dartag

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dimanche 11 octobre 2009

ultime étape 2009

Après une visite chez Cipper Voiles à Frontignan pour définir le programme de mise au point de la garde de robe pendant l'hiver, il fallait bien se résoudre à mettre une point final à cette merveilleuse croisière 2009 et regagner Port Leucate pour le désarmement et la mise au sec pour l'hivernage.

C'est ce mercredi 7 octobre que le créneau météo était le meilleur avec une prévision de vent de sud-est force 4 à 5, localement 6, et une houle de 1 à 1,5 mètre. Ce vent de travers soutenu a permis de boucler les 45 milles en moins de 7 heures sans forcer, malgré le temps gris et la mauvaise visibilité. Curieusement à quelques milles du cap Leucate, la mer s'est mise à grossir et à devenir désordonnée, comme si un courant de nord formait contre la houle de sud une sorte de raz. Au point que j'étais un peu inquiet sur l'éventualité d'une entrée de port agitée. A la fin de la saison, parfois, des bancs de sable créent des haut-fonds le long de cette côte, ce qui peut favoriser l'apparition de déferlantes.

A un mille du port, le vent est tombé presque complètement, et, pour abréger les souffrances de la voilure dans le fort roulis, je me suis résolu à terminer au moteur. Une grosse vedette des douanes sortait du port juste au moment où j'y arrivais et le spectacle de ce solide bâtiment plongeant dans les rouleaux était assez beau. Heureusement, lorsque je me suis présenté dans l'étroite passe entre les jetées, il y avait plutôt une accalmie de la houle et je suis passé sans encombre, quand même concentré sur la barre pour ne pas me laisser embarquer.

sous le travlift

Après deux jours de déchargement des affaires, et d'hivernage des équipements laissés à bord, et bien sûr pas mal de tchatche avec les autres plaisanciers présents sur l'aire technique relativement animée en cette fin de saison, la sortie de l'eau fut une formalité réglée en moins de 45 minutes de la darse au ber. La trace laissée dans la peinture antifooling par le Theys de la gracieuse était visible et il restait, prisonniers de l'anode du saildrive, des morceaux du bout de pêche pris dans l'hélice en quittant le mouillage de Korfos (golfe de Saronique). Il fallait aussi réviser le pivot de l'éolienne qui ne s'orientait plus assez souplement dans le vent lorsque la brise est faible.

révision du pivot de l'éolienne

Un bon orage en soirée du jeudi a parfaitement achevé les rinçages et le vendredi matin, par calme plat et chaud soleil du midi, les dernières opérations de désarmement furent presque un plaisir.

A bientôt donc et merci de votre fidélité

dimanche 04 octobre 2009

La route des huitres

La sortie du golfe de Fos fut un peu laborieuse. Nous sommes partis peu après le lever du soleil mais, en moins de cinq minutes, nous avons réussi à nous échouer dans un banc de sable, en contournant le Theys de la gracieuse.

bouée nord

Encore un erreur de jeunesse de la part du captain qui ne pensait pas que cette zone était en évolution aussi rapide. Notre carte datant de 2006 n'avait pas anticipé le déplacement des alluvions du Rhône, ni l'apparition si rapide de nouveaux haut-fonds dans le golfe de Fos. Mais en 2009 ils avaient gagné d'au moins deux cents mètres vers l'ouest, réduisant la sonde de 9 mètres à 2 mètres; insuffisant pour Dartag dont la quille atteint 2,15 mètres.



Bon, après un petit coup de barre à gauche et une minute de moteur en avant toute, sous les yeux d'un pêcheur à peine narquois, nous avons repris la mer, légèrement penauds.



Le transit devant la Camargue est une belle étape d'environ 50 milles, bénéficiant en général de vents plutôt agréables et il suffit de suivre l'alignement des bouées posées régulièrement tout au long du parcours sur la ligne des 20 mètres de fond. Lorsqu'il y a de la houle, ces bouées, dites "à sifflet", utilisent leurs mouvements pour comprimer de l'air, émettant ainsi un son périodique qui attire l'attention des navigateurs à voile, et permet de les repérer lorsque la visibilité est faible. Cette fois la houle était si faible qu'elles n'émettaient aucun son, et le vent, d'abord du nord, puis du sud, est resté très faible jusqu'au soir. Alors que nous nous préparions à une douce soirée en mer, il est tombé complètement, avant de revenir brutalement de l'ouest, soit exactement contraire, en quelques minutes. La soirée est devenue plus dure, mais la vitesse ainsi obtenue a permis de l'écourter suffisamment pour diner en arrivant au port de Frontignan.



Ce vent était annoncé surtout pour le lendemain vendredi, et il a été suffisamment fort pour rendre incontrôlable un feu de forêt qui a duré toute la journée à quelques kilomètres au nord, envoyant un gigantesque panache de fumée qui obscurcissait le ciel et répandait des cendres en abondance sur tout le secteur. Le pont de Dartag en était recouvert, et elles s'infiltraient par le moindre interstice, si bien que nous en avions jusque dans nos couchettes et les cabinets de toilette.



Frédéric et Béatrice, arrivés le soir en voiture, ont vu les flammes sur un front de plus d'un kilomètre. Cela ne nous a pas empêchés de renouer avec les fous-rires et les parties acharnées de "trouduc" agrémentées de la "citronette" rituelle. Un vrai bonheur. Mais nous voulions épargner nos forces pour un lever matinal ce samedi, et faire honneur à "la route des huitres".

régate



Ce rallye amical, organisé chaque année par l'association locale des "bavaristes" (propriétaires de voiliers Bavaria du Languedoc-Roussillon) consiste à passer les ponts de Sète pour gagner, en régate libre, l'étang de Thau jusqu'à Marseillan. Le gagnant, souvent désigné parmi les premiers arrivés, reçoit une solide poignée de mains et l'estime de tous. Mais ce n'est pas le plus important.

saint des saints

En effet, l'après-midi est consacrée, pour ceux qui le veulent, à la visite des installations du vermouth Noilly-Prat fabriqué à Marseillan depuis plus de 150 ans. Haut lieu de la culture gastronomique méditerranéenne, d'où émerge principalement le mystère d'un breuvage dont la recette, apparemment détaillée lors de la visite, fait une large place à un cocktail de vins locaux et à l'usage des plantes du monde entier dans des proportions si merveilleusement exposées par le guide qu'il est virtuellement impossible de la retenir.

mer de futs

Le vieillissement en fûts de chêne du canada, puis de Provence, exposés pendant un an aux intempéries et au soleil, et arrosés régulièrement, est unique au monde, et ajoute encore au plaisir qu'ont les visiteurs du monde entier de s'offrir, en sortant d'une dégustation enrichie de mots très doux à l'oreille, quelques bouteilles précieuses de ce nectar irremplaçable, destiné à être servi en toute circonstance. Que demander de mieux ?



La fin de l'après-midi nécessite la participation du plus grand nombre pour préparer le festin du soir. Celui-ci tourne autour des fruits de mer de l'étang de Thau, principalement les huitres et les moules, puis des saucisses et viandes grillées au barbecue géant, arrosées du fameux Picpoul qui entre dans la composition du Noilly-Prat susnommé. Le club Nautique de Marseillan et le capitaine du port, en tant que charmants partenaires officiels de cette épreuve, sont invités à cette fête qui se prolonge jusqu'à une heure avancée de la nuit.

après le départ des bavaristes

ca grouille

Le lendemain à l'aube, les yeux ne sont pas tout à fait en face des trous, et pourtant il faut appareiller afin d'arriver à Sète au moment de l'ouverture des ponts qui permettront à tous de regagner la haute mer pour une bonne journée de repos bien méritée.

facades setoises

Ce deuxième passage entre les rives des canaux sétois permet de voir et revoir les magnifiques façades de cette belle ville authentique et pleine de vie dont une manifestation particulièrement éclatante est visible à la Pointe Courte dans la foule bruyante des pêcheurs de daurade....... avant de reprendre le lundi son travail, l'esprit libre et plein de bons souvenirs,... en attendant l'année prochaine.

et pourtant certaines passent

mercredi 30 septembre 2009

encore un os !

Effectivement, le temps était favorable pour notre dernière traversée, celle qui nous ramènerait au bercail. Les premières heures furent plutôt calmes, mais une fois dégagés des côtes Corse, le vent s'est levé, de nord-est comme prévu, mais un peu plus fort que prévu: 25 à 35 nœuds alors qu'on nous annonçait force 4 à 5, localement 6. Mais une fois la voilure bien réduite, il suffisait de regarder faire le pilote automatique, réglé sur la pointe des Mèdes à Porquerolles, et 19 heures plus tard, nous y étions. Cela allait si vite que nous avons craint un moment d'arriver avant le lever du soleil. Crainte non fondée, car le vent ayant un peu faibli dans la deuxième partie de la nuit, nous avons vu le lever du soleil en arrivant au mouillage à la plage de la Courtade. Il y avait beaucoup moins de monde qu'au mois d'août par beau temps, mais nous avons été quand même étonnés de voir tant de voiliers sur place. Il faut dire que nous étions dimanche.

Courtade en septembre



Un bon repos, une bonne sieste, suivie d'une bonne nuit et nous étions comme neufs lundi matin, pour retourner au boulot ! Bon, c'est de mauvais goût, mais cela veut dire qu'on pense toujours à vous. En fait nous avons fait, par calme plat, un petit pèlerinage à Hyères portant nos pas vers cette maison que Mayanne aimant tant, et où elle a passé ses dernières semaines, heureuse, cette année. Puis nous sommes retournés à Porquerolles, à la voile cette fois, dans la baie du Langoustier où l'affluence était modeste. En début d'après-midi, nous avons profité du reste du vent, très faible, jusqu'à ce qu'il meure pour de bon, au cap Sicié. Ce qui nous amené jusqu'à l'ile des Embiez pour la nuit.

tartane



Cette année, c'est par beau temps que nous avons débarqué dans ce petit paradis créé par feu Paul Ricard dans les années cinquante, montant jusqu'au "château" où vit actuellement sa fille, et faisant un détour jusqu'à la cave, où le charmant viticulteur du domaine nous a fait goûter le blanc local, vraiment fruité, au point que nous en avons acheté quelques bouteilles.

Sormiou



Après le déjeuner, ce mercredi, une toute petite brise a fini par se lever, nous encourageant à lever l'ancre, mais, après quelques milles, elle est tombée et c'est encore avec la risée Volvo que nous sommes arrivés dans la calanque de Sormiou. Curieusement, nous y étions absolument seuls. Zéro bateau au mouillage dans les calanques, par beau temps, avec de l'eau de mer à 23°, jamais nous n'avions vu cela ! Nous nous sommes même demandés si, par hasard, le dinosaure administrativo-répressif, comme nos amis québécois qualifient affectueusement notre belle administration, n'avait pas pondu encore un règlement d'interdiction de mouillage dans ce magnifique site. En attendant cette sinistre éventualité, qui sera quand même difficile à faire gober aux plaisanciers marseillais et aux autres, nous en avons profité, ainsi qu'un autre voilier allemand arrivé plus tard.

mini port marseillais



Comme les prévisions météo nous annoncent un régime d'ouest à nord-ouest assez fort pour vendredi et samedi, nous n'avons pas musardé et sans attendre le vent, sommes partis vers l'ouest, prévoyant une autre escale mercredi soir avant de longer le delta du Rhône et la Camargue jeudi. Nous en avons profité pour tenter le passage entre la terre et l'ile Maire, juste au bout de la corniche sud de Marseille qui se termine au cap Croisette. Eh bien cela passe, avec au minimum trois mètres de fond. Bon à savoir, et ce petit coin est truffé d'abris minuscules dans lesquels se sont installés des écoles de plongée, des pêcheurs et des plaisanciers locaux.

détroit de l ile Maire



Une fois franchi ce passage, une toute petite brise nous a donné l'espoir de continuer à la voile. Après plusieurs heures où la vitesse n'a pas dépassé 1 à 1,5 nœuds, elle a fini par venir, du sud-ouest, et notre fier vaisseau a ainsi pu nous conduire avec zéro gramme de CO2 jusqu'au golfe de Fos. C'est le dernier "os" de cette croisière ! Nous avons laissé tomber notre ancre à l'abri du Theys de la Gracieuse, cordon sablonneux issu de l'embouchure du grand Rhône qui remonte à l'intérieur du golfe de Fos, créant un grand plan d'eau calme et sauvage.

Paysage industriel à Fos

Evidemment on est en vue directe des installations industrielles lourdes du port de Fos, juste au nord, mais si on regarde vers le sud, avec beaucoup d'imagination, on peut avoir le sentiment de se trouver dans une lagune déserte et immense.

They de la Gracieuse



Notre prochaine escale sera probablement Frontignan, jeudi soir. Puis nous devrions participer, pendant le week-end, à "la route des huitres" sur l'étang de Thau, organisé par l'amicale de propriétaires de voiliers Bavaria, avec le concours du club nautique de Marseillan. Il s'agit surtout d'un rallye gastronomique autour du Noilly Prat et des huitres de Bouzigues. Miam-miam !

samedi 26 septembre 2009

Ah la Corse !

Nous avons attendu à Ponza que le temps s'améliore un peu, et sommes finalement repartis le mardi 22 à l'aube, alors qu'il y avait encore quelques grains, mais que le gros des orages étaient, en principe, passé.

Départ calme



Le début de la traversée a été calme, avec une brise portante et quelques petites averses qui ont parfait le rinçage du pont et des voiles. Puis le vent a malheureusement molli et nous avons dû rallumer le moteur pour quelques heures et une partie de la nuit sous un petit quartier de lune qui disparaissait par moment derrière les nuages. Nous voyions bien quelques éclairs dans le sud, mais ces menaces ne se sont par concrétisées, et au petit matin, le vent est revenu.

sous spi en mer Thyrénienne



Nous avons alors entamé une grande journée de voile sous spinnaker, dans un rush de plus en plus puissant et rapide avec le vent qui se renforçait régulièrement à l'approche des Bouches de Bonifacio. Alors que nous pensions n'arriver que le soir, nous avons embouqué le passage entre l'ile Lavezzi et l'écueil du même nom juste après le déjeuner, sous spi, avec un vent de 20 à 25 nœuds dans un bouillonnement d'écume à plus de huit nœuds. Nous en avons profité pour allonger notre parcours directement jusqu'à Figari, rentrant le spi devant Bonifacio après qu'une rafale un peu plus puissante nous ait fait quelques chaleurs dans un début de départ au lof, légèrement émoustillé que nous étions par la régate avec une beau voilier ancien que nous avions rattrapé. Cette étape de 188 milles, majoritairement sous le soleil d'automne, fut donc une des plus belles de cette croisière, jusqu'à maintenant, mais ce n'est pas fini.

Figari Figari, en réalité Pianotolli-Caldarello, est un port abri parfaitement abrité, bien agréable et très animé, même en cette fin de saison. Sans doute quelques équipages avaient choisi cette destination en fonction de la météo qui n'était pas fameuse pour le lendemain.



En effet, ce jeudi matin, il faisait gris et le vent d'est soufflait fort sous un ciel bas et chargé. Mais, notre destination étant Ajaccio, nous savions que le vent se calmerait après la cap de Sénétose et que le soleil ferait sans doute sa réapparition en approchant du golfe d'Ajaccio. C'est effectivement ce qui s'est produit, et nous sommes arrivés en fin d'après-midi après une journée 100% voile.



