouillage de rêve. On devine un peu plus loin les toits des maisons blanches du petit village de Caleta del Sebo, qui fait face, à moins d’un demi mille, aux impressionnantes falaises volcaniques de Lanzarote le grande île voisine.

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Cette première escale aux Canaries, se prolongera un peu, d’abord pour profiter de ce site, ensuite pour permettre les formalités d’entrée dans l’archipel au bureau des autorités de Caleta qui n’est ouvert qu’en semaine.

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C’est aussi l’occasion de faire un brin de toilette à Dartag, un peu de mousse verte est apparue sous la carène, et au captain, dont la dernière douche remonte à Funchal. La température de la mer s’est un peu réchauffée à 22 ° permettant des bains confortables.

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En plus, la visite du village, très exotique, tout blanc, sablonneux, et animé, m’a permis de constater la présence de deux supérettes et plusieurs restaurants, il n’y a donc aucune urgence à chercher mieux. Cela permet aussi de faire connaissance des voisins de mouillage, dont plusieurs déjà rencontrés, et qui ont probablement presque tous le même programme de navigation pour les mois à venir. Un petit groupe de plaisanciers vagabonds se créée sur la route des alizés. Encore un plaisir de cette croisière. Cela commence avec le couple qui navigue depuis la Méditerranée sur un First de 8 mètres. Des experts en météo et informatique dont j’ai beaucoup appris, de vrais voileux trentenaires, d’un enthousiasme communicatif. Un régal de les rencontrer. Les autres français naviguent sur des bateaux souvent en aluminium, matériaux de prédilection des voileux français, dont les équipements sont quasiment les mêmes que ceux de Dartag. Amusant comme les analyses et l’expérience de chacun conduisent à peu près aux mêmes résultats.

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Nous allons commencer notre cabotage entre toutes ces îles, prévu pour presque les deux mois à venir, en grande partie avec Marie-France qui arrivera bientôt, et le prochain billet sera consacré aux premières visitées. A bientôt

mardi 17 septembre 2013

Deux, coup sur coup

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La première est petite, pour fixer les idées, environ de la surface de Porquerolles, mais beaucoup plus élevée et peuplée. C’est Porto Santo, l'une des deux îles habitées de l’archipel de Madère. Elle fût la première découverte au 15ème siècle, mais la première équipée d’un aérodrome digne de ce nom, capable de recevoir les plus gros avions. En fait ce fut un choix stratégique de l’OTAN, au début des années soixante, de l’équiper pour servir de base de secours aux forces aériennes et navales de l’alliance atlantique en plein guerre froide. Un grand port fut également construit à cette époque qui abrite maintenant la marina. Mais l'île manque cruellement d’eau au point d’avoir nécessité la construction d’une grosse usine de dessalement de l’eau de mer.

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Aujourd’hui, les utilisations civiles sont très majoritaires et ces infrastructures sont utilisées pour les îliens et les touristes, qui sont assez nombreux pour justifier 3 à 5 vols par jour et la navette quotidienne d’un car-ferry de 118 m de long, capable de transporter plus de 1000 passagers et leurs voitures depuis Funchal, distante de 30 milles. L’île vit principalement du tourisme.

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L’accueil de la Marina et des autorités à Porto Santo est extrêmement chaleureux et le prix vraiment abordable. Non seulement on a pas du tout l’impression de gêner, mais le personnel va presque au devant de nos désirs. Arrivé à la tombée de la nuit le mercredi 10/9, j’avais préféré mouiller dans le port. Dès le lendemain matin, le capitaine du port (Monsieur Nelson, je ne lui en veux de porter ce nom, il n’a pas dû le faire exprès) est venu en personne me proposer un emplacement et m’aider à m’y installer. Une vingtaine de voiliers étrangers y étaient déjà, 6 préférant rester au mouillage, et les contacts avec eux mais aussi les plaisanciers locaux sont d’une facilité déconcertante. Ces derniers parlent plus ou moins le français mais n’hésitent pas à engager la conversation. La plupart sont des habitants de l’île principale et viennent en vacances à Porto Santo ou même quelque fois pour le week-end.

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Sur les conseils de Pierre Bourgeois arrivé quelques heures après mois et reparti le surlendemain, j’ai débarqué mon mini vélo pour découvrir la ville, Vila Baleira, située à deux kilomètres, le long d’une plage de sable rose de rêve de 7 km de long. Christophe Colomb a vécu plusieurs années ici avec sa femme, fille du gouverneur local, et sa maison est aujourd’hui transformée en un petit musée de l’histoire des grandes découvertes et de la conquête des mers par les portugais et les espagnols au 15 et 16ème siècles, ainsi que de leur rivalité avec les anglais et les français qui commençaient alors leur montée en puissance.

