dartag

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 27 avril 2016

Grand Cul de Sac

P1050022_Dartag_a_White_House_Bay.JPG

White House Bay à St Kitts (ou St Christophe) est un bon abri pour laisser passer une grosse perturbation pluvio-orageuse. Nous y sommes restés quatre jours. Le bistrot installé sur la plage est accueillant et son spot Wifi ouvert nous a bien rendu service.

P1050025_Marina_pour_un_tout_seul.jpg

Les projets de développement touristique de ce mini état souverain sont grandioses. Outre la marina toute neuve encore en construction juste à côté de notre mouillage, les opérations immobilières commencent à coloniser les falaises voisines.

P1050016_pancarte_du_prooteur_envolee.jpg

On trouve même parfois les affiches des promoteurs arrachées par des tempêtes (ou des rivaux ?), précipitées sur la plage 150 mètres plus bas. Et les constructions anciennes, même en ruines, isolées et non desservies par des routes, cherchent de nouveaux propriétaires. Il faut dire que les sites sont splendides et que la vue du coucher de soleil sur la mer des Caraïbes doit être spectaculaire.

P1050011_Serge_et_Frederique_de_TSF.jpg

Nous y avons fait la connaissance d’un couple de voyageurs originaires du Pas de Calais, Serge et Frédéric, avec qui le contact est facile, les échanges intéressants et la convivialité naturelle. Ils ont vendu leur affaire de lubrifiants et vivent maintenant sur leur OVNI 39, en profitant des escales pour visiter les pays riverains et même un peu plus. Ainsi depuis le Brésil où ils sont restés plusieurs mois, ils ont pris, l’avion, le car, le bateau pour découvrir de nombreux autres pays d’Amérique du Sud avec leur sac à dos.

P1050010_TSF_notre_voisin.jpg

Le nom de leur bateau (TSF) est un programme à lui tout seul, mais pas tout à fait celui qu’on imagine au premier abord. Ils réservent aux amis le secret de ce choix, et ne comptez donc pas sur moi pour le dévoiler, mais c’est tellement charmant qu’on aurait envie de connaître une si belle aventure.

Montserrat_explosion_634x798.jpg

Finalement, le vendredi 22, une amélioration nous a permis de partir pour une grosse journée de mer jusqu’à Deshaies, à l’extrémité NW de la Guadeloupe, zappant l’escale que nous avions envisagée un moment à Montserrat. Mais elle n’a pas grand intérêt, d’après Serge et Frédérique, et il fallait profiter du vent favorable qui ne durerait pas.

Montserrat_main_900.jpg

Cette île, martyrisée par son volcan dans les vingt dernières années, et que nous ne connaissons pas encore, attendra donc notre visite pour une autre année.

P1050032_plus_british_tu_meurs.jpg

L’escale de Deshaies est toujours un régal : le mouillage est sûr, les approvisionnements faciles et la connexion Internet correcte, dans un site grandiose. La fréquentation est très éclectique : depuis le mini voilier de 6 mètres, quasiment un modèle réduit, skippé par une jeune anglaise en solitaire, jusqu’au trois mats Rara Avis du père Jaouen récemment décédé à 93 ans. Son œuvre continue !

P1050033_Rara_Avis_a_Deshaies.jpg

Après une journée de repos et de grosses rafales sur le mouillage, nous avons décidé de prendre le temps de visiter le grand Cul de Sac Marin, sorte de grande baie corallienne au nord de l’île. On ne peut le faire que par très beau temps car les passes sont étroites, les cartes sont imprécises parfois même incomplètes, et il faut aimer les ilots couverts de mangrove remplie de moustiques.

P1050040_Ste_Rose.jpg

Mais le plaisir est au rendez-vous. Nous avons commencé par Sainte Rose (prononcer cente woz) petit village de pêcheurs un peu oublié. Un seul autre voilier, anglais, était là, près du petit port et un ermite vagabond avait installé son vieux catamaran en ruine entre deux massifs de mangrove. Depuis notre mouillage, nous étions invisibles, planqués entre trois ilets.

P1050041_ilets_du_carenage.jpg

Mais cela nous a permis de faire une petite expédition vers les ilets de Carénage dont l’un comporte une plage et les deux autres sont colonisés par des oiseaux marins.

P1050042_ls_fregates.JPG

P1050046_les_grues.JPG

L’un par les frégates et l’autre par les aigrettes ; pas de mélanges s’il vous plait ! Les sternes se rassemblent plutôt sur les enrochements de la digue du port. Le répulsif et les bougies à la citronnelle nous ont permis de passer une excellente nuit.

P1050052_mouillage_dans_la_mangrove.jpg

Le lendemain, toujours par très beau temps, nous avons longé la barrière de corail jusqu’à la passe à Caret qui permet de s’approcher du fameux « ilet à Caret », point de rendez-vous incontournable des habitants de Pointe à Pitre chaque week-end. En semaine c’est plus calme, même si les bateaux d’excursions, venant notamment de Cente Woz, y déposent quelques vacanciers pour un barbecue.

P1050062_mouillage_a_l_ilet_a_Caret.jpg

P1050068_restes_de_cocoteraie_a_Caret.jpg

Mais cet ilet de sable est instable, et les aléas météo lui font subir des outrages. Cette année, il a particulièrement souffert : il s’est déplacé d’environ cent mètres vers l’ouest, détruisant les abris qui y avaient été construits pour les touristes, et la belle cocoteraie a été ruinée, il ne reste que deux cocotiers rabougris et crevotant.

P1050064_vialite_des_coraux.jpg

P1050073_plage_W_de_Caret.jpg

Mais les couleurs sont toujours aussi belles et, sous l’eau, les massifs de corail sont en plein essor. La nuit sur place est d’un calme extraordinaire, à quelques milles de la côte illuminée. Et, ce matin, surprise, le voilier anglais de la nuit précédente à Cente Woz est venu mouiller lui aussi à proximité de l’ilet à Caret, mais en cheminant à l’intérieur du lagon : soit c’est un habitué qui connaît parfaitement les lieux, soit il a très peu de tirant d’eau.

P1050071_couchant_a_Caret.JPG

Dans quelques jours nous regagnerons Pointe à Pitre sans savoir encore si ce sera par l’ouest ou par l’est, sans doute après une escale à Marie Galante ou aux Saintes. Nos retrouverons les amis guadeloupéens, « lâchement abandonnés à leur triste sort » depuis plus de trois mois. Il nous restera quelques semaines pour terminer les bricolages avant le désarmement, préparer les listes pour l’hiver suivant et sans doute aussi quelques escapades proches avec ceux ou celles qui en auraient l’envie et le temps.

A bientôt avec peut-être encore un billet pour la fin de ce troisième hiver aux Antilles …….

mardi 19 avril 2016

Pétole et Pétrole

Les « voiles de St Barth » sont une belle compétition de beaux voiliers, sur un beau plan d’eau, par beau temps ! Tout est beau, à l’image de cette ile paradisiaque.

P1040871_hissage_de_la_GV.jpg

P1040873_l_un_des_plus_petit.jpg

Avec les géants de 100 pieds (30 mètres) et plus, tout en matériaux exotiques (kevlar, carbone, epoxy, nid d’abeille,… et j’en passe), il y a les grands luxueux, les moyens luxueux, les sportifs et les petits nerveux ! Tous sont armés avec des équipages nombreux, agiles et décidés à gagner leur catégorie. Environ 60 bateaux et plus de 1000 marins de tous les pays sont engagés dans cette compétition sponsorisée par les marques de luxe les plus prestigieuses.

P1040882_lutte_de_titans.JPG

Le port de Gustavia est saturé, comme le mouillage extérieur, où s’installent pour la semaine certains concurrents et leurs bateaux accompagnants, transportant le matériel et servant parfois d’hôtels ou de salle de repos aux équipages. Cela semble ne gêner en rien les tortues qui traversent le mouillage très régulièrement.

P1040933_visiteuse_discrete.JPG

P1040898_a_la_marque.jpg

Normalement il y a quatre jours de courses séparés par un jour de repos, « day off » comme on dit dans la langue internationale pratiquée par la majorité. Cette année il y en eu deux, en raison d’une brise si faible qu’elle ne permettait pas de courir le troisième jour : après la première journée, il y a eu une « panne d’alizé » comme disent les météorologues.

P1040929_calma_plat_a_l_ile_fourche.jpg

Ces deux « day off » offrirent ainsi la possibilité pour les « touristes » de profiter des plages et mouillages de l’ile ou de ses dépendances, en particulier l’île Fourchue, située à moins de trois milles, par très beau temps et calme plat, mais aussi de soirées détentes dans les restaurants de Gustavia.

P1040919_soiree_pizza.jpg

P1040920_soiree_pizza.jpg

P1040899_c_est_chaud.jpg

Cela n’a pas empêché un superbe spectacle, et m’a, en plus, donné l’occasion de rejoindre, avec le zodiac, les concurrents sur leur parcours pour les voir en découdre au passage d’une des marques.

P1040904_concentrationR.JPG

P1040913_intouchable_King_40.jpg

L’équipage de Sonadio, sur lequel j’avais couru cette épreuve en 2014, invité par le club de Pointe à Pitre, « Les P’tits Filous », a fait très bonne figure, remportant la deuxième place dans sa très compétitive catégorie des 40 pieds, derrière un extraterrestre venu d’Argentine sur un King40 extrêmement affuté. La régularité, la concentration et la préparation parfaite ont payé.

P1040942_medaille_d_argent.JPG

La remise des prix, le samedi soir, fut suivie d’un feu d’artifice de belle qualité tiré depuis la caserne de gendarmerie qui domine le port, et les fêtards ont enchainé avec une soirée animée par un concert sur la place de la capitainerie.

Dès le lendemain dimanche, c’était la dispersion, chacun regagnant ses pénates, et nous avons aussi repris la mer, profitant d’une brise faible mais suffisante, avant une dégradation pluvio-orageuse annoncée pour la semaine.

P1040947_au_fond_Saba_derriere_les_petroliers.jpg

C’est à Statia (ou St Eustache) que nous avons fait escale. Cette île hollandaise, très prospère au 18ème siècle, avait été ruinée par une expédition anglaise commandée par l’amiral Rodney en 1781. Il devait venger l’affront fait quatre ans auparavant par ses habitants qui avaient fêté l’arrivée du premier navire de guerre américain après l’indépendance des USA.

P1040968_port_petrolier.JPG

Aujourd’hui, les traces de cette ancienne prospérité et de la razzia des anglais sont bien visibles. L’activité économique repose essentiellement sur l’important dépôt pétrolier qui a pris le relais des activités traditionnelles. Mais il n’y a plus que moins de la moitié des habitants, dont une majorité d’esclaves, qui vivaient sur place il y a plus de deux siècles.

P1040986_esclaves_musiciens.JPG

P1040971_temple_protestant_en_restauration.jpg

P1040981_synagogue_en_restauration.jpg

En dehors de Fort Oranje et des églises juive et chrétienne (et encore !) seuls quelques rares bâtiments officiels ont été restaurés dans la ville haute. Quant à la ville basse dont les cyclones ont parachevé les destructions anglaises, elle ne comprend que quelques jolis petits hôtels au milieu des ruines d’entrepôts et d’appontements abandonnés. C’est vraiment tristounet, et la grisaille si ce n’est la pluie n’ajoutent rien au charme de cette minuscule capitale de 1500 habitants.

P1040979_Fort_Oranje.jpg

Comme en plus les formalités sont tatillonnes, rendues par des fonctionnaires peu aimables, et plus chères que prévu, la probabilité pour que nous y retournions un jour est très faible.

P1040995__ruines.jpg

Nous sommes donc repartis rapidement et sans regrets avec une jolie brise de nord-est, en direction de Nevis, 35 milles plus loin sur la route de la Guadeloupe.

P1050001_White_House_Bay.jpg

En fait, devant la dégradation du temps et une grosse menace orageuse nous avons préféré écourter un peu l’étape et nous arrêter avant la nuit à l’extrémité sud de St Kitts profitant d’un beau mouillage plus abrité que celui que nous visions. Il s’appelle White House Bay et nous le partageons avec une demi-douzaine d’autres voiliers, dont un français. Sur la plage de galets, un bar-restaurant et, un peu en retrait, une villa, semblent en sommeil.

P1050009_Christophe_Harbour.jpg

De l’autre côté d’une sorte d’isthme, un grand étang salé a été partiellement aménagé en port pour grands yachts, dont nous voyons les superstructures. Cet aménagement immobilier futur, très ambitieux et dénommé Christophe Harbour, est pour le moment presque vide, mais il est si bien situé qu’il devrait trouver ses clients à court terme dans ces Caraïbes, véritable paradis pour le yachting.

Nous pourrons attendre ici quelques jours si nécessaire, le retour de l’alizé et du soleil pour reprendre notre route.

lundi 11 avril 2016

Escale technique

Après la déception de Cruz Bay, il n’a pas fallu attendre longtemps avant de se réconcilier avec les Iles Vierges.

P1040788_petit_ponton_de_reve.jpg

Dès la suivante, le calme et la beauté du mouillage, les promenades magnifiques à terre, l’ambiance au village, étaient à la hauteur de la réputation des BVI. Cette ile, « Jost Van Dyke », porte, selon la légende, le nom d’un pirate du 18ème siècle qui en avait fait son fief.

P1040789_great_Harbour.jpg

Le développement touristique de cette ile s’est d’abord appuyé sur le successeur de ce pirate hollandais (non, pas le nôtre !), fondateur d’un petit restaurant sur la plage devenu progressivement un complexe commercial plus large avec vêtements, souvenirs, et même quelques chambres. L’ensemble s’appelle Foxy’s et sa fille en a ouvert un autre qui démarre à l’est de l’ile.

P1040795_ils_sont_tous_la.jpg

Du coup les autorités ont ouvert localement un bureau pour les formalités qui a un succès fou. Elles sont simples, un peu longues en raison de la queue, mais coûtent beaucoup plus cher (40 $) qu’à notre premier passage en janvier 2016 (15 $). Le tarif a dû changer entre temps !

P1040805_t_as_vu_la_vue.jpg

Puis est venu le temps des promoteurs immobiliers dont les projets sont en construction entre deux des plus beaux sites, Great Harbour et White Bay. Ce n’est pas donné, mais la vue est à couper le souffle. Il y a aussi quelques petits cabanons plus modestes, sans doute l’œuvre d’iliens désireux de profiter de leur île une fois l’heure de la retraite venue.

P1040800_le_plus_petit_c_est_Dartag.jpg

Nous sommes tellement proche des USVI que le téléphone et la 3G américaine (AT&T) sont parfaitement utilisables. C’est bien pratique car le forfait Free français bénéficie d’un pass de 35 jours de roaming offert pour l’année, qui permet d’utiliser le forfait illimité comme en métropole. Pratique pour vous envoyer un billet, mettre à jour notre blog, ou avoir des nouvelles de vive voix.

P1040811_regate_dans_les_Vierges.jpg

Le beau temps de ce début avril, nous incite à poursuivre notre visite des BVI, et nous jetons notre dévolu sur Norman Island, suffisamment proche de St John pour profiter encore de la 3G. Nous y allons en louvoyant entre les autres iles par une brise parfaite et d’autres voiliers ont la même idée. Cela donne l’occasion d’une petite régate informelle où Dartag montre encore ses qualités, ridiculisant tous les autres, sauf un, un First 41 pavillon américain et solitaire, équipé de voiles magnifiques qui nous a donné une vraie leçon. Il est temps de faire un carénage soigneux de Dartag car cela ne doit pas recommencer. Les autres devaient vraiment être nuls !

P1040813_The_Bight_Norman_Island.jpg

Le mouillage que nous visons s’appelle « The Bight ». Il est parfait, eau cristalline, abri excellent sur fond de sable blanc, un établissement hôtelier chic au fond avec un petit ponton, et équipé de nombreuses bouées. Nous en prenons une au hasard, recevant une heure plus tard la visite de l’hôtesse qui nous demande si nous voulons y rester pour la nuit, moyennant 30 USD. Du coup nous l’abandonnons pour aller mouiller sur notre ancre au nord de la baie, en prévision du carénage en plongée que nous prévoyons pour le lendemain.

P1040824_bonite_curieuse_r.jpg

En deux fois une heure trente, la carène est revenue à son état « propre », malheureusement sans le narguilé dont les deux compresseurs sont tombés en panne. Vraiment pas de la qualité ces outils là, il faudra trouver mieux pour l’hiver prochain !

P1040821_coucher_sur_St_John.jpg

Compte tenu de l’excellente météo pour les deux prochains jours, nous décidons de reprendre la mer dès le lendemain pour rejoindre directement St Martin à 90 milles. Partant avec un vent de NE 10 à 15 nœuds, c’est un peu lent dans une mer encore un peu houleuse, mais une bascule du vent au sud-est devrait nous permettre d’atteindre notre but en moins de 24 heures. En fait le vent a bien tourné un peu mais pas suffisamment, si bien que nous l’avions exactement de face.

P1040845_poste_de_veille_de_jour.jpg

Du coup nous avons parcouru 140 milles en 26 heures pour arriver, mais c’était une belle traversée quand même, sans une goutte à bord, en dehors de quelques averses ! Les positions de veille du captain de jour comme de nuit, témoignent du côté relax de celle-ci, même si une petite trombe naissant sous le vent nous a surpris en approchant d’Anguila.

P1040848_trombe_debutant.JPG

A Marigot, capitale de la partie française de St Martin, il y a de nombreux commerces et shipchandlers, permettant de remettre à niveau les stocks de la cambuse, bien entamés après plus de deux mois de voyage dans des pays où les approvisionnements ne sont pas toujours faciles. Nous avons aussi pu remplacer ou acheter les bricoles qui nous faisaient défaut, par exemple pour réparer les brûleurs de la cuisinière ou remettre à neuf le barbecue, et refaire les pleins de gasoil et d’essence hors taxes. Et puis cette escale technique était aussi l’occasion de faire un grand tri et nettoyage de certaines cales, y retrouvant des pièces ou outils oubliés désormais remis à leur place logique.

P1040851_troisieme_fuite.jpg

Enfin, l’annexe, dont le plancher perdait de nouveau sa pression, obligeant à la regonfler deux fois par jour, a été entièrement démontée lavée et rincée. Les réparations précédentes avaient parfaitement tenu, mais une troisième fuite s’est révélée dans le même secteur, provoquée certainement par le même hameçon des gamins qui pêchaient au bord du quai il y a deux ans, précisément à St Martin. J’espère que ma nouvelle réparation tiendra comme les autres.

Les retrouvailles avec les radios et TV françaises m’ont fait un drôle d’effet. Depuis tout ce temps, j’avais perdu l’habitude d’entendre et de voir tout le temps les mêmes voix, les mêmes têtes et les mêmes infos. Et bien non elles n’ont pas changé, elles radotent toujours de la même façon, et Yves Calvi dans C dans l’air est toujours aussi professionnel et intéressant, mais il est un peu seul !

P4151492_procedure_de_depart_par_vent_faible.JPG

La semaine du 11 au 16 avril est celles des « Voiles de St Barth ». Nous serons prêts pour y participer, en spectateurs, et y retrouver l’équipe des « Petits Filous » qui m’avait invité en 2014 sur Sonadiau, leur voilier de course, alors que Dartag était encore en réparation à Pointe à Pitre. Une bien belle expérience, mais cette année la météo est plus mitigée qu’il y a deux ans.

A suivre…………….

dimanche 03 avril 2016

Du Sud au Nord

P1040689_naides_dans_le_recif.jpg

Avant de quitter Los Roques, nous y avons fait une dernière escale, comme si nous ne devions pas y revenir. La plus belle, si c’est possible, dans le lagon de Cayo Frances d’environ un demi mille de diamètre. La magnifique barrière de corail n’a qu’une passe étroite, la protection est donc parfaite.