Notre ami Gabriel est venu diner à bord seul car sa charmante épouse était partie à Nice pour trois jours auprès de leurs filles. Et le lendemain, il est venu nous chercher pour une délicieuse journée dans sa belle maison dominant le golfe, construite de ses mains, où nous avons découvert les derniers aménagements qu'il y a effectués. Puis nous avons profité de sa nouvelle passion, puisqu'il est devenu viniculteur et nous a emmenés dans sa cave pour un apéro gourmant autour d'une de ses bouteilles de vin nouveau, légèrement "frizzante", à l'italienne, comme nous les aimons beaucoup. Cela s'est poursuivi autour de grillades sur la terrasse et un bel après-midi ensoleillé et calme, à prendre des nouvelles des uns et des autres, et à refaire le monde. Que du bonheur ! Il nous a reconduits à bord à la nuit tombée, engourdis de plaisir.

cave gourmande



Aujourd'hui, le temps devrait être favorable pour une traversée retour vers le continent, et nous appareillerons dès que possible, espérant arriver à Porquerolles ce dernier dimanche de septembre dans la journée.

dimanche 20 septembre 2009

Bonne pioche et mauvais temps

Lipari, capitale des iles Eoliennes, est une ile pleine de ressources. La citadelle normande recèle des trésors archéologiques remontant jusqu'à la période mycénienne, et les fouilles de ces dernières années ont même fait apparaître un habitat antérieur à 5000 ans avant JC. Le théâtre grec, plutôt petit et magnifiquement restauré, est utilisé régulièrement pour des spectacles contemporains. La cathédrale San Bartolomeo, construite entre le 13ème et le 17ème siècles est immense, et jouxte un petit cloître normand intime, presque austère, au milieu d'un jardin planté de cyprès et couvert de sarcophages en pierre de l'antiquité et du moyen âge.

cloitre normand



En cette deuxième quinzaine de septembre, l'activité touristique était encore vive et je trafic de ferries, aliscafi à un ou deux étages et autres catamarans rapides donnait l'impression de battre encore son plein. Après avoir fait quelques courses de souvenirs et de ravitaillement, et enfin trouvé du lait demi écrémé UHT qui n'existe pas en Grèce, il nous a fallu un certain courage pour reprendre la mer, après une si courte escale.

baie nord



Dès le départ, ce vendredi vers 14h, nous avions en tête de procéder à une moisson de pierres ponce qui flottent en grande quantité à la surface de la mer au pied des carrières encore exploitées du nord de l'ile.

pierre ponce flottante

Muni d'une épuisette à mailles fines qu'il suffisait de laisser trainer dans l'eau, la récolte a été fructueuse et nous pouvions alors mettre le cap sur notre prochaine étape, sur le chemin du retour. Belle après-midi de mer, à la voile, avec un temps magnifique, même si le vent était un peu faible. Nous musardions encore un peu en trainant une ligne sans trop de conviction. Une secousse impressionnante nous a sorti de notre torpeur suivie du défilement ultra rapide du moulinet. Alain, appelé à la rescousse, a serré le frein pour éviter d'aller en bout de ligne trop vite. Mais la prise était grosse, et il n'a réussi qu'à remonter le fil cassé net. Encore un rapalas, qui avait déjà montré ses qualités, et tout son accompagnement perdu ! Après un instant de découragement, le remontage de la ligne s'imposa, mais plutôt pour le lendemain, la nuit étant de toute façon proche.

il se fatigue



Celle-ci s'annonçait très étoilée en raison de la nouvelle lune, mais le vent tomba complètement avant minuit, alors que nous n'avions fait que 38 milles utiles vers notre destination encore distante de 140. La risée Volvo prit le relais et dès l'aube nous trainions à nouveau la ligne remontée à neuf. Vers 9h45, nouvelle alerte musclée, ponctuée par le défilement ultra rapide du moulinet dans un hurlement de crécelle. Cette fois, l'arrêt d'urgence du moteur permit de ne pas tout casser immédiatement. Puis, avec une patience infinie, sans trop serrer le frein, Alain remonta la ligne, laissant la "bête" reprendre plusieurs fois du fil dans des accès de colère bien compréhensibles. Mais elle finissait pas se fatiguer, et les reflets bleus argentés d'une grosse prise s'approchèrent de la surface vers 10h. Bientôt, il fut possible de la voir et de lui maintenir la gueule hors de l'eau, sans aucun espoir de la sortir complètement en levant la canne, tant elle était lourde.

victoire !

Après dix minutes d'un dernier combat, elle finit par expirer, toujours prisonnière de son hameçon. Pour la remonter à bord il fallut lui passer une corde autour de la queue et la hisser par l'arrière dans la jupe. Alain plongea à moitié pendant que Marie tenait la canne, prête à donner du "mou" dans la ligne au moment du hissage.



dépeçage

Première victoire sur un thon blanc dit "germon" de belle taille: 87 cm de long et 18 cm de diamètre pour un poids estimé de 12 à 14 kilos (voir le rictus d'effort d'Alain lorsqu'il porte cette magnifique prise à bout de bras). L'envergure de la nageoire caudale qui deviendra un superbe trophée est de 24 cm. Le dépeçage et le tranchage, avec la scie à pain du bord, car aucun autre couteau n'avait la taille requise pour une telle pièce, pris plus d'une heure d'efforts intenses car la grosse arrête centrale et les ligaments musculaires, d'autant plus denses que l'on s'approche de la queue, sont extrêmement résistants. Et le nettoyage du "chantier" demanda aussi un bon moment. Vers 12h, le grand frigo du bord était chargé jusqu'à la gueule et nous avions gardé disponibles deux tranches qui nous feront finalement trois repas, jusqu'à ce dimanche midi.



Il était apparu immédiatement que nous ne pourrions pas garder pour nous cette énorme quantité de poisson, même si nous en sommes très friands. Ce seront donc des plaisanciers français au mouillage dans notre escale suivante qui se verront probablement proposer les surplus, une fois mis en conserve tout ce que nous pourrions garder. Naturellement il n'est plus question dans l'immédiat de reprendre la pêche et nous avons remisé les cannes jusqu'à nouvel ordre.



Mais nous n'étions pas encore à destination. Heureusement après cet intermède, le vent est revenu d'une direction acceptable, si bien que nous avons repris notre marche en avant jusqu'à la nuit, avec un ciel qui se couvrait de plus en plus. Vers 21h30, nous étions littéralement cernés par les orages qui nous rappelaient bigrement ce que nous avions vécu deux nuits plus tôt en mer Ionienne. Hélas cette hypothèse s'est confirmée, et nous avons bataillé encore toute la nuit contre des éléments déchainés, toutefois la période intense des éclairs n'a duré que quatre heures, contre dix précédemment. Mais la pluie était plutôt plus forte et le vent fou, et presque tout le temps défavorable. Nous avons donc adopté à nouveau la tactique de la tortue, rentrant la tête dans les épaules et comptant sur nos moyens électroniques et thermiques pour nous amener à destination. Quand, après avoir slalomé entre les récifs et ilots plus ou moins visibles avec cette pluie, nous avons laissé tombé l'ancre dans le mouillage de Ponza vers 5h30 du matin ce dimanche, nous avons poussé un certain soupir de soulagement avant de nous laisser aller dans les bras de Morphée.



aube glauque à Ponza



Au réveil, la situation était calme et nous avons fait un petit tour à terre, proposant à l'équipage d'un autre voilier français quelques tranches de thon qu'il a acceptées avec enthousiasme, nous invitant à prendre l'apéro sur leur bateau le soir. La ville de Ponza où nous étions déjà passé l'année dernière est toujours aussi agréable, et si la météo pour ce lundi n'est pas vraiment encourageante, il n'est pas exclu que nous y restions un peu, afin de réduire les risques de nouvelles nuits d'enfer comme celles que nous venons de vivre.



Notre prochaine escale sera peut-être la dernière "à l'étranger", puisque nous visons maintenant la Corse pour mercredi ou jeudi prochain. D'abord Bonifacio ou Figari, puis Ajaccio. Cela commence à sentir le bercail !

vendredi 18 septembre 2009

de Charybe e Silla

Dimanche 12, lorsque nous avons quitté Methoni, encore sous le charme de cette délicieuse petite ville chargée d'histoire, au port très accueillant, nous voulions rejoindre Zante qui serait notre point de départ pour traverser directement vers l'Italie. Cette étape de 70 milles, commencée au moteur par manque de vent a finalement été très agréable car Eole nous a servi un petit vent de sud ouest régulier et suffisant, qui nous a permis d'arriver de jour, ce que nous n'osions espérer.

A peine amarrés parmi une vingtaine d'autres voiliers, un étrange individu en polo rouge nous a demandé nos papiers et ceux du bateau, et nous a quasiment menacé de "gros problèmes" si nous n'avions pas le document obligatoire que doivent faire établir tous les yachts à leur première arrivée en Grèce. Cette question avait déjà fait l'objet d'un débat avec les gardes-côtes à Itéa (cf. le billet n°18) et nous avions oublié ce problème. Finalement ce personnage était un garde-côte déguisé en civil, mais cela nous a laissé une drôle d'impression, tant l'accueil que nous avions reçu partout jusqu'à cette dernière étape grecque, avait été détendu et convivial, sans jamais aborder cette question. Il s'agit vraisemblablement d'une survivance d'un passé dictatorial et policier de la Grèce qui est une fausse note pour un Etat démocratique de l'Europe unie, dont aucun n'a conservé ce "transit-log". Mais il nous fallait donc remplir cette "formalité" dès le lendemain, avant notre départ.



Après cette douche administrative, nous en avons pris une autre, au sens propre, car l'orage qui menaçait depuis un moment a fini par éclater alors que nous cherchions une taverna pour diner. Panique sur les terrasses, et finalement nous avons aidé le serveur à déplacer une table à l'intérieur pour diner à l'abri des rafales et des cataractes. De retour à bord, un seul panneau était resté entrouvert, mais sans conséquence.

Ce lundi matin, pendant que Marie procédait à quelques dernières courses grecques, Alain entamait le parcours du combattant pour obtenir le fameux transit-log, ce qui nécessite des démarches séquencées dans trois administrations qui prennent chacune leur obole, en tout 44,35 Euros, après avoir fait la queue derrière plusieurs guichets dont les titulaires ne parlent pas l'anglais. Finalement ce n'est pas cher pour un immense et très beau document de huit pages comportant des dizaines de cases destinées à enregistrer les passages de tout yacht étranger dans les ports grecs. Comme autrefois chez nous, cet admirable formulaire, dont le format ne permet pas de le ranger dans une chemise A4, ni même un porte document, et encore moins de le photocopier, est destiné à se couvrir des tampons des autorités locales. Miracle, sous chaque ligne, rédigée en grec, figure la traduction en anglais, mais les renseignements indiqués par les différents bureaux ne le sont pas: kafkaïen !

Palais Vénitien

En fin d'après-midi, nous pouvions enfin partir après avoir quand même fait un petit tour dans la ville. Elle a été complètement détruite par le grand tremblement de terre de 1953, puis reconstruite dans le même style vénitien plutôt agréable. Le seul édifice qui ait résisté est une petite église du 15ème siècle située à l'entrée du port. Tous le reste a moins de 50 ans, mais la volonté des reconstructeurs a été de conserver le style vénitien et c'est plutôt réussi. L'église principale, à l'autre bout du port, est neuve, énorme et encore plus richement décorée que les églises que nous avions visitées jusqu'à maintenant. Curieusement les photos y sont interdites. Encore une particularité constatée à Zante qui nous donne un peu l'impression de ne pas être tout à fait aussi accueillante, ouverte, généreuse que les autres villes, localités ou lieux d'histoire de ce bien beau pays.

Zante Palais vénitien



Nous avons appareillé, alors qu'un nouvel orage menaçait sur la ville, pour gagner une crique située à l'extrémité nord de l'ile en prévision de notre départ tôt le lendemain mardi, et nous y avons échappé, mais les rafales qu'il a déclenchées ont agité la mer au point de rendre notre mouillage un peu inconfortable.

arches du nord

Cela ne nous a pas empêché de prendre la mer à l'aube, passant devant les dentelles calcaires du nord de l'ile, avec une météo prévoyant des vents modérés de sud jusqu'à la Sicile. La première journée a consisté à attendre ces vents en utilisant les petits airs qui venaient par intermittence et le vent de cale le reste du temps.

daurade Choryphène

Nous avons même renoué avec le succès en pêchant, en moins d'une heure, une magnifique daurade coryphène et une bonite. Les vents annoncés ne sont arrivés qu'au milieu de la nuit et nous ont permis de bien progresser sous un ciel qui se chargeait de plus en plus, jusqu'à la fin d'après midi de mercredi, lorsque des grains de plus en plus nombreux et denses se sont abattus sur l'ouest de la mer Ionienne. Puis les orages ont fait leur apparition avant le coucher du soleil, mais ils étaient tellement puissants qu'il faisait nuit à 18h. A un moment donné, Alain n'a eu que le temps de rouler en catastrophe les deux voiles avant qu'une tourmente inouïe ne les réduise en lambeaux. La nuit fut littéralement dantesque. Pendant plus de douze heures, les éclairs étaient tellement nombreux, les averses si fortes, les vents si changeants, que nous avons jugé préférable de nous cacher à l'abri dans le bateau, nous en remettant au pilote automatique pour tenir le cap, au moteur pour avancer et au radar pour y voir, lorsque les averses ne l'aveuglaient pas.