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Puis je me suis offert le luxe d’un tour de l’île dans un bus cabriolet parcourant les principaux sites intéressants, jusqu’au pied du point culminant, le Pico de Facha, 516 m. La côte nord est très hostile et exposée à la grande houle de l’Atlantique. Celle du sud n’est pratiquement qu’une plage, quasi déserte malgré le beau temps. On croit rêver !

L’habitat est réparti dans la quasi-totalité de l'île sous forme de maisons souvent importantes dont beaucoup de résidences secondaires d’habitants de Madère. Le nombre de maison à vendre est important. Il y a peut-être des affaires à faire ? mais c’est quand même loin.

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Arrivant de Porto Santo à Madère à la voile, sous un grain, en venant du nord, nous étions tombés par hasard au milieu de la fête de la mer célébrée dans toute l’île.

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Des dizaines d’embarcations et de chalutiers font une parade le long de la côte en embarquant le plus de monde possible, peut-être parfois au-delà du raisonnable. Chaque bateau possède son animation musicale ou sportive et de nombreux participants sautent à l’eau en espérant que le bateau sur lequel ils se trouvaient, ou un autre éventuellement, les récupérera. Une telle fête, pratiquée chez nous autrefois, serait-elle encore possible aujourd’hui, encadrée dans nos réglementations sécuritaires et nos principes de précautions débiles ?

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A Quita do Lorde, luxueuse et récente marina, notre première escale à Madère, l’accueil avait aussi été à la hauteur de celui de Porto Santo, service impeccable, personnel parlant un français parfois hésitant mais disponible et très prévenant. Même s’il a plu pas mal pendant ces deux jours, c’est un excellent souvenir.

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La deuxième c’est précisément Madère, un ancien volcan de 750 km² culminant au Pico Ruivo de Santana à 1861 mètres. Elle est très peuplée avec 250 000 habitant, autant que la Corse pourtant dix fois plus grande. L’impression d’une île entièrement couverte de maisons, à l’exception des hauts plateaux du centre est stupéfiante. Les infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires sont extrêmement denses. La grande piste de l’aéroport fût construite quelques années après celle de Porto Santo, comme un ouvrage d’art, en grande partie sur d’énormes pilotis et abrite un hangar à bateaux. Et cela continue avec le chantier d’une extension du port de Funchal vers l’est.

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Contrairement à Porto Santo, l’eau ne manque pas, et nous en avons eu la démonstration en faisant, avec l’équipage de Sothis, une magnifique excursion dans la montagne. Elle était centrée sur la récolte de l’eau des chutes de montagne grâce à d’habiles captages et un réseau de petits canaux et galeries qui serpentent à flanc de coteau, dans une végétation luxuriante, pour acheminer cette ressource vers les cultures et les villes. L’arrivée à la source principale, formée de 25 petites cascades, au fond de cette vallée, est une merveille. Les 10 km de marche et 800 mètres de dénivelée cumulés, dans le brouillard et par moment sous la pluie, s’oublient alors facilement.

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Après à peine quelques heures à la voile, encore un peu sous les averses, et en croisant le fantôme de Christophe Colomb, nous sommes arrivés à Funchal, la capitale de la région autonome.

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Nous avons utilisé le mouillage extérieur avec quelques autres voiliers, mais l’accès aux sanitaires de la marina, bondée, et l’accostage de l’annexe sont autorisés et gratuits. Non, vraiment, ici on n’a pas l’impression de gêner. Un vrai plaisir, pour un plaisancier (admirez le jeux de mots !). Même les formalités de douane et d’immigration sont effectuées avec le sourire, et en français s’il vous plait !



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La ville est grande et belle, chargée de cinq siècles d’histoire à l’image de la cathédrale et de son diocèse fondé en 1514. Comme le long de toutes les routes, les fleurs sont omniprésentes : un nombre incroyable de variétés et de couleurs. Les jardins remplis d’espèces tropicales, de bassins et de fontaines sont un vrai régal. La ville basse, la plus ancienne, est entourée d’une sorte de cirque montagneux entièrement habité. La nuit, les lumières donnent à ce cirque un aspect féerique et l’on comprend que cette destination fasse partie des escales très demandées que les croisiéristes offrent à leur clients.