P1040706_le_coin_des_voiiers.jpg

P1040693_le_coin_des_moteurs.jpg

P1040695_le_coin_des_pecheurs.jpg

P1040698_kiteuse_de_charme.JPG

Evidemment il y a du monde en ce jour de Pâques mais il y règne une certaine organisation ; il y a le coin des voiliers, face au grand large, le coin des moteurs l’arrière tourné vers la plage et le coin des pêcheurs qui ont construit des cabanes sur la partie atoll. Et les planchistes et kite-surfeurs, dont une très mignonne, s’en donnent à cœur joie. Il n’y a pas de pavillons étrangers à l’exception du notre. Ce pays est quasiment boycotté depuis que la sécurité a souffert de la pagaïe qui remonte à la fin du règne de Hugo Chavez, et son successeur Nicolas Maduro n’a rien arrangé, au contraire.

P1040699_couleurs_de_paradis.jpg

Nous y avons retrouvé certains bateaux déjà rencontrés comme Arno, dont l’équipage francophone m’avait briefé sur les formalités vénézuéliennes. J’en ai profité pour le remercier et en discutant, j’ai découvert qu’il avait été étudiant à Nancy, dix ans après moi et que sa femme était française. Pas étonnant qu’ils soient francophones.

P1040705_plages_blanches.jpg

La météo annonçant une accalmie dans l’alizé pour trois jours, nous avons repris la mer le lundi matin, espérant avoir une traversée directe facile, d’abord en serrant un peu le vent puis, en profitant d’une rotation annoncée au sud-est dans la deuxième partie, plus portante et confortable. C’est ce qui s’est effectivement produit, mais le vent est resté plus fort que je ne l’attendais, rendant la première journée un peu dure et arrosée.

P1040711_Dartag_a_fond.jpg

Au début il paraissait possible de viser les iles de l’est de Porto Rico, puis dès le deuxième jour, plutôt les Iles Vierges Américaines, notamment Saint Croix, la moins fréquentée et donc probablement la plus authentique.

P1040718_approche_de_Christiansted.jpg

Et il fût même possible de la contourner par l’est, évitant un louvoyage d’une douzaine de milles pour atteindre la capitale Christiansted située sur la côte nord. C’est la plus grande des trois îles, peuplée de moins de 60 000 habitants. Elle fut surtout danoise après avoir été un peu anglaise, hollandaise et française, puis rachetée, avec les autres USVI, par les USA en 1917.

P1040736_fort_historique_danois.jpg

Son passé colonial ressemble à celui de beaucoup des Antilles, basé sur la canne à sucre, le rhum et l’esclavage. Seule la rhumerie a survécu en achetant désormais des cannes à sucre dans les autres iles. Sur sa côte sud, l’ile accueille une des dix plus grosses raffineries de pétrole du monde, traitant essentiellement du brut vénézuélien. Le reste de l’activité est basée sur le tourisme et l’immobilier avec une ambition haut de gamme, mettant en valeur son isolement relatif dans les Caraïbes. Certaines propriétés sont somptueuses et l’aéroport international permet de les atteindre directement du monde entier.

P1040740_hydravion_seaborne.jpg

Pour les transports locaux vers les autres îles vierges, c’est l’hydravion qui est le plus commode compte tenu du faible nombre de clients, évitant à ces riches et exigeants touristes, les inconvénients des traversée maritimes musclées dans l’alizé et ne nécessitant quasiment pas d’infrastructures couteuses.

P1040742_avant_l_orage.jpg

Une grosse perturbation pluvio-orageuse nous a fait prolonger le séjour au mouillage me donnant l’occasion de terminer certains petits bricolages à bord, et de bien rigoler en retardant les blagues du premier avril sur Internet. Certains ont vraiment une imagination débordante et cette tradition reste bien vivante. Ce fut aussi le moment de faire un peu de cuisine.

P1040746_brandade_de_surimi_aux_petits_legumes.jpg

Et, en ce samedi matin, le beau temps étant revenu, nous avons gagné en quelques heures d’une traversée très agréable la dernière vierge américaine, celle que nous ne connaissions pas : St John. Elle fût quasi abandonnée après la fin de l’esclavage, puis rachetée par un héritier Rockefeller qui l’a offerte à l’Etat fédéral pour en faire un parc national. Elle est donc peu peuplée et ne possède que peu de routes, et pas d’aéroport.

P1040761_cote_d_Azur.jpg

Sa capitale est le village de Cruz Bay dont le mouillage semble, sur la carte, et d’après notre guide, assez accueillant. Hélas en y arrivant, nous avons dû y renoncer tant il est encombré, pour mouiller à l’extérieur. Mais cela nous a permis de débarquer pour une visite et quelques courses.

P1040771_Cruz_Bay.jpg

P1040780_front_de_mer.jpg

Disons le tout net, l’ensemble est vilain, disparate, bruyant, et fréquenté par une faune du même genre que beaucoup d’endroits à la mode, jeune, percée, tatouée et flambeuse. Grosse déception, d’autant plus que le ravitaillement est possible mais à des prix exorbitants.

P1040750_rutilante.jpg

L’impression aussi d’être envahi par des gros 4x4 majoritairement des JEEP rutilantes de toutes les couleurs est une très mauvaise surprise. Mais attention, pas la version décapotable, non, les gros modèles entièrement fermés et climatisés. Lorsque l'une d'entre elles passe à proximité vous sentez le torrent d'air brûlant qui sort de son radiateur, une honte ! Il n’y a que cela, partout, offertes aux touristes par des dizaines de loueurs à tous les coins de rue. Malgré les petites galeries marchandes et le joli cimetière marin dominant la baie, le charme de ce village est gâché.

P1040767_galerie_marchande.jpg

P1040772_cietiere_marin.jpg

Bon, vite retour à bord, mais le courant a changé et Dartag est maintenant en travers au vent dans une houle invraisemblable, rendant le mouillage inconfortable. Parmi les autres plaisanciers qui étaient là au début de l’après-midi, la plupart sont déjà partis. Il n’y a plus qu’à faire comme eux et les rejoindre un mille au nord dans une autre baie entièrement équipée de bouées. Allons-y quand même, cela parait confortable, mais l’impression de machine à sous se confirme. Alors demain matin à l’aube on cherchera mieux, sans doute du côté des British Virgin Islands voisines.

A suivre…………….

samedi 26 mars 2016

Pas de panique

Le retour de Curaçao à Bonaire, contre le vent, pour la première fois depuis des mois, était l’occasion d’un double test. Aurions-nous la patience de grignoter les milles l’un après l’autre en luttant contre l’alizé et la mer ? Le bateau serait-il vraiment bien étanche aux paquets de mer qui nous tomberaient immanquablement dessus avec une régularité d’horloge ?

Il nous a fallu près de huit heures pour ce parcours de 37 milles en ligne directe, mais nous en avons en réalité parcouru 52, compte tenu du louvoyage, avec seulement quatre virements de bord. Et nous sommes arrivés secs ! En extrapolant pour l’étape suivante, de 90 milles vent debout, il nous faudra donc prévoir 24 heures de louvoyage. Bigre, ça commence à compter. Nouveau test en perspective. En attendant, il va falloir soigner ce rhume et cette toux qui m’ont repris après les passages nombreux dans les bureaux trop climatisés des administrations locales.

P1040644_Alarme_mouillage.JPG

Après deux jours de repos, bricolages et lectures variées, quelques courses et des formalités faciles, nous reprenons la mer lundi 21 en direction de l’archipel « Los Roques » situé à 75 milles au nord de Caracas. J’avais oublié mon passeport sur le bureau des douaniers de Kralendijk, et je m‘en suis aperçu à temps pour retourner le chercher avant la fermeture. Ils m’attendaient avec un petit sourire,….. Pas de panique……… !

La traversée fut dure, marquée par des incidents auxquels je ne m‘attendais pas. Tout d’abord la découverte d’une blatte américaine dans le local poubelle. Sinistre souvenir de l’invasion subie l’hiver dernier qui nous avait pourri tous les compartiments à bord et finalement nécessité un traitement de choc après le désarmement. Heureusement rien de grave cette fois, l’épidémie s’est arrêtée sans suite fâcheuse. Pas de panique…….. !

P1040577_jupe_babord.jpg

Puis la protection de la jupe arrière qui s’est de nouveau décollée dans sa partie haute à bâbord, donnant un aspect misérable à Dartag remorquant un gros serpent dégoutant. Avec une sangle, j’ai pu la récupérer et la sécuriser avant une réparation définitive ( ?) à la prochaine escale. Pas de panique,…. !

P1040575_nerf_de_chute.JPG

Enfin, plus grave, le nerf de chute de la grand’voile s’est cassé net dans sa gaine. Impossible de le réparer en mer, et cela nous prive de ce réglage indispensable pour rigidifier la voile. Après de nombreux essais sur les autres manœuvres de la grand’voile, je trouve finalement un réglage moyen, moins bon, mais réduisant des trois quarts les battements qui ébranlent tous le gréement. Pas de panique………. !

Au petit matin, après être passés pendant la nuit, sous la pleine lune mais sans les voir, entre les deux dangereux atolls inhabités d’Avès, nous approchons de Islas Los Roquès. C’est un ensemble de récifs et côtes basses sablonneuses dont certaines sont habitées par des pêcheurs, formant approximativement un cercle de 15 à 20 milles de diamètre. Comme celles passées la nuit, elles appartiennent au Vénézuéla.

P1040571_plage_de_mosquises.jpg

Fatigué par la nuit de louvoyage dans une brise forte (25 à 35 nœuds) avec une mer dure, et privé des réglages essentiels de la grand’voile, je renonce finalement à la voile et mets en route le Volvo pour terminer les dix derniers milles droit dans le vent à sec de toile. Le premier mouillage possible sera le bon !

Et alors là,……. le rêve ! Entre deux îlots appelés Dos Mosquises, guidés par un alignement (marqué sur la carte) au 063° sur trois cocotiers (!), nous mouillons notre ancre avec quatre autres voiliers à deux cents mètres d’une plage de sable blanc, sur une eau cristalline, calme, avec un soleil resplendissant, et une brise puissante pour rafraichir l’atmosphère et recharger les batteries.

P1040583_Sarki.jpg

L’endroit est tellement parfait et beau que le paradis doit être à peu près comme cela. J’irai le vérifier un jour, comme tout le monde, le plus tard possible, mais quel bonheur ! Après un peu de repos, un bon bain et une douche, je peux attaquer les réparations.

P1040615_Dartag_a_la_plage.jpg

Elles sont terminées dans le milieu de l’après-midi, et une petite balade en Zodiac m’approche de la plage où s’ébattent les plaisanciers des autres voiliers. L’un d’eux me hèle dans un français sans accent et me demande si tout va bien. Bonne occasion de faire connaissance de ces familles venant de Caracas pour la semaine sainte de vacances. C’est un suisse francophone installé au Vénézuéla il y a trente ans qui est en balade avec des amis du même yacht club. Très instructif et intéressant de savoir comment ce pays de cocagne connaît actuellement une descente aux enfers, économique, citoyenne, démocratique, sociétale, où la vie quotidienne est perturbée en raison des choix politiques faits depuis vingt ans et dont tous se demandent combien cela pourra durer.

P1040607_le_paradis.jpg

Le lendemain, mercredi, appareillage vers un autre coin de rêve, Sarqui, où la baie d’un demi-mille de long est occupée par une douzaine de voiliers. L’occasion d’une magnifique balade à pied dans cet îlot plat couvert d’une maigre végétation sèche, entouré de plages de sable sur la côte sous le vent, et d’un chaos de fragments de rochers calcaires coralliens sur le côte au vent où de nombreux détritus s’accumulent. Entre les deux, des salines naturelles de la couleur rose des bassins saturés de sel de Camargue ou des Pesquiers.

P1040611_captain_au_soleil.JPG

Histoire de déstocker et trier les photos dans l’ordinateur, j’appuie sur le bouton de mise en route du Toshiba. Sans effet, aucun, même en insistant longuement. Bon sang, il ne m’a jamais fait ça, qu’est-ce qui lui prend ? Heureusement, j’avais fait une sauvegarde complète le 7 mars, mais, depuis cette date, les fichiers sont peut-être perdus….. Je déstocke le micro de secours, un ACER que j’avais gardé à bord, configuré comme le Toshiba, avec Windows 10. Miracle il démarre du premier coup et va bien me dépanner. Je remets le Toshiba dans son sac et à tout hasard le range dans le compartiment au dessus du frigo qui est légèrement chauffé et donc moins humide, me disant qu’il a peut-être un détecteur de « moisture ». En effet les conditions atmosphériques de ces derniers journées ont été extrêmes, avec en permanence entre 97 et 100 % d’humidité.

P1040596_cote_au_vent.jpg

Troisième escale, jeudi, à Crasqui, toute en longueur et entourée de bancs de sable et haut-fonds si bien qu’il y a peu de voiliers, la grande majorité des yachts présents sont de grands bateaux de pêche au gros, puissamment motorisés. Il faut dire qu’à 35 € les mille litres de gasoil, il ne faut pas se priver, et encore le tarif vient d’être multiplié par 20. Avant c’était moins cher que l’eau !

P1040593_saline_naturelle.jpg

Sans trop y croire, après 24h au chaud, je sors le Toshiba de son sac et appuie sur le bouton. Miracle, il démarre immédiatement, normalement. Ouf, tout va bien, je fais toutes les sauvegardes et remise l’ACER dans son sac étanche. Pas de panique ……. !

Evidemment, pour se ravitailler et même pour un autre besoin essentiel aujourd’hui qu’est la communication ou Internet, c’est le désert. Il faudra attendre, peut-être, d’arriver à la capitale de cet archipel pour cela, et faire les formalités d’entrée, car jusqu’à maintenant nous sommes clandestins !

P1040647_l_unique_montagne_des_Roques.jpg

Quelques milles plus loin, ce vendredi matin, remontant une forte brise (encore) nous arrivons à Gran Roque, la capitale et ile la plus au nord de l’archipel. Petite déception, le mouillage devant la ville n’est pas aussi idyllique que les précédents.

Nous débarquons après le déjeuner après avoir demandé à un autre voilier où se rendre pour les formalités. Pavillon Vénézuélien, mais excellent francophone, il nous explique tout, y compris les petits « arrangements » qu’il faudra trouver pour le change et faciliter les choses.

Les douanes sont près de l’aéroport, au bout du mouillage. En effet la cabane est là, marquée « immigration ». Un employé m’entraine dans un bureau officiel climatisé à mort, c’est bien ma chance, mais au moins il n’y a pas de courants d’air. Un seul des fonctionnaires présents parle l’anglais et m’offre ses services. Il peut tout pour moi et s’arranger pour que je sois en règle en payant le moins possible, mais vous savez, me dit-il, les tarifs ont changé la semaine dernière, multipliés par quatre ! Pas de chance.

P1040652_ecrase_de_soleil.jpg

Finalement, après beaucoup d’explications, la visite de trois bureaux différents, je me retrouve avec mes papiers tamponnés pour l’entrée et la sortie et une énorme liasse de billets de 100 bolivars vénézuéliens en échange de celui de 20 dollars confiés à un fonctionnaire qui me proposait un change favorable. Les contreparties sont que je dois officiellement rester deux jours au maximum, que je paie directement mon visa de 10 dollars, et j’ai aussi laissé quelques milliers de bolivars aux « intermédiaires ». Je comprends également que les 20 dollars qui m’ont été échangés au marché noir local, ont laissé quelques traces dans la chaine de change. Bref, pour finalement une somme vraiment modeste, ma situation est régularisée et je ne devrais pas avoir de soucis avant mon départ. Pas de panique,……. !

P1040670_a_peu_pres_10_.jpg

Il me reste à trouver des vivres frais, et avec les 15 000 bolivars qui me restent, cela devrait être une formalité. Pas si facile car les commerçants locaux sont peu nombreux et les livraisons étant le mercredi, ils n’ont quasiment plus rien à vendre. Je tenterai encore ma chance samedi matin en même temps que je profiterai de la Wifi gratuite que le gouvernement met partout à disposition de tous les résidents sans aucune restriction, et elle marche ! Cela complètera aussi ma visite de ce village plein de verdure, sans voitures ni mobylettes, où les bâtiments sont tous de plein pied, colorés autour de places et de rues sableuses, non asphaltées. Il y a beaucoup d’enfants et des jeunes mais aussi des vieux dont le type est sans doute issu du métissage total de cette société : pas de blancs, ni de noirs, d’indiens ni d’asiatiques, un mélange mondial autour de son église dont la porte principale débouche directement sur la plage.

P1040663_eglise_sur_la_plage.jpg

J’ajouterai quand même que la couleur de l’eau sur la plage n’incite pas vraiment à la baignade. Cela n’empêche pas les pélicans bruns d’être très nombreux et le spectacle de leurs plongeons au milieu des bateaux de pêche, parfois à quelques mètres du bord, est magnifique et impressionnant. Les frégates, aigrettes et autres sternes sont aussi de la fête, certaines de ces dernières n’hésitant pas à se percher sur la tête du pélican qui vient de ressortir de l’eau, espérant le perturber lors du déglutissement de sa proie pour la récupérer.

P1040661_ombres_de_Gran_Roque.jpg

Dimanche ou lundi, en fonction de la météo, nous reprendrons la mer vers le nord des Caraïbes, Porto Rico ou les iles Vierges, selon la direction du vent. Ce retour dans des zones plus « organisées » et « prévisibles » n’est pas pour me déplaire, après presque deux mois de voyage dans des pays exotiques souvent surprenants.

jeudi 17 mars 2016

Curaçao tu nous as eus

Initialement prévu de deux jours, nous avons prolongé le séjour à Bonaire, prenant notre temps pour les petits travaux à bord et en profitant de cette escale calme et agréable.

P1040477_batiment_officiel_du_gouvernement.jpg

En fait cette ile est une dépendance du royaume des Pays-Bas, au même titre que Statia et Saba dont nous avons déjà parlé. Son statut est sans doute assez proche de celui d’un département français d’outre mer et sa « préfecture » est un beau bâtiment moderne. Mais elle a quand même un quartier général (modeste, certes) pour ses forces armées, de police et de sécurité.

P1040490_voiles_d_ombrage.jpg

La préservation de l’environnement et l’accueil des touristes, croisiéristes ou plaisanciers sont soigneusement organisés avec le regroupement des bureaux d’accueil sur un site unique et des fonctionnaires prévenants. La plongée et le shopping sont les deux mamelles de l’économie. Il faut dire que l’eau est d’une clarté extrême et que les bains quotidiens dans ces conditions sont super agréables, au milieu de milliers de poissons multicolores. Mais les fonds tombent très vite. A deux cents mètres de la plage, il y a déjà plus de cinquante mètres de fond !

P1040468_marina.jpg

P1040506_tour_de_controle_au_bord_de_l_eau.jpg

Deux belles marinas récentes (chères) en sont l’illustration. Celle du nord gère le parc national et les bouées de mouillage, et celle du sud est plutôt une opération immobilière genre Port Grimaud, à proximité immédiate de l’aéroport international avec deux tours et une piste de trois kilomètres !

P1040498_Iguane_nageur.JPG

Ayant inspecté Dartag dans le détail après notre traversée musclée, il y avait trois priorités concernant l’étanchéité aux déferlantes. Le démontage de la manche à air du carré a permis de constater que les joints avaient vieilli, l’un s’étant même décollé de son support. La réparation fut simple et le résultat assuré (à suivre quand même)

P1040491_demontage_des_hublots_AR.jpg

Le hublot de coque de la cabine arrière tribord avait déjà donné des signes de faiblesse, comme ceux du carré et de la cabine avant, déjà traités. Remède identique appliqué, avec de bonnes chances de réussite. Tant qu’à faire, celui de la cabine arrière bâbord a reçu le même traitement, bien qu’il n’ait jamais fui. Il ne se laissera donc pas aller, lui non plus. Le rinçage et le séchage des matelas peuvent donc être envisagés.