Au lever du jour ce jeudi, nous entrions dans le détroit de Messine avec un temps toujours menaçant, des grains toutes les demi heures, mais moins de violence. Nous en avons profité pour visiter (en bateau) les ports de Reggio de Calabre et Messine. Heureusement que nous n'avions pas prévu de nous y arrêter, car ils sont laids, sales, bruyants et installés dans un environnement consternant. Ces deux villes elle-mêmes ne semblent avoir aucun charme. Mais il faut dire que Messine a été entièrement rasée en 1908 par un séisme qui a tué 85 000 personnes. Peut-être que si nous les avions découvertes par un beau temps calme de printemps, au milieu des fleurs, après un nuit de plein repos, nous en aurions une opinion moins mauvaise ? à suivre lors d'un prochain passage.

détroit en crue



Nous avons, par contre, été impressionnés par la force des courants et des remous dans le détroit. Il est vrai que nous étions la veille de la pleine lune, à l'équinoxe, et que les marées (pourtant souvent imperceptibles en Méditerranée) sont donc les plus fortes. Mais, avoir l'impression de descendre un grand fleuve en crue et voir les bouillonnements et tourbillons sur une telle surface, cela nous a surpris. Par moment Dartag avançait à toute allure et quelques minutes plus tard, il peinait à remonter un contre-courant incroyable qui lui prenait les trois quarts de sa vitesse. On peut comprendre qu'Ulysse et ses compagnons, sur leurs frêles esquifs, aient pu avoir la "trouille de leur vie" devant un tel phénomène. Ayant enfin gagné la sortie du détroit, et étant passés sous la ligne électrique qui l'enjambe en une portée de presque quatre kilomètres, sous un dernier grain très violent, nous avons débouché en mer Tyrrhénienne. Par une merveilleuse coïncidence, le ciel s'est dégagé, la brise est devenue maniable et régulière, si bien que nous avons repris notre progression et sommes arrivés juste avec la nuit dans l'ile de Lipari. L'archipel des iles éoliennes, entièrement volcanique, comprend les deux volcans actifs du secteur: Vulcano et Stromboli. Les autres iles sont des volcans en sommeil depuis longtemps, mais sait-on jamais ?

coucher de soleil sur Lipari



Notre prochain objectif est la Corse que nous devrions aborder par les bouches de Bonifacio. Mais le parcours d'ici là dépendra de la météo et des prévisions de vent que nous allons recueillir, avec le souci d'éviter les orages, les calmes et les tempêtes. Cela fait beaucoup d'exigences mais nous avions assez bien réussi cela jusqu'à maintenant, alors, comme nous venons de manger notre pain noir, le pain blanc doit nous attendre quelque part.

samedi 12 septembre 2009

Ionienne nous revoilà

La sortie de Kayio et le passage du cap Ténaro, point le plus sud de la Grèce furent vraiment musclés. Dès le lever du jour nous avons levé notre mouillage précaire, limite dangereux à 40 mètres de la plage, et, dans 30 à 35 nœuds de vent d'est, gagné le large sous la pluie et dans les déferlantes. Les deux voiliers encore mouillés à l'extrémité nord de la baie ont du se dire que nous étions des mangeurs d'écoutes invétérés. Après le passage du cap, la mer s'est apaisée mais les rafales, à la foi violentes et soudaines, nous obligeaient à beaucoup de doigté à la barre pour ne par être surpris et ménager le gréement ou les voiles bien réduites.

cap Grosso

Subitement deux heures après, à l'approche du cap Grosso, le vent est tombé complètement nous obligeant à mettre en route le moteur pour une heure. Progressivement il est revenu, beaucoup moins fort, mais exactement contraire. Nous nous sommes donc lancé dans un louvoyage qui devait durer une quarantaine de milles. Heureusement Poséidon veillait, et une lente rotation de la direction du vent nous a finalement permis d'atteindre le dernier grand cap du Péloponnèse, Akritas, sur un seul bord et après une grande courbe, alors que la pluie disparaissait complètement, et que le soleil faisait de timides apparitions. Oh, merveilleuse surprise, nous sommes passés à moins de cinquante mètres d'un groupe de baleines soufflantes dont deux nous ont gratifiés d'un impressionnant saut, complètement hors de l'eau, suivi d'un plouf retentissant. Malheureusement, le photographe, pourtant vigilant, n'a pas réussi à saisir ces derniers. Puis le troupeau s'est laissé distancé en vaquant à ses occupations favorites.

baleine

porte sud

L'arrivée à Méthoni, en passant au milieu des nombreux ilots du secteur, est magnifique. Cette ville fortifiée depuis le 13ème siècle, qui a connu les francs de retour des croisades, les vénitiens puis les turcs et à nouveaux les vénitiens est un des hauts lieux de la guerre d'indépendance de la Grèce avec notamment les exploits de l'amiral Miaoulis (déjà cité dans le billet intitulé "le début de la fin", vous suivez ?) avec la technique du "brûlot" qu'il maitrisait parfaitement, et surtout la bataille de Navarin juste au nord, le 20 octobre 1827. Un ruse permit à une petite flotte franco-anglaise de détruire à Pilos la flotte égypto-turque d'Ibrahim Pacha, beaucoup plus nombreuse, conduisant, en quelques mois, à la fin de l'occupation du Péloponnèse par les ottomans. L'amiral anglais Codrington, après cette brillante et décisive victoire, fut désavoué ("un déplorable malentendu") par son roi George IV qui voulait ménager les relations futures avec la Turquie, mais le résultat était acquis, point-barre.

citadelle et rade

La forteresse de Méthoni, construite, détruite et souvent remaniée au cours des siècles, est extrêmement complexe et abritait une importante ville médiévale aujourd'hui disparue. Il ne subsiste que les fortifications, partiellement en ruines et la tour sud, turque, relativement en bon état avec son petit pont restauré comme la porte d'accès depuis la citadelle. Les français y ont laissé des traces, en particulier Geoffroy de Villehardouin, chevalier champenois, qui la fonda en 1204. Puis en 1828, année où le général français Maison la repris au turcs, et la fit partiellement reconstruire en modernisant l'accès avec un pont de 14 arches en parfait état.

Pont général Maison

Ce samedi, après une excellente nuit réparatrice, la météo nous annonce des vents de nord ouest trop forts pour entreprendre un long louvoyage de 70 milles vers Zante (ou Zakinthos, l'ile aux tortues), qui devrait être notre prochaine et dernière escale grecque. Alors, relax dans ce mouillage calme et protégé, lecture, écriture sont au programme

début de la fin...

temple Ephaistos




Avant de partir au Havre, après la visite des filles, nous disposions de deux jours. Le premier a été consacré à remettre le bateau en configuration "croisière à deux", et le deuxième à compléter notre connaissance d'Athènes, avec deux objectifs principaux, les Agora Grecque et Romaine et surtout le Musée National Archéologique.

diadème



Encore des merveilles à déguster. Citons par exemple le temple d'Ephaistos (ou Theseion) presque intact, la bibliothèque d'Hadrien qui était aussi, à son époque, un complexe de spectacles complet, et les formidables collections Mycéniennes, dont, bien entendu, le masque mortuaire d'Agamemnon parmi toutes les pièces d'orfèvrerie vieilles de plus de 3500 ans retrouvées à Mycènes, qui nous ont fascinés. Le reste du musée est probablement aussi passionnant mais nous l'avons parcouru bien trop vite. Il faudrait au moins trois jours pleins pour en profiter un minimum.

regard de bronze

A notre retour du week-end "famille-souvenir de Mayanne" au Havre, Dartag nous attendait, prêt à en découdre avec les éléments, car il nous faut maintenant prendre le chemin du retour. Nous avons remis en place les éléments rangés pendant notre absence, changé la grand-voile et remonté l'éolienne sur son mât, en prévision des journées plus courtes et ventées que nous ne manquerons pas d'avoir en septembre. Puis nous avons refait les approvisionnement de façon à avoir l'autonomie en eau, vivres et énergie qui nous permette de fréquenter les mouillages forains sans ressources que nous trouverons probablement sur notre route.



Au départ d'Athènes ce mardi 8 à l'aube, avec une dernière vue sur l'Acropole, le vent n'a pas tardé à se manifester conformément aux prévisions météo. Vingt cinq à trente nœuds de nord ouest pour une traversée éclair du golfe de Saronique avec des pointes fréquentes à plus de onze nœuds et une à 12 nœuds, record de Dartag battu. Puis nous avons viré à droite pour passer devant Idhra puis Spetsai.

Idhra

Ces deux iles de marins et d'armateurs ont été des fers de lance de la guerre d'indépendance de la Grèce et leurs héros respectifs s'appellent Miaoulis et la Bouboulina. Nous sommes enfin entrés dans le golfe de Porto Khéli qui nous promettait un abri parfait en prévision d'une nuit orageuse. Gagné, une bonne pluie sans trop de bourrasques nous a rincé le pont qui en avait bien besoin. Heureusement elle nous avait quand même laissé le temps de débarquer pour découvrir le village, moderne, dont les boutiques, plutôt de bon goût, nous ont permis quelques courses complémentaires en particulier d'articles souvenirs que nous n'avions pas encore trouvés.

porto Khéli

gerakas



Très beau temps au départ de notre deuxième étape, mais le petit vent du matin n'a pas tenu, et c'est en majorité au moteur que nous avons atteint Ierakas, village oublié au fond d'une sorte de fjord, dont les tavernas sont accueillantes, et qui recèle, sur le promontoire fermant l'entrée, une citadelle et une acropole mycénienne "dans leur jus" c'est-à-dire en très mauvais état, après 3200 ans sans entretien ni restauration, au pays des tremblements de terre. Mais ces vestiges de Zarax restent impressionnants. On y trouve aussi des pierres cristallisées magnifiques, sans doute encore bien plus anciennes.

cristaux de roche



Ce jeudi 10, jour de la saint Alain (merci Jean-Pierre), il faisait gris et la météo prévoyait des vents de nord est force 5 à 6. Parfait pour nous et notre projet de contourner le fameux cap Maléas en direction de l'ouest. Une journée de vent fort et portant nous a permis de rallier l'extrémité du doigt central du Péloponnèse, extrême sud de la Grèce continentale, cap Tainaro. Le passage entre le continent et Cythère est un véritable rail de cargos, pétroliers, porte-conteneurs ou paquebots de croisière. Mais le temps ne se prêtait pas à une escale, alors, nous nous sommes contentés de voir cette grande ile de loin. Nous sommes arrivés sous la pluie à Porto Kayio, petit village au fond d'une baie assez peu protégée, où un seul autre yacht (à moteur et Néozélandais) était à l'ancre. La nuit noire et venteuse ne nous promettait pas un repos parfait, d'autant plus que le néozélandais avait déjà chassé sur son ancre, passant à deux mètres de notre étrave. Mais le captain veillait au grain et il a mis en route ses puissants et bruyants moteurs pour remouiller un peu plus loin. Il a fini par partir en pleine nuit, inquiet du renforcement du vent qui faisait hurler notre l'éolienne.

Porto Kayio



Ce vendredi, nous ne moisirons pas ici, et rejoindrons le dernier doigt du Péloponnèse dès le lever du jour. La ville de Méthone nous parait présenter plus d'attraits et un meilleur abri que celui de cette nuit, pas vraiment reposante !

mercredi 02 septembre 2009

Plus de fou-rires, tu meurs !

Cette deuxième journée à Egine (vendredi 27) était encore plus belle que la précédente: beau temps calme et chaud, très chaud. Mais, avec nos petits scooters, c'était vraiment idéal et nous avons fait une grande virée passant par les classiques de cette ile, sanctuaire et colonne d'Apollon, temple d'Afaïa (cette fois le musée était ouvert), immense église de Kontos (Moni Agio Nektariou, toujours en travaux). L'innovation a consisté à parcourir toute la côte est, escarpée et émaillée de criques et petits ports vraiment mignons et colorés, puis à entreprendre l'ascension du mont Zeus, point culminant de l'ile, à la recherche d'un site archéologique signalé mais finalement introuvable, tant les roches sont fracturées et se distinguent mal des restes des constructions écroulées par les séismes.

panoram d'Egine



Mais cette ascension a été pour Julie l'occasion de prouver son brio en tout terrain caillouteux, et d'emmener Béatrice, très détendue, à l'un des plus beaux points de vue de l'ile, d'où le golfe de Saronique est visible à 360 degrés avec des couleurs et des paysages à couper le souffle. Alain et Marie étaient un peu moins frais en arrivant au sommet, mais il est vrai que leur scooter était beaucoup plus fatigué et poussif.



A la descente, dans les plantations de pistaches, nous avons pu voir de près le travail de la récolte, du tri, du lavage et de l'emballage de ces merveilleux fruits par une petite équipe sous la direction d'un jeune anglais hyper décontracté qui profitait de quelques jours de vacances pour venir récolter les pistaches de ses terres grecques, avant de regagner sa résidence habituelle de Dubaï (ces anglais tout de même !). Il nous a montré dans le détail les différentes phases du travail, mais à la question de savoir combien de temps durait l'opération de grillage, il a répondu avec une naïveté déconcertante, que seule sa femme savait le faire, et que c'était uniquement une question de "feeling": bref un secret bien gardé ! Mais nous avons eu droit en cadeau, à environ un kilo de pistaches fraiches à manger dans les trois jours car elles ne se conservent, en l'état, pas plus longtemps. C'est tellement bon, qu'en deux jours nous n'en avions plus.

lavage et tri des pistaches



Après avoir rendu les scooters, nous avons appareillé pour Korfos avec l'idée d'y louer une voiture pour visiter les magnifiques sites d'Epidaure, Nauplie Mycènes et Corinthe le lendemain. Le débarquement directement sur le quai de la taverna Giannis fut encore l'occasion d'une merveilleuse soirée, mais les ressources de ce petit village charmant ne vont pas jusqu'à permettre de louer un véhicule, quel qu'il soit. Plutôt que d'en faire venir un de Corinthe, nous avons préféré rejoindre dès le lendemain Athènes en modifiant notre programme en conséquence.

bain aux Dhiaporoi



Comme le vent tardait à se lever ce samedi matin, nous l'avons attendu en nous baignant et en déjeunant au mouillage dans l'archipel des iles Dhiaporoi, non loin de Korfos. Dès notre deuxième départ, Eole nous a gratifié d'une belle brise de sud dont nous avons profité tout l'après-midi, jusqu'à notre arrivée à proximité d'Athènes, slalomant parmi les pétroliers, vraquiers et autres minéraliers au mouillage autour du Pirée, les ferries du trafic avec les iles ou autres navires de croisière. Mais le plus dur a été de trouver un point de chute permettant d'envisager de visiter Athènes. Les deux premières marinas nous ont éconduits plus ou moins poliment en disant qu'il n'y avait aucune place pour les yachts de passage et dans la troisième, Kalamati , nous avons "squatté" une place libre sans rien demander, en espérant pouvoir y rester, car la nuit était pratiquement tombée.

slalom entre les gros



Bien sûr, le dimanche matin, il nous a été signifié poliment mais fermement de libérer rapidement cette place, car un grand catamaran (vraiment pas marrant) devait rentrer d'une sortie vers midi et récupérer sa place. Sachant que les compagnies de location de voiliers à la semaine, échangent les équipages pendant les week-end, nous avons contacté la plus proche, pour savoir si un de ses emplacement pourrait se libérer. Miracle ce fut oui, mais il fallait attendre midi et de toute façon notre présence ne pourrait pas excéder le jeudi soir. Merci quand même, les filles allaient pouvoir profiter le cette escale athénienne sans problème, mais il allait falloir trouver une autre solution pour partir au Havre le week-end suivant, et cela s'annonçait plutôt difficile, les différentes autres marinas du secteur nous ayant déjà éconduits ou répondu par téléphone qu'elle n'avaient aucune possibilité d'accueil.



Donc, ce dimanche matin, les filles ont pris seules le tram et le métro (une heure de trajet) pour visiter Athènes en espérant que nous pourrions les rejoindre plus tard. Finalement nous avons pu partir vers 13h30 et notre programme a suivi le leur, mais le décalage était tel qu'il valait mieux ne pas chercher à les rattraper à tout prix, au risque de bâcler exagérément certaines visites.

Odéon d'Hérode Atticus



L'acropole est un lieu vraiment magique. Bien que presque tous les monuments, dont le Parthénon, soient en travaux de restauration massive, l'impression de beauté et d'harmonie est immense. Ce marbre blanc, ces dimensions et ces perspectives, les statues des divinités ou des hommes et femmes qui ont marqué l'antiquité, la vision que l'on a de toute l'agglomération et bien sûr des différents sites grecs et romains à proximité, confirment s'il en était besoin, la richesse de ces civilisations, la sagesse de leurs penseurs, la créativité des ingénieurs et architectes. Non, nous avions le sentiment que notre actuelle civilisation occidentale n'a rien inventé, en dépit de ce qu'elle croit, à l'exception bien sûr de certaines technologies dont on arrive finalement à se demander si elles sont un réel progrès pour les humains.

Caryatides



Quant au tout récent musée de l'Acropole, ouvert en juin 2009, c'est un grand et beau bâtiment moderne, montrant sur deux niveaux l'essentiel des objets importants découverts depuis un ou deux siècles sur le site, y compris cinq des fameuses caryatides dont le sixième exemplaire original est à Londres. La pièce qu'Alain a considéré comme la plus émouvante est une tête de guerrier en bronze, grandeur nature, dans un état de conservation extraordinaire et dont la finesse des traits, des oreilles, des cheveux sont littéralement admirables. Pour Marie, la délicatesse des sculptures qui donne l'illusion de la transparence des vêtements sur le corps de femmes est merveilleuse. Le troisième niveau est surtout consacré aux animations multimédias et à l'intendance, et le niveau supérieur reproduit les dimensions du Parthénon avec le même nombre de colonnes, en tube d'acier inoxydable, portant les restes des frises supérieures de l'édifice, restaurées et réassemblées dans leur position d'origine. C'est magnifique, et la conception générale de ce musée est très séduisante, car, malgré la foule qui s'y pressait, il était possible de s'attarder facilement sur les pièces de son choix. Par contre, toute photo est interdite, et une armée de vigiles veille au grain, l'œil menaçant. Malheureusement, ce musée tout neuf n'est pas encore équipé des plaquettes, brochures et ouvrages en français dont nous aurons bien acheté quelque spécimen.