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Quand je pense que j’avais un moment hésité, comme le font certains, à filer directement de Gibraltar aux Canaries, j’aurais vraiment loupé quelque chose.



C’est en principe demain mercredi 18/9, que j’appareillerai vers les autres îles de l’archipel de Madère, désertes celles là, et protégées par une réserve naturelle, les îles Desertas et les iles Selvagem, pour lesquelles il faut demander préalablement une autorisation que j’ai obtenue facilement. Ensuite, je poursuivrai ma route vers l’archipel des Canaries où j’espère arriver avant l’anticyclone des Açores qui est en train de gagner vers le sud en pompant le vent.

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Deux coup sur coup, c’est aussi pour les bonites qui ont embarqué sur Dartag, mais hélas pas au bout de ma ligne, plus simplement depuis le marché ce matin, où je n’ai pas résisté en voyant un fantastique étalage de poissons dont plusieurs espèces que je n’avais jamais vues. Mais j'ai oublié le pain, il faut que j'y retourne. C'est un plaisir.

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mercredi 11 septembre 2013

Le Grand Large

Passer le détroit de Gibraltar « les colonnes d’Hercule, dans l’antiquité », est comme une épreuve initiatique chargée de légendes et de mythes.

Après une descente rapide depuis Hyères, une escale de 6 jours à La Linea et Gibraltar fut fort instructive et utile pour préparer la « sortie ». Petits bricolages et réapprovisionnements faits, nous avons repris la mer le jeudi 5 au matin, après avoir salué les nouveaux amis, Jean et Maggy de Genève puis Marc et Bénédicte d’Amiens, rencontrés dans cette marina agréable.

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Une petite brise d’est nous a permis de nous frayer un chemin dans la baie au milieu des tankers mouillés parfois par deux ou trois à couple. Apparemment les gros se font biberonner par les petits qui vont ensuite livrer les précieux liquides dans des ports inaccessibles aux gros. Il doit bien y avoir là aussi quelques petits trafics en tout genre autour des activités parfois sulfureuses liées à l’or noir.

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Dès la sortie de la baie le vent est pratiquement tombé, mais nous sommes arrivés à Tarifa, à la pointe sud de la péninsule ibérique, considérée pourtant comme le spot le plus venté d’Europe pour les planchistes, portés par un courant de marée significatif, comme sur un tapis roulant : vitesse indiquée 1 nœud, vitesse lue sur le GPS 3,5 à 4 nœuds ! Profitons-en tant que ce n’est pas l’inverse !

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Une fois en Atlantique, une très légère brise de Sud-ouest nous a permis de passer tant bien que mal avant la nuit devant la cap Trafalgar de sinistre mémoire pour nous français. Finalement l’idée d’une escale à Cadix s’est imposée et c’est vers 4h du matin, par cette nuit noire de nouvelle lune, que nous sommes entrés dans cette grande baie peu profonde. Premier contact avec les marées qui ont ici une amplitude de trois mètres. Nous avons mouillé à environ deux milles à l’est de la ville en attendant le jour.

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En fin de matinée nous sommes entrés dans la marina America à basse mer. Surprise, sur le ponton, nous attendait Pierre Bourgeois, un bruxellois avec qui j’avais correspondu par email à plusieurs reprises au moment où il envisageait d’acheter un bateau. Il m’avait demandé mes impressions sur le Bavaria 42 qu’il avait en vue, après avoir lu mes articles dans les forums de voileux. Finalement il l’avait acheté, et après quelques saisons en manche et mer du nord, jusqu’à la Baltique, il était en escale ici avec deux de ses enfants, avant de partir le lendemain pour Madère. Quelle coïncidence ! Nous avons pris un excellent petit blanc à son bord pour pratiquer ce que les voileux savent peut-être le mieux faire ; « tchatcher » et faire mieux connaissance ! Très agréable et nous nous reverrons.

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Mais avant, une longue ballade à vélo m’a permis de découvrir cette grande ville chargée d’histoire. Dès l’antiquité, la péninsule sur laquelle elle a été fondée, était habitée par des pêcheurs et commerçants. Sa grande époque fut celle de la découverte des Amériques et tous les grands navigateurs y sont passés ou y ont vécu, à commencer par Christophe Colomb.