P1040559_bache_gros_temps.jpg

Enfin, pour éviter que les grosses vagues qui déferlent sur le pont ne s’infiltrent dans les rails du panneau de descente, et finissent pas mouiller l’escalier, l’idée de couvrir l’ensemble par une bâche de gros temps, bien ajustée, avait son intérêt. D’autant plus que la bâche est déjà à bord, mais jusqu’à présent destinée à faire de l’ombre au mouillage et permettre le laisser les panneaux ouverts même quand il pleut. Aussitôt dit aussitôt fait, cela devrait être efficace !

Ce lundi matin 14 mars, départ donc pour Curaçao, bien armé pour affronter le gros temps. En fait c’est un alizé moyen qui nous y a amenés, facilement, au portant et sans une goutte sur le pont. On verra en revenant.

P1040509_attente_de_l_ouverture.jpg

L’arrivée à Willemstad, capitale de l’île, est majestueuse, mais il y a un pont flottant pour les piétons qui barre le chenal. Après plusieurs appels VHF, nous avons compris qu’il faudrait attendre un bon moment, car c’était l’heure de pointe des piétons. Cela a donné l’occasion d’aller chercher, et de rendre à sa jolie propriétaire, un panama qu’elle avait laissé s’envoler.

P1040519_Dartag_au_quai_de_la_Douane.jpg

C’est alors que les difficultés commencèrent, en vue des formalités indispensables. Les douanes d’abord, l’immigration ensuite, les autorités portuaires enfin. La place au quai des douanes étant occupée, j’ai visé un autre quai libre, un peu plus loin, probablement prévu pour des pêcheurs. En solitaire, s’amarrer à un quai hérissé de boulons, couvert de mazout et autres cochonneries, dans un chenal agité par un fort trafic, avec pas mal de courant et de vent, n’est pas chose aisée.

Après quelques tentatives prudentes, un pêcheur vénézuélien m’a donné un coup de main en prenant mes amarres. Ouf ! J’ai pu ajuster un amarrage limitant les risques. Hélas, pour rejoindre le quai des douanes à 50 mètres il faut franchir un petit pont qui traverse le marché flottant. Merde, la porte est fermée ! L’annexe règle le problème, mais la laisser amarrée le long du quai des douanes hideux et sale dans une eau très agitée, ne me disait rien que vaille. Je n’avais pas le choix.

P1040510_Curacao_Marina.jpg

L’accueil des douaniers a été chaleureux et même amusant. Le fonctionnaire qui remplissait le dossier sur son écran, poussait un soupir d’aise chaque fois qu’une étape était franchie et me regardait en rigolant. A la fin j’ai eu mon papier et il m’a indiqué où se trouvait le bureau de l’immigration. J’ai mis un peu de temps à le trouver, avec l’annexe, mais j’en ai profité pour visiter cet immense port naturel rempli d’installations industrielles, et de raffineries ou de stockage. Aucun amarrage possible, sauf à la Marina, tout au fond, dans un endroit sinistre où je n’avais vraiment rien à faire. Deuxième étape couronnée de succès, en escaladant les quais pour cargo sur les pneus crados qui servent de défenses. Ma belle chemise Lacoste en a gardé des traces sinistres.

P1040527_Iguane_de_bois.jpg

Lorsque j’ai fini par trouver les autorités portuaires (superbe bâtiment neuf), j’ai appris que je n’avais rien à y faire, et que mon parcours était terminé. Chic, mais je ne pouvais plus ressortir du port sans refaire les démarches dans l’autre sens ! Kafkaïen. Je me suis donc résolu à passer clandestinement la nuit au quai des pêcheurs, en espérant ne déranger personne, et avec un méchant rhume, dû sans doute aux allées et venues dans ces bureaux sur-climatisés.

P1040530_rue_ietonne_de_Punda.jpg

P1040524_Tres_chics_restaurants_du_front_de_mer.jpg

P1040535_marche_central.jpg

Pari gagné, et nous avons même pu en profiter pour visiter la jolie ville hollandaise avec ses rues piétonnes et ses beaux magasins. Le marché central regroupe des centaines de commerçants en tous genres (beaucoup d’immigrés), et le marché flottant aux poissons est entièrement confié aux Vénézuéliens qui viennent chaque semaine vendre leur cargaison, principalement aux restaurants. C’est très pittoresque et leurs bateaux sont magnifiques, de toutes les couleurs.

P1040536_marche_au_poisson_des_venezueliens.jpg

Curaçao, comme Aruba plus à l’ouest, sont aussi d’anciennes Antilles hollandaises, mais ayant un statut d’autonomie quasi-totale, sauf sans doute l’armée et diplomatie. Curaçao vit de son port, de ses services et de son industrie, alors qu’Aruba est plutôt tournée vers le tourisme, la fête, les casinos et les boites de nuit. Nous ne sommes pas sûrs d’y aller un jour.

P1040538_pour_les_restos.jpg

Donc, dès le lendemain, re-circuit administratif, annonçant notre départ pour le 16. Nouveau parcours du combattant dans ce chenal au milieu des grands navires, et à 9h30, c’était fini. Nous étions libres de repartir de ce lieu vraiment pas fait pour la plaisance, et comme le pont flottant était ouvert pour deux grands cargos, nous en avons profité immédiatement.

P1040547_cerne_ar_les_suedois_a_Spanish_waters.jpg

Un fois dehors, la voile a repris ses droits vers l’est, contre un alizé de 20-25 nœuds. Bonne occasion de s’assurer que mes travaux sont efficaces. Et bien oui, pas une goutte à l’intérieur. Et quelques milles plus loin, l’entrée du paradis !

P1040552_residences_de_luxe.jpg

Une autre baie, très fermée, à peu près aussi grande et découpée que celle de Willemstad, moins profonde et réservée à la plaisance, où le mouillage est libre, gratuit et dans l’axe du vent si bien que l’éolienne est à la fête ! Je n’en croyais pas mes yeux. Du coup je vais y rester un peu, et profiter de cet endroit sensationnel, curieusement fréquenté par de nombreux suédois, pour finir mes rinçages, mes lessives, nettoyer entièrement l’annexe, et vérifier deux ou trois autres bricoles.

P1040557_un_admirateur_de_Tonton.jpg

P1040553_Wifi_du_pirate.jpg

L’environnement est fait de belles villas (dont une appartient sans doute à un admirateur de Mitterrand) et d’hôtels luxueux. J’espère aussi y trouver une Wifi valable.

Oui, Curaçao tu nous as eus et bien eus, malgré une première impression bien décevante ! La prochaine étape sera de nouveau Bonaire, avant une suite orientée par les vents pour le retour en Guadeloupe prévu à mi-mai.

samedi 12 mars 2016

Et Boum !

Lundi 7 mars 2016 : météo américaine pour la mer des Caraïbes = RAS. Pour les trois jours à venir vent de Nord-Est force 5 à 6 avec une houle de nord diminuant de 12 à 8 pieds en allant vers le sud.

Je m’embarque donc sans arrière-pensée, Dartag en a vu d’autres, et à une allure portante, ce sera une traversée rapide et même peut-être confortable.

P1040449_depart_a_l_aube.jpg

Départ au lever du soleil après avoir confectionné la veille un repas copieux pour deux jours à consommer au fur et à mesure avec une arrivée envisagée dans la matinée du 10 mars, après deux nuits en mer.

Rapidement la brise s’est renforcée dans la journée du 8 pour atteindre la force 7, temporairement 8, et la mer grossit avec quelques déferlantes. La voilure devient peau de chagrin au fur et à mesure que je la réduis pour supporter les puissantes rafales. Par précaution je ferme le panneau de descente.

Heureusement le radar surveille très bien l’horizon si bien que je peux me reposer autant que nécessaire, car les mouvements du bateau sont brutaux et imprévisibles. Et boum, en regagnant ma couchette dans la nuit, je me heurte violemment la tête sur le guidon du mini vélo. Plus de peur que de mal, mais j’ai une belle bosse au dessus de la tempe droite.

P1040456_voile_reduite.jpg

Deuxième journée de plus en plus musclée, et surtout le vent refuse en passant à l’ENE, si bien que maintenant les vagues montent de plus en plus souvent à bord. Tout est rincé à l’extérieur et quelques fuites se manifestent, par la manche à air du carré d’abord, avec quelques gouttes qui arrosent la table, puis dans la cabine AR babord par le hublot de coque dont le joint est fatigué (je le savais, en ayant déjà remplacé quatre sur six) occasionnant de l’humidité sur les matelas.

P1040453_ca_passe.jpg

Contrairement à ce que je pensais, il y a du trafic dans cette région du monde, et les grands navires sont nombreux allant dans toutes les directions. L’un d’eux voulait sûrement voir qui était ce voilier singlé (sans jeu de mot) de naviguer dans une mer pareille, alors que rien ne l’y oblige. Et il me passe à 200 mètres sur l’avant, tranquille, marchant à peine plus vite que Dartag, et accélérant au dernier moment alors que j’allais manœuvrer pour sortir de sa ligne de mire. Je suis ainsi souvent réveillé par l’alarme. Et reboum, en sortant précipitamment de la cabine suite à l’une d’entre elles, je me cogne le tibia droit sur une marche de l’escalier et m’arrache quelques centimètres de belle peau bronzée ! La barbe !

P1040457_arrivee.jpg

Au petit matin de la deuxième nuit après une nouvelle quinte de toux d’enfer - sans doute la dépollution, après celle due à la pollution à Santo Domingo - j’approche de Bonnaire avec de fréquents ajustements de cap, car les courants à proximité de la côte du Vénézuéla me font dévier de ma route. Les creux atteignent maintenant 3 à 4 mètres voire plus et de temps en temps provoquent des embardées fumantes. A plusieurs reprises le pont à tribord est submergé et les hublots supérieurs ouvrants (mais soigneusement fermés) du carré sont dans l’eau. Quelques goutes passent quand même par là à chaque fois, et je m’efforce de limiter les conséquences en utilisant une serviette et des torchons.

P1040467_front_de_mer_a_Kralendijk.jpg

Finalement, la remontée au près dans la baie de Bonnaire, dont la carte ressemble à un boomerang, est un beau final, sur une mer assagie mais avec encore du vent en rafales jusqu’à 40 nœuds. De nombreux voiliers sont sur rade, amarrés à des bouées, car le mouillage est interdit partout dans cette île, dont l’identité est la pureté de ses eaux et ses fonds marins.

P1040471_depuis_Karel_s_bar.jpg

Après un peu de repos et un bon repas, je me lance dans les formalités de douanes et d’immigration, avec un peu de fatalisme. Bonne surprise elles sont simples et peu onéreuses, et l’accueil à la marina qui gère les bouées est très professionnel. Ca fait du bien de retrouver un pays développé où les gens savent ce qu’ils ont à faire sans donner l’impression d’attendre un backchich !

P1040472_rue_grande.jpg

La ville de kralendijk (prononcer Craoulennedique) est plutôt coquette, avec ses jolies maisons, ses commerces de luxe et sa zone commerciale moderne. On pourrait se croire en Hollande (le pays, pas le soufflé !), d’autant plus que les gens parlent un dialecte local, le papiamento, mélange d’anglais, d’espagnol et surtout de néerlandais assez rigolo à entendre, car à comprendre c’est une autre paire de manche. Heureusement ils parlent tous anglais et ça rassure presque.

P1040485_musee_des_poupees.jpg

Bon, je crois que je vais rester quelques jours ici, le temps de régler les petits problèmes d’étanchéité, de faire quelques matelotages et de visiter l’île, avant de partir vers Curaçao à 25 milles à l’ouest, puis peut-être de revenir ou de m’élancer à nouveau vers le nord, mais de préférence par un temps plus maniable !

Bruits et couleurs

La découverte de ce pays un peu moins grand que l’Irlande, deux fois plus peuplé, mais au PIB par habitant dix fois inférieur, nous a réservé bien des surprises. Comme elle, il partage une ile, Hispaniola, avec un voisin, Haïti, entretenant avec celui-ci des rapports tendus et parfois conflictuels.

P1040158_mouillage_dans_le_lagon.jpg

Le cabotage à la voile le long des côtes n’étant pas aisé compte tenu des formalités à remplir à chaque escale, des déclarations à fournir, du peu d’abris sûrs et de la distance entre eux, nous avons opté pour les visites terrestres en bus ou avec une voiture de location, laissant DARTAG sur bouée dans le merveilleux lagon de Boca Chica, devant la marina Zarpar qui nous a offert tous les services utiles pendant cette longue escale.

P1040186Las_Terrenas.jpg

Notre première « expédition » nous a conduits vers la grande baie de Samana sur la côte nord, en traversant la Cordillera Oriental et sa superbe forêt humide, puis une grande plaine consacrée aux rizières d’un vert magnifique en cette saison. On arrive ensuite à Las Terrenas fréquenté par de nombreux français en vacances, avec son superbe feston de plages blanches sous les cocotiers abritant des guinguettes bien séduisantes pour le déjeuner.

P1040193_Samana.jpg

Plus loin, la ville de Samana est la base de départ des excursions vers les îlots de ce site grandiose entouré de montagnes, dans laquelle, dit-on, les baleines viennent se reproduire. On trouve de nombreux bateaux d’excursion attendant les clients « baleines » dans ce port naturel, par ailleurs un peu décevant.

P1040243_Colomb_et_la_cathedrale.JPG

La capitale, Santo Dominguo est la plus ancienne ville du nouveau monde (sans doute avec San Juan à Porto Rico), et était, du temps de la colonisation espagnole, le centre du pouvoir et de toutes les décisions pour l’ensemble des colonies de la couronne madrilène, s’étendant de la Terre de feu à la Californie, pendant quatre siècles. Cuba et Porto Rico furent les dernières provinces espagnoles d’outre mer, jusqu’à la chute des derniers restes de l’empire après la guerre perdue contre les Etats-Unis en 1898. Au 19ème siècle, la création de Haïti et l’émancipation, vis-à-vis de ce voisin belliqueux, de La république dominicaine, proclamée en 1844, provoquèrent plusieurs guerres, impliquant aussi la France de Napoléon. Les traces de la présence française sont surtout présentes à Haïti où la population parle un créole français intelligible pour nous.

P1040309_palais_de_Trujillo.jpg

Au 20ème siècle, son histoire fût surtout marquée par la terrible dictature de Trujillo pendant plus de 30 ans. Après son assassinat en 1961, des troubles on secoué le pays pendant plusieurs années, entrainant en 1965 une intervention des Etats-Unis qui craignaient une contagion à la cubaine. Depuis, la démocratie semble s’être stabilisée et l’économie progresse, s’équilibrant plutôt harmonieusement entre l’agriculture, l’industrie et les services, de plus en plus vers le tourisme, mais beaucoup de caractéristiques restent celles d’un pays pauvre.

P1040257_Alcazar_de_Colomb.jpg

La population de plus de dix millions d’habitants, est formée très majoritairement de métis, issus des différentes et nombreuses vagues d’immigration venues du monde entier après la période de la colonisation et de l’esclavage, y compris des asiatiques et des juifs. La langue est l’espagnol, et très peu comprennent l’anglais, a fortiori le français. Environ 5 000 français sont établis sur place, et les touristes français sont nombreux. Parmi les voiliers rencontrés, un gros tiers est aussi français. La plupart sont en route vers Cuba ou l’Amérique centrale.

P1040251_ambassade_de_France.jpg

La « Zona Colonial » de Santo Domingo regroupe un ensemble de bâtiments magnifiques, pour la plupart parfaitement entretenus, palais, fortifications et églises, qui montrent la prospérité de la ville dès le 16ème siècle. Ils sont aujourd’hui souvent utilisés comme musées ou sièges d’organisations gouvernementales ou diplomatiques comme la splendide Ambassade de France. Nous y sommes allés deux fois en bus et il aurait fallu au moins un troisième jour pour voir l’essentiel.

P1040264_Nicolas_de_Ovando.jpg

Cette ville énorme où toutes les routes du pays se rejoignent est le siège d’embouteillages monstres et d’une pollution atmosphérique d’autant plus « à couper au couteau » que l’alizé est faible. Elle a sans doute contribué à déclencher chez votre serviteur, une forme de grippe allergique accompagnée de quintes de toux phénoménales, comme je n’en avais pas subies depuis un demi-siècle au moins. Mais tout est rentré dans l’ordre au bout de quelques jours.

P1040286_peinturesTainos.JPG

Nous avons aussi consacré une journée à San Cristobal et ses environs, avec notamment des grottes contenant des peintures rupestres des Taïnos, les premiers habitants de l’île, éliminés sans honte, malgré les voix qui s’étaient élevées contre ce génocide, par les conquistadors, en particulier le sinistre Nicolas Ovando, peu de temps après la conquête. La ville elle-même, fief du dictateur Trujillo, est dominée par le palais tout en béton qu’il y fit construire, d’où il pouvait « contempler son peuple ». Il est aujourd’hui le siège de l’école nationale pénitentiaire et expose des photos parfois atroces de cette période.

P1040318_mer_interieure.jpg

P1040342_montee_des_eaux.jpg

Au sud-ouest du pays une curiosité issue du comblement, à la suite d’un formidable glissement de terrain, d’un espace entre deux iles originellement séparées, abrite le lac Enriquillo, d’eau très salée, dont le niveau se situe à environ 40 m sous celui de l’océan voisin. Après le terrible tremblement de terre de Port au Prince en 2010, un mouvement géologique aurait détourné des nappes souterraines, et la niveau du lac monte régulièrement, malgré l’évaporation intense dans cette vallée torride et sèche. Des cocoteraies et plantations voisines immergées, il ne reste que des squelettes sinistres. L’ile qui subsiste en son centre abrite des crocodiles d’Amérique.

P1040324_crocodile_americain.JPG

P1040344_hotel_Salinas.jpg

Rentrant de ce voyage lointain et un peu éprouvant au « Far Sud-Ouest », nous nous sommes arrêtés dans un hôtel de la station balnéaire Las Salinas. La nuit y était féérique et en découvrant le panorama sur la baie, siège de la principale base navale du pays, et la petite marina de l’hôtel le lendemain matin, nous n’avons pas regretté notre choix. Les maisons de cet ancien village de pêcheurs sont parfois très coquettes, souvent restaurées par leur propriétaire venant de la capitale, pour ses week-end en famille.

Sam_0504_salines.jpg

Cette presqu’il est principalement occupée par des marais salants en exploitation, et les installations en bois font un peu penser à celles de la presqu’ile de Giens du temps de leur splendeur. Les sauniers utilisent des petits trains pour collecter le sel autour des bassins, et le stocker dans de grands tas (mal) protégés des intempéries par une charpente sommaire.

P1040362_Maitre_es_cigares.jpg

Mais nous voulions aussi découvrir la vallée de Cibao, principale plaine agricole du pays, au Nord-Ouest, où se trouve la deuxième ville de Rép Dom, Santiago. Cette région produit l’essentiel du riz, de la canne à sucre, mais aussi du café, du cacao et surtout du tabac, fierté des dominicains qui concurrence avec succès les cigares cubains.

P1040377_inventeur_du_cigare.jpg

Nous avions jeté notre dévolu sur Zemis Cigars, une petite fabrique tenue par un français, Sylvain Bishoff, dont notre guide faisait une description attrayante. Un email envoyé la veille a reçu une réponse immédiate, positive et accueillante. En arrivant sur place, après un petit coup de fil, il nous envoyé un employé à moto pour nous guider jusqu’à son hacienda impossible à trouver autrement.