Musée de l'Acropole



Les filles de leur côté, ont profité de leur avance pour faire un "tour sight-seeing" en bus découvert dans la ville, puis du lèche vitrine et profiter des soldes en arpentant tout le quartier du Plaka et de Monastiraki, célèbres pour leurs magasins de tout. Nous nous sommes retrouvés à bord de Dartag vers 20h, fourbus, collants, mais gâtés par tant de belles choses.



intérieur d'un café athénien



Après une telle journée et un délicieux diner grec tardif, la soirée à bord fut consacrée à trier et profiter des photos faites pendant la journée (environ 250, un travail très plaisant), et poursuivie par quelques parties acharnées de "trouduc": jeu de cartes très subtil provoquant des fou-rires impressionnants chez les participants dès lors qu'ils ont commencé à déguster la "citronette" glacée, sélectionnée parmi les produits hallucinogènes du bord. Une mer, que dis-je, un océan de rigolades, qui s'est poursuivie jusqu'à une heure avancée de la nuit. Quelle vitalité !



Et le lendemain rebelote dès l'aube. Une longue prospection téléphonique des loueurs de voiture, couronnée de succès, a permis à Alain d'aller chercher au centre ville, la Fiat Punto Grande de nos rêves, pour visiter le nord du Péloponnèse après avoir traversé le canal de Corinthe. Mais ce n'est pas la porte à côté car ce parcours de ralliement représente environ 150 km.

belle d'Epidaure

Mais quelle récompense d'arriver à Epidaure et de sauter dans la ville antique d'Esculape (ou Asclépios, dieu de la médecine) remontant au 6 ème siècle avant JC. Les médecins "modernes", à partir d' Hippocrate, se réclament de lui. Le théâtre est quasiment intact et son acoustique légendaire est parfaitement vérifiée par les quelques touristes présents en même temps que nous, qui poussent leurs cris primaux depuis le centre de la scène pour écouter leur propre voix. Tordant ! L'ensemble, immense, des ruines des bâtiments de soins, des thermes, logements, hôtels et temples dédiés à tous les dieux de l'époque, fait l'objet de restaurations lourdes, étalées sur des dizaines d'années, et le petit musée rassemble des copies des principaux objets, ex-votos, statues, frises, etc,.. trouvés sur place, dont l'essentiel est conservé au musée national d'Athènes.

Nauplie



Un orage menaçant depuis un moment a fini par nous chasser de ce merveilleux site et nous avons repris la route pour Nauplie dans le fond du golfe d'Argolide. Cette grande cité possède aussi des vestiges intéressants, dont deux sites importants: Acronauplie, forteresse antique puis franque puis vénitienne aux portes ornées du lion de St Marc, et le Fort Palamède dominant la ville depuis la seconde occupation vénitienne à partir 1686. Le port est également intéressant avec son ilot Bourdzi, fortifié lors de la première occupation vénitienne à partir de 1471. A ce moment de notre circuit, la pluie était forte (la première depuis le mois de juin) et l'après-midi déjà bien avancée, si bien que nous avons renoncé aux visites à pied pour nous lancer à travers la plaine agricole et fruitière qui conduit à Mycènes.

Porte des lionnes



L'enceinte de ce joyau de la civilisation mycénienne aurait été construite par Persée, fils de Zeus et Danaé, avec l'aide des cyclopes. Elle fut le siège de la tragédie des Atrides, racontée par Homère dans l'Iliade, puis par Eschyle, Sophocle et Euripide, et est une source inépuisable d'inspiration pour les auteurs de théâtre et d'art lyrique jusqu'au 19 ème siècle après JC, mêlant Ménélas, Hélène, Pâris, Agamemnon, Clytemnestre, Iphigénie, Cassandre, Oreste, etc...tous ces noms évoquant dans nos esprits bien des souvenirs et des émotions. La cité remonte au 15 ème siècle avant JC. Il s'agit du plus ancien ensemble de tous les sites que nous avons visités en Grèce jusqu'à ce jour, si l'on excepte les vestiges de la civilisation Minoenne de Santorin. C'est Heinrich Schliemann qui l'a découvert à partir de 1874 alors qu'il cherchait le trésor de Priam, après avoir déjà découvert l'emplacement de Troie en Asie mineure. Malheureusement notre visite fut écourtée par la proximité de la nuit, mais nous avons quand même pu admirer la colossale "porte des lionnes" donnant accès à l'Acropole. Les filles profitaient d'un intermède pour réussir une séance de photos mémorables avec l'aide de deux touristes belges qui les ont saisies au vol dans un impressionnant décor de montagne au crépuscule.



A notre retour à bord, ayant finalement zappé Corinthe, il y a bien longtemps que la nuit était tombée et la crainte que nous avions de voir Dartag inondé, car nous avions laissé tous les hublots ouverts, était vaine. Il n'avait pas plu sur notre marina, bénie des dieux. Un diner bien mérité, suivi d'une longue séance de photo particulièrement jouissive compte tenu des facéties, et de la créativité des filles, nous permis d'aborder sereinement la troisième partie de la soirée consacrée au "trouduc" déjà cité. Cette fois Alain tenait à être initié et il le fit avec un certain bonheur, parvenant même à obtenir une fois le titre envié de "président". Mais la fatigue aidant, il s'éclipsa assez rapidement (vers 3h du matin) avant le début de la partie de "citronette" entretenant la flamme des fou-rires jusqu'à 5h du matin.



Cette dernière nuit à bord fut très courte, car, ce mercredi à l'aube, il fallait reprendre le chemin de l'aéroport. Ce fut très juste pour Julie, en raison de travaux dans le métro d'Athènes, plus relax pour Béatrice qui a pu rédiger et expédier ses dernières cartes postales avant de prendre congé de nous.

vendredi 28 août 2009

A quatre, c'est encore mieux !

Nous attendions avec impatience notre deuxième visite de l'été. Béatrice et Julie sont arrivées ce mardi à Athènes, l'une venant de Toulouse et l'autre de Genève. Après un transit sans problème de l'aéroport au port du Pirée, elles ont pris leur billet de ferry pour nous rejoindre à Poros, puis ont déjeuné tranquillement. Mais, ayant oublié de mettre leur montre à l'heure grecque, le Flying Cat ne les pas attendus et lorsqu'elles se sont pointées sur la quai, il était parti depuis une demie heure. Le temps de tenter de faire valider leur billet sur le suivant (sans succès !) ou de se les faire rembourser (macache boneau !), de remplir un formulaire grec de réclamation, et de prendre un nouveau billet pour l'hydroglisseur du soir, elles ne sont arrivée qu'à 18h30, fourbues mais souriantes d'avoir passé une bonne journée ensemble.

hydriglisseur



Et la fête a commencé, malgré un ciel un peu menaçant pour la première fois depuis des mois ! Après une promenade au crépuscule sur les hauteurs de la ville ancienne, dîner typique à la terrasse d'une des meilleures tavernas de Poros (elles se valent toutes). Puis coucher pas trop tard pour récupérer avant la grande journée prévue le lendemain.



Donc, en ce premier mercredi grec pour elles, le ciel bleu et le soleil était revenus, finalement assez imperturbables, et le petit déjeuner dans le cockpit avait un sérieux air de vacances. L'appareillage après 7 jours d'escale avait un parfum de délivrance et le vent de nord toujours, mais plus faible que les jours précédents, nous offrit un beau louvoyage en direction d'Egine. L'occasion aussi d'une régate un peu déséquilibrée avec trois catamarans acharnés de 40-45 pieds. Mais le louvoyage dans un vent de 15 à 20 noeuds n'est pas leur point fort, et, à chaque virement de bord, ils perdaient du terrain jusqu'à être irrémédiablement lâchés avant la mi parcours.

plage de Metopi



Du coup, en approchant, et à la faveur d'une bascule de vent, l'idée de faire un arrêt picnic près d'une ile déserte s'est imposée. Et nous avons mouillé devant Metopi, ile plate d'environ 1 km sur 500m, sur laquelle il y a quand même une chapelle et un drapeau grec. Curieusement la plage n'est pas de sable, mais formée de couches de roches sédimentaires légèrement inclinées, retenant des flaques d'eau dans lesquelles la vie est intense. Les filles ont découvert une mine de coquillages variés et ont entrepris leur collecte sélective, sachant que la position debout, inclinée vers le sol pendant le ramassage est finalement la meilleure pour se faire bronzer le dessous des cuisses, à condition de tourner le dos au soleil !



Nous avons repris notre route vers Egine en fin d'après-midi, après les champoings rituels, bien utiles en prévision de la sortie du soir dans cette ville animée. Le coucher de soleil sur le mouillage nous permit de voir l'un des phénomènes les plus connus mais aussi les plus mystérieux de l'atmosphère terrestre: le fameux rayon vert dont tout le monde a entendu parler mais que presque personne n'a jamais vu. Non seulement nous l'avons vu, mais nous l'avons photographié, et nous sommes, en ce solennel 26ème jour du mois d'août 2009 de l'ère chrétienne, très heureux de vous le faire partager (photo non truquée)

rayon vert



Pour la sortie nocturne qui a suivi, nous avons suivi les indications du guide du routard pour goûter à de nouvelles spécialités dans une des meilleures tavernas d'Egine (elles se valent toutes), après une bonne scéance de flanerie et de repérages dans les nombreuses et très tentantes boutiques de fringues affichant des soldes à 50 % (pensez-donc !). Après une soirée aussi excitante, il fallait prendre le temps de se décontracter en faisant quelques jeux et quizz extraits des ouvrages spécialisés apportés par Béatrice. L'extinction des feux ne fut effective que vers 2h du matin. Chienne de vie !



Vu l'intérêt extrême de cette ville, les repérages de la veille méritaient un passage à l'acte. Grâce à l'amarrage matinal au port municipal, la matinée de ce jeudi y fût consacrée, entre filles, avec succès, pendant qu'Alain procédait à quelques opérations d'entretien et de maintenance à bord. Après le déjeuner tardif, il apparu que le programme prévu pour la journée méritait une mise à jour importante, en faveur d'une après-midi "plage-douche" et avant une deuxième soirée à Egine.



Donc, le journée consacrée à la visite d'Epidaure et Micène est reportée à samedi, à partir de la prochaine escale qui devrait être Korfos, sur la côte du Péloponèse. Et ce vendredi sera plutôt consacré, après un lever plus matinal que les précédents, à une virée avec deux scooters dans l'ile d'Egine. La météo devrait permettre cet aménagement qui ne laissera qu'une journée à la visite de l'essentiel d'Athènes, lundi, dernier jour du séjour de ces demoiselles.

dimanche 23 août 2009

Au feu !

Poros est vraiment une escale parfaite. Mouillage protégé, ville animée et dotée de toutes les ressources utiles, cadre agréable, voisinage sympathique. Il n' y a que la météo qui ne nous offre pas tout ce que nous voulions.

En effet depuis le départ de notre moussaillon, mercredi, les vents forts et contraires se sont incrustés, et alors que nous attendions une accalmie pour samedi, celle-ci n'est pas venue, si bien que nous sommes toujours au même endroit. Notre position moyenne exacte est: 37°30.225 N 023°27.186 E . Mais nous faisons quelques écarts autour de l'ancre car la profondeur du plan d'eau étant de 17 mètres, nous avons lâché 50 mètres de chaine, et nous évoluons donc dans un cercle d'évitage d'environ 80 mètres de diamètre en fonction de la direction des rafales de vent. Et tous les autres yachts autour de nous font de même, mais pas forcément de manière synchrone. Heureusement qu'il y a de la place.

devant l'école navale

Lorsque nous débarquons pour quelques courses, flâner un peu, approfondir nos visites, profiter d'une borne d'accès Wifi pour les messages et la météo sur Internet, nous choisissons soigneusement le moment pour éviter d'être trempés dans l'annexe. Si la force et la direction du vent sont trop défavorables, nous sommes, au mieux légèrement brumisés, au pire complètement trempés (n'est-ce pas Serge ?). C'est ce qui nous est arrivés ce dimanche matin en retournant à bord. Du coup cela a été l'élément déclencheur d'une lessive manuelle reprenant nos sacs à linge sales stockés depuis pas mal de temps. Marie qui avait eu des irritations sur les mains lors de l'opération précédente, avait prévu une nouvelle lessive sans additifs toxiques, et apparemment le problème est réglé. Vive Ariel ! Du coup les filières sont décorées de pièces de tissus multicolores du plus bel effet.

petite lessive

Mais ces trois derniers jours, le ciel était voilé pour ne pas dire assombri par des nuages ocres qui nous rappelaient la fumée des incendies de forêt hélas bien connues dans le midi de la France. Et il s'agissait bien de cela: d'abord un gros foyer à l'ouest d'Athènes puis samedi et dimanche un nouveau gros foyer à l'est de la capitale menaçant le village de Marathon célèbre depuis l'antiquité pour la fameuse bataille gagnée par les athéniens de Miltiade contre les perses de Darius au 5ème siècle av JC. Ces deux incendies se situent à plus de cinquante kilomètres au nord de notre mouillage, ce qui en dit long sur leur violence. Comme nous avons complètement perdu l'habitude de regarder la télévision, qui est restée dans son placard depuis trois mois, nous avons eu recours à Internet pour en savoir plus, en français, car de toute façon nous n'aurions pas compris grand'chose aux informations locales.

génois en guenilles

Ce week-end a été d'une grande activité dans le port de Poros. Coïncidant probablement avec les changement d'équipages des voiliers de location, il s'est vidé presque complètement vendredi soir, pour se remplir de nouveau presque complètement ce samedi soir, au crépuscule, le temps, pour les locataires, de venir des nombreuses marinas spécialisées de la région d'Athènes. Les nouveaux équipages se battent souvent comme des diables pour mouiller et démouiller correctement avec, une fois sur deux, des emmêlages de chaines et l'inquiétude de ceux qui, encore amarrés au ponton, espèrent que le voisin ne va pas relever leur ancre en arrivant ou en partant ! comme on est bien, au mouillage, à un jet de pierre de ces manoeuvres délicates. Mais tout se passe plutôt dans la bonne humeur, sans coup de gueule. Le temps un peu "musclé" de ces derniers jours aura eu raison aussi de quelques voiles, et nous avons vu arriver deux voiliers avec des morceaux de tissus en lambeaux flottant au vent et des équipages affairés à amener feu ces voiles coincées dans le grément. Pitié pour eux et touchons du bois !