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La citadelle est entièrement entourée de remparts aujourd’hui transformés en jardins publics magnifiques, plantés d’arbres et de végétaux souvent exotiques. Chaque bosquet est dédié à un personnage célèbre de la navigation, de la découverte des Amériques ou des états hispaniques du nouveau monde. Des statues en bronze de toutes ces personnalités ornent les allées ou carrefours de ces jardins. Les grands forts de défense de la cité sont accessibles au public et jalonnent le pourtour de la ville, séparés par de superbes plages de sable rose dont certaines sont équipées d’établissements balnéaires d’inspiration « belle époque ».

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La cathédrale de Cadix est un monument colossal décoré d’une coupole en tuiles vernissées.

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Le retour à la marina en longeant quelques quais du port moderne, montre encore à quel point cette ville est tournée vers la mer et ouverte vers le grand large. Mais, me direz vous, et la belle de Cadix ? Et bien je l’ai vue, elle aussi a sa statue tournée vers le large. Elle scrute l’horizon et, tenant son vêtement défait de la main gauche, expose tous ses avantages aux promeneurs sur la jetée protégeant le port.

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Pierre Bourgeois sur SOTIS est parti pour Madère le samedi matin, et je ne pensais pas le suivre immédiatement, ayant en tête une météo médiocre. Mais après récupération des dernières prévisions, son choix était le bon et je l’ai suivi une heure après.

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Au cours de la première journée de petite brise de sud-ouest, et une nuit peu encourageante où il a fallu utiliser le vent de cale pendant quelques heures, la mer s’est formée progressivement en approchant du Portugal.

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Après avoir viré de bord en fin de matinée de dimanche, lorsque le vent est arrivé du nord, il s’est renforcé nettement pour s’établir à 25 à 30 nœuds sur une mer magnifique couverte de moutons blancs couronnant les crêtes d’une longue houle, haute de deux à trois mètres.

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Dans ces conditions, la chevauchée fantastique de la Walkyrie était à l’ordre du jour, par moment sous un ciel bas. Avec 179 milles parcourus dans les premières vingt quatre heures d’alizé portugais, puis 193,9 dans les suivantes (plus de 8 nœuds de moyenne !), le palmarès de Dartag s’est enrichi d’un nouveau record qui devrait être difficile à battre. Evidemment, à bord, les déplacements nécessitaient quelques précautions pour éviter les coups ou les chutes et tout ce qui n’était pas parfaitement calé a rapidement trouvé une position d’équilibre naturel, heureusement sans casse. Pour la cuisine, c’était réduit au strict minimum. La consommation de plats tout préparés s’imposait d’elle-même.

Petite déception, les transferts de données par le téléphone satellite Iridium, n’ont pas été possibles. Seul le téléphone a fonctionné mais les emails et les fichiers météo se sont heurtés à une anomalie inexpliquée « no carrier ». Il faudra que je consulte un bon praticien pour lever cette difficulté qui ne s’était pas produite lors de mes essais à Hyères, si je ne trouve pas moi-même la solution.

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La régularité du vent et de la mer, la surveillance radar d’un océan quasiment vide sur cette route, et la précision du gyropilote électrique nous ont laissé pas mal de temps pour dormir ou lire, et profiter du spectacle. Le soleil et le vent nous fournissent suffisamment d’électricité pour tous les besoins du bord d’autant plus que la température s’est bien rafraichie, sollicitant ainsi beaucoup moins les frigos. Mais l’hydro-générateur, stocké au repos sur la plage arrière, a été happé pendant la deuxième nuit par une vague coquine et est tombé à l’eau, se mettant à produire lui aussi, plus ou moins emmêlé dans sa longe. Le récupérer sans arrêter le bateau n’a pas été simple, mais, bien calé, avec une bonne paire de gants en kevlar, ce fut possible, en force, en profitant d’une occasion où il décroche dans une survitesse.

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Au matin de la troisième nuit, surprise, le déjeuner était sur le pont. A défaut de pêcher à ces vitesses, Dartag ramasse tout ce qui se présente : trois chipirons, deux à bâbord et un à tribord, n’attendaient plus que d’être nettoyés et frits. Une aubaine, car c’était succulent. Par contre le temps et les averses ont mis les panneaux solaires au chômage. Vive les autres sources d’énergie et heureusement, le vent, quoique moins fort, était toujours là.

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Dans l’après-midi le temps s’est complètement dégagé, permettant de bien profiter de cette fin de première (pour moi) grande traversée et la vision de Porto Santo, notre but, se détachant sur l’horizon avait quelque chose de magique. Elle était de nouveau complètement couverte en arrivant et c’est sous une averse pas vraiment méchante que nous avons mouillé juste avant le coucher du soleil dans ce petit port qui dessert cette ile du nord de l’archipel de Madère.