P1040383_jardin_botanique.jpg

Cet homme jeune, marié à une ravissante dominicaine et père d’une charmante fillette d’environ 10 ans nous a littéralement stupéfaits. Outre son activité de fabrications de cigares et des boites qui vont avec, il pratique de nombreuses passions, et nous a fait visiter son jardin botanique peuplé d’une incroyable variété d’espèces tropicales, tout en nous faisant partager (parfois de manière un peu envahissante) sa culture littéraire, philosophique, anthropologique, historique,… citant des auteurs très connus ou beaucoup plus confidentiels, français et étrangers. Une incroyable plongée dans un monde absolument inattendu pour nous, ou transparaissait parfois des opinions personnelles tranchées que nous ne partagions pas forcément, mais toujours étayées par des citations incontestables.

Après voir procédé à quelques emplettes et dégusté quelques fruits du jardin, nous sommes repartis avec des cadeaux et la promesse de répondre à toutes nos questions et sollicitations éventuelles sur le pays et les sujets évoqués lors de notre visite. Cette visite passionnante a éclipsé le reste du programme que nous avions envisagé pour de la journée, si bien que nous avons survolé rapidement la ville de Santiago en rentrant, pour ne pas arriver de nuit à la marina, mais nous ne regrettons rien (jamais d’ailleurs).

P1040172_grues_et_ordures_du_bidonville.jpg

Sur l’ambiance de ce pays, nous retiendrons la gentillesse des habitants et leur sourire. Il n’est pas toujours facile de communiquer lorsque l’on ne maitrise pas l’espagnol, mais rien ne paraît devoir entraver leur disponibilité et leur capacité à trouver des solutions ou à s’adapter. Certes les contrastes entre pauvres et riches sont saisissants et la misère est largement visible ainsi que les carences de certains services publics comme le ramassage des ordures. Mais le caractère très métissé de la société parait contribuer à une société apaisée où la fierté nationale est évidente. Le port d’arme à feu est autorisé mais très rare, et le machisme légendaire des latinos est très discret.

Sam_0521_bord_de_route.jpg

Il faudrait quand même citer la culture musicale et l’ambiance sonore très élevée dans la journée et la soirée. Les plages, voitures et bateaux diffusent des musiques genre disco, ou rap à un tel volume qu’on se demande comment même ils peuvent se parler. Un bateau qui passe à cent mètres vous fait résonner les poumons quand ce n’est pas vibrer les portes ou les panneaux à bord de Dartag. Les jets-ski, hors-bords ou puissantes vedettes passent à vingt ou trente nœuds entre les bateaux au mouillage ou à cinq mètres d’un ponton, dans un vrombissement invraisemblable et en agitant le plan d’eau sans aucune vergogne . Et lorsqu’arrive la fin de la soirée, vers 22h tout cela se calme, l’impression de douceur tropicale reprend le dessus, et il est temps d’en sourire.

P1040430_poulet_creole_au_manioc.JPG

La gastronomie locale est surtout constituée autour de poisson et fruits de mer, poulet, porc, cuisinés en sauce à la Créole et accompagnés de riz, manioc et pommes de terres en gratins, purée ou frites. Le lambi ou le poulet en sauce avec du riz sont les plats dominicains typiques. Les légumes et fruits sont disponibles partout et très variés mais il n’est pas recommandé de les consommer crus.

P1040399_brune_sans_alcool.jpg

Du côté des boissons, en dehors du rhum, il y a la bière, avec ou sans alcool, et les sodas aromatisés parfois un peu chimiques. L’eau du robinet n’est pas potable. Les vins locaux courants sont très déroutants pour nous, aromatisés et doux, pour ne pas dire sucrés. Nos expériences en ce domaine n’ont pas eu de suite.

P1040301_ralentisseur.jpg

Enfin, à l’intention de ceux qui envisagent de louer une voiture, il faut noter que les ralentisseurs, dos d’âne, ou gendarmes couchés de différentes caractéristiques sont très fréquents, très peu signalés et vraiment redoutables. Même les 4x4 les passent moins vite qu’un piéton. La circulation est quasiment anarchique. Les changements de file sans avertissement et queues de poissons sont normaux et très fréquents, associés à des coups de klaxons conquérants ou vengeurs. On croise fréquemment à contre-sens sur autoroute des voitures, camions, bus et de très nombreux deux roues. la vitesse est limitée à 80 km/h en général mais bien rares sont ceux qui roulent à moins de 120. Les piétons traversent les chaussées n’importe où, n’importe quand, et de nombreux véhicules ne sont pas éclairés et souvent en piteux état. Heureusement les chauffeurs semblent très adroits et vigilants. Dans ces conditions, la conduite de nuit est hyper risquée. Nous l’avons évitée, conscients du fait qu’un accident même uniquement matériel serait une catastrophe. Quant à avoir un accident corporel, au-delà de l’horreur induite, c’est inenvisageable.

P1040402_Santa_Barbara.jpg

Quant aux bus, il y en a beaucoup, souvent bondés et très bon marché, mais la logique des lignes est très difficile à comprendre. On finit toujours pas arriver à destination, mais pas forcément sans changement ni à des horaires prévisibles.

Ce séjour en Rép Dom aura été une belle escale qui prendra fin en principe vers le 7 ou 8 mars, avant, en principe, une escapade vers les iles hollandaises du Sud, les fameuses ABC, Aruba, Bonnaire Curaçao, proches des côtes du Vénézuéla, lui-même hélas infréquentable depuis quelques années.

dimanche 14 février 2016

Au pays du Merengue

P1040078_Casa_de_Campa.jpg

La marina de Casa de Campo, quelques milles à l’est de La Romana, donne l’impression de se trouver dans un endroit chic de la Costa del Sol andalouse. C’est un ensemble résidentiel haut de gamme construit depuis une quinzaine d’année autour d’une marina petite mais luxueuse où l’on ne se déplace qu’en voiturette de golf électrique, et où les magasins sont impeccables.

P1040083_marina_ecolo.jpg

P1040081_mouillage_d_attente.jpg

Simplement c’est plutôt moins animé, mais le personnel parle correctement l’anglais, est disponible et coopératif, les bureaux sont coquets bien climatisés, confortables. La Wifi, sans être très performante est acceptable, le billet n° 36 y est passé sans trop de difficultés. On peut se procurer la monnaie locale (le pesos en abrégé RD$) dans des distributeurs de billets qui fonctionnent. Un US$ vaut environ 46 RD$, soit à peu près 50 RD$ pour un €. Pour la conversion c’est assez facile on multiple le prix affiché par deux et on divise par 100.

P1040096_village_toscan_medieval.jpg

A proximité se trouve un caprice de milliardaire datant de 1976. Un ancien magnat du pétrole a fait construire à Altos de Chavon, à 4 km, une réplique d’un village médiéval italien respectant le style les matériaux et les couleurs de la toscane du 16ème siècle. Inattendu et plutôt réussi ! Il y a même un théâtre antique dans lequel Ricky Martin, la gloire Portoricaine, avait donné un concert la veille. Cela avait dû avoir un grand succès (même à 65 US$ la place) si j’en juge par le nombre de bouteilles, canettes et détritus divers laissés dans les gradins et allées par les spectateurs, qu’une armée de balayeurs étaient en train de nettoyer.

P1040091_entree_de_l_amphitheatre.jpg

Le contact avec les fonctionnaires de la douane, de l’immigration et les militaires de l’Armada (les garde côtes, dépendant de la marine nationale) sont plus difficile car aucun ne comprend l’anglais ni le français. Mais on peut se débrouiller, avec parfois des petits quiproquos. Lorsque j’ai quitté cette marina à destination de Boca Chica, je voulais faire une escale dans l’île de Catalina. Mais ce n’est pas si simple, le « despacho », formulaire équivalent à la clearance autorisant la sortie du port, ne peut porter qu’une destination et il vaut mieux la respecter sous peine d’être suspecté de trafic et conduit au poste, bateau confisqué. Pas très agréable comme perspective !

Après des tentatives d’explications confuses, j’ai donc dû me contenter d’un despacho pour Catalina (à 7 milles), avec l’obligation d’en demander un autre pour Boca Chica (35 milles plus loin), au « commandante de l’Armada » de l’île.

P1040118_ressac_sur_la_plage.jpg

Comme toute cette côte sud, l’île est un plateau calcaire horizontal, de quelques mètres d’altitude, entourée de fond sablonneux de 10 à 20 mètres sur un ou deux milles avant les grands fonds. Une seule petite crique exposée au NW me permettait d’espérer un abri correct. Raté, la grosse houle, de SE cette fois, faisait le tour de la pointe et rentrait dans la crique en brisant violemment sur la plage, rendant le mouillage extrêmement rouleur. Mais je ne pouvais pas repartir sans avoir obtenu le fameux despacho.

Impossible de débarquer sur la plage dans ces rouleaux, ni d’amarrer le zodiac au ponton local hérissé de vieux boulons rouillés très dangereux dans ces conditions de ressac. Le lendemain matin j’ai du mouiller le zodiac loin du ponton puis y porter une amarre pour débarquer.

P1040114_chaises_longues_vides.jpg

Quelques rares personnes vaquaient à leurs occupations sur cette magnifique plage équipée de paillotes, de buvettes et de chaises longues en quantité inouïe. J’en ai compté des milliers, toutes vides. A croire que les investissements réalisés dans cette réserve on été un peu surdimensionnés au moins pour un lundi matin, mais en pleine saison touristique, quand même, cela surprend. L’île n’est pas raccordée au réseau électrique et quelques panneaux solaires avec des batteries permettent d’allumer quelques ampoules la nuit ou de faire marcher une T.S.F. ou un tourne disque. Certaines buvettes sont alimentées par un groupe électrogène bruyant et il y a plusieurs petits commerces exposant notamment des peintures aux couleurs vives plutôt attrayantes.

P1040121_expo_de_peintures.jpg

Ayant trouvé le « commandante » dans sa baraque en bois, je lui ai montré mon « despacho » et demandé de m’en faire un autre pour Boca Chica. Il n’avait pas les formulaires adéquats, et après une longue conversation téléphonique avec sa hiérarchie, en a rédigé un à la main sur une page blanche de son cahier qu’il a découpée en léchant soigneusement le pli pour me la remettre. J'ignorais cette technique !

P1040137_lezard_a_queue_molle.jpg

Ouf, me voilà de nouveau en règle, mais avant de rembarquer, j’ai parcouru les petits chemins balisés qui conduisent jusqu’à la « punta Perez ». Bel aménagement du ministère de l’environnement avec panneaux explicatifs et photos de la flore et de la faune locale, un peu luxueux à mon goût pour un site en fait assez quelconque, mais dont les rares habitants doivent être très fiers. Au moment où j’appareillais est arrivée une première pirogue à moteur transportant quelques touristes. Ils auront de la place pour se reposer et se baigner !

P1040147_souffleur.JPG

La brise de SE mollissante ne m‘a pas permis d’arriver à Boca Chica sans une heure de moteur à la fin, après être passé devant un impressionnant souffleur crachant sa gerbe blanche toute les dix secondes. Il y en a d’autres sur cette côte calcaire bâtie de grands immeubles et exposée à la houle.

P1040158_mouillage_dans_le_lagon.jpg

Boca Chica, ou plutôt Andrès, est le grand port commercial de la Rép Dom, hérissé de portiques. Et derrière un îlot couvert de mangrove, La Piedra, protégée par une barrière de corail, se trouve un grand club nautique, la petite marina Zarpar et son mouillage hyper protégé. Accueilli par une barque dont les occupants me faisaient des signes et baragouinant quelques mots en français je les ai suivi, jusqu’à me planter doucement dans un banc de sable ! Zut. J’ai pu me dégager seul au moteur, et ils m’ont guidé jusqu’à une bouée libre puis m’ont aidé pour passer mon amarre.

P1040156_marina_Zarpar.jpg

Le lendemain, nouvelles formalités, plutôt relax, et réservation de la bouée pour une semaine, histoire de découvrir le coin, de faire quelques courses et un peu d’entretien sur le bateau. Hélas la WiFi de la marina est vraiment très faible. Il faut au moins deux heures de patience et plusieurs déconnexions pour réaliser une transaction simple comme envoyer un email avec une pièce jointe. Quant à lire le journal ou télécharger des documents, il faut probablement oublier !

Conseillé par des employés de la marina, j’ai craqué pour une carte SIM datas de 3 Go fournie par le meilleur opérateur local, CLARO, vantant sa 4G et son réseau étendu. Catastrophe, elle ne vaut pas tripette, à peine mieux que la WiFi de la marina dans les bons moments. On fera avec !

P1040168_rue_commercante.jpg

Reste à découvrir les ressources du commerce local. Et bien on se demande où se ravitaillent les habitants des deux villes voisines, Andres la populaire polluée et aux odeurs fortes, et Boca Chica la touristique plus proprette. Finalement après trois jours de recherches j’ai trouvé une supérette « Olé » très propre et bien achalandée. Mais elle est à plus de deux kilomètres. Il parait qu’il y a un hyper de la même enseigne sur la route de l’aéroport à environ 4 kilomètres. En vélo pas de problème, c’est tout plat, mais j’ai déjà crevé deux fois et mon stock de rustines s’épuise. Il va sûrement me falloir louer une voiture avant de repartir car ma cambuse commence à crier famine. Il y a aussi quelques vendeurs de fruits et légumes sur des charrettes à certains carrefours.

En attendant, j’ai fait la connaissance de quelques équipages français en route pour Cuba qui font les mêmes constatations que moi, et nous allons probablement nous organiser pour les courses et visiter le pays à partir de la marina, car la liberté de naviguer à la voile est très encadrée, et les étapes à prévoir sont longues dans ce grand pays.

P1040170_campagne_presidentielle.jpg

Un dernier mot sur la « merengue ». Ce serait LA musique et LA culture locale. Plus qu’une musique, car il y a aussi la danse. Mais elle est très difficile à caractériser et tout ce qu’on entend autour de soi à terre ou au mouillage serait, à mon avis plus proche du disco et ils sont fous de décibels. Souvent le passage d’une voiture ou d’un bateau à proximité vous secoue au point que vous entendez les basses par les poumons. Impressionnant ! En plus nous sommes en pleine campagne électorale pour les présidentielles 2016, et les camions-sono des candidats débitent aussi leurs discours et leur musique avec un volume tout à fait inimaginable. Comment les frêles constructions urbaines résistent-elles à de tels passages de « murs du son » tous les quarts d’heure ? En tout cas les électeurs semblent passionnés et ce samedi, tout un quartier d’Andrès était bouclé autour d’un grand podium que préparait le comité de soutien d’un candidat au milieu de nombreux supporters habillés de tee-shirts noir et brandissant des drapeaux noirs (quand même un peu sinistres) dans une ambiance bon enfant et vraiment très bruyante.

samedi 06 février 2016

Changement de monde

P1030960_encore_tangonne.jpg

Une grosse journée de mer, oui, avec le génois encore tangonné et toujours une bonne brise de l’arrière pour rejoindre San Juan, capitale de Porto Rico, vers 17h en ce lundi 1er février, quatrième anniversaire d’Aurélien, dignement fêté par téléphone. La houle de nord assez forte ne m’a pas empêché de me préparer mon dernier surgelé américain, infect comme les précédents.

P1030967_passe_del_Morro.jpg

Mais elle a surtout rendu l’entrée dans le chenal de San Juan assez spectaculaire, dans les brisants au pied du fameux Fort Del Morro et accompagné par trois grands dauphins qui restaient à babord, comme pour m’aider à ne pas trop serrer à gauche dans ce passage délicat. Merveilleux spectacle !

P1040018_mouillage_en_ville.jpg

Les voiliers en escale mouillent au fond du vieux port, près de la Bay Marina et du club nautique, en bordure de la piste du très actif aéroport de la ville, devenu secondaire après la construction du nouveau, une quinzaine de km à l’est.

P1030971_6_siecles_les_separent.jpg

Porto Rico est à peine plus grand que la Corse mais est presque vingt fois plus peuplée. C’est une des iles les plus denses du monde avec plus quatre millions d’habitants. Et cela se voit immédiatement en débarquant. Les flots de voitures circulent dans des avenues et boulevards géants au milieu des gratte-ciels, bâtiments officiels ou hôtels de luxe très nombreux et souvent disparates.

P1040032_pour_la_police.jpg

P1040040_Haulocauste.jpg

P1040034_statues_des_presidents_US.jpg

Ce qui est frappant aussi, c’est la quantité de monuments mémoriaux ou à la gloire de telle ou telle organisation, service public ou personnalité locale ou internationale. Par exemple un obélisque et deux grandes stèles noires rendent hommage à la police de Porto Rico. Il y a aussi un beau et grand monument en mémoire de l’holocauste. Tous les présidents US ont leur statue en bronze grandeur nature le long de l’avenue de la constitution…..etc.

P1030983_Fort_el_Marro.jpg

P1040003_soldats_espagnols_du_16eme.JPG

P1030998_cimetierre_Maria_Magdalena_de_Pazzis.jpg

Mais c’est surtout la vieille ville « Viejo (old) San Ruan », son quartier historique, qui est magnifique. Toutes les fortifications, du Fort Del Morro à l’ouest, au Castillo de San Cristobal à l’est, ont été restaurées et sont intégrées dans un parc national fédéral. Leur état est parfait, les planches historiques expliquent en anglais et en espagnol la chronologie de leur construction depuis 1506 ainsi que leur défense victorieuse contre les anglais, les hollandais et les français pendant quatre siècles, jusqu’à la défaite finale de l’empire espagnol contre les USA 1898. J’ajoute que la visite est aisée, parfaitement balisée, et que les grands espaces engazonnés qui les entourent rendent l’ensemble grandiose.

P1040063_immeuble_18eme.jpg

P1040021_toits_de_San_Juan.jpg

P1040046_cathedrale_San_Juan.jpg

Dans cette presqu’ile historique, les beaux immeubles coloniaux sont bien entretenus ou restaurés, et les musées ou églises pullulent, mais sont d’inégale valeur. Beaucoup sont d’ailleurs en travaux et fermés comme l’église San José ou le musée Pablo Casals. Je croyais à tort qu’il était argentin après avoir fui le régime franquiste dans les années 50. Il a vécu à partir de 1956 puis est mort en 1973 à San Juan de Porto Rico, pays d’origine de sa mère et de sa dernière femme.

P1040061_musee_Las_Amercanas_vide.jpg

L’immense musée « Las Américanas » est surtout un bâtiment moderne en forme de cour carrée, mais il est encore presque vide, et les pièces exposées sont pratiquement toutes des répliques récentes d’outils, d’objets, d’armes, reconstituées d’après les études des spécialistes ou historiens : c’est un peu décevant, d’autant plus que toutes les planches sont rédigées seulement en espagnol. A l’extérieur, une grande esplanade moderne, constituée autour d’une colonne sensée représenter toutes les civilisations qui ont contribué au creuset de Porto Rico, à été inaugurée en 1992 pour la fête du cinqcentenaire (comparé au bicentenaire, cela a de la gueule) de cette ex-colonie espagnole.

P1040043_en_parfait_etat.jpg

Sur le plan pratique, les taxis sont rares et il n’y a pas de transports en commun fiable dans cette grande ville. J’étais donc bien content d’utiliser mon petit vélo mais c’est la bagnole qui est reine ici. Il faut dire qu’au prix où est l’essence ont croit rêver : 0,52 cents le litre soit moins d’un demi €. Et le prix d’entrée dans les parcs nationaux ou musées est aussi très raisonnable.

P1040066_ca_fait_rever.jpg

Revenant de mes longues demi-journées de visite, j’ai salué l’équipage d’un voilier français, le premier rencontré depuis St Martin. Il s’appelle Winchris (car ils prennent les ris avec les winches ? non, il parait que là n’est pas l’origine de ce nom) immatriculé à Paimpol. Des bretons donc, Pascal et Claudine, fiers de l’être, qui après avoir été salariés quelques années ont monté une affaire qui a tellement bien marché qu’ils l’ont revendue au prix fort et profitent maintenant de leur bateau l’esprit tranquille. Leur contact est très agréable et nous resterons sûrement en relation, avec en particulier le souvenir de la famille « TITGOUTTE » qui a trois filles : Anne, Corine, et je vous laisse devinez le prénom de la troisième, j’étais mort de rire, sans pour autant avoir trop bu.