Rentrant à bord samedi soir, de nuit, nous avons repéré que l'un de nos voisins de mouillage avait déroulé sont génois qui fasseillait dans les rafales. Comme il n'y avait aucun signe de vie à bord, Alain est allé voir avec l'annexe et a constaté que la bosse d'enroulage, probablement mal coincée, s'était libérée. Il y avait un risque que, dans une rafale, le bateau arrache son ancre et parte à la dérive sans personne à bord. Ce n'était pas compliqué de rembobiner le génois et d'assurer l'amarrage de la bosse pour que cela ne recommence pas. Une demie heure après, les propriétaires revenaient à bord et nous leur avons expliqué notre intervention. Et ce matin, surprise, le skipper, revenant d'avoir débarqué quelques équipiers qui reprenaient l'avion, nous a apporté des croissants, juste à temps pour notre petit déjeuner. Du coup nous avons papoté: c'est aussi leur première croisière en Grèce avec des impressions très agréables et tout à fait en phase avec les notres. Ils ont vécu trente ans à la Réunion et laisseront leur bateau, un Bavaria 44 acheté juste avant l'été à Port St Louis du Rhone, en hivernage à sec à Porto Kéli à l'entrée du golfe d'Argolicos. Une formule que nous étudierons peut-être dans les années à venir, tant cette croisière grecque nous donne envie d'y revenir.

Demain, enfin, il n'est pas impossible que le vent mollisse un peu et nous permette d'arriver à Egine (Nisos Aigina en grec). Mais ce n'est pas certain et de toute façon les navettes et ferries venant du Pirée sont les mêmes qui vont à Egine puis à Poros. Il se confirme donc que notre nouvel équipage, Béatrice et Julie attendues le 25 au matin, devra nous rejoindre, car nous ne pourrons pas être à Athènes pour les accueillir.

jeudi 20 août 2009

La vie continue

Vous aviez compris en lisant la fin du billet précédent que nous étions inquiets pour la santé de la maman d'Alain. Hélas, elle a succombé après un arrêt cardiaque survenu dans la nuit. Cette disparition, alors qu'elle était entourée de nombreux membres de la famille, dans la maison de vacances d' Hyères qu'elle aimait énormément, ressemble un peu à la fin qu'elle souhaitait , mais c'est toujours trop tôt, et le goût de la distance est amer. La famille organisera ultérieurement une cérémonie au Havre.



Mais la vie continue, et la présence à nos côtés de notre invitée Marie-Jeanne, venue nous retrouver à Milos pour une semaine, a contribué à nous entrainer à reprendre son cours.



Nous avons craint un moment que la force et la durée du coup de vent qui soufflait sur Milos à son arrivée, nous empêche de lui faire découvrir la voile. Donc, alors que le bateau était un peu ballotté le long de son quai par la houle qui finissait par entrer un peu dans ce grand golfe, nous profitions de cette escale forcée plus longue que prévue, pour nous promener dans la ville d' Adamas, et découvrir ses charmes, lire la presse française livrée quotidiennement, reprendre les lectures en suspens ou nouer des contacts avec les plaisanciers voisins attendant comme nous. C'est ainsi nous avons échangé quelques mots et courbettes avec l'équipage d'un voilier japonais, déjà croisés à Ios, dont la passerelle avait rendu l'âme. Nous l'avons fait profiter de notre "filière" pour s'en fabriquer une autre. De même les connections internet au moyen des bornes Wifi sont une occasion d'échange de "tuyaux" lorsque l'un d'entre nous a trouvé un bon filon. Nous avons fait quelques heureux en communiquant à deux autres équipages le code d'accès gratuit que nous avions sur celui de la taverna "GIAGKOS", plutôt fiable et rapide.



Et puis un petit espoir d'amélioration est apparu pour mardi après-midi. En interrogeant les météorologues grecs ce mardi matin, cet espoir s'est confirmé avec une atténuation temporaire des vents à la force 6 puis 5 avec rotation au N à NE dès la fin de matinée. Il fallait saisir cette opportunité, au moins pour tenter une sortie et la poursuivre jusqu'au Golfe de Saronique si c'était possible.

traversée musclée



Toutes affaires cessantes, nous avons appareillé à 10h, avec la perspective d'arriver de nuit vers Hydra ou Pôros. Au début, le vent et la mer, assez forts, ont un peu impressionné Marie-Jeanne qui était légèrement "crispée". Mais elle s'est cramponnée, et, après une petite période d'adaptation, et la découverte du meilleur emplacement à bord lui permettant de profiter du voyage, elle a pu déguster sa première traversée à la voile dans d'excellentes conditions.



Il faut dire que le vent, malgré quelques variations en force et en direction, ne nous a pas lâché durant ces 65 milles, d'abord au près, puis progressivement venant sur le travers. Au point que nous sommes arrivés à l'entrée du chenal de Pôros à 19h30 et que nous étions au mouillage à 20h, avant le coucher de soleil. Belle traversée à plus de 7 nœuds de moyenne, la première moitié au près, à 6,4 nœuds, et ensuite, largement plus, puisque le speedomètre ne descendait qu'exceptionnellement à moins de huit nœuds dans les vingt derniers milles. Un rush dans les embruns assez spectaculaire, et agréable, par ce temps ensoleillé et chaud de la fin août, et une bonne expérience pour notre moussaillon !

façades vénitiennes



Après une nuit calme, le vent à repris à un niveau tel, ce mercredi que nous n'aurions pas pu entreprendre cette traversée et aujourd'hui jeudi, c'est encore plus fort, sans changement significatif pour les jours à venir. Mais nous sommes à une heure d'hydroglisseur du Pirée et c'est par ce moyen que Marie-Jeanne est repartie hier soir avec des provisions de soleil pour tout l'hiver et quelques souvenirs supplémentaires glanés dans cette jolie ile de Pôros où nous étions déjà passés le 23 juillet.



Nous allons maintenant attendre une fenêtre météo favorable pour nous rapprocher si possible d'Athènes où doit arriver notre équipage de choc suivant le 25.

dimanche 16 août 2009

les bras nous en tombent

Nous sommes toujours à Milos, depuis maintenant quatre jours, et cette ile vaut le voyage.

- L'abri est excellent, mais ce n'est pas la météo actuelle qui nous en fait la démonstration, il n'y a plus de vent. Cela devrait changer ce dimanche avec le retour du meltem pour au moins deux jours. Nous verrons bien.

- La ville possède toutes les ressources dont nous avons besoin, en particulier une multitude de tavernas accueillantes, mais aussi, en dehors des besoins alimentaires habituels, quelques nourritures intellectuelles et spirituelles, en particulier la presse française du jour ou presque. Marie y a trouvé son "canard enchainé " favori dès le jeudi, un exploit ! Il y a aussi un shipchandler qui semble très bien achalandé, mais nous n'avons besoin de rien pour le moment.

passerelles

Cependant, le manque d'une passerelle pour débarquer s'est encore fait sentir, car, en raison des sillages des ferries, nous ne pouvons pas rester assez proches du quai pour enjamber l'espace de sécurité nécessaire. Après consultation de l'un des fournisseurs de services divers qui arpentent le port en permanence, celui-ci a emmené Alain dans son propre camion, jusque chez un fournisseur de matériaux pour le bâtiment, et a servi d'expert et de négociateur pour la fourniture d'une planche adaptée (0.25x0,04x4m). La livraison sur le quai est intervenue le lendemain matin et il n'y avait plus qu' à la poncer pour éviter les échardes, la couper à la bonne dimension, percer les trous nécessaires pour la fixer et l'équiper des bouts d'amarrage et de levage. La chute restante, équipée de la même façon, permettait même d'avoir deux passerelles adaptées à différentes configurations de port. Mais un voilier anglais arrivé le même soir avait le même problème que nous. La "chute" lui a été bien utile, au point qu'il nous l'a achetée, et est presque devenu un copain. Finalement c'est aussi bien, car deux passerelles à bord, c'était un peu encombrant. Ce petit travail a été la première occasion de sortir les outils électriques de leur coffre et, pour 15 euros net transport compris, nous avons accru le confort et la sécurité d'utilisation de Dartag dans des proportions considérables.

- Les liaisons avec Athènes sont faciles par ferry et cela nous a bien rendu service pour accueillir Marie-Jeanne Algéo, fidèle lectrice de nos billets, qui n'a pas pu résister à l'appel de la mer Egée, et nous a rejoints jeudi soir. Le terminal des ferry est à 100 mètres du port de plaisance et c'est donc bien pratique. L'usage de la passerelle a donc eu immédiatement un effet doublement bénéfique.

- Mais surtout, comme dans toutes les iles grecques les villages sont magnifiques, habités, vivants, remplis d'églises de toutes tailles et de toutes formes, mais les invariants sont toujours les mêmes: couleurs blanc et bleu, iconostase et décoration intérieures d'une grande richesse.

maisons de pêcheurs

Les petits villages de pêcheurs installés au ras de l'eau à Klima, au débouché du talweg descendant de la montagne bordant le nord du golfe, sont malgré tout vraiment originaux. Leur implantation est très ancienne, ainsi que le montre l'importance des vestiges de l'antiquité et même de la préhistoire, qui se trouvent sur le même site.

mosaïque

On peut aussi citer une touche de décoration fréquente, et encore jamais vue dans les iles visitées: de nombreuses mosaïques de facture contemporaine ornent les sols des jardins ou espaces publics. Il s'agit d'assemblages de galets calibrés et les motifs sont obtenus par les différences de couleur de ceux-ci. Sur une ile dont les roches sont si variées, il est possible de faire ainsi des œuvres d'art polychromiques avec juste de la patience et un peu de goût, en utilisant les matériaux trouvés sur les plages.

La richesse est également archéologique, et le théâtre vieux de 2600 ans est plutôt en meilleur état que dans d'autres iles. Il sert d'ailleurs chaque année pour un festival d'été. Il est tout proche du site où a été découvert en 1820, par un cultivateur qui voulait dégager une grotte dans son champ, la merveilleuse "Venus de Milo" exposée au Louvre.

Vénus

Cette statue de 2 mètres de haut, constituée de deux morceaux assemblés avec des chevilles en fer, a fait l'objet d'un conflit byzantin et d'un incroyable concours de vitesse entre diplomates qui souhaitaient se l'approprier. Finalement, ayant réussi à décourager ses rivaux lors d'enchères aussi folles qu'informelles et parfois musclées, c'est l'ambassadeur de France à Constantinople qui a eu le dernier mot. Façon de parler, car les mots ont été accompagnés de violences, au cours desquelles la statue, entière lors de sa découverte, a perdu ses deux bras qui n'ont jamais été retrouvés. Elle a heureusement gardé toute sa tête, d'ailleurs fort belle. En fait il ne s'agit pas de Vénus mais d'Aphrodite et le site de la découverte est Tripiti, petite commune située entre Klima et Plaka, la capitale de l'ile. Elle a été offerte par l'ambassadeur au roi Louis XVIII qui l'a remise au Louvre. Un copie parfaite, en plâtre, faite par les services du Louvre, est exposée dans le délicieux petit musée archéologique de Plaka. La surface non encore fouillée est immense et les esprits simples comme nous peuvent imaginer que d'autres découvertes aussi merveilleuses restent possibles.

musée

Milos a une autre particularité passionnante: c'est la richesse des minéraux qui constituent son sol. Les mines et carrières de perlite, bentonite, barite, kaolin, obsidienne, pouzzolane, silicates variés, métaux rares et précieux,....et d'autres merveilles encore, existent depuis l'antiquité, et sont exploitées aujourd'hui par une compagnie minière qui a créé, en 1998, un musée des minéraux et des mines de Milos, évoquant la géologie, et l'histoire de l'exploitation de ces minéraux précieux. Aujourd'hui, d'immenses carrières existent dans le nord et l'est de l'ile, et les industries qui leur sont liées sont très actives, avec d'immenses installations sur lesquelles nous sommes tombés presque par hasard, avec notre petite Chevrolet de location. En effet le paysage est tellement bouleversé par ces immenses excavations, que les routes sont détournées au gré de l'ouverture de nouvelles exploitations ou des réhabilitations de celles qui sont abandonnées, et notre GPS avait un mal fou à s'y retrouver.

Tuff volcanique

Auparavant nous avions visité, à Sarakiniko dans le nord de l'ile, un site de falaises et roches blanches étincelantes absolument extraordinaire. Ce paysage est quasi lunaire, et les reliefs créés par l'érosion éolienne tout à fait surprenants. Ce matériau, sans doute assez friable, compose des formes très variées et parait par endroit comme sculpté en arabesques aléatoires et en colonnes ou statues presque régulières. Il s'agit, d'après nos guides, d'un tuff volcanique. Naturellement, le nom scientifique et la composition minérale d'une telle roche nous a échappé. Si cela inspire l'un de vous, nous serions bigrement intéressés par la résolution de cette nième énigme. Merci d'avance, avec nos excuses pour ces multiples sollicitations. En cette après-midi du 15 août, il y avait pas mal de monde à cet endroit, notamment lorsque l'accès à la mer est facile, mais le site est tellement grand qu'il était encore possible de s'y promener et de faire des photos en ayant l'impression de l'avoir pour soi. On en vient même à se demande à quel genre de film un tel décors naturel pourrait servir.

Provathas cote sud

Une dernière petite expédition dans le sud de l'ile, avant de rendre la Chevrolet, ce dimanche matin, nous a permis de compléter notre vue terrestre de cette formidable Cyclade.

Nous devrions rester encore quelques jours à Milos avant de regagner le continent dans le milieu de la semaine.

mercredi 12 août 2009

La chinoise a la vie dure !

Santorin a tenu toutes ses promesses.

Caldeira

L'ampleur de ce volcan, toujours actif, est impressionnante. La puissance du cataclysme qui l'a profondément modifié vers 1400 avant JC est inimaginable. Pensez que le tremblement de terre qui a précédé l'explosion aurait provoqué un tsumani avec des vagues de 80 à 100 m de haut. L'explosion elle-même a projeté dans l'atmosphère 5 kilomètres cube de rochers puis l'effondrement de 63 km2 de l'ile dont on voit les reste aujourd'hui. La brillante civilisation minoenne, établie sur place et en Crète, a disparu en quelques secondes. Mais, curieusement, à Santorin et contrairement à Pompéi, aucune fouille n'a révélé jusqu'à présent de traces de cadavre humain, ce qui laisserait supposer que la catastrophe a été précédée de signes précurseurs suffisamment inquiétants pour la population soit entièrement évacuée. Les scientifiques semblent considérer que l'explosion de Santorin est la plus énorme libération d'énergie qui se soit produite sur l'écorce terrestre depuis qu'elle existe, à l'exception sans doute du volcan Toga à Sumatra, survenu il y a environ 72000 ans et qui provoqua un épisode glaciaire sur l'ensemble de la planète pendant six ans, par l'effet du nuage de poussière stagnant à haute altitude pendant six ans.

Néa Kameni

Depuis, le cratère de ce volcan a fait émerger plusieurs iles secondaires au centre de la caldeira, dont deux subsitent: Palaia Kameni et surtout Néa Kameni, masse fumante de magma à peine refroidie, dont les eaux bouillonnantes, acides et sulfureuses sont déconseillées aux plaisanciers qui ne veulent pas voir les chaines et ancres dissoutes dans le chaudron du diable. Sauf tout au sud, la profondeur de la caldeira est comprise entre 300 et 400 mètres, si bien que les paquebots de croisière qui font escale à Santorin, se tiennent immobiles avec leurs hélices pendant que les passagers font leurs excursions. En effet il leur est impossible de mouiller leurs ancres dans une telle profondeur.

Finikia

Et malgré une activité tellurique jamais apaisée, l'ile résonne d'une vie frénétique, avec ses villages, son agriculture, sa viticulture, son extraction de pierre ponce, et, bien sûr, toutes les activités liées au tourisme, très développé ici. Notre petit scooter (un peugeot, absolument épatant) nous a permis de parcourir la totalité de l'ile, depuis le village de Finikia (ou Oia) au nord, très typique des cyclades, jusqu'à celui où l'on a retrouvé des traces de la civilisation mionienne, Akrotiri au sud. Malheureusement, depuis un accident mortel qui était survenu il y a quelques années, ce dernier site est toujours fermé en attendant les résultats des différents procès en cours. Quand on mesure la complexité du droit grec, directement tiré des traditions byzantines, il est à craindre qu'il ne rouvre pas de si tôt.