La suite sera consacrée à la visite de cet archipel portugais qui vit à l’heure GMT +1 soit une heure de moins qu’en France.

mercredi 04 septembre 2013

Contraste

Il y a un rocher et une côte basse, plate, sablonneuse.

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Le rocher, c’est Gibraltar, possession de la couronne Britannique depuis 1704 confirmée par le traité d’Utrecht en 1715, l’année de la mort de Louis XIV, et constamment réclamé par l’Espagne depuis. Entre parenthèses, on pourrait se demander pourquoi cette dernière entretient deux enclaves en territoire marocain, Ceuta et Melilla moins connues mais beaucoup plus peuplées que Gibraltar, et si une tension existe aussi de ce l’autre côté du détroit à ce propos.

De toute façon la « décolonisation » de ces territoires, fruits de l’histoire, n’est pas pour demain, leurs habitants n’ayant aucune intention de s’incliner devant les pressions diplomatiques, à plus fortes raisons militaires, heureusement aujourd’hui moins d’actualité.

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En effet les 30 000 habitants du « Rocher » bénéficient de tous les avantages de la démocratie britanniques plus certains, liés par exemple à l’absence de taxes, faisant de cette presqu’ile un univers propre, prospère, chic et calme ou les affaires vont bon train. Au point que l’espace commence à manquer et que les immeubles sont vraiment très serrés autour des activités portuaires, militaires et touristiques ou de services bancaires et financiers. Les prix de l’immobilier sont pharamineux et ne semblent pas près de baisser.

La frontière est jalousement gardée par des cohortes de fonctionnaires débonnaires mais on sent bien que le moindre doute peut entrainer des fouilles ou formalités pesantes. Me présentant avec une casquette Kiwi, je suis passé après une question « nothing to declare ? » à laquelle j’ai répondu « no, sir » et gratifié immédiatement d’un bien accueillant « welcome sir ».

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Aussitôt après la frontière, s’étant un immense glacis formé par l’aérodrome civil et militaire que l’on traverse sans problème en voiture, à pied, ou en vélo comme moi. Des pancartes vous demandent simplement de ne pas vous attarder afin de ne pas retarder le trafic (une vingtaine de mouvements par jour) des avions s’il s’en présente un. Plutôt rigolo et inattendu.

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Ensuite, malgré la circulation à droite, l’impression d’être dans une grande ville anglaise serrée autour de son château fort, est d’autant plus forte que la moitié des balcons et bow-windows sont ornées avec des pavillons de l’Union Jack ou de Gibraltar, souvent les deux.

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La fête du Rocher donne lieu, chaque année le 10 septembre, à des manifestations de ferveur britannique très importantes. En plus, le fort vent d’est déclenche un nuage qui empanache le rocher et met la ville partiellement à l’ombre. Les British Pubs ou éventuellement Irish Pubs sont nombreux, les bus sont rouges et à impériale, les vieilles anglaises aux cheveux blancs se promènent au bras de leurs hommes ayant l’allure d’anciens officiers de l’armée des Indes. Mais il y a aussi une population jeune essentiellement blanche plus ou moins méditerranéenne et de belles voitures ou motos typiquement britanniques (Bentley, Rover, Royal Enfield, Norton, etc), ou plus marquées par la mondialisation.

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Il y a de très beaux magasins de tout, y compris Marx and Spencer dans les rues piétonnes. Et tout y est royal, y compris la poste de sa Majesté E||R.

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Les marinas semblent être spécialisées par type de bateaux : voiliers, motor-yachts, pêche-promenade, compétition, et parfois il y a des mélanges.

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Une grande partie de la partie sud du port est occupée par la Royal Navy, et aussi des entrepôts ou usines beaucoup moins sémillants. Mais il faut de tout pour faire ce petit monde qui cultive l’autarcie. Compte tenu de la température ambiante, je n’ai pas eu le courage de monter jusqu’à la grande mosquée située presque à l’extrémité sud du rocher, à plus de cent mètres d’altitude. Son immense minaret est parfaitement visible de tout l’horizon lorsqu’on approche par la mer. Juste à côté il y a le phare du détroit et une église, beaucoup plus modestes.

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La côte basse, plate, sablonneuse, c’est La Linea, ville espagnole et andalouse, s’étendant juste de l’autre côté de la frontière. Franchement, elle n’est pas belle ni propre. Ses rues poussiéreuses sont bordées d’immeubles bas, disparates, défraichis, sans âme et de quantités de poubelles.