P1040050_pazza_du_cinqcentenaire.jpg

Et reprenant la mer vers l’ouest ce jeudi, avant plusieurs jours de pétole annoncée, je visais Punta Cana en République Dominicaine où une nouvelle marina a été créée, permettant de faire les formalités dans de bonnes conditions. Là encore une grosse journée de mer qui me faisait décider de lever l’ancre à 7h au plus tard pour arriver au lever du jour le lendemain matin.

Patatras, impossible de relever mon ancre, bloquée par dix mètres de fond. Je me voyais mal plonger pour la dégager dans la vase noire et l’eau grise de ce bassin. Finalement en tournant autour avec le moteur et en tirant à l’envers en marche arrière, elle s’est décrochée et a accepté de remonter, la chaine brêlée dans de grands sacs en plastique dégoutants et l’ancre tirant un énorme paquet d’amarres vaseuses emmêlées. Heureusement Pascal a vu mon embarras et m’a donné le bon petit coup de main (pas la TITGOUTTE !) qui m’a permis de me libérer.

P1040071_Punta_Borinquen.jpg

Avec plus d’une heure de retard, j’ai gagné le large mais sans revoir mes dauphins. La mer était forte et croisée ce qui la rendait inconfortable et le vent habituel était bien là pour commencer la cavalcade dans l’alizé. Si bien que je me voyais arriver avant le lever du soleil. J’ai donc ralenti en réduisant la voilure. Mauvaise pioche, le vent a bientôt beaucoup molli et surtout a tourné au nord-ouest ce qui n’était pas du tout prévu. Je l’avais donc dans le nez, faible, avec toujours cette grosse houle de nord.

P1040072_Cabo_Tres.jpg

Après une heure d’hésitation et de louvoyage quasiment improductif, au lever du jour, j’ai mis le cap au sud, renonçant à Punta Cana au profit de La Romana, ce qui m’obligeait à faire le tour de l’île de Saona et rajoutait environ 60 milles au parcours. Tout à fait jouable, mais pour arriver de jour, il fallait du vent. Et c’est là que les choses se sont gâtées, car la pétole annoncée pour la nuit suivante s’est installée progressivement en fin de matinée. Je me serais cru en Méditerranée. Je n’avais plus le choix, il m’a fallu utiliser la risée Volvo ce que je n’avais plus fait depuis longtemps. Heureusement, une fois à l’abri de la houle de nord, le confort est revenu.

P1040074_Ile_Saona.jpg

J’ai quand même eu la chance de voir, de loin hélas, un ballet de baleines qui sautaient hors de l’eau, faisant d’énormes ploufs en retombant. Elles étaient au moins cinq en deux groupes.

Je suis arrivé, certes de jour, mais après la fermeture des bureaux de douane et d’immigration. Un officiel galonné m’a signifié que je devais lui laisser mes papiers, qu’il viendrait me chercher le lendemain à 9h pour aller au bureau en ville, que je devais me mettre au mouillage plutôt qu’à quai, et qu’en attendant j’avais interdiction de débarquer. Me voilà consigné à bord sans mes papiers !

Form_Factures_d_entreeR_160206.jpg

Le même officiel m’attend dès mon arrivée à 8h45. Très sympa et détendu il m’annonce que les autorités sont en route et ne vont pas tarder. En attendant il me fait le décompte de la facture que j’aurai à payer, longue comme un jour sans pain, et le chiffre en bas à droite s’élève à 202. Malheureusement il s’agit de $ et pas de pesos. Le point positif est qu’apparemment ce n’est pas négociable et qu’il n’y à là dedans aucune magouille ni backchich comme le laissent entendre certains guides ou plaisanciers arnaqués par le passé.

P1040083_marina_ecolo.jpg

Une heure et demie plus tard, les papiers sont remplis et je peux circuler librement dans le pays à pied, mais seulement jusqu’à Boca Chica à la voile, sans quitter les eaux territoriales. Prudence des autorités après le coup que leur ont fait les deux pilotes barbouzes français qui ne savaient pas qu’ils transportaient 900 kg de cocaïne dans leur Falcon ? Peut-être.

P1040081_mouillage_d_attente.jpg

Une petite balade à pied dans cette superbe marina a été interrompue par l’imminence d’une grosse averse. Elle m‘a quand même permis de trouver une bouche à pesos et de voir qu’il y avait un magnifique super marché à proximité. Retournant à mon annexe, j’ai été arrêté par un officier de l’Armada qui avait oublié une inspection à bord (alors qu’ils sont déjà venus à trois). Il revient donc avec moi et ouvre quelques équipets sans conviction avant de me faire le signe du pouce, « tout a bien » et il est reparti à la fin de l’averse sans rien demander d’autre.

A bientôt pour la suite en Rép Dom où je serai devenu un « habitué » dans quelques jours. Mais il faudrait que je travaille mon espagnol dont le niveau est voisin de Zéro.

lundi 01 février 2016

Ooooooh, Bof, Aaaaaaah !

Quitter les USVI et St Thomas sans expérimenter le commerce local eut été une bêtise.

P1030810_rue_des_bijous_duty_free.jpg

D’abord le « souk » pour les croisiéristes. Tout le centre ville y est consacré, mais c’est de la monoculture de produits de luxe détaxés. Bijoux, horlogeries, parfums, toutes les grandes marques sont là, dans des magasins magnifiques avec du personnel nombreux, chic et disponible. Même moi, avec mes crokes de contrefaçon, ma casquette douteuse et mon sac à dos blanc élimé, je passais pour un client potentiel. Mais je n’avais pas besoin d’une montre Breitling ou Rolex, ni de parfums Hermès, ni de bijoux Van Cleef et Arpels, ou de sac à main Louis Vuitton. Dommage, car les prix paraissaient raisonnables, encore que je manque un peu d’éléments de comparaison !

P1030806_little_Suisse.jpg

Je cherchais plutôt des fruits et des plats cuisinés surgelés. Nada, il n’y a aucun commerce de ce genre ici. J’ai quand même trouvé des bananes vertes un peu plus loin chez une vieille tortolaise qui tenait un petit étalage sur le quai.

P1030788_long_bay.jpg

L’hôtesse du bureau de tourisme officiel m’a conseillé d’aller à l’hyper marché PUEBLO, à la sortie de la ville à plus d’un mile ! Je me suis dit que c’était l’occasion de tester ce genre de commerce à l’américaine, mais j’y suis allé en Zodiac, le laissant amarré au « dinghy dock » de l’autre marina toute proche.

J’ai fait le tour complet des rayons visitant TOUT pour m’instruire et me faire une idée des prix. Et je suis reparti avec cinq barquettes de plats cuisinés congelés à base de poulet, poisson ou bœuf ! Deux ou trois fois plus chères que leurs équivalents en Guadeloupe et surtout infects. Depuis, je me pince le nez quand j’en ouvre une, elles ont toutes le même goût, les même sauces et la même consistance, en pensant à la plaisanterie de Coluche à propos de Vivagel : « des bouillons Kub et de la sciure ! ». Où sont nos poêlées campagnardes, nos paëllas, nos riz cantonnais, nos lasagnes, nos potées lorraines, nos cassoulets, nos confits de canard,…. ? Heureusement que j’ai encore quelques bons produits bien de chez nous. Mais l’avenir sera sûrement de chercher des petits commerces ou des marchés, avec de la viande, des œufs, du poisson, des fruits et des légumes locaux ! Evidemment il faudra cuisiner, on n’a rien sans rien.

P1030838_devant_le_musee_francais.jpg

Et pourtant la présence française à St Thomas est bien réelle !

P1030857_sail_rock.jpg

Donc j’ai repris la mer vers les ex-Antilles Espagnoles, Vieques et Culebra intégrées depuis 1898 avec Porto Rico aux USA, et qui ont vécu pendant le 20ème siècle une longue éclipse, refermée en 2003, en tant que base de l’US Navy et terrain d’expérimentation d’armes en tous genres. Cela a laissé des traces sévères sur le terrain et dans les cœurs des habitants.

P1030863_mouilage_ensaneda.jpg

P1030884_mouillage_de_reve.jpg

Courte traversée de 25 milles par un temps encore une fois exquis. A l’arrivée à Culebra, il fallait faire un peu attention pour prendre le chenal assez bien balisé, entre les écueils, patates de corail et autres récifs vicieux. Mais tout s’est bien passé jusqu’au mouillage, à la voile s’il vous plait, dans la plus belle rade visitée jusqu’à maintenant. Parfaitement protégée et bordée de-ci delà de jolies propriétés les pieds dans l’eau. Au fond, le village de Dewey et ses petits restaurants dont les terrasses sur l’eau servent aussi de ponton à annexes. Une merveille !

P1030871_totem_moderne.JPG

Le « hic » ce fût les formalités de douanes et d’immigration, à l’aéroport, après deux kilomètres de marche, auxquelles j’ai passé presque tout l’après-midi, alors qu’il n’y avait qu’un équipage avant moi. Un fonctionnaire de la CBP (Custom and Border Protection) seul, lourdement armé et plutôt gentil, appliquait laborieusement toutes les consignes qu’il devait appliquer et transposait tous les renseignements que j’avais fournis sur les imprimés officiels dans son système informatique.

Formulaire_US_CBP_Culebra_cruising_licenseR_160129.jpg

Lorsqu’il m’a proposé de prendre une « Cruising License » pour m’éviter à l’avenir toutes ces formalités dans les autres ports américains, j’ai accepté en le remerciant vivement, même si cela coûtait quelques dizaines de $. Si j’avais su, je l’aurais prise à St Thomas où c’est gratuit ! Va savoir pourquoi ? Désormais, pour l’année à venir, il me suffit donc de signaler mon arrivée dans un n’importe quel port américain par téléphone (j’ai même la liste des n°) pour être en règle. Le rêve en théorie, on verra comment cela se passe en réalité.

P1030889_bahia_flamenco.jpg

P1030892_bahia_flamenco.jpg

Et maintenant, je peux visiter l’île, l’esprit tranquille, avec mon petit vélo. Et bien sûr la merveille des merveilles, la plage de la bahia Flamenco. Une des plus belles des Antilles d’après les connaisseurs. Et c’est vrai, même si, en ce samedi, il y avait pas mal de monde. Le sable blanc, les cocotiers, l’alizé, la mer à 27°, tout y est pour le cliché parfait. Et derrière les dunes, l’équipement sanitaire, les parkings, les poubelles tous les dix mètres et les gardiens de l’ordre, polis mais fermes. « Le vélo doit être laissé dans le parking à vélo et pas ailleurs », na !

P1030879_sortie_du_canal.jpg

Et ce petit canal qui permet de rejoindre la bahia Sardinia où arrivent les navettes venant de Porto Rico. Il traverse une lagune blottie dans la mangrove où mouillent quelques embarcations locales et qui accueille un petit chantier pour les plaisanciers du coin. Une merveille cet endroit, je vous le dis encore car je le pense vraiment.

P1030922_dimanche_a_Culebrita.jpg

Et, à côté de Culebra, il y une autre petite île, inhabitée celle-là, mais dont la topographie est bien attirante. C’est Culebrita qui porte un grand phare en son sommet. Je ne peux pas résister à l’envie de la visiter aussi. Cette fois les quelques milles du parcours, majoritairement contre le vent seront faits au moteur dans les passes étroites et dangereuses qui la séparent de Culebra.

P1030945_mouillage_tranquille.jpg

Mais cela valait le voyage, même en ce dernier dimanche de janvier. Les puissants yachts de pêche au gros qui sont venus (une douzaine) dans la belle crique abritée de cette île, ne parviennent pas à gâcher le plaisir des yeux et de la baignade.

P1030940_vieux_phare.jpg

Et la découverte à pied des petits chemins de cette réserve sont aussi attrayants, permettant de monter jusqu’au phare au milieu de cette forêt tropicale sèche habitée par des bernard-l’hermite géants, des lézards énormes, et des chèvres sauvages en quantité. Une heure et demie de marche pas toujours aisée, mais bien récompensée par le spectacle et un délicieux bain de mer au retour.

P1030954_ils_sont_partis.JPG

Et puis, comme partout, à mesure que le jour décline, les bateaux à moteur s’en vont, et seuls trois voiliers restent sur place pour une nuit phosphorescente.

Une grosse journée de mer nous permettra, ce lundi 1er février, d’atteindre San Juan, la capitale de Porto Rico, qui s’annonce passionnante et sans doute plus trépidante que ces derniers jours. Nous nous y plongerons dans l’histoire………….

mercredi 27 janvier 2016

En anglais dans le texte

En rentrant de l’excellent diner que m’avaient offert Marco et Béné sur leur superbe « Pégase Rider », j’ai failli ne pas retrouver Dartag dans l’immense mouillage du Marigot à St Martin. Finalement, il m’attendait sagement à l’endroit où je l’avais laissé quelques heures auparavant rongeant son frein en attendant mon retour.



Du coup, j’ai décidé de partir rapidement pour profiter d’un créneau météo qui me paraissait favorable. Levé à1h le dimanche matin, j’ai levé l’ancre à 1h10 avec l’idée d’arriver aux Iles Vierges (terre inconnue pour moi) alors que le soleil était encore bien haut dans le ciel.



P1030669_ciseau_vers_les_Vierges.jpg

La traversée fût un régal, presque vent arrière, génois tangonné à babord avec une brise d’ESE 15 à 20 nœuds au départ, fraichissant à 18-25 nœuds à l’arrivée. 12 heures pour 84 milles sans toucher à la barre ni aux écoutes ! Cela m’a rappelé les bonnes journées de ma traversée de l’Atlantique il y a déjà plus de deux ans.

les iles Vierges tirent leur nom de leur beauté et de leur nombre selon Christophe Colomb, en hommage aux 11 000 compagnes de St Ursule assassinées par les Huns au 5ème siècle. Quelle époque !. Elles furent d’abord utilisées par les pirates, corsaires et boucanniers dès le 16ème siècle contre les galions espagnols chargés d’or. Le célèbre Francis Drake amassa ainsi des richesses considérables et fut anobli par le roi d’Angleterre pour ses hauts faits d’armes, trafics en tout genre et enrichissement personnel. Les temps changent !



Elles furent ensuite vouées à la culture du coton, donc à l’esclavage, puis, après sa disparition, à des cultures plus diversifiées. Les îles de l’est furent britanniques dès 1620 tandis que celles de l’ouest furent à tour de rôle, au gré des traités, hollandaises, françaises, anglaises, puis finalement danoises au début du 18ème siècle. Ces derniers les cédèrent aux Etats-Unis en 1917 moyennant une forte somme pour améliorer leur contrôle de la région après l’ouverture du canal de Panama. Aujourd’hui toutes sont essentiellement tournées vers le tourisme : croisières et activités nautiques.

P1030676_Gorda_Sound.jpg

P103068_Saba_Rock_du_sud.jpg



Les fonds remontent brusquement à quelques milles de Virgin Gorda de 2000 à 20 mètres environ et l’entrée dans la grande baie presque fermée de North Sound est magnifique. Quelques établissements chics occupent certains sites paradisiaques ou petits ilots de ce grand plan d’eau complètement protégé de la mer, mais où l’alizé conserve toutes ses vertus pour rafraichir l’atmosphère et faire tourner l’éolienne.

P1030674_Necker_Island.jpg



Pour la première fois depuis que je navigue aux Antilles, il n’y a pratiquement aucun pavillon français. Comme toujours les anglais sont nombreux, mais la nouveauté ce sont surtout les américains et les canadiens, très nombreux. Et tous les scandinaves sont bien présents.

P1030682_au_ponton_des_douanes.jpg



Dès le lundi matin, je devais me préoccuper de la « clearance » d’entrée (check in) dans ce territoire très « british ». J’ai cherché un peu, avant de demander à un plaisancier américain s’il savait où était l’office. Il m’a envoyé à l’autre bout de la baie et il avait raison. En attendant mon tour dans ce petit bureau sans fenêtre et donc bien ventilé, j’ai sympathisé avec le capitaine canadien d’un voilier anglais. Puis la charmante douanière« vierge » m’a donné des formulaires à remplir. En attendant le retour de l’officier d’immigration. En une demi-heure et moins de 15 $, c’était fait et valable pour tout mon séjour, y compris le « check out ». Une bonne surprise.

P1030692_lagon_d_Anegada.jpg

P1030694_pecheur_du_lagon.jpg



Je pouvais dès lors visiter tout l’archipel british sans restriction, et je suis parti vers le nord direction Anegada et sa grande barrière de corail à une dizaine de milles. Brise idéale, et mer turquoise me laissaient l’espoir de voir des dauphins ou autres grands animaux. Mais non, rien en dehors des poissons volants et des fous de bassan. Un pêcheur qui posait ses casiers et filets, et c’est tout. Mais ces patates de corail sur lesquels brise la houle sont magnifiques, elles demandent aussi un peu de vigilance pour ne pas s’y planter, d’autant plus que la carte est très approximative. L’ile proprement dite est un plateau calcaire qu’on aperçoit à peine car son altitude maximale doit être de un ou deux mètres. On voit surtout les tas de sel des salines encore exploitées.

P1030695_les_tas_de_sel.JPG



Revenant sur mes pas, le vent a commencé à mollir à 10-12 nœuds et une grosse houle de nord-ouest se levait progressivement pour atteindre facilement trois mètres par moment. Elle n’était pas gênante mais brisait avec violence sur les côtes rocheuses et faisait disparaître les autres bateaux dont on ne voyait plus que les voiles, lorsqu’ils étaient dans un creux.

P1030697_The_Baths.jpg



Dans ces conditions le fameux site «The Baths », une des principales attractions au sud de Virgin Gorda ne pouvait pas être accessible confortablement. Je l’ai quand même longé de près et cela m’a vraiment fait penser, en moins grand, à Lavezzi en Corse. Il s’agit d’une sorte de chaos de blocs de granit polis et de plages de sable ménageant des espaces dans lesquels on peut se promener ou nager avec palmes, masque et tuba. Les villas construites sur ce site rappellent celles de Cavallo, l’ile sœur de Lavezzi à un kilomètre au nord, si bien intégrées à l’environnement et entourées de végétation luxuriante.

P1030708_Arts_du_treillis.jpg

P1030713_Fan_d_Aragorn.jpg



Et j’ai fini la journée en gagnant Treillis Bay, à l’est de la principale île de l’archipel « Tortola », dans l’axe de la piste de l’aéroport international. Heureusement les avions ne volent pas la nuit et celle-ci fût reposante. Le jour levé, il me fallait trouver une « bouche à $ » pour ne pas être trop rapidement à court de liquide, car apparemment les cartes de crédit ne sont pas aussi facilement acceptées ici. Mais le distributeur de l’aéroport était hors service. Sur le parking des avions, trônaient une belle quantité de jet privés, et, dans la baie toute proche, des grands yachts attendaient probablement que leurs propriétaires arrivent ou repartent après le week-end. Et sur la plage, des artistes expriment leur passions en scupltures métalliques ou en pancartes colorées.

P1030710_Jet_Set.JPG

P1030721_warning.JPG

P1030722_camion_flottant.jpg



La brise revenue au niveau d’un alizé normal, j’ai continué mes découvertes, longeant la côte très découpée de Tortola. Je n’ai pas résisté à la tentation de faire un crochet par une autre île, Saint Peter à quelques milles au sud. Dans son grand mouillage de Great Harbour, dont le fond est réservé aux pêcheurs, avec une pancarte très dissuasive (pour moi, à la différence des certains !), je me suis mitonné une fricassée de poulet aux petits légumes, délicieuse. Certains catamarans de location ont parfois de drôles d’allures et comme ils ne se servent pas de leurs voiles on se demande pourquoi les loueurs ne suppriment pas carrément tout le gréement. Ce serait même moins abominable que les silhouettes de bus à impériale surmontée d’une crête de dindon dont ils se parent.