Thira panoramique

Les paysages, les falaises de toutes les couleurs, la mer si bleue, les églises si nombreuses, les batiments si blancs, les hotels si luxueux, les promenades piétonnes en marbre si tranquilles surplombant la caldeira, tout est fascinant et mériterait un séjour de longue durée. A la fin de la journée, épuisés d'avoir tant crapahuté, mais aussi après la nuit précédente moyennement reposante, nous avons eu la prétention d'aller voir les restes préhistoriques de l'ancienne Thira sur la côte sud, tout près de la marina où était amarré Dartag. Mais après dix minutes d'ascension dans un chemin caillouteux et poussiéreux, nous avons aperçu deux touristes qui avaient certainement le même projet que nous, mais se trouvaient au moins à deux cents mètres d'altitude de plus, et ne semblaient pas être sur le point d'arriver. Cela nous a paru tellement énorme que nous avons baissé pavillon et avons fait piteusement demi-tour pour retourner nous reposer.

Thira

Une bonne soirée à bord avec une bouteille de champagne marquait ainsi l'atteinte de l'un des objectifs essentiels de cette croisière. Désormais nous serons sur le chemin du retour.

caldeira vue du sud

Ce dimanche matin, nous avons donc repris la mer avec une météo nous prévoyant du vent de nord force 5 à 6. C'est beaucoup, surtout si l'on doit remonter contre ce vent, mais c'est possible. Après une première partie facile, à l'abri de l'ile de Santorin, nous avons louvoyé puissamment dans un vent de Nord ouest de 20 à 25 noeuds, avec des rafales à 30 noeuds, jusqu'à proximité immédiate de l'ile d'Ios que nous visions. C'est alors que le Meltem s'est fâché tout rouge, nous envoyant des coups de boutoirs de 40 à 50 noeuds avec des rafales à 53 noeuds et plus. C'est la grande baie Manganari au sud de l'ile dans laquelle nous avons mouillé notre ancre, bien contents d'être à l'abri de la mer, courte et hachée, mais pas du vent, qui a continué à nous assourdir de hurlements dans les haubans pendant toute la soirée. Il y avait là cinq voiliers, dont un géant d'au moins tente mètres portant dix personnes et quatre chiens, et trois motor-yachts plus modestes.

meltem fort

Dimanche, c'est l'anniversaire d'Alain. Il nous fallait un point de chute "civilisé" pour fêter ce jour. Nous avons donc rallié Port Ios dans la matinée. C'est la capitale de l'ile, réputée pour son goût de la fête et ses nudistes, et qui offre un mouillage confortable à côté de la ville. Pour cette remontée d'une heure et demie au raz de la côte, contre un vent violent et une mer dure, nous avons fait une grosse entorse à nos habitudes et subi un accès de paresse, car c'est le moteur qui nous a péniblement propulsé. Honte aux soi-disant voileux que nous pensions être: mais le purisme a aussi des limites, atteintes en ce 9 août 2009.

Ios

Ios est un village charmant divisé en deux niveaux: en bas, les touristes classiques et les équipages des bateaux en escale, en haut les jeunes avec leurs bars branchés, leurs musiques disco et leurs magasins de pacotille. Comme vous vous en doutez, nous avons escaladé cette pente en utilisant un escalier dont tous les joints des pierres sont peints en blanc, puis un petit chemin, pour tester nos capacités d'escalade. A 180 mètres d'altitude, avalés en 30 minutes, entourés par six chapelles blanches à coupoles bleues, nous avons découvert un panorama magnifique sur l'île, le port, la ville.

Red Bull

Et, bien sûr, en redescendant, nous n'avons pas résisté à la tentation de nous mêler aux jeunes, dans leur quartier. Mais comme ce n'était pas encore l'heure de leur pleine activité, c'était plutôt calme. Quelques groupes de 18-30 ans, parlant de nombreuses langues (apparemment souvent de l'est de l'Europe) déambulaient paisiblement avec leur baladeurs, à jeun et propres, mais pas bronzés. Il est vrai qu'ils semblent se lever vers 18h, mangent un repas copieux, et se préparent à faire la fête toute la nuit. Leur quartier est effectivement rempli de bistrots, boites de nuit, clubs en tous genres, affichant les marques de leur mode de vie universel, en particulier RED BULL, la firme qui monte, après ses succès inattendus en Formule 1.

lever de lune à Ios

Après quelques courses et un retour à bord éclair, nous avons fêté les 64 ans d'Alain dans une taverna tenue par une anglaise mariée à un grec: "Octopus Tree", installée autour d'un pin parasol, assez rare en mer Egée. Parfait, très fréquenté, au point que le patron a jouté une table sur le quai pour nous accueillir et a fait de même pour les clients suivants. Apparemment les enfants participent au service avec un personnel nombreux et très efficace. Nous avons terminé le repas avec un poulpe grillé vraiment délicieux. Voilà donc à quoi servent les séchoirs à poulpes que nous voyons partout dans ces villages.

Ce lundi matin, la météo annonçait un vent de nord force 6 localement 7 sur notre zone, et plus fort en allant vers le nord ou l'est. Mais nous allions vers l'ouest, alors pas de problème, en route pour Sifnos à une trentaine de milles. Dès la sortie du golfe la mer était assez forte et hachée, et le vent plutôt force 7 que 6. Pas de panique, avec seulement la moitié du génois, nous étions bien, même si quelques paquets de mer atteignaient le cockpit ce qui est plutôt rare avec Dartag. Nous comptions sur un mollissement du vent et une amélioration de la mer à mesure que nous gagnerions vers l'ouest. Mais c'est le contraire qui s'est produit. Au point qu'après la mi-route, il était clair que les efforts pour atteindre Sifnos seraient plus importants que prévu. Nous avons persévéré encore un peu, mais quelques rinçages bien complets et une déferlante un peu musclée nous ont fait changer d'avis. Dans un coup de roulis, "la chinoise" (la pendule du carré, vous suivez ?) a pris son envol depuis sa position réglementaire, près du hublot tribord du carré, et a atteint directement la porte du four situé à babord, à plus de trois mètres. Sa vitre a explosé à l'atterrissage en mille morceaux, mais la plupart sont restés sagement sous la cuisinière, retenus par la fargue de l'étagère située dessous. Une chance inouïe ! En plus, après avoir retrouvé la pile, nous l'avons remise dedans, rangée à sa place réglementaire, et elle est repartie, sans sa vitre, comme si de rien n'était.

Nous sommes donc arrivés dans un mouillage au sud de Kimolos, petite ile située au nord de Milos. Le vent était toujours très fort, mais le plan d'eau bien abrité, pour la soirée et la nuit. Consultant machinalement la météo, nous avons alors découvert que, finalement notre zone était concernée par un avis de coup de vent publié "a posteriori". Evidemment, les prévisions, c'est plus facile quand cela concerne le passé, mais c'est la première fois que nous prenons en défaut les météorologues grecs.

Lion de Ios

Ce mardi 11 août, petite étape le long des côtes nord de Milos pour atteindre le grand golfe, reste d'un cratère, où se trouve le port de l'ile. L'approche est somptueuse avec un mélange de roches sédimentaires et basaltiques de toutes les couleurs, puis les villages historiques de l'ile, Plaka la capitale, Klima son petit port de pêche et Adamas la ville commerciale et port actuel au fond du golfe.

La suite au prochain numéro, après une visite plus approfondie de cette grande ile.

vendredi 07 août 2009

que d'os, que d'os !

Malgré une météo encourageante, le vent était encore très fort lundi matin et avait hurlé toute la nuit dans les mâts de bateaux amarrés comme nous dans le port de Mikonos. Nous avons cependant décidé de faire confiance au bulletin des prévisionnistes grecs et somme partis avec un petit mouchoir de génois, bien décidé à continuer notre périple vers le sud des cyclades.

brise

Le passage entre Mikonos et Delos devait concentrer les efforts d'Eole pour nous décourager, car le meltem soufflait à 30-35 noeuds avec des pointes à 40. Mais nous avons tenu, malgré quelques rafales encore plus rageuses au débouché du détroit, alors que nous naviguions à plus de huit noeuds sur le mer bien blanchie par l'écume. Une heure après, c'était beaucoup plus raisonnable et nous avons déroulé toute la toile pour finalement arriver à Naxos en milieu d'après-midi.

Depuis, nous profitons de nuits calmes et de journée de faibles brises. Même le Meltem diurne nous a oubliés. Cela nous oblige, si nous voulons continuer nos visites, à utiliser la risée Volvo, mais n'est-elle pas là aussi pour cela ?

Naxos

L'ile de Naxos est la plus grande des Cyclades mais ne possède qu'un port et peu d'abris. La ville principale est active et attrayante avec son architecture de cubes blancs et bleus.

Palais Vénitien

Mais la citadelle vénitienne qu'on apelle ici le Kastro est bien intéressante, car elle contient un cathédrale catholique du 13ème siècle et de nombreux petits palais vénitiens, dont beaucoup ont été restaurés par leurs propriétaires, et mettent en valeur les blasons des familles nobles qui les avait construits au 14ème et 15ème siècles, avant la conquête par le pirate turc Barberousse en 1566.

temple dapollon

Plus étonnant encore est l'arche du temple d'Apollon dont on voit les fondations sur l'ilot de Palatia juste à la sortie du port. Ce temple, entrepris au 6ème siècle avant JC, ne fut jamais terminé. C'est un lieu de ralliement des iliens et des touristes qui viennent en masse y voir le coucher de soleil. Celui que nous avons vu était sensationnel, et immédiatement suivi par le lever de lune, quasiment pleine. Vraiment délicieux dans le calme de cette soirée.

L'ile suivante est Paros, célèbre pour son marbre, le meilleur du monde, plus blanc, plus lumineux et même plus transparent que celui de Carare (jusqu'à 3,5 cm d'épaisseur il laisse passer la lumière !) mais plus fragile. Cette ile-ci regorge de criques et mouillages abrités, et son port est très accueillant.

Petite chapelle

Nous avons commencé par la baie de Naoussa au nord. Un grand plan d'eau possédant plusieurs ilots, dont un portant une petite chapelle blanche. Nous n'avons pas résisté au plaisir de mouiller à proximité et d'y déguster le calme et les couleurs du paysage. Cet endroit idyllique, en ce mardi de début août était à peine fréquenté par quatre ou cinq yachts, espacés de plusieurs centaines de mètres. Incroyable ! Et il y a de nombreuses autres possibilités d'isolement dans ce grand espace, autour du village blanc devenu parait-il un des endroits branché des Cyclades. Il doit aussi y avoir suffisamment d'eau à Paros pour entretenir des plantations et parc d'agréments comme ceux que nous avons vus sur les collines arides proches. Mais cela surprend quand même un peu de voir ces oasis de verdures.

Ce mardi soir, nous avons repris la mer pour arriver jusqu'au port de Paros, appelé Paroikia. L'endroit est parfaitement abrité et nous avons mouillé au fond de la baie, devant les nombreuses tavernas qui bordent la plage. Evidemment, après quelques repérages, nous avons cédé à la tentation de diner dans l'une d'entre elles. En plus de la gastronomie locale, toujours aussi séduisante et visible avant de se mettre à table dans une sorte de vitrine destinée à tenter encore davantage les futurs clients, nous avons eu affaire à un personnel d'une très grande qualité, aimable comme toujours, très professionnel et parlant en plus un français tout à fait acceptable.

petit synthronon

La visite de la ville, ce mardi matin nous a permis de voir, après les sépultures antiques tout récemment découvertes à deux pas du port, la fabuleuse cathédrale orthodoxe de la Panagia Ekatontapyliana. Sa fondation remonte au 4ème siècle, à l'initiative de Sainte Hélène, mère de Constantin le Grand, premier empereur romain chrétien. Détruite partiellement de nombreuses fois par des envahisseurs ou des tremblements de terre, elle a été restaurée au 17ème siècle avec le souci de respecter tous les apports chrétiens successifs. Aujourd'hui c'est un ensemble magnifique de nefs et chapelles dédiées à différents personnages de l'histoire de la chrétienté grecque, enrichi d'un cloître à trois côtés et dans laquelles sont apparents les vestiges des constructions antérieures à la chrétienté qui ont été retrouvés sur place.

fonds baptismaux

Cette visite approfondie, guidée par le manuel en français que nous avons trouvé dans la boutique, nous a pris plus d'une heure et demie, et causé une émotion assez profonde devant une telle beauté et une telle spiritualité vivante. Les visiteurs sont libres et se croisent dans l'église avec les popes et les fidèles ou les paroissiens, souvent très jeunes, qui viennent se recueillir, qui devant une icône, qui devant une statue, qui devant un objet sacré, se signant et priant avec une ferveur que nous n'avons pas l'habitude de voir dans nos pays de l'ouest de l'Europe. Très émouvant.

La suite du programme devait nous faire retrouver la sauvagerie des mouillages déserts dans des criques de rêve, et nous rapprocher de cette vie de robinsons qui contribue à un bon équilibre avec celle de pélerins des origines de notre culture.

L'ile voisine d'Andiparos (encore un "os") n'est séparée de Paros que par un étroit chenal baré par un îlot occupé par un hotel de luxe. On peut passer d'un côté ou de l'autre, mais c'est très juste, la profondeur étant inférieure à trois mètres. Nous avons choisi le passage ouest, au moteur, tout doucement et,......(suspense insuportable !) nous n'avons rien touché, mais avons bien vu les fonds dans cette eau cristalline ! Puis nous avons mouillé dans une toute petite baie, avec un autre bateau juste en dessous d'une petite chapelle blanche. Mais celle là était adossée à une superbe maison probablement neuve, construite discrètement en pierre locale avec le souci de ne pas dominer la chapelle, mais au contraire de la mettre en valeur. Etonnant et superbe !

petite chapelle

Ce jeudi matin après une nuit de pleine lune, en attendant que le vent se lève, il nous fallait prendre une décision importante: quelle serait notre prochaine destination ? Et ce fût Ios (encore un "os") à une quinzaine de milles au sud, sur la route de Santorin où nous n'envisagions d'aller qu'en prenant le ferry, si le vent n'était pas eu rendez-vous. Et bien si, après quelques bégaiements, il se décida finalement à se lever du nord ouest si bien que nous brûlâmes l'escale de Ios et poursuivîmes notre route vers la caldeira peut-être la plus célèbre du monde.

Enfin une ile sans "os". Et pourtant elle exerce déjà sa facination sur nous. En arrivant, ce jeudi soir, le calme du large a fait place à l'agitation frénétique d'un lieu surfréquenté, en particulier par les paquebots de croisière au nombre de quatre qui déversaient leur torrents de passagers à terre en utilisant toutes les navettes locales disponibles. Le port de Thira, où nous étions amarrés après avoir fait le tour de la moitié nord de la caldeira et admiré la variété et la beauté de ces falaises bouleversées et surmontées de villages blancs, résonnait de leurs moteurs surpuissants, et était agité comme s'il y avait eu une tempête. L'immense escalier et le téléphérique qui permettent de rejoindre la ville haute fourmillaient littéralement de petites silhouettes. Comme le port est extrêment profond et garni de blocs de rochers amoncelés par les secousses telluriques, nous avions noué sur notre ancre un long petit filin destiné à pouvoir la remonter si elle se coinçait, plutôt que de devoir l'abandonner en partant. Figurez-vous que l'une des premières navettes qui est passée à proximité de notre avant, l'a purement et simplement sectionné.