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Le centre historique fait des efforts pour mettre en valeur les petits commerces et artisans de proximité, notamment autour de l’église de l’immaculée conception, mais cela reste modeste.

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La plage « du levante », exposée à l’est comme son nom l’indique, est immense et surveillée. Le vent étant fort et la mer fraîche, il y avait des kite surfs mais peu de baigneurs. On y trouve les ruines du fort « Santa Barbara » remontant à la période sarrasine, mais ce n’est plus qu’un amas de pierres partiellement recouvert de sable, et il faut savoir que cela a été un fort.

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Après un passage par la « Plaza de Toros » où les arènes, énormes, sont en réfection, on retraverse des faubourgs miteux pour rejoindre la baie d’Algésiras à l’ouest de la ville.

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L’environnement y est essentiellement industriel, en raison de l’importance du port commercial situé dans la baie. De hautes cheminées et des pylônes électriques barrent le paysage. Il ya quand même une belle plage longue, abritée, beaucoup plus fréquentée. On y trouve également des centres commerciaux dont un « Carrefour », très grand, propre et bien achalandé ou la sécurité est assurée par de nombreux vigiles armés de grandes matraques dernier cri. On se demande s’il y a un couvre feu ici. Non je plaisante, mais à moitié seulement. J’y complèterai mon ravitaillement avant de partir car il est facilement accessible en 10 à 15 minutes de vélo.

Ce petit séjour dans la marina récente de La Linea restera un bon souvenir, en raison de sa sécurité et de son confort, sans parler du prix tout à fait raisonnable. On y trouve également quelques ressources techniques en cas de besoin. C’est aussi l’occasion d’y rencontrer d’autres plaisanciers en escale, anglais, italiens, suisses ou français qui attendent, comme moi, une fenêtre météo favorable pour reprendre leur route. J’espère le faire, une fois soignés les petit bobos de Dartag (c'est presque fini), mercredi ou jeudi, direction Madère, à plus de 600 milles soit 4 à 5 jours de mer en principe. Ma première vraie expérience du grand large..... A suivre.......

mardi 03 septembre 2013

Eaux inconnues

Cette fois nous sortons des eaux fréquentées habituellement chaque année depuis des décennies. Cap sur l’Espagne du Sud, l’Andalousie, Gibraltar.

Mais d’abord il faut rejoindre la côte de la province de Murcie, si possible au-delà du cap de la Nao, un des trois grands caps de la côte méditerranéenne espagnole. Nous visons le cap Palos qui donne son nom à une zone de Météo qui commence là. Après les orages de la nuit de dimanche à lundi accompagnés de pluies et vents d’ouest modérés au mouillage de Formentera, les trois sources que nous avions prédisaient des vents d’est à sud est force 3 à 4, sur l’essentiel du parcours. Quasiment l’idéal !

Partis pour un après-midi tranquille et un petit coup de moteur bien utile quand la brise tombe au crépuscule, mais toujours entourés de masses nuageuses menaçantes sans plus, nous pensions avoir une traversée tranquille. Quelle erreur ! Le vent est revenu rapidement de plus en plus fort obligeant à des manœuvres incessantes, jusqu’à la force 8 qui a duré plusieurs heures. Nous étions entourés d’éclairs en permanence sur tout l’horizon, curieusement sans pluie et la mer est devenue très désagréable.

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Au lever du jour, le vent s’est stabilisé à la force 5, mais avec une mer plutôt agitée, venant de l’arrière. Un grand groupe de dauphins (peut-être une trentaine) est venu jouer avec notre étrave pendant quelques minutes, mais aller les voir à l’avant après cette nuit agitée et avec les mouvements brusques du bateau dans la mer encore hachée eut été imprudent.

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Nous sommes arrivés à Carthagène (en espagnol Cartagena) juste après avoir passé le cap de Palos, en fin d’après-midi, avec une brise mourante. Et dans ce grand port, un seul mouillage possible, d’ailleurs vide, devant l’unique plage de cette ville. Soirée de repos avant une visite à terre reportée au lendemain.

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Cette grande et belle ville (400 000 habitants environ) partage avec sa voisine Almeria (200 000 habitants) une histoire multimillénaire remontant à l’antiquité phénicienne. Le mélange des cultures issues des envahisseurs successifs, dont les musulmans pendant cinq siècles, laisse de nombreux vestiges et musées que nous ne prendrons pas le temps de visiter cette fois.