P1030723_great_harbour.jpg

P1030736_Soper_s_Hole.jpg



Le retour à Tortola et la visite du port principal de l’archipel, Road Harbour, est décevante. Cette baie est partiellement exposée à l’alizé, et son côté est, plutôt industriel, m’a fait virer de bord et reprendre le « Sir Francis Drake Channel » vers l’ouest, longeant la côte de St John, jusqu’à Sopers Hole, un des meilleurs abris des Antilles. Evidemment il était bondé et pas une seule bouée n’était disponible. Nous sommes en haute saison !

P1030750_Cruz_Bay.jpg



Et maintenant passons aux trois Vierges américaines. St John, plutôt délaissée après la révolte des esclaves et la répression féroce qui suivit en 1733 (avec l’aide de troupes françaises venues de Martinique), a été achetée en 1954 par un héritier Rockfeller. Il en a fait cadeau à l’état fédéral (la classe !). pour en faire un parc national, et son accès est très réglementé. Concrètement, la visiter est surtout réservé à des groupes organisés avec des guides. Pas pour moi, donc, je la verrai en la longeant par le nord vers St Thomas. Cruz Bay a quand même l’air assez fréquentée.

Ste Croix à 35 milles dans le sud est vraiment excentrée et d’ailleurs peu visitée. C’est sans doute dommage et il faudra y revenir plus tard, au retour, peut-être. Elle serait la plus authentique ( !), figée dans son passé colonial.

P1030754_entree_a_St_Thomas.jpg

P1030759_French_Town.jpg



St Thomas, danoise à partir de 1672, fut mise en valeur par des colons de différents pays d’Europe dont des huguenots français après la révocation de l’édit de Nantes, puis un gros contingent venu de St Barthélémy au début du 19ème siècle. C’était un port franc neutre dont l’opulente richesse provenait de tous les trafics qui y étaient pratiqués par des bandits, pirates et trafiquants en tous genres qui, à St Thomas, laissaient leurs sabres au vestiaire pour y faire leurs fructueuses affaires.

P1030763_queue_des_croisieristes.jpg



Le gouvernement des USVI est installé dans la capitale, Charlotte-Amalie, et l’ile connaît depuis les années 50 un fort développement touristique. La population de 48 000 habitants accueille chaque année plus d’un million de croisiéristes essentiellement américains. Quatre de ces mastodontes étaient dans le port à mon arrivée. Les milliers de passagers se lâchent dans les magasins « duty free » installés par centaines sur les quais. Je prendrai peut-être le temps d’ y faire un tour. Curiosité locale, on est bien aux Etats Unis, mais on roule à gauche et les taxis sont énormes, adaptés à leur marché de tourisme de masse au sens propre comme au figuré.

P1030765_petit_Dartag.jpg

P1030766_Taxi_maous.jpg



Les formalités douanières et d’immigration furent presque un plaisir, assisté par une charmante « vierge » américaine. Mais il a quand même fallu passer les deux mains dans le scanner et se faire tirer le portrait pour vérifier que le visa obtenu à grand peine à l’automne était le bon. Et tout cela gratuitement ! Nous voilà parés pour les territoires américains qui feront la suite de l’histoire, Porto Rico et ses dépendances. Mais je crois pouvoir dire que ce paradis a tenu ses promesses. J'y reviendrai plus longtemps.

vendredi 22 janvier 2016

Solitaire

Eh oui, après des fêtes en famille, c’est maintenant le retour aux vieux démons de la mer. Marie-France, très sollicitée et désireuse de faire avancer ses projets terriens, a préféré rester à Paris cet hiver et c’est avec un petit coup de blues que j’ai repris l’avion pour Pointe à Pitre sans elle.

P1030618_equipement.jpg

Après un mois d’immobilité au ponton de la marina, Dartag, resté tout propre à l’intérieur, était déjà partiellement colonisé par la faune et la flore marine à l’extérieur. Et les deux ou trois bricoles qui figuraient sur la liste « à faire » se sont révélées plus nombreuses que prévu.

P1030620_equipements.jpg

Et puis, comme mes bagages étaient chargés à mort de matériel indispensable, et que le colis d’électronique dernier cri imposé par la nouvelle réglementation de la plaisance (la fameuse Division 240) était enfin arrivé, il y avait du pain sur la planche !

P1030622_extensions_laterales.jpg

Nouvelle VHF-ASN fixe, nouvelle balise EPIRB de détresse, nouveau sac à spi, nouvelles extension latérales pour le bimini, nouveaux vide-poches souples de rangement,….. tout cela est bel et bon et il s’y ajoute le grippage de l’inverseur du Suzuki, le remplacement d’une latte douteuse et finalement cassée, l’ouverture des passages nécessaires aux bouchons et aux avirons dans la protection de l’annexe, le montage de la vidange de l’eau de condensation du frigo, bref la routine du plaisancier qui cherche, sans jamais y arriver, à en finir avec les aménagements et améliorations de son bateau !

P1030629_la_cambuse_se_rempli.jpg

Ah, j’oubliais ! Il faut refaire les pleins de la cambuse, solides, liquides, condiments, shampoing, pharmacie, détergents,…. etc. Cinq aller et retour avec la charrette de la capitainerie pleine, histoire de ne manquer de rien, mais mes listes sont-elles bien au point et à jour ? Il ne devrait y avoir que le frais à réapprovisionner lors des escales futures. Mais comment peut-on mettre tout cela dans un petit bateau ? Il y a aussi la lessive, histoire de partir avec du linge propre.

P1030624_en_route_vers_MG.jpg

P1030635_avec_les_couturieres.jpg

Finalement avec quatre jours de retard sur ce qui était prévu, et un week-end à Marie-Galante pour nettoyer la carène en étrennant le nouveau narguilé « home made », il était temps de prendre congé de tous ces professionnels et amis sans qui rien ne serait possible. Les apéros et repas d’au revoir ont duré deux jours et donné lieu à quelques effusions bien agréables : « comme tu as de la chance de partir » « on serait bien venu avec toi » « pense à nous et envoie nous des nouvelles et des photos »,…trop délicieux.

P1030626_narguile_pret_a_l_emploi.jpg

Du coup, ce n’est qu’en fin d’après-midi du mercredi 20 que j’ai largué les amarres, aidé par le marinero de la capitainerie pour un appareillage en solitaire, à destination de Saint Kitz avec la délicieuse perspective d’une nuit en mer par beau temps et lune presque pleine.

P1030643_Nevis.jpg

P1030647_St_Kitz.jpg

La brise d’Est de 15 à 20 nœuds s’est renforcée à 25-30 nœuds dans le canal des Saintes que j’ai embouqué à la tombée de la nuit, bien décidé à poursuivre vers l’ouest suffisamment longtemps pour ne pas me planter dans les calmes du côté sous le vent de l’île. Et 10 milles ne furent pas de trop. Au petit matin, nous passions Montserrat d’assez loin aussi. Quelques grains et manœuvres de réductions de voilure plus tard, le ciel s’est dégagé et, après Nevis, où nous avions mouillé une courte nuit il y a deux ans, c’est sous un chaud soleil que Dartag fit son entrée dans la baie de Basse-Terre, capitale de St Kitz, presque bouchée par trois énormes paquebots de croisière. 138 milles parcourus en 22h sans une goutte de mazout, c’est plutôt sympa.

P1030652_Zante_Marina.jpg

Par contre, pour l’accueil des voiliers, c’est la misère. Une petite marina est occupée par des promène-couillons et quelques pêcheurs, et le mouillage à l’ouest est très rouleur, vraiment dissuasif. Celui de l’est, théoriquement plus abrité, héberge le terminal pétrolier et n’est pas très accueillant. Deux vedettes d’autorités officielles s’approchent et me donnent des ordres contradictoires. Finalement, alors que j’allais reprendre la mer, ils tombent d’accord sur un endroit où je ne gênerai personne. Bon, ça roule un peu, c’est moche, mais c’est acceptable.

P1030657_littoral_tristounet.jpg

Décidé à faire les formalités de douane et d’immigration, je saute dans le zodiac et file à la marina où sont les bureaux de ces organismes. Hélas, il n’y a aucun moyen de débarquer en laissant l’annexe en sécurité et, en plus, avec tous ces aléas, les bureaux sont fermés (à 15h). Tant pis, j’abandonne et je partirai avant l’aube demain matin.

P1030655_les_mastodontes.jpg

Evidemment j’ai un petit regret de ne pas visiter St Kitz qui d’après mes guides a son charme et une histoire, mais ce sera peut-être pour une autre fois. Et puis tout seul, c’est moins attrayant !

En fait de lever matinal, il le fût ! En appareillant à 3h 40, la pleine lune était bien présente, et cela m’a rendu service pour éviter les multiples chalutiers, coffres et bouées que j’avais repérés la veille.

P1030659_Statia_vue_de_l_est.jpg

Belle traversée au grand largue sous le soleil longeant les volcans qui parsèment la route vers St Martin.

Saint Eustache, aussi nommée Statia, est une petite île hollandaise dépendant administrativement, comme Saba un peu plus loin, de Sint-Marteen. Au 18ème siècle elle fut surnommée le « rocher d’or ». Après les luttes entre les marines anglaise, hollandaise et française pour en prendre le contrôle au 17ème siècle, elle fût colonisée en 1713, après le traité d’Utrecht, par des juifs hollandais (des bataves, pas des fans du bouffi) qui en firent un des ports francs les plus actifs des Antilles, surfant ensuite sur la guerre d’indépendance des USA pour développer leurs affaires.

P1030663_volcan_de_Statia.jpg

La prospérité de ses 8000 habitants atteignit alors des sommets. Mais ils accueillirent à Orangestad le 16 novembre 1776 le premier navire de la nouvelle flotte de guerre américaine avec beaucoup d’honneurs. C’était trop pour les anglais qui, cinq ans après, envoyèrent une flotte commandée par l’amiral Rodney qui détruisit et pilla totalement l’île, ne laissant que 1500 habitants vivants (sacrés anglais !).

P1030662_cuves_de_Statia.jpg

Elle ne s’en remit pas et aujourd’hui ses 3000 habitants vivotent d’agriculture et de tourisme. Ils ont quand même réussi à s’imposer comme un des plus importants dépôts pétroliers des petites Antilles (sacrés hollandais !), dont les cuves sont construites même au sommet des collines. Le mouillage et le trafic des navires pétroliers en est une manifestation bien visible.

P1030666_arrivee_a_St_Martin.jpg

Passant par l’ouest de St Martin pour rejoindre au nord la partie française, la grosse houle m’a un peu surpris par son l’ampleur et ses déferlements chaotiques sur les bancs de sable de cette côte basse. Il fallait passer bien au large. Mais après un dernier louvoyage de trois milles, l’entrée dans la baie du Marigot est sublime et ce grand mouillage très bien fréquenté est abrité. A moi la sieste !

La suite ce sera les Iles Vierges,…… mais chut, le paradis annoncé tiendra-t-il ses promesses ?

dimanche 06 décembre 2015

Travailleurs de la mer

L’automne européen fut un été indien et il s’est très mal terminé par l’abominable tuerie des fous de Dieu à Paris. L’horreur de l’horreur ! Et dire que nous avions déambulé, insouciants, dans ce merveilleux quartier du Marais quelques jours avant ! Nous ne sommes vraiment pas grand-chose.

P1030401_a_Orly.jpg

Moins d’une semaine après, nous prenions l’avion pour Pointe à Pitre et y avons retrouvé Dartag qui nous attendait sagement amarré sur ses quatre bouées dans le lagon bleu. ! Après presque sept mois d’immobilité, il n’était ni moisi à l’intérieur, ni bourré de cafards, ni dévoré par les rats, juste un peu sale à l’intérieur et à l‘extérieur. Seule la carène semblait colonisée par la faune et la flore tropicales, moules et huitres y ayant largement pris pied, si j’ose dire.

20151122_120351_Mini_transat.jpg

Par précaution, nous avions réservé un hôtel pour une nuit, mais à la limite nous aurions pu nous installer à bord dès le premier soir, car l’essentiel était opérationnel, en particulier l’eau potable, les sanitaires et la prise d’eau du moteur, une bonne surprise.

P1030425_Longueteau.jpg

La mauvaise était que le rendez-vous pris un mois plus tôt, pour sortir le bateau de l’eau le 19/11 ne pouvait pas être honoré en raison de l’encombrement du terre-plein. Mais cela n’était pas plus mal, car nous avons eu le temps de ranger nos affaires, faire le ménage et préparer le carénage, le premier depuis le départ en mai 2013, et il s’annonçait lourd.

P1030411_stele_Florence_Arthaud.JPG

P1030404_Mini_transat.jpg

Nous avons aussi pu profiter de près des festivités organisées autour de la Mini transat dont l’essentiel des concurrents est arrivé en même temps que nous. Ambiance jeune et internationale, et chapeau à tous ces jeunes skippers ! Une manifestation a été aussi organisée par la capitainerie pour inaugurer le quai Florence Arthaud et la place Laurent Bourgnon, deux anciens vainqueurs de la Route du Rhum, tous deux disparus prématurément cette année.

P1030415_robe_tropicale_r.jpg

P1030424_brisants_a_Deshaies.jpg

Nous nous sommes aussi offert une journée de plage, et la grosse houle de l’atlantique, brisant sur la plage de la grande anse de Deshaies, a quelque chose de magique, comme la température de l’eau de mer, à peine en dessous de 30°. Ce fut aussi l’occasion de faire quelques emplettes à la rhumerie Longueteau, la plus ancienne de Guadeloupe en pensant à vous !

P1030427_le_boulot.JPG

P1030429_elle_marche_encore.JPG

Dès le lundi nous nous sommes mis au boulot, au début avec l’aide de travailleurs venus de la Dominique toute proche. Quatre jours de labeur intense pour gratter la coque de tous ses parasites et aussi des couches de peintures accumulées depuis 2007. Par 32° à l’ombre, avec 95% d’humidité et des hordes de moustiques minuscules mais hyper agressifs, c’est une vraie galère, mais il fallait le faire.

P1030432_avec_nos_aides.jpg

P1030437_Plomb_remis_a_nu.jpg

Il nous restait ensuite à refaire l’étanchéité du revêtement de la quille, boucher au mastic époxy les petites irrégularités de surface, refixer la protection de la jupe, passer un primaire d’accrochage, réviser l’hélice et la transmission, coller une nouvelle jupette du saildrive, enfin refaire la totalité de l’antifooling sur les œuvres vives.

P1030443_chantier_de_PaP.jpg

En sept jours, dans le bruit et la poussière du chantier nous avions fini, auprès de voisins de galère agréables, Stéphane et Yannick, avec qui nous avons noué des liens susceptibles de durer.

P1030458_vis_de_la_jupe.jpg

Et le 30 novembre, comme prévu, nous avons pu remettre Dartag à l‘eau, presque comme neuf, pris en charge par le grutier expert du portique de levage de 35 tonnes, capable de passer à quelques millimètres des bateaux voisins sans les toucher.

P1030459_helice_revisee.jpg

Après deux jours au ponton pour achever les travaux et le réarmement, rembarquer les voiles et la survie révisée, le bimini tout neuf, faire les pleins de la cambuse et des réservoirs, réviser le moteur et l’annexe,… nous étions prêts à reprendre la mer, enfin !

P1030467_Ilet_a_Cochon.jpg

Une première nuit au mouillage de l’ilet à cochon nous a réconciliés avec la vie à bord. La fraîcheur du soir, la douceur le l’alizé, l’absence de poussière de bruit et de moustique, le doux bercement du clapot du lagon, c’est le rêve !

P1030468_vers_Les_Saintes.jpg

Dès le lendemain, après une dernière formalité à terre, nous avons appareillé pour Les Saintes où des amis nous avaient annoncé leur arrivée. La traversée d’à peine plus de trois heures, avec un vent idéal et une mer magnifique, nous a rappelé d’excellents souvenirs. Michel et Françoise, venant de Dominique, étaient déjà là, et depuis nous partageons avec eux les explorations de criques locales, les promenades à terre et surtout la cuisine gastronomique à laquelle ces dames s’adonnent un jour sur deux. Ah ! le colombo de poulet des Saintes aux tomates pelées et petits légumes, ou les boulettes de boeuf revenues aux petits oignons roses, quel régal !

P1030481_Ilet_Cabrits.jpg

Et en plus, nous profitons du ballet aérien des pélicans bruns ou des fous de bassan qui se tapent goulûment la cloche dans les bancs de poissons multicolores de nos mouillages. Ces oiseaux magnifiques et d’une habileté incroyable parviennent parfois à suspendre momentanément nos conversations sérieuses ou nos histoires à dormir debout, lorsque le punch « bateau » (on dit aussi « maison ») nous en laisse la lucidité.

P1030499_promenade_Ilet_Cabrits.jpg

Vive les vacances bien méritées.

Elles s’interrompront le temps des fêtes de fin d’années où nous rentrerons en métropole, puis nous repartirons vers les iles du nord et les grandes Antilles au début de l’année prochaine.

jeudi 17 septembre 2015

Au Boulot !

Déjà presque cinq mois que nous vous sommes restés quasiment muets. Et pourtant nous avons vécu des aventures nombreuses et variées.

P1020226_super_visite.JPG

La première était, début mai, l’échange standard du cardan gauche d’Alain deux ans après le cardan droit. C’est le même chirurgien qui a procédé à cette opération, parfaitement réussie, au point qu’il est rentré à la maison deux jours après, à pied avec ses béquilles et sa valise, le taxi commandé ne s’étant pas présenté !

P1020245_vieux_reve.jpg

P1020507_c_est_la_bonne.JPG

Après trois semaines de convalescence, il a pu reprendre des activités quasi-normales et finir sa rééducation à Hyères en remettant le semi-rigide à l’eau pour la saison. Evidemment, pour la pratique du ski nautique, c’était encore un peu tôt pour lui, mais les autres en ont profité abondamment.

P1020447_1er_essais_de_ski.JPG

P1020423_baignade_de_reve.jpg

Les visites familiales ou amicales ont repris un rythme soutenu pendant les mois de juillet et d’août, comme chaque année, au plus grand plaisir de tous. La grosse canicule qui a duré un mois n’a gêné que ceux qui n’étaient pas en vacances à cette époque. On a bien pensé à eux. Mais avec quelques jours de mistral fin juillet, la mer, dont la température était montée à 27°, s’est bigrement refroidie, et il a fallu attendre un peu pour la retrouver agréable.

P1020463_mue_de_cigale.JPG

Img_2358_bel_anniversaire.jpg

Pour son 70ème anniversaire, Alain a eu le plaisir de réunir tous les siens à Toulouse. Grâce à une météo très favorable, les pommes du jardin sont arrivées à maturité à ce moment là. En secouant vigoureusement le pommier, il en tombait une dizaine à chaque fois, parfois sur la tête des petits enfants qui éclataient de rire. Les cageots se remplissaient à toute vitesse, saturant les capacités des casseroles de compote et les plats à tarte. Un régal ! Même les chevaux en ont profité.

P1020679_recolte.jpg

P1020685_ils_sont_tous_la.jpg

Mais il fallait ensuite passer aux choses plus austères voire plus sérieuses. Vivre 40 ans dans la clandestinité en exploitant des stations radios maritimes de bord sans licence ni certificat de capacité devenait déraisonnable.

P1020223_canotage.JPG

En effet, la nouvelle réglementation maritime a pris un sérieux coup de jeune (si l’on peut dire) avec la mise en vigueur de la division 240 au 1er mai 2015. La principale motivation de ce texte est d’améliorer l’efficacité et l’organisation des secours en mer. L’équipement des yachts de plaisance fait ainsi un grand et coûteux bon en avant ( ?) avec l’obligation d’emporter des postes émetteurs-récepteurs fixes et mobiles ainsi que des balises de détresses automatiques ou autres répondeurs radar. Bref, au lieu de s’occuper de régler son problème urgent s’il en a un, le capitaine devra consacrer du temps à envoyer des messages, à répondre à l’administration qui veut le secourir, à programmer les appels automatiques…. etc.