Port de Thira

Impossible de débarquer et d'abandonner le bateau dans ces conditions, et nous avons profité du spectacle et d'un soleil couchant exceptionnel sur les vestiges ouest du cratère à demi englouti. Nous espérions qu'après le départ des croisiéristes l'ambiance se calmerait et la nuit serait reposante. Quelle erreur

deux ou trois heures après l'arrêt de la noria des navettes, un vent de nord

s'est levé, agitant le plan d'eau et rendant le confort à bord extrêmement précaire. Après différentes manoeuvres, nous avons pu réduire un peu les bruits de chaine et d'amarres et aussi l'impact des retours de vagues à l'arrière de Dartag pour une deuxième partie de nuit moins stressante.

Sans effort, vers 6h30 nous étions debout, et avons profité du lever du jour pour nous échapper de cet enfer (l'ancre n'était pas coincée, ouf), et rejoindre le sud de l'ile, achevant ainsi notre visite de la caldeira. Ce vendredi, nous sommes donc amarrés confortablement dans la marina de Vlikadha au sud de l'ile, d'où nous allons partir faire une visite terrestre plus complète avec, devinez quoi ? un scooter.

dimanche 02 août 2009

des cubes et des colonnes

Le vent n'est pas tombé vendredi comme le prévoyait la météo, mais il a un peu diminué. Nous avons donc quitté Syros samedi aux aurores, après six jours d'escale, finalement bien agréables malgré un mouillage inconfortable, dans cette ville pleine de ressources. Nous étions en mer à 7h30 locale et nous avons fait une traversée éclair vers Mikonos avec simplement le génois, et encore partiellement roulé, dans un vent de 25 à 30 nœuds avec des rafales à 35. Presque toutes les poussières accumulées sur le pont après notre long séjour en pleine ville par grand vent ont été lavées par le solide arrosage que nous a offert la mer Egée, dans sa grande bonté. Il n'y avait plus, sur le pont, qu'à fignoler certains coins à l'arrivée et s'occuper sérieusement du nettoyage du cockpit qui en avait bien besoin. Cela fait du bien d'avoir un bateau propre.

coucher de soleil de Mikonos



Après une bonne sieste, nous sommes partis en repérage pour organiser notre visite à Délos dès le dimanche, puisque le site est fermé le lundi. Notre idée de louer encore un scooter a finalement marché, mais après que, dans un moment de découragement, nous ayions déjà sortis et mis en œuvre les vélos pour aller en ville, distante de deux kilomètres. Finalement nous avons pu en trouver un, et heureusement, car la route de la côte, même courte, aurait été horriblement dangereuse en vélo et, comme ils n'ont pas d'éclairage, nous n'aurions pas pu profiter du coucher de soleil et des délices de Mikonos jusque tard dans la nuit.

ambiance



Cette ville est un concentré de St Tropez et Capri par son animation, sa musique, ses boutiques de mode, de bijoux, ses cafés-tavernas et la faune jeune et branchée qui s'y régale dans tous les plaisirs de vacances. La circulation à moteur y est interdite sauf pour les professionnels, et c'est parfait. Du coup les parkings périphériques sont bourrés à craquer de mobylettes et scooters de location et il faut parfois attendre que l'un d'entre eux démarre pour prendre sa place: incroyable ! Naturellement les stéréotypes sur les maisons Egéennes en forme de cubes assemblés, peintes en blanc, aux volets bleus sont exactement vérifiés, et il y a aussi toutes les chapelles en parfait état, décorées de la même façon, que l'ont trouve à tous les coins de rues, jusque sur les quais du port.



L'ancien port a été pratiquement réservé au trafic local, les voiliers, ferries, NGV et paquebots de croisières sont priés de se diriger vers le nouveau port, à plus d'un mille au nord, mais plutôt pratique, et, comme souvent depuis que nous sommes en Grèce, gratuit.

arrivée à Delos



Ce dimanche donc, nous nous sommes dirigés, avec notre Piaggio "Typhoon" loué la veille, vers l'embarquement pour Délos dans le vieux port. La traversée d'une demi-heure, avec un vent déjà levé mais pas encore fort, est très belle. Mais ce n'est rien en comparaison du choc de l'arrivée quasiment au milieu du centre du monde antique.

temple d isis

Car c'est ainsi que pouvait être qualifié Délos, lieu de naissance d'Apollon et Artémis, ce qui a conduit pendant presque mille ans (6ème siècle avant JC au 4 ème siècle après) au développement du port le plus important de l'antiquité avec ses énormes marchés de biens, de services et d'esclaves, et bien sûr, de sanctuaires dédiés essentiellement à Apollon, mais aussi à tous les dieux, même étrangers, de l'antiquité. Ce site énorme, contient des richesses innombrables encore visibles, même s'il y a beaucoup de champs de pierres, car les fouilles, initiées par l'école française d'Athènes à la fin du 19 ème siècle, ont été si productives qu'elles ont conduit à la construction d'un magnifique musée sur place. Il y a beaucoup de marbre blanc, issu principalement de l'ile de Paros, toute proche, mais aussi du granit local, ce qui peut faire penser un peu aux iles Lavezzi au sud de la Corse.

Cleopatre et dioskoride



Finalement, Délos fut christianisée au 4 ème siècle après JC, devint un évêché, mais son déclin était inexorable, en raison des invasions successives, de la désaffection de pèlerins, du déplacement des routes maritimes, qui finirent par ruiner ses activités. Elle fut abandonnée par tous ses habitants au 7 ème siècle. Aujourd'hui, l'ile est fermée au public dès 15h et jusqu'à 9h le lendemain. Elle est inhabitée et réservée aux scientifiques. En principe le mouillage des yachts est également interdit la nuit, mais des assouplissements semblent avoir été initiés récemment. Cela dit, il y a peu se possibilités et le débarquement n'est pas autorisé en dehors de heures d'ouverture au public.

les ports



Le retour à Mikonos avec la dernière navette fut beaucoup plus venté et houleux que l'aller, et même sur le pont supérieur, nous étions largement "brumisés", ce qui a surpris certains passagers.



Nous ne pouvions par finir cette journée sans une dernière visite de l'intérieur de Mikonos, chevauchant notre 'Typhoon. Nous avons atteint, après une petite erreur de navigation pourtant assistée par GPS (fatigue, manque de concentration, vieillesse ?...attention Alain) le village central de Ano Mera en plein centre duquel se trouve un monastère orthodoxe du 16 ème siècle qui est un véritable bijou. Il s'appelle Panagia Tournali et son dôme peint, sa fontaine intérieure ainsi que son clocher de marbre sont des merveilles.

Tourliani



Le retour à bord en passant par la pointe nord ouest de l'ile, où sont construites quelques belles maisons Egéennes typiques, dans un cadre absolument sensationnel, avec une vue sublime sur la côte ouest, la ville, les ports et le soleil couchant, nous laissera aussi un léger vague à l'âme, lorsque nous serons de retour dans les brumes, le froid et la neige, au nord du 45 ème parallèle. Quelle beauté ! Quelle diversité ! Quel accueil !

mercredi 29 juillet 2009

vroum-vroum

Eh oui, ça souffle, ça souffle dur ! Nous n'avons pas bougé depuis dimanche. Nous ne sommes plus que deux voiliers dans le port d'Ermoupolis, capitale des Cyclades sur l'ile de Siros (ou Syros). Les trois autres sont partis lundi et mardi matin avant la tourmente et personne n'est arrivé, sauf un ce mercredi en fin de matinée. Chacun doit se planquer là ou il est, en attendant que cela passe. Ce sera au mieux vendredi 31.

à l abri à Ermoupolis

En attendant nous profitons de cette ville magnifique pleine de ressources en "claquant notre pognon dans des futilités". C'est une plaisanterie, mais il y plein de choses à voir, à visiter, à faire et........ à manger. Les palais, places, sols et trottoirs de la capitale, très animée, sont majoritairement en marbre blanc, ce qui donne une indication de sa prospérité, et l'ile elle-même est aussi très belle.

place Miaouli

Le seul point négatif c'est l'abri très médiocre de ce port. Nous sommes à peu près protégés du vent, encore qu'il y ait des rafales brèves mais impressionantes qui arrivent de toutes les directions, mais le plan d'eau immense est largement ouvert à l'est, si bien que la houle de nord formée par le vent y entre, et se réfléchit sur tous les quais pour donner un véritable shaker assez inconfortable. Sur l'un de voiliers arrivé en même temps que nous, une jeune anglaise semblait au bord de l'agonie tellement son mal de mer était fort. Elle a passé l'après-midi prostrée sur une table du bistrot, juste à l'arrière du voilier où était ses copains, et n'a pas pu remonter à bord. Elle a demandé qu'on lui rassemble ses affaires et elle est repartie par le premier ferry, mal en point.

De notre côté, la première nuit a été un peu perturbée par notre voisin arrivé après nous, dont le skipper (un dur qui en avait vu d'autres, sans doute !) n'a pas été correct, refusant de régler ses amarres pour s'éloigner un peu, alors qu'il y avait beaucoup de place et que nous étions coincés par notre autre voisin. Du coup, il a fallu doubler les défenses pour éviter que les contacts répétés dans ce port agité soient trop brutaux. Il a quand même perdu un liston, arraché sur 20 cm, et nous a occasionné un légère erraflure dans le notre, mais sans gravité. Bien fait, na !

Comme il est impossible de se rapprocher du quai pour débarquer, nous utilisons l'annexe comme tranbordeur: c'est assez sportif car le quai est haut et les mouvements du bateau sont amples. Il faut attendre le bon moment. Ceux qui ont des passerelles sont à peine mieux lotis, car les mouvements les rendent extrêmement instables, et marcher trois mètres sans appui sur une planche de 30 cm de large, animée de balancements parfois violents, n'est pas très aisé. Mais pour le moment, nous n'avons vu personne tomber à l'eau.

Vue d Ano syros

Cela ne nous a pas empêché de louer encore un scooter ce mardi, pour visiter l'ile. Cette fois, nous nous sommes offert un superbe Piaggio FLY 150 cm3 quatre temps très silencieux, puissant et confortable, pour explorer le sud de l'ile et le village historique de Ano Syros qui entoure sa cathédrale catholique. Nous avons revu un orgue dans une église, cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps, car il n'y en a pas dans les églises orthodoxes dont la liturgie et la musique sont uniquement vocales.

Finikas

Parmi toutes les criques et plages de l'est et du sud que nous avons vues, ce sont celles de Finikas et Posidhonia, voisines, qui nous laissé la plus forte impression. En plus d'être des abris confortables du Meltem, ce qui nous faisait un peu baver d'envie, nous avons découvert une côte aux couleurs magnifiques, globalement protégée du tourisme, avec de l'espace disponible, et un habitat varié, allant de la vieille maison de famille bourgeoise genre Deauville, Dinard ou La Baule, aux petits ensembles modernes, en passant par les luxueuses propriétés occupant toute une pente de colline, entourées de jardins luxuriants et de décors de rêve. Bien tentante cette côte !

Posidhonia

Nous avons aussi visité l'Opéra d'Ermoupolis, un modèle réduit de la Scala de Milan. Petit théâtre à l'italienne en parfait état, aux plafonds peints de portraits des plus grands compositeurs lyriques, et comportant un petit musée essentiellement de souvenirs d'artistes s'étant produit dans cette maison depuis un siècle.

Théâtre

En flânant dans la ville, une dame qui passait à proximité de nous a lancé une petite phrase en français à propos de la grande église St Nicolas, orthodoxe celle-là, toute proche, et nous avons engagé la conversation. Elle était ravie de raconter des anecdotes sur la ville, les églises d'Ermoupolis, et le mode de vie des iliens. Charmante personne, probablement issue de la bourgeoisie industrielle du temps de la grandeur de Syros, qui partage son temps entre ses maisons, dans l'ile et à Athènes, où elle passe ses hivers.

séchoir à poulpes

Nous avons aussi pu voir de près un séchoir à poulpes traditionnel, protégé par sa moustiquaire. Curieusement, cela ne sent rien.

Nous apprenons également par la presse que les incendies de forêt sont surtout en France, Espagne et Italie cette année. Mais, pour le moment, la Grèce semble relativement épargnée. Les souvenirs de ceux, dramatiques, de l'été 2007 ne semblent pas avoir trop marqué les esprits et nous n'avons pas encore vu de paysages ravagés par cette catastrophe.

Ce mercredi après-midi, nous allons creuser l'idée que nous avions eue d'aller à Mikonos et Delos avec le Ferry. Ce serait en plus l'occasion de voir comment se comportent ces gigantesques catamarans ultra rapides ou NGV que nous voyons affronter le Meltem depuis deux jours, sans broncher en apparence.

dimanche 26 juillet 2009

Meltem, moi non plus

Et bien cela reste une question: aimons-nous le Meltem ? Ce vent du nord qui souffle souvent très fort en mer Egée, pendant l'été. Pour le moment nous ne l'avons pas encore vraiment pratiqué, mais en avons eu juste un avant goût avant hier vendredi 24, et surtout aujourd'hui dimanche.

En quittant Korfos, nous avons entendu un bruit bizarre, une sorte de "clac" à l'arrière, en passant en marche avant après avoir relevé l'ancre. N'y prêtant pas trop attention, nous avons envoyé la voile dès la sortie de ce délicieux mouillage, nous dirigeant vers Poros juste à la sortie du golfe de Saronique. La brise d'abord faible s'est progressivement renforcée au cours de la journée. Du coup, l'arrêt pour déjeuner que nous avions envisagé à l'extrémité sud de l'ile d'Angistri n'avait plus d'intérêt, car nous n'avions pas besoin d'attendre le vent. En plus, la crique que nous visions était pleine, donc pas de regret.

Poros le matin

L'arrivée à Poros est magnifique. On passe dans une sorte de goulet et on tourne aussitôt à gauche en découvrant cette ville médiévale construite dans un ilot si proche de la côte que ses faubourgs se sont developpés sur le continent tout proche. Un grand plan d'eau est disponible avant la zone militaire interdite (mais l'est-elle vraiment ?) et permet, en quelques minutes d'annexe, de rejoindre cette cité délicieuse et animée. Nous y avons diné dans une taverna sur le quai aéré par les restes de la bonne brise de la journée. En flanant au milieu des commerces, sur le chemin du retour, Marie nous a offert un assortiment de patisseries locales, très imprégnées de miel, et elles font encore aujourd'hui nos gâteries presque quotidiennes.

Poros le matin

Une petite plongée d'inspection a permis de découvrir un bout de pêcheur en polypropylène enroulé autour de l'hélice. C'est le deuxième cette année après celui de Bizerte, mais celui-ci était si serré qu'il n'a pas été possible de le retirer entièrement. Heureusement il n'a provoqué aucun dégât, et en coupant tout ce qui dépassait, le fonctionnement était tout à fait normal.

Le petit chenal qui sépare Poros du Péloponèse est si étroit et peu profond par endroit, d'après la carte, qu'il ne nous paraissait pas raisonnable de l'emprunter. Mais après avoir vu plusieurs voiliers y passer, et même, pendant notre diner, un hydroglisseur, nous avons compris qu'il n'y avait aucun problème. Et c'est par là que nous avons pris le chemin de notre première Cyclade, sans savoir si ce serait Kéa ou Kithnos, car il faut laisser aux dieux leur rôle.