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Aujourd’hui, Carthagène est une ville industrielle, portuaire et militaire. Son passé minier est encore bien visible par les balafres laissées dans ses collines autour de l’extraction du plomb. Elle fût la dernière conquise sur les républicains par le général Franco pendant la guerre civile et il en fit la plus importante base navale espagnole de méditerranée.

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Autour de sa cité historique portant la cathédrale construite après la Reconquista, les rues et places qui entourent le port sont magnifiques, les espaces piétonniers en marbres fort nombreux et les plantations de grande qualité. Les bâtiments officiels qu’ils soient civils ou militaire témoignent d’un souci de mise en valeur de la ville, mais celle-ci parait peu animée. Peu de monde dans les rues, pratiquement pas de circulation, deux ports de plaisances avec de nombreuses places libres,….serait-ce les conséquences de la crise dont souffre le pays ?

Avec quelques approvisionnements frais, nous repartons en direction du Cap de Gata qui marque l’entrée dans la mer d’Alboran (qui a donné son nom à une zone météo éponyme). Alboran est un minuscule îlot inhabité et pelé, à mis chemin entre les côtes marocaines et espagnoles aujourd’hui réserve intégrale et où le débarquement est interdit. Dommage, j’y aurais bien fait un tour !

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Le vent n’a pas cessé de se renforcer toute la journée et cette étape très rapide s’est terminée en pleine nuit dans un fort vent portant. Juste après ce grand cap, un mouillage très venté mais assez abrité de la forte houle, était déjà fréquenté par un autre voilier et un bateau de pêche, heureusement munis de feu parce que dans la nuit noire…….

Bref, dans la panique de l’arrivée, j’ai posé mon beau Samsung dans un fond de verre de pastis très dilué que j’avais oublié. Quand je l’ai repris, dix minutes plus tard sans doute, il était complètement ivre, n’obéissant plus à mes touchers délicats sur l’écran, et m’imposant certaines applications dont je n’avais rien à foutre. Scrogneugneu,… j’ai cru qu’il était mort (enfin ivre-mort). Je l’ai soigneusement ouvert et séché avec un PQ, lui ai soufflé un peu dans les bronches pour le dégriser et il a redonné quelques signes de vie. Le lendemain tout marchait à peu près, mais la prise USB par laquelle on le recharge doit avoir pris un bon coup, car il ne veut plus se recharger et la connexion au PC est en rideau. J’espère que je vais trouver une solution, car cet appareil me sert énormément, pour la navigation, pour l’accès Internet, pour mes répertoires. Pour le téléphone j’ai un appareil de secours, mais c’est vraiment balaud !

En ce jeudi matin 29, le vent était encore plus fort et toujours dans la bonne direction. Sous voilure réduite, nous avons longé la Costa Del Sol à une vitesse phénoménale passant souvent les 10 nœuds et enregistrant plusieurs pointes à plus de 11, avec un record à 11,9 nœuds. Impressionnant, surtout quand il a fallu manœuvrer dans une houle de trois mètres pour éviter au dernier moment un bateau de pêche dont la route était imprévisible, le bougre !

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A un moment, la turbine de l’hydro générateur faisait de telles cabrioles qu’elle s’est emmêlée dans sa ligne. J’ai dû la remonter pour la démêler et j’en ai profité pour lui mettre les petites pales qui n’avaient encore jamais été essayées. Peine perdue, son comportement était tout aussi turbulent, mais elle produisait un peu moins, par contre elle ne s’est pas emmêlée à nouveau.

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Passant en revue toute la côte de l’Andalousie, nous avons découvert les traces du développement effréné de cette région qui alimente en fruits et légumes toute l’Europe, mais à quel prix ! Des cultures sous serres développées à l’infini, avec des usines de dessalement d’eau de mer sur la côte pour faire face à la pollution des nappes phréatiques.

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Quant à l’urbanisme délirant, fortement lié au tourisme, c’est à se taper la tête contre les murs, même s’il subsiste par endroits des ilots de constructions de style arabo mauresque plus traditionnels.

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Enfin, l’arrivée sur le « Rocher » après 160 milles conclus par quelques heures de moteur, sans vent, mais avec toujours une houle venant des côtes tunisiennes et algériennes balayées par un fort vent d’est qui devrait arriver ici aussi bientôt. Vu de l’est, il n’a pas changé depuis mon dernier passage en 1961, comme pilotin sur un remorqueur de la compagnie des Abeilles qui sortait de révision à Marseille et regagnait son port d’attache à Cherbourg. Curieusement je me souviens d’un ballet de dauphins et de poissons volants à cet endroit, le même que je viens de voir. Cela aussi devait déjà exister du temps des galères romaines.