P1020527_amis_de_30_ans.jpg

Et bien sûr, pour cela il faut obtenir une licence d’exploitation de station de radio avec numéro international de MMSI, passer un Certificat Restreint de Radiotéléphoniste (CRR) assortis de déclarations diverses et variées, et tenir à jour en permanence ces documents, sous peine de lourdes peines d’amendes ou même de prison pouvant aller jusqu’à trois ans ferme. On croit rêver !

P1020548_picnic_a_la_Palud.jpg

Alors, vaille que vaille, Alain s’y est mis. Heureusement l’Agence Nationale des Fréquences (ANFR) semble organisée et les dossiers qu’on lui envoie sont suivis d’effet assez rapidement. Le site Internet est accessible, même à une intelligence moyenne. On peut aussi leur téléphoner pour obtenir des précisions, et ils répondent efficacement. Un bon point. Les dossiers de licence des deux bateaux (Dartag et Dartag II) ont abouti quelques semaines.

P1020554_meduse_de_la_Palud.jpg

Ensuite, après un mois de bachotage acharné du guide téléchargé de 55 pages denses au format A4, plus les annexes, et avoir acquitté les frais de dossier (78 euros quand même), Alain s’est présenté à l’examen du CRR au centre de Toulon. Il y avait onze candidats qui devaient répondre, au moyen d’un boîtier électronique individuel programmé pour chacun, à 24 Questions à Choix Multiple (QCM) sous l’œil bienveillant mais vigilant d’une examinatrice-opératrice vidéo.

P1020517_Oh_la_belle_rouge.JPG

Tous ont été reçus plutôt brillamment, obtenant entre 14 et 24 points sur 24, alors qu’il suffisait de la moyenne pour réussir. Avec 23/24, il a un peu regretté d’avoir travaillé plus que nécessaire. D’autant plus que, dans une semaine ou deux, il aura tout oublié ou presque, sauf l’essentiel, qu’il connaissait déjà avant l’examen.

P1020658_Bientot_la_compote.jpg

Mais, désormais, nous serons en règle, et c’est une vraie satisfaction morale. Cela ne nous empêchera pas, sans doute, d’être toujours prudent pour éviter de blesser ou perdre un équipier, et d’essayer d’éviter les situations à risques pouvant déboucher sur une urgence ou une détresse, comme avant. Et si cela doit arriver, espérons ne pas avoir besoin d’appeler au secours, mais sait-on jamais ? Restons modestes.

P1020663_prete_pour_les_morfales.jpg

P1020701_montage_complet.jpg

P1020742_circuit_imprime_refait.jpg

Alors, en ce début d’automne boréal, nous allons achever notre préparation en vue de retrouver Dartag à Pointe à Pitre, et lui offrir avant Noël, un grand toilettage pour un troisième hiver au chaud sous les tropiques. Les petits bricolages n’ont pas manqué, comme la fabrication d’un narguilé de plongée pour les travaux sous-marins ou la réfection complète du circuit imprimé de la télécommande du guindeau.

P1020968_La_verne_entree.jpg

Nous profitons aussi des journées du patrimoine pour découvrir des endroits de rêve récemment restaurés.

P1030004_l_Almanarre.jpg

Ou profiter du merveilleux spectacle des sports de vent à l'Almanarre. Mais en attendant, nous goûterons le retour à la vie urbaine, voire parisienne, et ses plaisirs, pendant quelques semaines.

P1020125_en_attente.jpg

Les trois premières tempêtes tropicales de la saison 2015 n'ont pas eu de conséquence. Pourvu que cela dure ! Et pensons à nous protéger des terribles moustiques qui nous attendent là-bas !

Stinging mosquito

vendredi 24 avril 2015

Petite resucée.

Après Frédéric, Marie-France a aussi repris l'avion pour la métropole, ravie à l'idée de retrouver ses "petits" après un hiver sous les tropiques.

Il me restait dix jours pour désarmer et mettre Dartag en sécurité avant de reprendre l'avion moi aussi. Après m'être assuré auprès de la marina Bas du Fort que ma place était bien réservée, je pouvais donc m'offrir une petite resucée de navigation dans les alizés, cette fois en solitaire, tout en procédant à quelques rangements et entretiens à bord en prévision d'un arrêt prolongé.

P1020053_vent_d_ouest_a_MG.jpg

P1020052_pleine_lune_a_MG.jpg

Première destination, Marie-Galante, avec une arrivée magique au crépuscule, devant un lever de pleine lune. Christian et Véronique sont arrivés depuis quelques heures et nous projetons une sortie de concert, si possible, pour faire des photos de nos bateaux sous voiles.

P1020055_Capesterre.jpg

En attendant, je profite d'une belle journée de dimanche pour entreprendre un tour de cette île charmante, ce que je n'avais jamais fait autrement qu'en voiture. Le vent d'est est raisonnable, force 4 à 5, et la mer superbe.

P1020063_gueule_du_grand_gouffre.jpg

Quelques milles bâbord amure, passant devant Grand Bourg suivi d'un virement de bord et d'une longue cavalcade le long de la côte au vent, nous amènent devant Capesterre puis les falaises de la côte nord.

P1020061_les_dents_de_la_mer.JPG

Il y a encore pas mal d'algues flottantes, mais je traîne quand même la ligne, quitte à la relever souvent pour la débarrasser des indésirables paquets bruns qui s'y accrochent. Et, miracle, lors d'un de ces relevages, la traction est plus forte. Et pour cause, un jeune barracuda d'environ deux kilos s'est fait prendre, et bien prendre. Il ne parvient pas à se décrocher avant d'être à bord. Dommage que j'aie déjà nettoyé et rangé le barbecue. J'en ferai donc cadeau à la Baleine Rouge.

P1020079_babord_amures_sous_MGr.jpg

IMG_8396_sous_le_vent_de_MGr.JPG

Le lendemain, appareillage avec Birabao à destination des Saintes. Le temps est magnifique, des conditions idéales pour faire de belles photos et vidéos.

IMG_8398_babord_amuresr.JPG

Img_8389_sous_le_vent_de_MGr.jpg

IMG_8403_babord_amuresr.JPG

Nous ne seront pas décus. Il est vrai qu'un voilier dans son élément est un spectacle réjouissant, et les nôtres ne sont pas vilains sous voiles dans l'alizé, d'abord à l'abri de l'île, puis dans le canal de la Dominique avec une mer plus formée.

Nous échangerons nos fichiers au mouillage du pain de sucre, avant de nous séparer le lendemain, Birabao poursuivant sa route vers le sud, alors que je dois rentrer à Pointe à Pitre.

P1020135_stockes_pour_6_mois.jpg

Après quelques jours de nettoyage et rangements au mouillage, je gagne la marina pour finir les démontages et rinçages.

P1020126_au_piquet.jpg

Puis c'est le moment de rejoindre le poste "d'estivage" dans le lagon bleu, entre quatre bouées et de procéder à un amarrage très redondant ne comptant pas moins de douze amarres.

P1020143_alignement_a_PaP.jpg

Le taxi me conduit ensuite à l'aéroport où j'embarque dans le "triple sept" d'Air France sous une petite pluie tristounette.

P1020151_finale_a_Blagnac.jpg

Vol sans histoire, correspondance parfaite à Orly, arrivée à Blagnac à l'heure, bref tout aurait été parfait sans quelques crampes d'estomac dues à un excès de choux rouge cru pour finir les stocks avant la fermeture de Dartag.

P1020156_cerisier_en_fleurs.jpg

Et maintenant, place au printemps métropolitain, et ses arbres fruitiers en fleurs, et aux petits travaux d'entretien, de réparation et de préparation de l'hiver tropical suivant. Non je ne suis pas blasé de cet univers tropical et j'y ai pris goût ces deux dernières années.

P1020160_a_l_ecluse_de_Castanet.jpg

Mais il y a aussi les retrouvailles familiales bien agréables.

P1020163_Galaxy_S2_en_pieces.jpg

Vous vous souvenez de l'aventure qui était arrivée à mon Samsung Galaxy S2 que j'avais plongé dans un verre de Pastis par mégarde, peu après mon départ en septembre 2013 ? (voir le billet du 3/9/13 http://dartag.heoblog.com/index.php?post/2013/09/03/Eaux-inconnues). Il n'en était pas mort, mais son fonctionnement s'était dégradé progressivement, et j'avais du renoncer à l'utiliser pour la plupart de ses applications courantes car il n'était plus possible de le recharger ni de le connecter au PC.

P1020165_la_piece_corrodee.JPG

Après un démontage complet, j'ai pu identifier le problème, commander la pièce corrodée et le remonter. Il est ressuscité et a retrouvé toutes ses fonctionnalités. Un miracle que je n'aurais jamais espéré, tant ces appareils hi-tech modernes semblent inabordables au profane. Et bien figurez-vous qu'avec quelques petits outils simples on peut y arriver. Il n'y a même pas de soudure à faire.

mercredi 01 avril 2015

« A l’abri du besoin ?»

P1010880_Dartag_de_haut.jpg

Frédéric, notre nouveau et très cher équipier, a contribué largement aux petits soins que nécessitait Dartag avant de reprendre la mer.

P1010896_reparee.jpg

Après quelques ascensions du mât, la girouette électronique parfaitement réparée par Philippe a repris son service, comme neuve.

P1010887_musee_de_PaP.jpg

Entre temps, les visites de Pointe à Pitre ont permis notamment de constater que le futur musée de la mémoire, qui sera inauguré en juin en présence du Soufflé Hollandais, avait sa configuration quasi définitive, et que les splendides pélicans bruns entretenaient toujours leurs plumes.

P1010889_lissage_de_plumes.jpg

Notre premier galop d’essai vers Marie-Galante s’est soldée par un « chou blanc » sur toute la ligne. La « baleine rouge » était exceptionnellement fermée, ce mardi soir, à la fin d’une saison exténuante, et nos amis étaient en balade avec une visite familiale. Mais nous y repasserons.

P1010906_plage_de_Portsmouth.jpg

Qu’à cela ne tienne, en route pour la Dominique toute proche par un temps merveilleux. Sur la plage noire de Portsmouth, les enfants jouent comme partout dans le monde, et nous sommes accueillis par les Boat Boys parfois un peu insistants mais serviables.

P1010914_BBQ_boat_boys.JPG

Ils organisent le soir même un barbecue sur la plage auquel nous ne résisterons pas, en compagnie d’un couple de plaisanciers français. Encore une fois, la plupart des autres convives sont anglophones et l’ambiance est élégante et détendue.

P1010908_indian_River.jpg

P1010909_cimetiere_tropical.jpg

Le côté verdoyant de cette île est parfaitement illustré par la végétation luxuriante, à l’embouchure de l’Indian River, ou dans le petit cimetière tropical de la ville dont les tombes disparaissent dans les lianes et les fleurs.

P1010924_mouillage_au_Bourg.jpg

Une bonne brise nous a ramenés aux Saintes et cette fois nous avons pris la seule bouée libre devant le bourg, idéalement placée, arrivant juste au départ d’un autre voilier.

P1010933_village.jpg

P1010934_flanerie_au_Bourg.jpg

Flâner dans les ruelles par ce si beau temps, nous rappelle l’ambiance de Porquerolles en été, au milieu des touristes bronzés et des petits commerçants de fringues et de bouffe. Mais ici les voitures et les scooters de location ne sont pas tous électriques, dommage ! Les bâtiments sont aussi plus tropicaux mais presque toujours en parfait état.

P1010941_souffleur_de_Deshaie.JPG

C’est par la côte sous le vent que nous avons pris la route d’Antigua, faisant au passage une escale à Deshaie, que nous aimons bien, pour y faire notre clearance de sortie. La brise très maniable n’empêche pas la houle de faire fonctionner le souffleur à la sortie de l’anse.

P1010951_mouillage_de_Falmouth.jpg

Cette belle traversée avec toute la toile, ce qui a été plutôt rare cette année, nous a conduit jusqu’à Falmouth Harbour dans ce beau et sûr mouillage aménagé, lui aussi, pour la grande plaisance.

P1010945_rutilants.jpg

P1010962_concours_de_luxe.jpg

P1010964_figure_de_proue_de_Nero.jpg

Les grandes unités rutilantes frémissent de l’activité des équipages qui les peaufinent en prévision de l’arrivée de leur propriétaire ou des clients à l’abri du besoin. Prix moyen de la semaine de location, sur Nero par exemple : 395 000 $ US pour 12 personnes maximum dans six cabines « invités ». Avec 90 mètres de longs et trois ponts, ils vont se chercher les passagers, mais le luxe, le confort et le silence sont forcément parfaits.

P1010965_lessive_de_luxe.jpg

Les fonctionnaires de l’immigration, très bien organisés dans leur beau bâtiment restauré à l’ancienne de Nelson Dockyard (ce nom m’écorche un peu les lèvres, rien qu’en l’écrivant), sont de plus en plus efficaces et, cette fois, l’affaire a été « torchée » en moins d’un quart d’heure, avec visas valables un mois sur les passeports, moyennant 51 $US quand même. Les prix montent mais la qualité aussi, rien à dire.

P1010958_Erica.jpg

P1010946_dragons_du_AYH.jpg

Evidemment la séance de lèche-bateaux sur les quais d’English Harbour est un must, nos yeux s’écarquillant devant les prodiges de beauté, de luxe et de volupté qui se dégagent des voiliers amarrés à ces anneaux, et devant l’organisation impeccable du très select Antigua Yacht Club.

P1010971_villa_du_lagon.JPG

Cette île est quasiment entourée d’un lagon dont les passes sont plutôt faciles d’accès et les eaux calmes, bordées de villas et de plages magnifiques. Nous en avons profité pour faire le tour en trois jours jusqu’à Jolly Harbour à l’ouest, retrouvant d’autres voiliers amis deci-delà, notamment Birabao avec qui nous avons sacrifié à la tradition du ti’punch.

P1010985_coucher_de_soleil_de_Jolly.jpg

Profitant de la belle brise favorable qui se maintient, nous avons repris la mer vers la Guadeloupe, visant cette fois la côte au vent. Et c’est devant Port Louis, au nord de Grande Terre que nous avons retrouvé la France.

P1010988_Hotel_de_ville_de_luxe.jpg

P1010991_misere_de_la_justice.jpg

P1010996_vitrail_moderne.jpg

Evidemment cette petite localité un peu oubliée, surtout depuis le blocage des ponts sur la rivière salée, ne peut soutenir la comparaison avec Antigua. Le village nous a plutôt fait penser à la Dominique, l’activité et la foule en moins. C’est calme, tristounet et même souvent délabré, même si l’Hôtel de ville et l’église ont été fraîchement restaurés et les rues récemment refaites entièrement, de belle manière.

P1020001_tonton_Fredo.jpg

P1020002_Papylain.jpg

Les engins de travaux publics encore sur place en témoignent et nous ont donné l’occasion de les essayer en travaillant « au black ».

P1020009_Pointe_des_chateaux.jpg

Le tour de Grande Terre, passant entre la pointe des Châteaux et la Désirade est une belle journée de mer peu pratiquée par les plaisanciers car elle est exposée au vent et à la houle d’ l’Atlantique. Mais nous l’avons parcourue d’un seul bord, par force 4 à 5, quelques milles devant un ketch Amel 54 allemand qui n’a pas réussi à nous rattraper !

P1020012_shopping_a_St_Francois.jpg

A Saint François, le petit lagon est un bon mouillage, et la ville propre et accueillante entre sa marina et son golf. C’était l’occasion de faire quelques courses et un peu de shopping. La borne Wifi de l’office du tourisme est excellente et nous a permis de mettre à jour nos emails et de prendre connaissance de l’actualité marquée par les élections en France et par le crash de l’Airbus de German Wings. Respectivement, quelle déculottée pour le Bouffi, et quelle horreur pour les passagers et membres d’équipages, paix à leurs âmes devant tant d’absurdité.

P1020014_sortie_du_lagon.jpg

La sortie du lagon dans les brisants est impressionnante, et il faut bien suivre la passe étroite, mais la traversée pour rejoindre Marie-Galante avec une bonne brise fût un régal de plus.

P1020020_a_fond_vers_Marie_Galante.jpg

P1020030_Le_cri_de_la_patate_douce.jpg

P1020031_bon_anniversaire.jpg

Nous avons pu nous rattraper de notre « chou blanc » précédent, avec l’accueil toujours aussi chaleureux de la Baleine Rouge, à l’occasion de l’anniversaire de la « patronne », en présence de sa maman, venue spécialement de métropole pour l’occasion.

P1020027_Rara_Avis.jpg

Puis, après avoir assisté à l’appareillage de Rara Avis, du père Jaouen, il nous a fallu rejoindre Pointe à Pitre où Frédéric a repris l’avion à destination de Toulouse, bronzé et remis à neuf par ces deux semaines d’évasion, bienvenues pour nous aussi.

P1020036_au_depart.jpg

La prochaine échéance est le désarmement de Dartag avant de retourner nous aussi dans nos pénates pour un nouvel été, mais européen, cette fois. A suivre……….

vendredi 13 mars 2015

Soleil, pluie, vent et clandestins

P1010719_petits_drapeaux.jpg

Nous sommes repassés à Cariacou, au mouillage de Tyrell Bay, avec son petit restaurant formica-paillote dont la Wifi est fiable et son petit chantier exposant un superbe canot vernis évoquant un Riva des Caraïbes.

P1010725_Riva_des_Grenadines.jpg

C’était aussi le moment de faire notre clearance de sortie de Grenade, plus facilement qu’à l’aller. Les fonctionnaires de service étaient les mêmes qu’à notre entrée quinze jours avant, mais plus souriants. Nous avons déclaré notre prochaine destination, Fort de France

Mais la tentation était grande de faire quelques escales (clandestines) sur le trajet. Après être passé de jour devant Union, puis Mayreau, dont les baies sous le vent étaient bien tentantes, nous avons finalement décidé de nous arrêter, une fois la nuit tombée, à Béquia, dans la superbe baie de Port Elisabeth que nous connaissions déjà.

P1010737_agriculture_a_St_Vincent.jpg

Quelques heures de sommeil et nous voilà repartis au lever du jour vers le nord, longeant les côtes verdoyantes de Saint Vincent. Mais cette fois le vent nous a laissé tombé et quelques heures de risée Volvo ont été nécessaires.

P1010743_les_deux_pitons.jpg

Les reliefs de Saint Lucie ne sont pas moins spectaculaires et la vision des deux Pitons sous le soleil nous a paru encore plus belle qu’à l’aller. Nous avons poursuivi jusqu’à Rodney Bay au nord de l’île, presque entièrement à la voile, par un temps exquis.

P1010759_Nahlin.JPG

Après cette étape de 67 milles le temps s’est un peu dégradé et le vent est devenu durablement beaucoup plus fort. Nous sommes restés deux jours dans ce grand mouillage venté et très, très bien fréquenté. C’est aussi le point d’arrivée du fameux rallye ARC (Atlantic Rallye for Cruisers) regroupant chaque année des centaines de voiliers et de yachtmen chics, et surtout anglo-saxons, qui traversent l’Atlantique au départ des Canaries.

P1010763_Gros_Ilet_pauvre.jpg

P1010769_Beaux_chevaux_et_cheveux.jpg

P1010780_Gros_Ilet_presbyterien.jpg

Nous avons visité le village de Gros Ilet, dont les habitants, parfois misérables, parfois plus opulents, semblent imprégnés d’une foi évangélique très présente dans toutes les Antilles anglaises, et vivent d’activités traditionnelles.