Kea première Eolienne

Ainsi, la traversée du golfe de Saronique nous fût aisée, malgré les vents assez instables au début, la mer par moment un peu dure, et nous atteignâmes une crique bien abritée de Kéa sous voilure réduite avec un petit Meltem de 20 à 25 noeuds. Nous n'étions que le septième voilier à nous y installer pour la nuit, alors qu'Athènes est si proche, le temps si beau et qu'il s'agissait du dernier week-end de juillet. Où sont donc les foules annoncées par les guides ? Naturellement l'eau est nettement plus froide, 27,2° seulement, mais tellement claire, qu'avec un masque on voit au moins à trente cinq mètres.

Enigme des carcasses

La encore, comme en de nombreuses occasions avant, nous avons pu voir un grand nombre de structures en béton armé, ébauches de constructions apparemment abandonnées en l'état. C'est une énigme que nous vous soumettons. On parle de traditions familiales bouleversées par le mode de vie moderne, de scories d'un système fiscal désuet,...Mais en tout cas c'est surprenant et laid, et on ne s'y habitue pas, surtout quand elles sont aussi nombreuses dans un site aussi beau.

Ancre par 8 m de fond

Dartag seul à Siros

Sur la route de Mikonos, qui pour certains est un mythe, se trouve une autre ile, moins connue, appelée SIROS, et bigrement intéressante. C'est la plus peuplée des cyclades, et leur capitale administrative. Mais elle fut aussi un haut lieu de catholicisme romain, particulièrement soutenu par la France qui y a protégé de nombreuses congrégations religieuses après la conquête turque en 1537, en vertu d'un accord avec le sultan de l'époque. Il y a ainsi deux cathédrales à Ermoupolis (et peut-être trois avec celle d'Ano Syros), la capitale de l'ile, dont le nom est tiré de celui du dieu du commerce Hermès. Elle accueillit également un nombre important de réfugiés venant de Turquie et des autres iles restées turques après l'indépendance de la Grèce en 1822. Elle fut un port très important, siège d'industries prospères (chantiers navals, textiles, tanneries) et il fut question un moment d'en faire la capitale de la Grèce. Cette prospérité et cette notoriété ont laissé à Ermoupolis de splendides bâtiment publics et privés et une tradition intellectuelle et culturelle significative, traduite en théâtres, opéras, concerts, festivals encore bien vivants.

Ermoupolis les deux cathédrales

C'est là que nous sommes arrivés ce dimanche midi, en réduisant progressivement la toile au fur et à mesure de la montée rapide de la force du vent, après une escale de rêve au nord de cette même île, où nous avions un immense mouillage parfaitement calme pour nous tous seuls (avec un autre voilier à 500 mètres). Nous sommes maintenant à l'abri, le temps qu'un coup de vrai Meltem, prévu par la météo grecque jusqu'à lundi soir, passe. Nous en profiterons pour visiter cette ile.

Mais nous irons à Mikonos, et sûrement à Delos aussi, le moment venu, éventuellement en prenant le ferry, si Eole nous empêche d'y aller à la voile par nos propres moyens dans les jours qui viennent.

mercredi 22 juillet 2009

restons prudents

Nous découvrons les vents de la mer Egée.



Ce lundi matin, le fort vent d'ouest nous promettait une belle traversée vers Egine, notre première ile de la mer Egée, dans le golfe de Saronique, à vingt milles au sud d'Athènes. Mais au bout d'une heure, nous avons piteusement tourné la clé de contact sur une mer d'huile, en profitant pour raser les ilots et cailloux dans un décors bleu marine et turquoise à faire pâmer d'aise n'importe quel marin ou marine.

Mouillage d'Egine



Dès que notre ancre s'est plantée dans le sable du mouillage d'Egine, à un jet de pierre de l'entrée du port, le vent est revenu du sud, agréable, modéré, régulier, mais il ne nous servait plus à rien sauf à nous rafraichir en sortant de notre bain de mer dans l'eau à 30,8 ° (du jamais vu en ce qui nous concerne). Nous avons ainsi attendu confortablement que le jour commence à décliner avant de faire quelques courses et repérages dans la ville très touristique et animée, avec un car-ferry, ou aliscafi toutes les cinq ou dix minutes, rentrant ou sortant du port sous notre nez, nous faisant bien profiter de leurs fumées noires et de leurs sillages. Mais aussi des charmantes tavernas du port dont l'une nous a servi un repas délicieux, commencé avec un assortiment géant de mézé, mais, au final, un peu trop copieux. La qualité de la nuit suivante s'en est ressentie.



La météo prévoyant des vents de nord plus forts pour les jours suivants, nous avons décidé de rester au mouillage et de visiter l'ile en louant un scooter. Cette fois-ci ce fut encore un Piaggio, mais un peu vermoulu, et qui devait avoir une petite fuite d'essence car il consommait sans doute plus qu'un V8 américain des années trente. Il nous a fallu faire le plein d'urgence après une vingtaine de kilomètres, et supporter les bruits d'amortisseurs lorsque nous passions dans un trou (hélas assez nombreux, mais nous allons parfois aussi les chercher). Mais il nous a vaillamment fait découvrir le nord de l'ile, dont les couleurs sont extraordinaires, et il parait que nous n'avons encore rien vu !

pistachier



Les vergers de pistachiers sont extrêmement nombreux, et il faut goûter ces fruits secs préparés depuis des générations par les cultivateurs locaux, sous différentes formes, salés ou pas, enrobés de miel et de sésame, un délice, vraiment différent de ce que nous trouvons chez les commerçants en France. On se demande maintenant comment nous pourrons finir le stock embarqué à bord de Dartag avant le départ. Quelle erreur !



En plus de la beauté des sites naturels, nous avons visité quatre des édifices les plus remarquables:

sanctuaire d'Aphaia



- Le temple dorique dédié à Aphaia (l'invisible), pour certains ce serait aussi à Athéna, dans l'est de l'ile. Les restes sont suffisants pour imaginer l'ensemble et avoir une idée de la vie autour ce genre d'édifice à partir du 5 ème siècle avant JC, peu après la grande victoire navale des Athéniens, pourtant en nette infériorité numérique, contre les Perses, à Salamine. Ce fut première bataille navale connue, opposant plus de 1300 trirèmes et galères. Le musée construit sur place pour conserver les découvertes du site était malheureusement fermé.

Kontos église Anastase Kefalas



- L'immense église de Kontos construite au 19 ème siècle en l'honneur d'Anastase Kéfalas, canonisé dans l'église orthodoxe en 1861. Cet ensemble fait penser par sa taille, son luxe et même sa décoration, à la mosquée Hassan II à Casablanca. Les marbres de différentes couleurs des sols et des colonnes, rivalisent avec les boiseries finement découpées et sculptées, les mosaïques fines à l'effigie des personnages importants, les objets d'orfèvrerie sacrée parfois immenses, les galeries merveilleusement aérées, etc...La vitalité de l'église orthodoxe grecque, toujours religion d'Etat, visible par le nombre et l'entretien parfait de milliers d'oratoires, chapelles, églises, monastères, dispersés dans les villages et la nature, ou sur les hauteurs comme dans le moindre ilôt, se manifeste aussi dans cet immense bâtiment récent, d'ailleurs en pleins travaux: la coupole est entièrement échafaudée à l'intérieur pour, probablement, une réfection lourde. Mais la visite continue. Une plaque illisible pour nous mériterait une traduction, s'il vous plait ? Curieusement on distingue dans la montage qui domine Kontos, de curieux bâtiments: il s'agit de 34 des 157 églises que comptaient le village de Palehora, après son abandon et la destruction de toutes les habitations. Les villageois qui s'étaient réfugiés à la montagne pour se protéger des attaques de pirates étaient retournés dans leurs maisons côtières d'origine.

Monastère Theotoukou Chrysoleontisis



- le monastère Theotoukou Chrysoleontisis, perché dans la montagne au bout d'un chemin mal bétonné, et entouré de ses exploitations agricoles. Une des plus originale est peut-être l'élevage de paons en liberté autour du monastère et nous n'avons pas résisté au plaisir de prélever sur le sol quelques grandes plumes abandonnées par ces magnifiques animaux que nous n'avons vus que de loin. Désormais elles sont stockées à bord de Dartag en vue d'une utilisation future.

Egine au fond la dernière colonne du temple dorique d Apollon



- le temple dédié à Apollon, ou Aphrodite selon certains, sur le promontoire qui ferme la baie d'Egine. Une seule colonne est restée debout jusqu'à nos jours, mais les fondations et murs d'enceinte sont impressionnants. De nombreux restes romains sont également visibles. Malheureusement le site était fermé et nous ne l'avons vu qu'en passant à côté et depuis le promontoire suivant.



Bref, encore une belle journée de découverte, terminée par un bain de mer à plus de 30° et une douche froide légèrement plus chaude, car l'eau contenue dans les soutes de Dartag, adoptent naturellement une température moyenne entre l'air ambiant et l'eau de mer soit environ 32°. Se baigner juste avant de se coucher et se doucher froid ensuite, est un grand plaisir et aussi une nécessité pour bien amorcer la première phase du sommeil, bercés par la brise nocturne sous un ciel étoilé. Encore un peu et nous deviendrions presque des poètes (grecs) de la beauté, de l'équilibre et de l'harmonie universelle. L'avons nous bien dit ?



Ce mercredi matin, le fort vent de nord n'était pas tombé et la météo prévoyait qu'il se renforce dans la journée. Courageusement, nous avons décidé de l'affronter, mais sans le braver, en mettant le cap sur Korpos sur la côte du Péloponnèse, juste à l'est d'Egine. Quinze milles parcourus rapidement, un os entre les dents avec la voilure réduite au début, puis complètement déployée quand Eole a fait un pied de nez aux météorologues grecs en affaiblissant le vent et en le faisant tourner au nord-ouest. Mais nous sommes maintenant dans un endroit délicieux, calme et parfaitement abrité pour subir le fort vent de nord encore prévu pour au moins 24h. Mais, allez savoir ce qu'Eole a dans la tête ?

Korfos

dimanche 19 juillet 2009

Petit et grand canal

Enfin, nous avons trouvé la recette du café frappé, qui est quasiment la boisson nationale grecque ! A une terrasse de bistrot, bien rares sont les consommateurs qui ne dégustent pas ce délicieux breuvage.

La voici donc, pour ceux que cela intéresse:

Dans un grand verre (33 cl est une bonne contenance) mettre:

- trois cuillères à café de nescafé spécial filtre

- deux cuillères à café de nesquik ou autre poudre chocolatée

- trois cuillères à café de sucre en poudre, de préférence roux

- deux centimètres d'eau à température ambiante

Mélanger le tout de façon à obtenir un liquide homogène et ajouter:

- six glaçons

- deux cuillères à soupe de lait très froid

- remplir à ras bord avec de l'eau très froide

Battre au mixer suffisamment pour obtenir une mousse épaisse en surface et bien refroidir le tout,

Déguster avec une paille progressivement mais avant que toute la glace ne soit fondue.

Remarque: certains établissement proposent le lait et le sucre de manière optionnelle. A notre avis, c'est surtout pour répondre au souci de plus en plus fréquent des consommateurs, en Grèce aussi, d'une nourriture allégée, exempte de tout ce qui est bon. Vous avez le choix. Merci de nous communiquer vos impressions après essai.



Depuis notre petit mouillage relaxant après la visite à Delphes, nous avons cheminé jusqu'au fond du golfe de Corinthe à la vitesse du vent, c'est-à-dire très lentement, en utilisant pas mal le moteur, et en visitant quelques criques non signalées comme intéressantes dans nos guides. Evidemment sur une mer d'huile on voit tout ce que font les animaux marins en surface, et c'est assez désappointant d'en voir autant, qui poussent le vice jusqu'à venir sauter à proximité immédiate du rapalas pourtant bien appétissant de Marie, mais sans y toucher. A notre grande surprise nous avons également vu un grand troupeau de dauphins, mais comment imaginer qu'il n'y en ait pas dans cette mer intérieure bordant le site de Delphes. Apollon lui-même les utilisait pour ses escapades et chevauchées.

Alatonisi



Nous avons d'abord passé une nuit derrière un petit îlot désert nommé Alatonisi près du village de Paralia que nous ne pouvions même pas voir. Une promenade sur la plage de galet nous a fait découvrir quelques beaux cailloux et en particulier deux morceaux de marbre détachés de la montagne , mais portant de traces de taille sur une face. Nous les avons stockés à bord pour les faire expertiser plus tard. L'eau de mer à 29° nous a aussi laissé un excellent souvenir, mais notre tentative de pêche aux oursins n'a pas été très concluante: dans les noirs il n'y a quasiment rien et dans les mouchetés il y a quelques virgules orange dont le goût est délicieux, mais quel boulot pour déguster 1,5 gramme de nourriture ! Et pourtant les connaisseurs jugent ce mollusque délicieux.

petit canal



Ensuite, ce samedi, nous avons été attirés par un plan d'eau intérieur, apparemment accessible par un petit chenal. En fait, il faut mouiller à l'extérieur, et passer avec l'annexe. Mais si on essaie de le faire contre le courant, c'est plein gaz, millimètre par millimètre, et un peu affolant, car c'est étroit. Mais de petits bateaux de pêche et de nombreux plaisanciers sur des pneumatiques puissants ou des jet-skis, l'empruntent. Il faut dire qu'à l'intérieur, c'est un petit paradis entouré de collines boisées et de maisons plutôt chics, autour de délicieuses petites chapelles blanches et bleues, de plus en plus fréquentes. Ce village de Vouliagmeni mérite un détour. Une petite escalade jusqu'à une chapelle blanche dominant le golfe de ses 120 mètres d'altitude, au soleil couchant, n'a fait que le confirmer.

golfe de Corinthe depuis le cap Melangavi



Cette dernière escale dans le golfe de Corinthe nous plaçait à proximité immédiate du canal que nous voulions aborder en début de matinée, avec du temps devant nous pour attendre notre tour, si nécessaire. En fait, arrivés à l'entrée vers 10h ce dimanche, nous l'avons embouqué vers 10h45 en convoi de trois voiliers derrière deux gros yachts à moteur genre Black Rose (vous suivez ?), une grosse caïque italienne, puis un pneumatique et un remorqueur. Nous en avons bien profité car le convoi était lent, ayant un courant contraire non négligeable assez étonnant avec le fort vent d'ouest qui s'est remis à souffler depuis 24 heures. C'est un ouvrage extraordinaire taillé dans le calcaire massif avec ses failles et ses effondrements. Et puis tous ces ponts et passerelles qui le traversent, sur lesquels les badauds profitent du spectacle de ces bateaux, qu'ils doivent voir comme une procession de fourmis dans un sillon vertigineux ! Evidemment nous avons mitraillé pendant le passage, que nous ne referons peut-être pas de si tôt.

les badauds sont là-haut



Les formalités de sortie ont été ultra rapides et une fois la facture en poche (ouille, ouille ! mais nous savions que c'était le péage le plus cher du monde, rapporté au kilomètre) nous avons gagné le mouillage situé juste au nord de la sortie, où se trouvait quelques autres voiliers en escale ou en attente de traverser dans l'autre sens. Le vent étant bien fort, nous allons attendre qu'il se calme un peu avant d'entreprendre notre découverte du golfe de Saronique puis des Cyclades qui sont le but initial de cette magnifique croisière 2009.



Pour le moment, nous avons évité Corinthe, cité de tous les vices, mais ses attraits actuels ne nous y ont pas encore fait renoncer définitivement. Peut-être irons-nous plus tard, éventuellement en voiture, car nous ne voulons pas rater la dégustation de raisin au mois de Septembre, et bien sûr la fabuleuse citadelle magnifiquement éclairée, qui nous a nargué de toute sa hauteur et sa splendeur, la nuit dernière.

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