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L’occasion d’une escale un peu plus longue, de panser les petits bobos de Dartag et de refaire les pleins, avant de se lancer sur l’Atlantique la semaine prochaine.

samedi 31 août 2013

Baléares toujours

Après Minorque, Majorque, dans des brises très ténues, conduisant à faire des étapes courtes et à passer des nuits sans vent dans des mouillages rouleurs de la côte est de l'ile.

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Le premier était dans la baie de Arta, belle plage bordée de grands immeubles faisant penser à la Costa Brava. Longeant toute cette côte le lendemain à la voile avec 6 à 8 nœuds de vent de sud-est et une houle de la même direction, sans doute venue de loin, se formant progressivement, nous sommes passés devant Porto Cristo, Porto Colom puis Porto Petro en croisant de nombreux voiliers, certains magnifiques, presque tous au moteur même si parfois il avaient hissé leurs voiles.

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Le second, juste après avoir passé la pointe Salinas, tout au sud de l'ile, espérant être à l'abri de la houle pour la nuit. La côte calcaire et basse forme des reliefs surprenants, pouvant faire penser à des casemates ou des blockhaus. Cette Baia Caragol n'est pas un bon mouillage et les deux autres voiliers qui l'avaient choisie, ont roulé toute la nuit comme nous. Au réveil, après un sommeil malgré tout réparateur, nous avons mis le cap sur la passe séparant Ibiza et Formentera à 82 milles. Un belle journée et peut-être aussi la nuit en perspective, avec la brise très faible dont nous gratifia Eole.

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La houle de sud-est étant toujours présente, les voiles battaient par moment, ce qui n'était pas très agréable, mais une bonite (très petite), qui pouvait quand même faire un repas, s'est suicidée sur notre rapalas presque aussi gros qu'elle. Du coup, j'ai sorti l'éplucheur à légumes et les casseroles pour préparer une grosse salade de patates, aux oignons roses, aux poivrons, aux œufs durs et à la bonite.

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En fin d'après midi nous n'avions fait que 23 milles à la voile, lorsqu'un énorme porte conteneur arrivant du fond de l'horizon nous est passé à 100 mètres sur l'avant. Le sillage qu'il a provoqué nous a stoppé net et il a emporté tout le vent qui restait avec lui, provoquant un véritable calme plat. La mort dans l'âme, nous avons réveillé la risée Volvo d'un coup de démarreur et à 2h30 du matin nous étions au mouillage ultra calme juste au Nord du village de Formentera qui semblait très fréquenté en cette nuit de week-end.

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Fréquenté il l'était, en ce dernier dimanche du mois d'août. Des centaines de yachts de toutes sortes depuis l'ile d'Espalmador, célèbre pour ses bains de boue naturelle jusqu'à Formentera 6 milles au sud, tout le long de cet sorte de tombolo mi-rocheux mi-sableux qui donne par moment l'impression d'une barrière de Corail. Il y avait même le "Prince Abdulaziz" un des plus grands yacht privé du monde, vieux de trente ans, avec ses 147 m et ses six ponts. Il appartient à la famille régnante d'Arabie Saoudite et était accompagné de son yacht de secours plus discret mais 68 mètres quand même, bardé d'antennes et de radômes en tout genre. Ils ont levé l'ancre en même temps dans l'après-midi.

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La grosse majorité des yachts présents porte le pavillon espagnol ou anglais. Il a avait aussi quelques italiens, allemands, autrichiens, maltais ou portugais et seulement deux pavillons français parmi les plus petits bateaux, dont Dartag. La présence du pavillon français sur les mers s'étiole d'année en année, et la crise qu'on dit très grave en Espagne ne s'est pas encore manifestée ici. La faune touristique jeune et branchée d'Ibiza est présente aussi en ces lieux par le trafic de dizaine de charters plus ou moins discrets dont certains diffusent à plein poumon de la musique disco. Lorsqu'ils passent à proximité ou mouillent le temps d'une baignade de leurs passagers, c'est l'enfer, rappelant les soirées bruyantes de "L'endroit". Heureusement la nuit ils disparaissent.

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Nous pensions appareiller ce lundi matin pour la côte de Murcie, mais après le temps par moment menaçant d'hier, la pluie s'est installée, l'orage gronde et nous attendrons qu'il fasse meilleur pour rejoindre la côte du continent espagnol vers Alicante ou Carthagène.



Rendez-vous au prochain billet sans doute sur la Costa Del sol.

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