P1010789_Rodney_Bay_luxe.jpg

La marina de Rodney Bay étale en revanche un luxe inouï, associant les opérations immobilières prestigieuses et les pontons abritant des yachts pour familles vraiment prospères. Cette cohabitation n’est peut-être pas aussi tranquille qu’il y parait, si l’on en juge par les clôtures et postes de garde installés tout autour de cet ensemble.

P1010785_Rodney_Bay_Marina.jpg

Nous en avons aussi profité pour démonter et refaire les joints des deux hublots du carré, car, lorsque le vent fort est installé, mieux vaut avoir un bateau bien sec de partout, si l’on veut éviter de retrouver des bouquins mouillés ou des coussins humides à bord.

P1010792_l_extreme.jpg

Avant de reprendre la mer, nous avions l’espoir de refaire le plein de mazout à la station « duty free » de la marina à 0,68 euro le litre, imbattable ! Mais le pompiste nous a fait savoir qu’il avait besoin de notre visa d’immigration pour nous servir. Aïe, nous voilà démasqués en tant que clandestins ! Qu’à cela ne tienne, nous souhaitons laisser le bateau au ponton de la pompe pour nous mettre en règle au bureau de douane-immigration tout proche. Hélas, c’était impossible sans s’exposer à payer une forte amende !

P1010767_Gros_Ilet_modeste.jpg

P1010825_pomme_cafardee.jpg

Il valait mieux prendre la poudre d’escampette immédiatement, direction la Martinique toute proche, et nous sommes arrivés au très beau mouillage de Sainte Anne en milieu d’après-midi après une traversée musclée et très rapide. Plusieurs voiliers amis sont là. Nous allons en profiter pendant quelques jours et pouvoir refaire des courses de produits alimentaires européens qui commencent à nous manquer après un mois de vadrouille exotique et de concurrence avec les charançons ! Cela permet aussi d’espérer que le vent et les averses fréquentes se calment pour retrouver le « bon » alizé de saison.

P1010823_les_copains_sont_la.jpg

C’est ainsi que nous avons revu avec plaisir les équipages de Maïne, Bigouz, Moira II, Ohlala et d’autres connus l’année dernière ou plus récemment. Un régal, pas toujours compatible avec nos hygiènes de vie, notamment alimentaires.

P1010818_embarques_pour_le_retour.jpg

Mais les ressources commerciales et techniques du port du Marin nous ont aussi permis de compléter l’équipement de Dartag, après avoir constaté que les prétendus très compétitifs schipchandlers « Duty Free » des îles voisines, ne l’étaient absolument pas. Malgré les prix majorés de 10 à 20% par rapport à la métropole, c’est bien dans les îles françaises que les fournitures, les services et le ravitaillement sont les plus intéressants et parfois de loin ! Encore une surprise de cette croisière et des idées reçues qui tombent de haut.

P1010828_nouveaux_panneaux.jpg

Ainsi, la fameuse ancre polyvalente, dont nous avions besoin en tant qu’ancre principale de secours, vient du Marin, et l’extension du portique ainsi que les deux panneaux solaires supplémentaires, ont été fabriqués, fournis et installés par des artisans de la ZAC Artimer. Le tout en quelques jours d’escale, au mouillage, et malgré quelques sueurs froides !

P1010839_le_Diamant_australopyteque.jpg

P1010846_bel_espoir_de_jahouen.jpg

Le vent n’est finalement pas tombé, au contraire, et c’est par force 6 à 7, temporairement 8 que nous avons repris la mer. D’abord en longeant les côtes sud puis ouest de la Martinique avec un petit stop-déjeuner à la Grande Anse d’Arlet, avant une escale à Saint Pierre.

P1010852_ruines_a_St_Pierre.jpg

P1010855_plage_de_St_Pierre.jpg

La ville, détruite par l’explosion de la montagne pelée en 1902 (30 000 morts et 1 rescapé protégé par son cachot, une quarantaine de bateaux coulés au mouillage), est, en de nombreux endroits, restée en l’état, même si quelques habitants y sont revenus depuis. C’est vraiment triste, mais ne nous a pas empêché de dîner dans un bouiboui sympa sur la plage noire.

P1010860_Solitaire_a_St_Pierre.jpg

Mais notre dernière chance (après l’Anse d’Arlet au bureau introuvable, puis Fort de France où le vent trop fort nous a empêché d’aller) de faire notre clearance en Martinique a été contrariée par un bureau fermé à 16h ! Tant pis, roule ma poule, on verra bien !

P1010865_mer_fumante_a_Portsmouth.jpg

Repartant à l’aube, nous avons à nouveau profité d’un vent musclé jusqu’à Portsmouth, la grande baie du nord de la Dominique, encore comme clandestins, presque « sans papiers ». En fait, la probabilité d’être contrôlés au mouillage était très faible car nous sommes arrivés dans un énorme grain, avec des vents de plus de 50 nœuds (force 10) qui a duré jusqu’à la nuit. La mer fumait, mais l’ancre a parfaitement tenu malgré les coups de boutoirs des rappels dans les puissantes rafales. Qu’est-ce que cela doit être lorsque les vents atteignent 100 ou 150 nœuds dans les cyclones ou tempêtes tropicales ! BRRRRRRRRRR nous n’osons pas y penser.

P1010868_voilure_reduite.jpg

Et c’est ce mercredi 11 mars que nous avons regagné la Guadeloupe après une dernière traversée ventée, mais un peu moins que les jours précédents. Les voiles n’ont pas été déroulées complètement depuis 15 jours, étant même le plus souvent réduites des deux tiers.

P1010872_etape_musclee.jpg

Mais tout va bien à bord, et nous allons maintenant aborder une nouvelle phase de cette croisière avec un équipier supplémentaire qui débarque en avion dimanche. Nous espérons partager avec Frédéric, pendant cette quinzaine, les plaisirs du cabotage entre ces îles tellement variées et quasiment faites pour les voiliers, si possible avec un peu moins de vent, de mer et de pluies, mais la météo semble optimiste au moins pour le début de la semaine prochaine. A suivre………….

dimanche 22 février 2015

Epices, écoliers et pilotis

P1010430_fort_Georges_et_hopital.JPG

C’est à Saint Georges, capitale de l’île et de l’Etat de Grenade que nous avons fait notre entrée.

P1010460_briques_british.jpg

Un peu plus de 100 000 habitants le peuplent, presque tous descendants des esclaves africains importés par les planteurs dès le 17ème siècle.

P1010505_sculptures_arrawaks.jpg

Les anglais, les premiers, avaient tenté de s’y installer, mais y avaient renoncé en raison de la farouche résistance des habitants d’alors, les indiens Caraïbes et leur congénères Arawaks, présents depuis le 13ème siècle, et venus d’Amérique du sud selon le musée national.

P1010473_musee_national.jpg

En 1650 une puissante expédition française, commanditée par le cardinal de Richelieu, se présente et achète aux Arawaks le droit de s’y installer, à la barbe des anglais. Mais les Arawaks, prenant conscience de leur erreur, renient leur accord et se rebellent. Ils ne peuvent pas résister aux troupes françaises, mieux armées, et les survivants sont acculés à l’extrémité nord de l’île.

P1010516_memoire_des_sauteurs.jpg

Plutôt que de se rendre, il préfèrent sauter dans la mer depuis la falaise, donnant à ce lieu le nom de « Sauteurs » encore utilisé aujourd’hui pour la baie et la ville qui y est implantée. Un monument y immortalise leur mémoire.

P1010435_douanier_grenadien.jpg

Plus d’un siècle plus tard, les calamiteux traités de Paris en 1762 puis de Versailles en 1783 attribueront l’île à la couronne britannique. Les traces de la présence française y sont aujourd’hui peu visibles. La langue est l’anglais, la monnaie le $ East Caraïbe (1 € = 3 $EC) et la culture rasta bien présente.

Elle obtiendra son indépendance en 1974, restant membre du Commonwealth. Le premier ministre d’alors devient progressivement autoritaire, jusqu’à être renversé par un coup d’état animé par un leader charismatique, Maurice Bishop.

Ce dernier, sans organiser d’élections, met en place un gouvernement socialiste révolutionnaire de plus en plus inspiré par le régime de Fidel Castro à Cuba. Ses voisins s’en inquiètent, d’autant plus que les dissensions internes entraînent un coup de force du clan pro-soviétique qui arrête et fait exécuter Maurice Bishop le 19 octobre 1983, l’armée prenant le pouvoir.

C’en est trop pour les USA, et le président Reagan mobilise une coalition, composée à 95% de US Marines, qui occupe l’île en quelques jours, neutralisant la petite armée grenadienne et chassant les militaires cubains et russes.

Des élections, organisées en 1984, sort un nouveau gouvernement qui, peu à peu, tente d’instaurer une démocratie et un Etat de droit. Mais des troubles persistent pendant une décennie nuisant gravement à l’économie du pays.

P1010466_ruinee_par_Yvan.jpg

Depuis le début des années 2000, la paix revenue favorise le développement, notamment touristique, mais le cyclone majeur Yvan (dit « le terrible ») détruit, le 7 septembre 2004, 90% des constructions, plantations et bateaux de l’île, et entraîne un exode massif de la population, malgré les aides internationales dont celles de l’Europe.

P1010438_the_carenage.jpg

Dix ans après, la reconstruction, l’éducation (40% de moins de 16 ans) et le travail de la population ont permis de relancer l’économie, mais les traces du cyclone sont encore bien visibles, en mer et à terre, même au centre de la capitale.

P1010480_avec_Fred_et_Christiane.jpg

P1010671_dans_le_taxico_du_retour.jpg

Nous avons profité d’un taxi collectif pour faire un grand tour guidé et commenté de l’île, avec un autre couple de plaisanciers, Fred et Christiane, puis d’une merveilleuse balade en bus sur la côte au vent, jusqu’à la deuxième ville de l’île, Grenville, très dépaysante.

Dscn0073_usine_de_muscade.jpg

P1010503_Victoria_tri_des_noix_de_miscade.jpg

P1010509_sechage_du_cacao.jpg

L’agriculture représente un quart du PIB, et l’île est redevenue un grand producteur mondial de noix de muscade. Par contre la canne à sucre et le rhum sont désormais anecdotiques. Les épices sont présentes à tous les coins de rues et dans des marchés spécialisés. Enfin la culture du cacao et la fabrication du chocolat sont organisées en une coopérative unique qui commercialise directement des produits haut de gamme dans le monde entier.

P1010497__egg_tree.JPG

P1010542_foret_reserve_Grand_etang.jpg

Le climat tropical humide et le sol fertile dont jouit cette île donnent l’impression que tout y pousse facilement, même le fameux EggTree. La forêt quasi vierge est générale dès que l’on quitte la côte. Mais curieusement, la production de légumes et de fruits ne semble pas très performante. Il est assez difficile de trouver des bananes dessert, quant aux tomates ou aux carottes, elles sont hors de prix ! Et, alors que les arbres à pains, les papayes ou les manguiers sont visibles partout, impossible d’en trouver les fruits à la vente ! Nous n’avons pas dû assez chercher.

P1010448_barque_locale_en_chantier.jpg

P1010449_adaptees_a_l_alize.jpg

Les pêcheurs locaux ont des embarcations en bois de petite taille souvent construites « à la maison » et équipées d’un moteur hors-bord japonais de puissance raisonnable (50 80 chevaux). Mais ces barques légères sont extrêmement efficaces dans l’univers qui est le leur, grosse mer et vent soutenu, et les pécheurs, intrépides. On trouve ainsi des poissons et des crustacés partout, sur le trottoir, dans des échoppes, dans des marchés spécialisés, mais personne ne vient les proposer à bord comme dans les îles précédentes, et il faut faire attention de ne pas se prendre dans un filet (ce qui nous est arrivé) lorsque l’on rentre dans une crique de rêve !

P1010476_St_Georges_nord.JPG

P1010452_Grande_Anse_Bay.jpg

Le tourisme est essentiellement fondé sur les escales des paquebots de croisière et les sports nautiques, plongée, kite-surf, sur des plages de rêve, et surtout la plaisance et la location de voiliers habitables, profitant de côtes très favorables à la croisière.

P1010589_Whisper_Cove_Marina.JPG

P1010621_Port_Egmont.jpg

La côte sud, extrêmement découpée, offre des dizaines de mouillages, abris et marinas dans un univers tropical chaud et venté pendant une saison d’hiver qui dure au moins six mois. Les chantiers et entreprises spécialisées offrent tous les services nécessaires aux navigateurs d’Amérique du Nord et d’Europe, très nombreux dans ce paradis du sud des petites Antilles.

P1010682_Pilotis.jpg

P1010628_Port_Egmont_sur_pilotis.jpg

Une particularité nous a frappés dans la construction des habitations : elles sont souvent bâties sur des pilotis parfois très hauts, que le terrain soit en pente ou plat. Parfois seul le dernier étage est habitable, les niveaux inférieurs n’étant que des carcasses de béton vides. Ils ne seront équipés qu’en fonction des besoins de loger la famille, plus tard, et en attendant servent de séchoir à linge, d’entrepôt ou de protection contre l’humidité, les cafards ou les bêtes sauvages (?)

P1010704_Paradis_Calivigny.jpg

A noter également, une proportion très importante, dans les plus beaux sites, de villas magnifiques entourées de jardins merveilleux. Quelques unes sont la propriété de riches étrangers, mais aussi de grenadiens prospères, ou émigrés qui préparent leur retour au pays, fortune faite.

P1010648_sortie_d_ecolieres.jpg

Enfin, on ne peut pas circuler dans une ville ou un village sans voir des dizaines d’écoliers en uniformes très propres. L’éducation est presque entièrement assurée par des écoles confessionnelles agréées par le gouvernement, dans un système sans doute analogue à celui de nos écoles privées sous contrat, qui manifestement obtiennent d’excellents résultats.

Dscn0084_chocolat_rasta.jpg

Et maintenant nous commençons notre retour vers le nord, repassant tout l’archipel des petites Antilles jusqu’en Guadeloupe où nous arriverons d’ici deux semaines environ, pépères !

dimanche 15 février 2015

Grenadiens à nous

Quittant les fameuses Tobagos Cays, qui étaient « a priori » un peu le « clou » de ce voyage, notre capacité d’admiration demandait à être re-stimulée dès que possible.

pGrenadines_cartes_generale_R.jpg

Cela n’a pas tardé : l’escale suivante prévue est Union. Cette petite île de 7 kilomètres carrés a compté jusqu’à 7000 habitants au temps de sa mise en valeur par des colons anglais puis écossais. Elle fût quasiment abandonnée à la fin du XIXème siècle avant de reprendre vie à la fin des années soixante sous l’impulsion d’ un béké martiniquais, André Beaufrand. Il acquit quelques arpents de terre marécageuse à l’est de l’île.

P1010293_resto_des_iles.jpg

P1010323_courte_finale_a_Union.jpg

Il avait pressenti l’attrait du site de Clifton et de l’île voisine de Palm Island pour y créer une activité nautique et touristique. Il construisit un petit aérodrome au bord du lagon réunissant les conditions d’un nouveau développement. Union compte aujourd’hui 2000 habitants et reçoit chaque année des milliers de plaisanciers et de plongeurs.

P1010301_capitaine_plongeur.JPG

P1010335_Palm_Island.jpg

P1010313_montagne_de_lantis.jpg

Nous aussi avons nagé et plongé dans ce lagon au milieu des montagnes – parfois malodorantes - de coquilles des lantis que les pêcheurs ont proposés à leurs clients, et qu’ils entassent pour former les fondations de ces modestes restaurants posés sur le récif.

P1010325_Kathy_a_Union.JPG

P1010330_sortie_d_ecole.jpg

Et nous avons aussi parcouru ses rues et ses chemins, égayés par les couleurs vives des peintures des maisons et des commerces, et par les fières jeunes filles animant leurs échoppes ainsi que les écoliers en uniforme rentrant à la maison.

P1010324_beautes_unionaises.JPG

Ayant rempli nos formalités de sortie des Grenadines de Saint Vincent, nous avons fait un petit crochet de quelques milles vers deux autres petites îles :

P1010372_plage_de_PSV.jpg

P1010368_chienne_de_vie.jpg

- Petit Saint Vincent, quasiment déserte jusque tout récemment,achetée par un riche américain est désormais le siège d’un hôtel de luxe construit en plusieurs bungalows et restaurants discrets, sur une grande plage blanche…..

P1010388_plage_des_pecheurs.jpg

P1010389_Self_made.jpg

….et Petite Martinique, à moins d’un demi mille, qui se préparait pour la fête nationale de Grenade (dont elle dépend) et dont les habitants jouissent d’une réputation d’accueil et d’authenticité dépassant ses frontières.

P1010375_au_fond_PM.jpg

Au mouillage entre les deux, abrités par un grand récif, nous les avons visitées et profité de la vue superbe qu’elles offrent l’une sur l’autre.

P1010400_Hillsborough.jpg

Les formalités de douanes et d’immigration dans les Grenadines de Grenade sont possible dans l’île suivante, elle aussi entourée de corail, qui nous tendait les bras : Cariacou et son petit bourg dénommé Hillsborough.

P1010403_butterfly.jpg

Ses 30 km² et ses 7000 habitants en font la plus grande et la plus peuplée des grenadines. Au départ, colonisée par des pêcheurs de tortues et des cultivateurs français, il en reste quelques constructions, moulins, habitations du XVIIIème siècle. Mais la population actuelle descend essentiellement des anciens esclaves des plantations.

P1010405_contraste_a_Hillsborough.jpg

P1010401_facade_peinte.jpg

En ce vendredi 6 février, elle donnait l’impression d’être une île morte. La fête nationale de l’Etat de Grenade s’étend sur trois jours et tous les commerces et administrations sont fermés. Heureusement nous n’avions besoin de rien et les formalités peuvent attendre.

P1010411_Sandy_Island.jpg

Nous avons donc rejoint pour le week-end, un petit mouillage à l’abri d’une île de sable de la même baie, Sandy Island, rapidement imités par d’autres plaisanciers dans une ambiance très hétéroclite et internationale. Le compresseur de plongée des danois faisait un peu de bruit et les chiens des allemands aussi, mais c’était un tel endroit de rêve que nous avons préféré rester. Comme à Petit Saint Vincent, le sable est tellement beau que nous en avons prélevé un échantillon.

P1010417_soudeur_de_Tyrell_Bay.jpg

Et lundi matin, au réveil, départ pour Tyrell Bay à trois milles, dernière escale à Cariacou, connue surtout pour ses facilités techniques, atelier de soudure, shipchandler et chantier spécialisé pour la plaisance.

P1010421_Tyrell_Bay.jpg

Nous y avons trouvé un bureau d’immigration et de douane, du carburant détaxé, une borne Wifi excellente et un petit restaurant sous les tonnelles qui nous a offert des hamburgers et des frites parfaites, les premières depuis bien longtemps. Pour le reste c’est plutôt tristounet.

P1010426_l_ile_aux_epices.jpg

Nous étions donc prêts pour affronter une traversée inhabituellement longue en ces temps de grenadines, soit une trentaine de milles jusqu’à Saint Georges, capitale de Grenade.

P1010429_visite_de_courtoisie.jpg

Première surprise, en arrivant, une frégate de la marine Française nous y avait précédés, faisant flotter son magnifique pavillon tricolore dans l’alizé, à l’abri du fort Georges.

P1010430_fort_Georges_et_hopital.JPG

Deuxième surprise, le mouillage de grande baie devant la ville est très accueillant.

P1010435_douanier_grenadien.jpg

Troisième surprise, le lagon a été considérablement aménagé, avec ouverture d’une nouvelle grande passe et construction d’une énorme marina Camper et Nicholson, celle du célèbre Grenada Yacht Club faisant maintenant un peu pâle figure……………..

P1010438_the_carenage.jpg

La suite au prochain numéro qui sera consacré à cette grande île dont l’histoire et celle de ses habitants, les grenadiens, est longue et souvent troublée si ce n’est trouble, mais où la paix semble désormais établie durablement.

- page 2 de 10 -